D’après le docteur Taché
saient trop l’infernal génie des Iroquois pour entretenir le vain espoir de passer inaperçus. L’unique chance de salut qui leur restât était de sauter les Sept Chutes ; mais était-ce vraiment une chance ? Ils n’étaient pas nombreux les canots et canotiers qui risquaient ces rapides. Et puis, lors même qu'ils y réussiraient, ne seraient-ils pas découverts, poursuivis, capturés, livrés aux flammes ?
Pendant qu’ils se lamentaient Cadieux conçut un généreux dessein. Ii attirera sur lui l’attention de la bande ennemie, l’entraînera au fond des bois, tandis que les siens, avec la grâce de Dieu, chercheraient leur salut à travers les écueils.
On leva donc les cabanes, on chargea les canots, et tout le monde se tint prêt à gagner le large aux premiers coups de mousquet.
L’interprète avait dans sa troupe un jeune brave dont il connaissait la fidélité. Il fit signe à l’Algonquin, et tous deux disparurent dans l’épaisseur de la brousse.
Une heure à peine s’était écoulée quand des coups de feu retentirent. A ce bruit les familles se signèrent dévotement, se recommandèrent à la bonne sainte Anne, patronne des gens en péril des flots, et se lancèrent en plein courant.
C’était merveille de voir les timoniers, hommes et femmes, debout aux deux extrémités de leurs esquifs d’écorce, maintenant leur course dans les filets propices, contournant les pointes aiguës, plongeant dans les trous, dansant sur les crêtes, filant à la vitesse des chevaux emportés. « Je n’ai rien vu dans les Sept Chutes, disait plus tard, la bonne femme de Cadieux, si ce n’est une grande Dame blanche qui flottait en avant de nous dans les embruns et nous marquait la route. »
Bref, ils furent tous sauvés et parvinrent en temps voulu au lac des Deux Montagnes , hors d’atteinte de l’ennemi.
Mais qu’étaient devenus leurs héroïques sauveteurs ? Ils attendirent pleins d’angoisses pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’un parti de Durons descendu par l’Ottawa leur apprit que les Iroquois avaient disparu. C’est alors que, se reprochant d’avoir tardé trop longtemps, trois hommes, les plus hardis et les plus expérimentés de la bande, partirent à la découverte. Etaient-ce des Français ou des Sauvages alliés ? Peu importe ; et, pour la clarté, appelons-les des Français.
Ils remontèrent donc sans encombre la Grande Rivière jusqu’au pied des Sept Chutes où commence le grand portage. Arrivés là, ils constatèrent que, conformément aux renseignements reçus, la flotte iroquoise avait bien disparu ; et, sans plus s’inquiéter, ils commencèrent leur tragique enquête.
Leur travail, d’ailleurs, était plutôt long que difficile, car ces fils de la forêt lisent sur le sol comme nous lisons dans un livre, et personne n’avait eu d’intérêt à mêler les pistes.