PREMIÈRE PARTIE
Histoire, géographie, riehesses naturelles
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Découverte du Canada. — L'Occupation française. — La Conquête anglaise.
Découverte du Canada.
Le Canada est la première des terres américaines découvertes par un Européen. Aux environs de l'an mil, bien avant que Colomb révélât l'Amérique, un hardi navigateur norvégien, Leif Eriscon, découvrit Terre-Neuve et la Nouvelle-Ecosse. Mais cette découverte, mentionnée par de vieux récits de voyage, n'eut pas d'influence sur les destinées du Canada. Nul ne tenta de renouveler le voyage d'Eriscon, nul ne songea surtout que ces terres lointaines et froides étaient les rivages d'un pays destiné, par son extrême richesse, a devenir le grenier de la vieille Europe, la réserxe de papier du monde et, pour les générations actuelles, la terre de l'avenir.
Cinq cents ans plus tard, Henr}- \"II d'Angleterre envoya Jean Cabot sur ce continent que Colomb avait découvert cinq ans auparavant ; il y devait chercher une route nouvelle vers les Indes, mais cette expédition n'aboutit, elle aussi, qu'à un récit de voyage et Cabot ne songea nullement à coloniser.
L'Occupation française.
Le premier effort de colonisation est consécutif à la découverte du Saint-Laurent par Jacques Cartier. 11 ne dure que quelques mois et son insuccès est complet. La situation intérieure de la France explique l'abandon qui, pendant soixante ans, suit cette tentative d'implanter la race française au Canada.
Henri IV, malgré la méfiance de Sully, s'intéresse aux destinées de la Nouvelle-France qu'ilveut exploiter et coloniser. Afin de ne pas grever le Trésor, il imagine d'atteindre ce résultat à l'aide du système des grandes compagnies. Il charge le commandant de Chaste et quelques Français de peupler et d'exploiter la colonie et leur concède des monopoles fructueux, mais leur action est surtout une entreprise commerciale. La véritable colonisation ne commence qu'avec Champlain, que l'on peut considérer à bon droit comme le vrai fondateur du Canada. Après y avoir fait plusieurs voyages et exploré, pour le compte du roi, l'embouchure du Saint-Laurent, son opinion est faite; » si ces terres étaient cultivées, elles seraient t)onnes comme les nôtres » (i).
Il décide de Monts, directeur de la Compagnie, à s'établir dans la vallée du Saint-Laurent et fonde Québec, en 1608, sur le bord même du fleuve. Mais la nouvelle colonie vit avec peine. La Compagnie cherche surtout à réaliser des bénéfices commerciaux et ne s'acquitte pas de ses obligations de peuplement. D'autre part, les colons sont attaqués constamment par les indigènes et les Anglais. En 162g, Québec est prise par Kerkt à la tête d'un parti d'Anglais, et c'est grâce à la diplomatie de Champlain que la ville est rendue à la France.
Richelieu s'occupe de la colonie naissante et la remet à la Compagnie des cent associés; celle-ci
(i) Des Sauvages ou Voyage de Samuel de Cham-plain de Brouage fait en la France-Nouvelle l'an 1603.
\^iCToiRE DES Algonquins sur les iRogiois uécidke par Chami'Lain
ET DEUX DE SES COMPAGNONS (29 juillet 1609).
ne remplit pas mieux ses obligations que la précédente. Jusqu'en 1663, la colonie se débat vaillamment contre les incursions constantes des Iroquois et la domination commerciale des cent associés. Vers 1643, la Compagnie, complètement ruinée, est abandonnée par Richelieu, et la colonie végète pendant une vingtaine d'années sous la domination théocratique des Jésuites. Malgré l'abandon complet de la métropole, elle se peuple lentement, grâce à l'excédent des naissances.
En 1659, Louis XIV s'intéresse à la Nouvelle- France, mais les premiers secours sont infructueux Le roi prononce alors la déchéance des cent associés et remet la colonie à la Compagnie des Indes Orientales. Un régiment venu de la métropole délivre la Nouvelle-France des Iroquois. Toute l'attention du roi est consacrée au peuplement. Les colons amenés en Nouvelle-France sont comblés de faveurs, on les aide à s'établir, on leur apprend à ensemencer les terres. Le mariage est rendu obligatoire et le souverain récompense par des dons en argent les nombreuses familles. L'homme de confiance de Louis XIV, l'intendant Talon, donne tous ses soins à la colonie et, grâce à lui, le commerce et l'agriculture prennent un réel essor; la Nouvelle-France est définitivement fondée.
Les guerres européennes, de 1673 à 1684, détournent du Canada l'attention du roi et l'obligent à réduire ses subsides; mais la colonie continue à se développer par ses propres ressources.
La déconfiture de la Compagnie des Indes Orientales suit de près le départ de Talon ; Louis XIV lui retire l'exploitation du Canada qu'il garde sous sa dépendance. Les seigneurs canadiens
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Pri>k de Québec par David Kkrri- 119 juillet 1629J.
Lu Canada Illustré
exploitent mal leurs licfs, f.iute d'argent. Les pa)'saiis, au contraire, arrivent rapidement à une situation prospère et leur sort est incomparablement meilleur (]ue celui des pa)sans frainjais.
;M0M MEM DE MONTCALM A QlÉBEC.
L'agriculture, la chasse, la pèche et surtout la traite des peaux de castor suffisent amplement à la vie de la petite colonie. Le commerce avec les Antilles est prospère, et, malgré l'abandon du roi, la Nouvelle-France continue à se développer. Malheureusement, les guerres d'Amérique viennent trop tôt troubler sa prospérité naissante. L'essai de francisation des indigènes a complètement échoué. Les sauvages, excités par les Anglais, surprennent la colonie et y commettent d'horribles massacres. L'héroïque défense de Frontenac la sauve et l'établissement d'une garnison permanente la met à l'abri de nouvelles invasions. Mais la guerre a dévasté la campagne et semé la misère chez nombre de colons. La révocation de l'édit de Nantes interdisant aux protestants l'accès de la Nouvelle- France l'affaiblit encore pendant les années qui s'écoulent entre la paix de Ryswick et le traité de Paris qui met nn à la domination française.
Les guerres constantes avec les Anglais d'Amé-
rique et les luttes contre les s.iuvages troublent sans cesse la jKiix des Canadiens. Leur défense héroic]ue est connue de tous. 11 est admirable de \()ir comme, en ces tem|:)s troublés, la Nouvellel'rance continue à se développer et jjrofite des (ourts intervalles de paix pour donner un nouvel essor à son agriculture et à son commerce.
La culture et le bétail augmentent tous les jours. Dès 1699, le Canada exporte blé, grains, légumes. En 1716, il y a en Nouvelle-France 57,240 arpents cultivés (i).
En 1747, on établit deux routes royales, l'une le long du Saint-Laurent, l'autre jusqu'à la Nouvelle- York. Vers 1734, les mines de fer du Saint-Maurice sont mises en exploitation.
Malgré cette situation brillante, le Canada, qui coûte très peu à la France, a la réputation de coûter très cher. Mal connu, méconnu, il ne trouve ni réel appui ni vraie sympathie dans la métrol)ole. La Hontan, qu'une animosité personnelle déchaîne contre le Canada, donne aux Français une hupression fausse de la colonie. Voltaire, qui considère la possession de la Nouvelle-France cornme ruineuse, les entraîne à abandonner le Canada.
Major général Ja^ies Wolfe.
Personne, en France, ne connaît la belle race canadienne qui s'est développée par elle-même sur le sol du nouveau monde, et dont l'énergie et le courage vont apparaître pendant la lutte désespérée qui s'engage à la guerre de sept ans.
(i) 2 ïjz arpents ou acres équivalent à i hectare.
Lk Canada Iluistrk
Al).ni(luiiiH' (.lu roi, ;il).iii(li)iiiir de l'opinion |)ul)liiiu(", 1(' (".ni.uhi se drliMidit .i\(m iu li.niicnR'nl pfiid.inl SIX cins J754-i7(k)). L'éi)idéuiic de petite vérole tue prestiuc autant de monde que la guerre. L'héroïsme bien connu de Montcalm ne peut empêcher la capitulation de Québec, et, en novembre 1760, après la bataille des plaines d'Abraham, où les deux adversaires Montcalm et Wolfe trouvent la mort, le Canada appartient défmitivement à l'Angleterre; la Nouvelle-France a hni d'exister.
La Conquête anglaise.
Le début de la domination anglaise fut une ère de paix pour le Canada, qui put réparer en quelques années les désastres causés par la guerre. Le libre exercice de la religion catholique ainsi que les lois françaises furent maintenus et les Canadiens purent douter d'avoir réellement changé de maître.
i .e gouverneur Carlelon sait si bien se les attacher qu'ils n'<iiit aucune velléilé de se joindre aux colonies iinglaises révoltées. L'arrivée du gouverneur I l.ildimand ouvre une ère de persécution pour le ( cinad.i; des centaiiirs de (,'anadiens français sont jetés en jjrison et la inélrcjpole retire les concessions accordées à la colonie. Cette oppression de la race française s'accentue ])ar l'arrivée au C'anada de 20,C)CX) Américains loyalistes qui s'exilent \ oiontaireiiient des Ltats-Unis après la ])roclamation de l'mdépendance. Les doléances de la population française sont enfin entendues au Parlement de Londres . UHubeas Corpus lui est accordé, Ilaldimand est rappelé.
Son successeur est l'ancien gouverneur Carleton, annobli sous le nom de lord Dorchester. Sous son gouvernement, en 1791, le Canada est constitué en deux provinces, le Haut-Canada, comprenant 20,000 habitants, et le Bas-Canada, qui en contient 160,000, dont 20,000 Anglais: toutes deux possè-