CHAPITRE II. — LES VOYAGEURS CANADIENS
mies eurent des rencontres dans les solitudes du Nord-Ouest où le sang coula abondamment.
Enfin, de guerre lasse, on en vint à un arrangement. Les deux compagnies se fondirent en une seule qui garda le nom de la Baie d’Hudson. Cette dernière subsiste encore aujourd’hui, mais bien déchue de son importance primitive, car, en 1870, le Dominion canadien a racheté tous ses droits territoriaux sur le Nord-Ouest.
La compagnie du Nord-Ouest employait cinquante commis, soixante et onze interprètes, onze cent vingt navigateurs et trente-cinq guides. Ces hommes prenaient à Montréal un engagement pour cinq mois : du premier mai à la fin septembre. Le salaire d’un guide était de huit cents à mille livres et u-n habit. Celui d’un patron de barque de quatre à six cents livres. Celui des rameurs de deux cent cinquante à trois cent cinquante livres. Les guides interprètes recevaient jusqu’à trois mille livres. Ils étaient tous nourris aux frais de la Compagnie et avaient le droit de faire la traite à leur propre compte, ce qui leur permettait de doubler leurs gages.
A ces employés il convient d’ajouter sept ou huit cents Sauvages, hommes, femmes et enfants, attachés au service des hommes de la Compagnie qui les nourrissait.
A la fonte des neiges la flotte de traite se réunissait à Lachine, port de départ de l’expédition. Le chargement de chaque canot était : dix hommes avec leur bagage, soixante-cinq balles de marchandises, de quatrevingt-dix livres, chacune ; six cents livres de biscuits, deux cents livres de sel et trois boisseaux de fèves.
Avant d’entrer dans le lac des Deux Montagnes, commencement de la navigation, on s’arrêtait dévotement à la chapelle de Ste-Anne du Boutde-l’Ile, patronne des voyageurs, et on chantait un cantique en son honneur.
La route était longue et pénible. Partout des portages sur l’Ottawa, la Mattawan et le lac Nipissing. Une fois descendus aux Grands Lacs, on longeait prudemment les côtes et l’on arrivait enfin, après trois mois de navigation, au Grand Portage, à l’extrémité ouest du lac Supérieur, terminus du voyage et entrepôt de toutes les régions de l’Ouest.
On trouvait là des troupes de voyageurs et de Sauvages venus avec des paquets de fourrures et qui s’en retournaient chargés de marchandises et de vivres qu’ils devaient distribuer dans tous les forts du pays. Il n’était pas rare de rencontrer, à la fois, mille à douze cents hommes au Grand Portage. On buvait beaucoup, on se battait souvent, mais jamais on ne manquait à la discipline et à l’obéissance dues aux Bourgeois de la Compagnie.
Les Compagnies, qui n’avaient d’autres objets en vue que d’augmenter leurs bénéfices, se conduisirent indignement envers leurs hommes, si nous en croyons la tradition. Au lieu de veiller sur l’âme de leurs employés en