‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 84 sur 225 · CHAPITRE XVI. — FRONTENAC · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — FRONTENAC

des Sauvages, ce que tous nos soldats ne sont pas capables de faire, et ce que nos officiers canadiens et les autres volontaires et habitants du pays, avec ceux des officiers. et soldats français qui sont déjà accoutumés à ce manège ont fait admirablement bien, et avec autant de succès ; qu’enfin, la nuit du samedi au dimanche, 22 octobre, les ennemis voyant tous les jours de nouvelles escarmouches, et appréhendant d’être attaqués dans leur camp, parce qu’ils avaient vu défiler, dès le soir, quelques troupes que j’avais envoyées pour soutenir ces divers petits détachements, prirent si fort l’épouvante qu’ils se rembarquèrent dans la plus grande confusion du monde et avec tant de désordre qu’ils abandonnèrent leur canon. »

Tel est le rapport du gouverneur. Maintenant que nous connaissons les grandes lignes et le dessein général de la bataille, il convient que nous entrions dans quelques détails.

Le débarquement des troupes ennemies eut lieu dans l’après-midi du mercredi, 18 octobre. Il fut fort pénible parce que le froid était, cette année, tellement intense que les glaces commençaient à se former, et que les pauvres troupiers durent descendre dans l’eau et la vase des battures de la Canardière. Ils se hâtèrent de sortir de l’eau pour établir leur camp sur un terrain plus sec, mais cette opération ne se fit pas sans de grandes difficultés et sans des pertes sensibles. D’une part, en effet, la rive de la Canardière était, comme dit Frontenac, pleine d’embarras ; et, de l’autre, les miliciens des côtes de Beaupré et de Beauport, accourus sous la direction de leurs chefs Pierre Carré de Ste-Anne, et Juchereau de St-Denis de Beauport, commençaient à jouer du fusil.

Quelque temps après, des détachements de Montréal et des Trois- Rivières, ces derniers commandés par Hertel, obtinrent du gouverneur la permission de rejoindre les miliciens locaux. Ces divers pelotons formèrent un total d’environ 300 hommes, et firent aux envahisseurs une petite guerre extrêmement meurtrière.

L’ennemi, en effet, formé en ordre de bataille, recevait tous les coups et en rendait peu d’efficaces, car les Français embusqués derrière les arbres, derrière les roches, aplatis sur le sol, demeuraient invisibles.

Aussi, après avoir chargé et pénétré assez avant dans le bois, les Bostonnais jugèrent-ils prudent de s’arrêter et de former leur camp. Ils avaient perdu beaucoup de monde ; les Français, deux tués seulement, et une dizaine de blessés, parmi lesquels le vieux St-Denis qui gagna ce jour-îà, ainsi que Hertel, ses lettres de noblesse.

La nuit que passèrent les ennemis sur ce sol inhospitalier fut terrible. Plusieurs d’entre eux eurent des membres gelés. Aussi se tinrent-ils tranquilles pendant toute la journée du jeudi, 19, et laissèrent-ils à la flotte le soin de combattre, ce dont elle se tira assez piteusement.

La journée du vendredi fut plus mouvementée. Les Anglais, rangés en ordre de bataille, tambour sonnant, mârchèrent droit à la rivière

Page 1