CHAPITRE I
La Légende de Cadieux x.
L’étranger qui remonte la Grande Rivière, connue aujourd’hui sous le nom d’Ottawa, ne manque jamais de s’arrêter quelques instants au « Petit Rocher de la Grande Montagne, » non loin du « Portage du Fort, » pour visiter, avec un souvenir attendri, le monument érigé sur la tombe de Cadieux.
Ce monument rappelle, en effet, une légende demeurée populaire parmi « les voyageurs des pays d’en haut, » légende que l’on raconte encore dans les chaumières pour charmer la longueur des veillées d’hiver.
Cadieux était un interprète renommé, marié à une Algonquine chrétienne et complètement gagné à la vie indépendante des « Coureurs des bois ». L’hiver, il frappait pour son propre compte, et, l’été, il faisait la traite avec les Sauvages descendus à Montréal, en qualité d’agent des Compagnies. C’était un voyageur fini, comme on disait, intrépide, adroit comme pas un, faisant le coup de feu contre les Iroquois engagés dans les sentiers de la guerre.
Cette année-là, qui fut la dernière de sa vie, il avait passé la saison de chasse au portage des « Sept Chutes », y cabanant avec quelques familles qui le reconnaissaient pour chef. Le printemps était revenu, la glace était partie, et l’on attendait les canots des Outaouais et des Sauvages de Vile pour faire avec eux le voyage annuel à Montréal.
L’hiver s’était passé sans alerte ; les Iroquois n’avaient point donné signe de vie, on se croyait donc en pleine sécurité, lorsque, un beau jour, quelques jeunes Sauvages, rôdant aux environs, accoururent hors d’haleine, criant : « Nattaoué, Nattaoué ! Les Iroquois ! »
Ils venaient, en effet, de découvrir, à une lieue en bas du portage des Sept Chutes, un parti de ces Indiens établis en embuscade pour surprendre la flottille qui ne pouvait tarder à descendre.
On devine l’épouvante des pauvres gens à cette nouvelle. Ils connais-