‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 94 sur 225 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les voyageurs canadiens L

Comme on le sait, le commerce des fourrures fut, pendant tout le XVIIe siècle et la plus grande partie du XVIIIe, l’unique ressource commerciale du Canada. On resta même longtemps sans cultiver la terre, tant on considérait l’agriculture comme chose de peu d’importance. Tandis que le gouvernement français et le clergé nourrissaient, en fondant la colonie, la pensée de convertir les Sauvages et de créer en Amérique une France nouvelle, les diverses compagnies qui se succédèrent dans l’administration du pays, n’eurent, toutes, que la traite pour objet.

L’Angleterre, de son côté, ne voyait pas sans jalousie la vente des pelleteries monopolisée par la France. N’ayant pu prendre pied sur les rives du St-Laurent, elle jeta son dévolu plus au nord, sur les solitudes de la Baie d’Hudson.

Dès l’année 1670, le roi d’Angleterre concéda à une compagnie, dite de la Baie d’Hudson, la propriété du territoire compris dans le bassin de cette mer, avec le privilège exclusif d’y faire la traite. I! ne se doutait guère de l’importance de cette concession qui embrassait des régions plus grandes qu’un royaume.

La question de la souveraineté de la Baie d’Hudson fut cause de longues disputes et de sanglants démêlés entre Anglais et Français, parmi lesquels s’illustra d’Iberville. Le gouvernement français finit par reconnaître les droits de l’Angleterre et ne revendiqua plus pour lui que le bassin du St-Laurent (1725).

Mais pendant que la compagnie de la Baie d’Hudson s’enrichissait d’année en année, les Français étaient loin de demeurer inactifs. Leurs coureurs des bois, gagnant de proche en proche, s’établissaient sur les rives du Mississipi, sillonnaient les prairies du Nord-Ouest et ne s’arrêtaient qu’au pied des Montagnes Rocheuses, faisant alliance avec des tribus indiennes et rapportant, chaque printemps, à Montréal et aux Trois- Rivières d’énormes quantités de fourrures.

La guerre qui aboutit à la conquête de la colonie ruina complètement ce commerce pendant quelque vingt ans.

Vers l’année 1783-84, il se forma à Montréal une nouvelle compagnie de traite composée presque exclusivement de négociants écossais, auxquels quelques Canadiens-Français s’adjoignirent, et qui prit le nom de compagnie du Nord-Ouest.

Cette compagnie supérieurement administrée ne tarda pas à rivaliser avec la compagnie de la Baie d’Hudson. Les employés des sociétés enne-

Page 1