SÉCHERIE DE POISSONS A SOURIS
Le commandant Fortin a écrit : (( Il est absolument impossible de se faire une juste idée de la prodigieuse abondance d'œufs de harengs qui sont
Lk Canada Ii-msiri-.
<léposcs loiit \r loii^ des côtes où ce |)()isson v;i Ir.iycr. J'ai \ ii minutes lois plusieurs lieues continues de rivasse (ouvertes de ces œufs sur une épaisseur de (x) à {)() centimètres. >>
Les ixHJieries canadiennes de homards sont certainement les plus im|)ortantes du monde et les labriciucs de conser\es de la Nouvelle-Ecosse et du cap Breton envoient leurs ])roduits dans toute l'Europe. Le pêche intensi\c du homard a lini ■ceiiend.int par épuiser un ])eu les côtes des pro-
24,978 personnes sont cm|)l<:)yées sur les côtes, dans les pêcheries, à la ])ré])aralion du poisson pour le marché, ce qui d(;nne un total de icx),(K)C personnes occupées par l'nidustrie de la pêche. Nous ne comiMons pas ici le personnel si nombreux des fabriques de conserves.
l*res(]uc partout les voiliers sont remplacés par des vapeurs et l'on comjjte sur les côtes 4,58<S canots automobiles. Tous les chiffres que nous doinions ici sont certainement déjà (lé])assés.
Sécha(;k i»i i>()i^^(i\ \ 1 1 \i II- \\.
vinces maritimes, et le gouvernement, d'aocord avec les grandes fabriques de conserves, a établi des viviers d'élevage. Mais le transport des homards est difficile, les œufs sont en grande partie abîmés ou perdus quand l'animal vivant parvient au vivier ; aussi cherche-t-on plutôt maintenant à créer des réserves naturelles, en interdisant la pêche du homard sur certaines côtes qu'il préfère; les viviers mettent toutefois en liberté chaque année des centaines de millions de jeunes homards.
Les établissements d'élevage pour les différentes espèces de poissons sont répartis sur le territoire canadien au nombre de trente-sept, avec un budget de $ 322,300. Chaque année, on réalise un progrès dans l'outillage de la pêche.
En 1895, le Canada ne possédait que 1,121 navires et 34,268 barques de pêche. En 1909, on comptait 1,750 navires et 41,170 barques. L'équipage de ces bateaux se montait à 68,610 hommes ;
On ne peut étudier les pêcheries maritimes du Canada sans parler de la migration des phoques ou. loups marins qui viennent en quantités innombrables se faire tuer en hiver sur les glaces du Saint-Laurent.
La Providence de Québec, volume édité pour l'Exposition de 1900, nous dépeint ce tableau :
« En juin, les phoques ou loups marins, venant du sud, abordent sur les côtes du Groenland; ils y restent trois mois, mais dès que se font sentir les premiers froids de l'automne, ils descendent dans le sud-ouest, allant à petites journées, faisant ripaille des harengs qui remplissent les criques profondes du Labrador terreneuvien, puis, l'hiver avançant, ils reprennent leur route en bataillons serrés que précède une avant-garde d'éclaireurs.
Rien d'imposant comme ce défilé de la famille la plus nombreuse des phoques du Nord. La surface de la mer est littéralement pavée de têtes et
Lk Canada Ii.i.iistrk
l'on ne peut, niênie ;i\cc les meilleures lunettes, mesurer la larj^eur de cette armée. Le défilé dure de cinq à six jours, sans interruption, à une vitesse moyenne de i() kilomètres à l'heure. Aussi peut-on dire que le nombre des loups marins qui composent une migration d'automne est mathématiquement incalculable. Ceux qui ont vu ce spectacle ne peuvent que sourire aux craintes parfois manifestées qu'une chasse troji ardente ne finisse par anéantir l'espèce. »
Les plus fortes chasses annuelles ne dépassent g^uére un demi-million de têtes, ce qui représente à peu près, sur la masse d'une mi<^ration, l'importance d'une poignée d'herbe arrachée à un pré. \'crs le cinquante-deuxième parallèle, l'armée se sépare en deux corps, dont l'un prend par le détroit de Belle-lsie et pénètre dans le golfe du Saint- Laurent, tandis que l'autre longe les côtes orientales de Terre-Neuve.
Chasseurs de phoqi es sir rx chami- de glace.
A ce moment, les glaces ont envahi les rivages du golfe, les phoques remplissent l'estuaire où ils trouvent une nourriture abondante dans la masse de petits poissons qui pullulent dans toutes les criques. En février, les femelles mettent bas sur les glaces qui emprisonnent les eaux sur des milliers de kilomètres carrés et, vers la fin de mars, les petits qui grandissent avec une incroyable rapidité sont déjà une proie utile pour les chasseurs.
Cette chasse se fait sur des voiliers et même avec des steamers de 500 tonnes, la tuerie a lieu sur les glaces, simplement à l'aide d'un bâton et d'un couteau. Elle est tellement rémunératrice, dit le naturaliste Arthur Buies, que les capitaux qu'on v emploie rapportent de 25 à 40 et 50 o b.
En 1904, un journal de Londres annonçait qu'une commande de 500,000 peaux avait été faite et que les pêcheurs étaient dans l'impossibilité de
les fournir, f.iule de bras pc)m- tuer. Il ajoutait que si la pêche de la baleine ar(li(}ue est prescjue abandonnée et si la ])êche des phoques en Alaska disparaît i^eu à ])eu, celle des phoques de Terre- Neuve, bien que poursuivie depuis trois cents ans, ne montre encore aucun indice de diminution. Cependant, durant les |)remicres années du siècle, la moyenne des chasses annuelles a été de 260,000 jihoques.
Pêcheries d'eau douce.
L'importance prépondérante des pêcheries maritimes, au point de vue des revenus du Dominion. ne doit j^as nous faire oublier les pêches des lacs et des rivières qui produisent aussi une grande quantité de poissons, qu'on expédie à l'intérieur vers les grandes villes par wagons frigorifiques.
Les eaux des innombrables lacs et rivières du Dominion sont peuplées de poissons excellents ; le commerce n'en absorbe qu'une partie, ils constituent un appoint important à la nourriture du colon et des ouvriers agricoles, surtout pour les premiers défricheurs, vivant généralement de conserves, qui trouvent par la pêche, plus rapidement encore que par la chasse, un aliment frais et sain.
Pour la pêche en eau douce, les différentes espèces de filets, l'épervier, la nasse et la ligne sont les engins les plus employés.
La truite de la province de Québec est la plus renommée, mais elle peuple presque tous les lacs et tous les cours d'eau du Canada. On pêche le poisson blanc, le brochet, le doré, la carpe et la barbue dans tous les lacs du Centre et particulièrement dans les lacs Winnipeg, Manitoba. Winnipegosis, Dauphin, etc. On y pêche toute l'année, car, en hiver, il suffit de couper la glace et le poisson afflue aux ouvertures.
Sur le lac Manitoba, les fermiers qui se livrent à la pêche se servent de filets de 100 mètres de long et arrivent à prendre pour 70 francs de poisson d'un seul coup de filet.
Nous avons parlé des pêcheries de saumon du fleuve Fraser. Il y a plus de soixante Sociétés de pêche en Colombie Britannique qui exploitent les principales rivières de l'intérieur oii le flétan, la truite et les nombreuses espèces de poissons d'eau douce affluent presque autant que le saumon. Dans le lac Winnipeg, la grande rivière Noire et le fleuve Nelson, on pêche l'esturgeon, qui y atteint parfois le poids de 700 et même 900 livres. Sa prise est très recherchée à cause de la grande valeur commerciale du caviar.
Lk Canada Illustri':
Plusicnus Socirlrs de prclie se sont loniircs pour ■e.\|)l(iit(M- 1rs lacs cl eaux doutes du (Canada. I.a plus Jurande \alcur de celte pêche est constituée par le poisson hlaiu-. L'expression poisson blanc ne suscite pas au Canada le dédain que manifestent souvent les pêcheurs de France. Le Whitc l'ish canadien est excellent et comprend de grandes ■espèces qui ressemblent fort peu aux gardons de la Seine. En i()o6, la pêche a représenté au Manitoba une valeur de / millions et demi de francs, cl, à celte époque, le Maniloba avait à peine la moitié de l'étendue qu'il a aujourd'hui. La majeure partie de ces / millions et demi était constituée par le White Fish; la truite, le brochet et l'esturgeon constituaient la plus petite moitié.
Une pêche commerciale intensive est pratiquée sur les lacs des provinces centrales. Le centre de cette industrie est le lac Winnipeg; la ville de Selkirk, située sur la rivière Rouge, à 20 milles au nord da Winnipeg, est le quartier général des pêcheries qui s'étendent sur des lacs et rivières jys-
Un esturgeon du fleuve Fraser PESANT 975 livres (Col. Brit.).
Une pêche desturgeons.
qu'à 6 et 700 milles de là. La valeur du poisson péché en 191 1 se monte à $ 503,000.
La pêche du poisson blanc n'est autorisée que quelques semaines en été et au début de l'hiver.
Durant l'hiver, les filets sont tendus sous la glace; pour retirer le poisson, on casse tous les jours la couche de glace, puis on le jette sur des blocs de glace où il est immédiatement congelé. On l'emballe alors dans des caisses pour le charger dans des wagons frigorifiques qui le portent à destination. Ce travail s'accomplit en plein air, par une température très rigoureuse qui doit être d'au moins 17° centigrades au-dessous de o.
La pêche d'été, malgré sa courte durée, donne au lac Winnipeg sa plus grande activité et sa physionomie la plus pittoresque. De nombreuses entreprises de pêche se sont établies autour du lac que des steamers sillonnent sans cesse, venant chercher les produits de la pêche pour les porter aux sta-
Lk Canada Im.isirk
lions de (heiiiin de 1er. La pêche s'accomplit avec de petits voiliers de 30 pieds de long. Elle commence des quatre heures du matin et les filets sont levés tous les jours, les dimanches exceptés. Dès que les barques rapportent leurs prises, les poissons sont jetés dans des conduits d'eau glacée. Une équipe de femmes les vident et les nettoient avec une merveilleuse rapidité, ajirès quoi ils sont encore lavés dans de l'eau <j[lacée. On les en retire congelés pour les emballer dans de la glace pilée à rai-
faites dans la pruxiiue de Québec par les riches Américains fanatiques de la truite rapportent à la Province un revenu estimable et les rendez vous de jiéche, sous forme de jolis chalets, se rencontrent dans de véritables solitudes. Toutes les rivières au nord de Montréal et jusqu'à l'Atlantique, le lac Saint-Jean et ses nombreux voisins, sont pleins des truites les plus fines et les uius estimées qui existent.
Les pêcheries intérieures du Canada sont soumi-
PuRT DE i'tCHE DE Selkirk (Lac Winnipeg).
son de 100 livres de glace pour 50 livres de poisson. Ces caisses sont déposées dans des chambres frigorifiques d'oii on ne les retire que pour être transportées à bord et placées également dans des chambres froides. De Selkirk, des wagons frigorifiques les emportent à destination. Les poissons qui ne sont pas destinés à une consommation immédiate sont conservés dans des entrepôts 011 la température est maintenue au-dessous de zéro. Ceux de Selkirk peuvent contenir 2 millions de livres de poisson. Plus des trois quarts des produits de pêche du lac Winnipeg sont expédiés aux Etats-L'nis et approvisionnent les marchés de New- York, Boston et Chicago.
Récemment, des sociétés se sont formées pour l'exploitation des lacs de l'Alberta et de la Saskatchewan, plus poissonneux peut-être que le lac Winnipeg.
La pêche, plus encore que la chasse, est le sport préféré au Canada. Le nombre des clubs de pêche ne se compte plus; les locations de pêche
s€s à un sévère contrôle gouvernemental, tant pour l'époque de la pêche que pour la nature des engins e^ la quantité de poissons pris.
Par décret, le total de la pêche du lac Winnipeg ne doit pas excéder 5 millions de livres, et les 2,400,000 livres de poissons dont la capture est autorisée pour la pêche d'été ont été prises, en 191 1, en cinq semaines.
Des établissements de pisciculture sont établis sur divers points du Canada, afin de prévenir l'épuisement possible des eaux. Tous les ans, des réserves sont créées dans de petits lacs interdits aux pêcheurs.
L'éta'olissement de pisciculture de \\'innipeg met en liberté chaque année plus de 75 millions de jeunes poissons de diverses espèces. Les moyens les plus perfectionnés sont employés pour assurer la reproduction. C'est au moment des premières glaces que l'opération commence. Le frai, lavé, est placé dans de grands vases de verre où coule un courant d'eau de rivière continu. \"ers le printemps»
90 I.K Canada Ii.i.usihk
quiiiul l'iMu coinmencc à se n'( IkiuIUm-, U^s cruf.s se I);\i)s l'ordre* (]\\ rciulciiiciit, le saumon arrive
développent avec ra|)i(lito. Des (|ii(' les petits pois premier ii\c( mi prixjuii de ^ 'f'.333/'7". |)rcsque sons alleij^nent une l.nlle sulïis.inle, ils son! uns le tiers de l,i \;deur t(il;de. l'.nsuile \ieimeut le clans des viviers et plus liird IAcIk-s en liherte'- d:iii-^ li(iiii,ird, l,i !ii<iine, le ll;lrell^^ l;i plie, l;i merluche, les rivières. l,e poisson i)l.iiic .ittemt son plein le poisson hl.iiir, |;i truite, réperl.in, le ii);i(]iiereini, dévelop|)emenl à l'âf^e de (juatre ans. Icslurj^con, le Ijrodict, la sardine, les moules et
La pêche est prohibée, |)()ur chii(|ue espè(-e de co(juillaj.(es et enfin les huîtres avec $ 212,296. poisson, à l'c'-p. k|ii(> du Irai. Sur tout le territoire
canadien, la [lèche est nitcllif^ennnent proté<j^ée et, ' " I il 11
grâce à cette sa^^^e ])rolection. les pêcheries cana- \ 1 y
diennes resteront les plus belles de notre planète. \ ' V
Dans son ra])]iort aniuiel pour l'exercice IQI2, le département de la marine cl des pêcheries indi \
que pour le produit total des pêcheries canadiennes V ^
In sonmie de $ '^4,6()/,H/2 ; les pêcheries maritimes W^^
ri^urcnt dans ce total pour $ 30,842,875 et les ""
pêcheries d'eau douce pour $ 3,824,997. La Colombie Britannique prend la première place, qu'elle conservera sans doute, avec une augmentation de $ 4,513,890, due, pour la plus grande partie, à l'intense activité des fabriques de conserves de saumon.
Voici les résultats par provinces : i^^^ -ri ^^m ^
Colombie Britanni(|UL- % 13667.125 ^^^» .^ -M
Nouvelle-Ecosse Q-S^Z-SSo
Nouveau-Brunswick 4.886. 157 ^^^^ wwm^m -^^^^^^^
Ontario 2.205.436 ^^^K ^f^^m . ^^m^mt^^
Québec 1.868. 136 ^^^* '* '
Ile du Prince-Edouard 1. 196. 396 ^^^^^ . ^.
Manitoba i. 113.486 ^^^T 1
Saskatcheuan 139.436 ^^^E>â>. Si
Vukon m. 825 ^^■É' .5 «J
Alberta 102 . 525
Pour quatre provuices : Nouvelle-Ecosse, Manitoba, Saskatchewan et Yukon, le rendement est ■■■^■T lucaHi^i^^ v"' plus faible qu'en 191 1, cependant le nombre des Hissage iji \ \!ok-K. poissons pris en Nouvelle-Ecosse est plus grand
que l'année précédente; ce sont les prix de vente H y a eu, pendant l'année, 65,926 marins mon-
qui ont fléchi. ^^^^^ ^ g^g ^^vires et 36,761 bateaux occupés à la
Pendant que la sardine disparaît des côtes de pêche, pendant que 25,206 personnes travaillaient
France, il est intéressant de constater qu'au Nou- à terre dans les fabriques de conserve ou les entre-
veau-Brunswick, c'est elle qui augmente de pots de poissons. En tout, un personnel d'environ
$ 752,013 la production de cette province. 100,000 personnes.
Sur les côtes de l'Atlantique, la pêche du
homard est en i^rogrès et les fabriques de conser- i t * 1 c
, , ,r • T, ici jii^iics cic cuiii,cr L^g fourrures et la Faune.
ves benehcient dune notable augmentation des
prix de vente, de sorte que le rapport officiel cons- Le Canada est universellement connu comme un
tate en Nouvelle-Ecosse une diminution des prix merveilleux pays de chasse. Personne ne l'ignore,
du poisson et une augmentation des prix des même ceux qui ne savent rien du Canada, parce
onserve». qu'ils ont lu dans leur enfance les nombreux
Dans la^ province de Québec, la pêche de la romans de voyages et d'aventures qu'a suscités
morue a décliné, bien qu'il y ait augmentation de depuis un siècle la conquête du continent amé-
$ 175,661 dans le rendement ricain.
Li-: Canada Ilustri:
Plus K>iii iKTus ]). nierons (les in.i^iiiliques chasses chi Canada. Ici, nous ne voulons considérer dans les richesses naturelles offertes par la faune du Dominion que les fourrures en tant (juc ])rodu(" tion roninierciale.
1 /histoire des fourrures est l'histoire même des débuts du C.m.id.i. Lorsque Henri W \eut coloniser la Xou\elle-France, il demande à de jurandes Compagnies, qu'il charge de ce soin, de faire toutes les dépenses nécessaires et il leur concède, pour les dédommager, un monopole, celui des fourrures. Le commerce des ])eaux de castor se nomme « la traite >> ; il enrichit les uns et ruine les autres ; à Québec, on s'arrache les j^rivilèges jDOur faire la traite ; certaines autorités trafiquent cies permissions qu'elles accordent, les colons audacieux et aventureux se font coureurs des bois et tra]")]:)eurs, abandonnent les villages et les villes pour \ivre de la vie des Lidiens. Ceux-ci ne s'adonnent qu'à la conquête des fourrures, les castors reculent de plus en plus à l'ouest des grands lacs et les marchés de fourrures qui ont lieu ])lusieurs fois l'an. à proximité des agglomérations civilisées, deviennent les grandes assemblées canadiennes où se décident la paix ou la guerre entre les Indiens et les blancs.
Pendant plus de deux cents ans, la traite des peaux de castor a été le principal objet de commerce du Canada et le commerce des fourrures est resté une des principales richesses canadiennes; sur ce terrain, le Dominion n'a qu'un seul concurrent, la Sibérie russe.
Les chasseurs de fourrures ont été. nu Canada, les pionniers de la civilisation.
En 1670, la Compagnie de la baie d'Hudson reçut de Charles II, roi d'Angleterre, la concession qui lui donnait la moitié du Canada.
La Compagnie organisa cet immense territoire uniquement en vue de la traite et des fourrures, seule richesse qui parut alors digne d'être exploitée. Elle créa des postes de plus en plus éloignés et de plus en plus nombreux au fur et à mesure que ses trappeurs blancs et indiens conquéraient les solitudes de la forêt vierge.
Plus tard, en 1870, après la constitution du Haut et du Bas-Canada en Confédération, le gouvernement canadien racheta à la Compagnie de la baie d'Lludson ses concessions, dont la propriété lui permit de distribuer presque gratuitement des homesteads. La terre canadienne prit de la \aleur, mais le domaine que conservait la Compagnie était encore considérable et les 7 1/2 millio:!S
de francs qui lui étaient \ersés en espèces lui jjermettaient de perfectionner son ex])loitation.
A partir de cette é})oque, la conquête des fourrures ne fut ])lus le seul objectif de la Coujpagnie. Les chemins de fer commençaient à desser\ ir les provinces de l'Est et le Canadian Pacific allait bientôt porter la colonisation et la ci\ilisation à travers tout le continent canadien. Le soin des terres qui lui restaient, l'organisation de la colonisation afin d'arriver h leur réalisation de plus en plus avantageuse devinrent une des branches de son activité qui aujourd'hui a dépassé, comme importance des bénéfices, le commerce des fourrures.
Celui-ci cependant est toujours florissant; \oici, à titre d'indication, le détail des prises d'une année choisie avant igo8 et antérieurement à l'entrée en jeu de la maison concurrente Revillon frères.
Blaireau
Bœuf musqué
Carcajou
Castor
Chien des prairies
Cygnes
Hermines
Lièvres
Loups
Loutres
Lynx
Martre
Ours (toutes espèces)
Pékans (sorte de martre)
Phoques «panachés
Putois
R at musq ué 2
Rat noir
Renard argenté
— bleu
Vison Zibeline
croise gris ..
rouge
P.aux
Il est assez curieux de constater que le Canada, le plus grand fournisseur de fourrures du monde, importe en pelleteries brutes ou préparées une plus grande valeur qu'il n'exporte. Cela tient à ce que la statistique douanière donne en bloc le total des peaux brutes et préparées et des fourrures confectionnées ou non. De sorte qvte le Canada, pays au climat rude et froid, consomme une grande quantité de vêtements en fourrures qui ne sont pas faits chez lui et dont la valeur dépasse celle des peaux et fourrures qu'il exporte.
Lie Canada Illustré
X'oici Icb clii lires |)(jur les (]u.ilrc clcniièrcs années :
Aiiini's l'.\|nijl;iliciiis liiipiM'lMlldiiH
I ()()S iSî 2. 507 . 392 4 . 370 . 700
'yio 3.716.320 5.76S.075
iQi' 4-277.744 5.001.070
Il est ])rol);\l)le «.m'axec le temps ces pro|)orlions se modilieronL Déjà quelques maisons canadiennes manufacturent les fourrures et fabriquent ellesmêmes les vêtements de fourrures; plus l'industrie du pa)'s se perfectionnera et plus les maisons canadiennes mettront elles-mêmes en œuvre les produits indigènes. Un jour doit venir où les Canadiens n'achèteront que trc'^ peu de vêtements de fourrure à l'étransier.
Caravane de mulets de la Compagnie
DE LA baie D'HUDSON.
La nomenclature des animaux à fourrure du Grand-Nord, comme on disait autrefois en parlant des territoires du Labrador et de la forêt canadienne, est beaucoup plus longue qu'on ne croit généralement et que ne l'indique la liste, donnée plus haut, des prises faites en une année par la Compagnie de la baie d'Hudson. Cette liste n'indique que des espèces, tandis qu'il y a de nombreuses variétés dont les fourrures ont des prix très différents.
On trouvera au chapitre XXV, Chasse, tout ce qui concerne les gibiers de sport, c'est-à-dire les bœufs musqués, le bison, les caribous, les lynx ou
loii [)s-cerviers, les ours, Vor'/gnal, le zudpili, le viouflon ou imnilon des montagnes, la chèvre des montagnes et le puma. Voici quelques f)récisions sur les animaux à fourrures.
Le blaireau n'a rien (pn le distingue des blaireaux de France, sinon (pie sa fourrure, comme celle de tous les animaux du Nord, est beaucoup l)lus belle, plus longue et jilus solide.
Le C'irca'jou, ou glouton, est surnomme |)ar les Indiens le di(d)le des bois, à cause de sa ruse et de son esprit diabolique. 11 sait manier tous les pièges sans s'y prendre, il \ole et ])ille, s'empare à l'occasion d'un fusil et va le cacher au fond des bois. Sa fourrure est marron foncé, très belle et très estimée, mais il faut, comme on dit, se lever matin pfMU' le [^rendre.
Le castor recule constamment vers les solitudes, chassé par la guerre acharnée qu'on lui fait depuis des siècles. Grâce à la fécondité de l'espèce, il existe encore en nombre, mais il est sans doute destiné à disparaître, car la limite nord de la zone où i] peut vivre est une ligne qui partirait de la baie d'Hudson vers le cinquante-cinquième parallèle pour aboutir à l'océan Pacifique vers le soixantième. Sa couleur varie du châtain au brun foncé, claire sur le ventre et foncée sur le dos, sa chair est excellente.
Les chiens de prairies, X hermine, la belette, le roselet, la moufette et la îuarmotte sont des fourrures plus ou moins recherchées suivant la mode ; l'hermine est celle qui a la plus grande valeur après les martres et les visons, jnais elle est- de vente moins courante que beaucoup d'autres fourrures plus communes, question de mode.
Les lièvres donnent lieu à un grand commerce parce que leur fourrure se prête à toutes les teintures et imitations, comme les peaux de nos lapins et de nos chats de France.
Le loup canadien a une superbe fourrure qui, lorsqu'elle est très foncée, est vendue souvent pour du renard noir, une des fourrures les plus chères qui existent. Le loup gris vit dans le nord-est du Labrador, le loup noir ou foncé habite particulièrement à l'ouest des Montagnes Rocheuses, mais il ne se rencontre pas au sud du quarante-huitième parallèle.
La famille des loutres est nombreuse dans les lacs, les rivières et sur les côtes maritimes du Canada. Ses diverses variétés sont l'objet d'un grand commerce de fourrures. La loutre canadienne est plus grande que la nôtre, elle a ordi-
Le C.\.\.\DA iLLlSTRJt
nairement un mètre de longueur, un pelage brun acajou foncé très épais et beau. Le selskins ou loutre de mer est plus grand et noir.
La famille des martres ou vuxrtes est plus nombreuse encore Leur couleur varie du blanc au brun