‹ Le Canada illustréChapitre 55 sur 80 · DANS TNE VILLE NOUVELLE DE SASKATCHEWAN · texte numérisé non relu

DANS TNE VILLE NOUVELLE DE SASKATCHEWAN

Certes, dans ces journaux, il y a des articles bien rédigés et intéressants, mais ils sont irrémédiablement noyés dans ce fatras tout américain 011 l'on a du mal à trouver le renseignement intéressant. Les journaux quotidiens mêlent les annonces aux comptes rendus des fêtes mondaines. Ils publient chaque jour de nombreuses photographies des héros de faits-divers, des fiancés, des morts, des personnages de la société canadienne; tout cela, pêle-mêle avec la masse des annonces commerciales les plus saisissantes que leurs auteurs ont pu imaginer, donne aux journaux de là-bas un aspect étrange et incommode.

On comprendra que certains Canadiens renoncent eux-mêmes à entreprendre la recherche des rares articles à lire dans ces journaux et préfèrent se tenir au courant par des feuilles de France ou d'Angleterre.

Il semble aussi que l'on puisse attribuer l'insuffisance du journalisme canadien au manque de temps et à la besogne trop grande dont sont accablés les journalistes au Canada. Mal payés, en nombre insuffisant, les rédacteurs des quotidiens n'ont pas le temps de rédiger avec som leurs informations et songent plus à remplir les colonnes qu'à intéresser le lecteur.

Seules les publications hebdomadaires s'occupent du mouvement des idées et présentent un cer-

Le Can'/Vda Illustré

Lun iiilrrrl littcr.urc. On peut c c|)(M1(1,iii1 Iciii- K'prui luT trop souvenl l'élroilesse d'esprit, (|iii tend .1 tr.mstdniier les questions d'ordre g('n(^r.il en (|iie r(MI(>s de iKulier, et leur criticiue litlériiire un jx'u dure pour les écri\nins étrangers et par trop enthousiaste pour leurs littérateurs (ju'ils ciualilienl assez facilement de nou\cau.\ Victor Hugo, Shakespeare, Molière ou Cicéron.

11 faut d'ailleurs, pour être piste, tenir compte cl la presse caiiiidicniu^ de sa jeunesse. Le ])remier journal canadien, le H alifax-Ciazette, ne parut pour la première fois que le 23 mars 1852.

Le deuxième, dû à deux imprimeurs de Philadel phie, MM. Brown et Guilmour, fut la Qiicbcc- Gazette, dont le premier numéro parut le 21 juin 1S65; enfin, le troisième, la Montréal-Gazette, date du 3 juin 1868. A partir de cette époque, les journaux sont créés avec une progression toujours plus grande. Le journalisme au Canada ressemble beaucoup au journalisme des Etats-Unis; on y trouve toujours l'esprit optimiste qui anime les habitants du Dominion.

A l'époque difficile des débuts, il fallut beaucoup de travail et une grande persévérance pour établir un journal au Canada; la Halifax-Gazette mérite toute la reconnaissance du public.

Parmi les principales feuilles de l'Est, il faut citer le Montréal Daily Star, conservateur; la Gazette, conservateur ; le Montréal Herald, d'abord libéral et maintenant conservateur; le Daily Telegraph, libéral ; le Globe, libéral ; le Mail Empire, conservateur; en journaux canadiens français, le Canada, la Patrie et la Presse. A Vancouver, un des principaux organes est le News Advertiser. Le premier numéro de VEvening Star, qui devint plus tard le Montréal Daily Star, parut le 16 janvier 1869. Montréal n'avait alors que 100,000 habitants qui s'occupaient beaucoup plus de leurs propres affaires que des nouvelles extérieures. Et ceci explique pourquoi la presse canadienne a été d'abord une presse d'annonces. Cependant, M. Hugh Graham, son directeur, en fit rapidement le premier journal du Canada. Son premier succès date de 1870; il publia des numéros spéciaux et des nouvelles rapides sur les événements de la guerre franco-allemande; plus tard, en 1885, il fit une campagne qui eut beaucoup de retentissement en faveur de la vaccination obligatoire. Enfin, en 1887, il lança des souscriptions pour envoyer au grand air pendant les vacances les enfants pauvres. Le Montréal Daily Star est aujourd'hui le plus important des journaux conser-

\,it(Mirs (M a doublé, de])uis douze ans, son tirage (|ui atteint 100,000.

l-es revues françaises les |)lus remarquables nous semblent être le 'Nationaliste et le Devoir, à Montréal; la Vrrili' et V Actioji sociale, à Québec. On y remarque deux jfjurnalistes canadiens d'un réel talent, MM. Olivier Asselin et Orner lierons.

Le Journal de Françoise et la Revue Canadienne, où l'on peut admirer les belles chroniques de M. Chapuis, sont des publicaticjiis intéressantes et bien écrites.

Comme nous venons de le constater, le journalisme canadien est encore loin de contribuer à la formation littéraire. Il y a ce])endant de bons journalistes canadiens, et le jour où la presse cessera d'être un amas de réclames et de mondanités, on peut espérer qu'elle jouera un rôle utile dans le développement littéraire du pays.

Les Arts.

Beaucourt, Louis dk Longpré. Legare, Antoine Plamondon, Théophile Hamel, William Valentine, Robert Barbier, M. Morrice, Philippe Hébert, La Liberté.

Le développement artistique du C:ii'iada est extrêmement lent et n'a pas produit jusqu'à présent de talent réellement original. Il y a quelques écoles d'art affiliées aux universités, mais les artistes qui en sortent, tant musiciens que peintres, ne se sont pas encore manifestés par des œuvres de grande valeur. La faute en est peut-être à la culture artistique incomplète de la nation canadienne. La notion de l'art est généralement le résultat d'une longue période de culture et n'atteint son développement absolu que chez les anciennes civilisations.

Il est naturel que les Canadiens, trop occupés de mettre leur pays en valeur, n'aient pas eu jusqu'ici le temps de se former au point de vue de l'art. En dehors de la société la plus cultivée, une lithographie allemande de 10 cents leur cause le même plaisir qu'un tableau de maître; le pianola et le phonographe remplacent avantageusement la musique et le chant.

Récemment, cependant, on a fait de réels efforts pour propager la culture artistique. Une galerie nationale a été ouverte à Ottawa, un musée d'art constitué à Toronto. On vient d'organiser un musée à Montréal, auquel le maître Jean-Paul Laurens

a (litort des esquisses et des dessins de toute beauté.

Mal<4ré le iiiaïuiuc d'orij^in.dité de ses artistes, le C.ui.id.i .1, depuis son orij^ine, possédé des peintres.

Monument a M"« de Verchères, par Ph. Hébert.

("e lurent d'abord des relij^ieu.x venus avec les premiers colons et qui consacrèrent leurs loisirs à orner leurs enlises. Le peintre Beautourt, né à Québec en 1733, après avoir étudié en 1* rance, eniljellit les églises canadiennes de peintures dans la manière de W'atteavi.

Louis de Longpré, Legaré, i\ntoine Plamandon continuent la tradition des premiers peintres canadiens; Théophile Hamel, après avoir étudié en Italie, peint les membres du ministère Baldwin, d'une couleur correcte et froide.

William Yalentuie, né en Nouvelle-Ecosse, Robert Barbier, du Nouveau-Brun wick, ont laissé des peintures d'une valeur discutable, mais 011 l'on discerne un réel souci de la ressemblance.

Dans la génération actuelle, il faut citer quelcjues artistes d'un véritable talent.

M. Morrice, sociétaire du Salon, membre de la Royal Académie à Londres, est un paysagiste remarquable dont le pinceau se plaît à tracer les grandes scènes de la nature canadienne.

Philippe Hébert, l'auteur du beau monument de Crémazie au Havre, est un spécialiste des monuments commémoratifs très en faveur au Canada.

Le monument de M"*" de Verchères, que nous reproduisons, est parti en septembre 191 3 pour le Canada. Il est érigé à Verchères, à 8 lieues en aval de Montréal, sur la rive droite du Saint-Laurent. C'est là que le seigneur de Verchères, officier du régiment de Carignan, avait construit, en 1672, un fortin sur sa terre. En octobre 1692, Madeleine de \^erchères avait quatorze ans et huit mois quand les Iroquois surprirent les habitants tous occupés dans la campagne. jMadeleine était à 400 pas de la porte quand un Iroquois l'aperçut et la saisit par son fichu de col. Elle le lui abandonna et grâce à sa vitesse put rentrer dans le fort et fermer la porte. Il n'y avait à l'intérieur qu'un seul soldat. Elle se coiffe du chapeau de ce militaire, multiplie les commandements et réussit à charger un tanon de quatre livres de balles qu'elle tire sur les sauvages. Les Iroquois, effrayés par une défense aussi rapide, restèrent huit jours devant le fort, tenus en respect par le canon et les deux fusils jusqu'à ce qu'on vînt au secours de la jeune héroïne. La figure monumentale de W^^ de Verchères est magnifiquement campée; il paraît que le sculpteur la chercha longtemps et la trouva en quelques minutes après avoir lu quelques pages de la Légende d'un peuple, de Fréchette.

Le Canada Iixusikk

M. La Libellé a expose à Pans des sculptures d'un réel talent. Les bustes de ALickenzie et les portraits de Suzor Côté sont des œuvres d'art consciencieuses et intéressantes.

Mais, malgré ces artistes, qui tous ont étudié en Europe, une école d'art n'existe pas au Canada.

11 en sera ainsi tant que les Canadiens viendront se cultiver en Europe, et chercheront ensuite individuellement à percer dans le chaos contemporain. Leur premier soin devrait être de réunir les élé-

ments d'une tradition et d'un enseignement, de créer, dans leur pays, un milieu favorable. Quand les artistes canadiens, débarrassés du parasitisme européen et cherchant leurs inspirations dans leur milieu au lieu de se disjjerser au dehors, se seront formé une réelle originalité, nous pourrons assister à l'éveil artistique du Canada. Issus de deux races qui donnèrent naissance à de grands artistes dans tous les genres, les Canadiens ])ortent en eux une sève assez riche pour constituer plus tard ur» art national.

I,E nouve.au musée de Montré.al.

CHAP1TR1-; XXV Les Sports.

Sports d'hiver. — Chasse. — Pêche.

L'amour extrême des sports est un des traits distinctifs de la race canadienne. Les joutes et les tournois variés auxquels tous les genres de sports donnent lieu soulèvent au Canada des passions et des rivalités aussi profondes que les rivalités et les passions politiques.

Ce goût que les Anglais et les .Vméricains ont communiqué au Canada se manifeste dans toutes les branches sportives. Le vainqueur d'un match sensationnel devient aussi célèbre au Canada que le héros d'un tournoi scientifique ou l'auteur de livres de valeur. Dès l'enfance, le goût du jeune Canadien est dirigé vers les sports ; ses plus grands plaisirs, ses jeux les plus passionnants sont faits de courses, de gymnastique et surtout des récréations sportives de l'hiver.

A l'école, il apprendra le tennis, le golf, la boxe. Ses parents seront plus humiliés d'une mauvaise note en gymnastique ou en golf que d'une mau\"aise place en version latine.

Dans la vie d'étudiant, les sports tiennent pres-

que toujours la première place. Les courses de canots, les parties de football, de criket, absorbent autant de temps que l'étude. Chaque année, des matches mettent aux prises les différentes universités et les journaux font, une place plus large au compte rendu de ces joutes qu'aux événements politiques les plus intéressants.

Adulte, le Canadien continuera à consacrer tous ses loisirs aux sports. Ses heures de liberté seront absorbées par les clubs de golf, de base bail, de crosse, en hiver par les sports de neige, sans parler de la chasse et de la pèche, qui font pour ainsi dire partie de la vie canadienne et y tiennent une place d'autant plus grande que le Canada tout entier est un des plus merveilleux territoires de chasse et de pêche du monde. Pour les uns elles sont une ressource, aux autres elles apportent des joies que ne connaissent guère les chasseurs et les pêcheurs d'Europe.

Les femmes se livrent aussi à une vie sportive très intense. Beaucoup d'entre elles sont de déter-

l'OLU A \'U iORlA (^Cuî. Blit.

IJO

Lk Canada IliajstrI':

minées chasseresses et miimmiI awc p.issioii les expéditions de leurs frères ou de lotus iii;iris. l*lusicurs (Canadiennes se sont même laiL une réputation d'adresse très méritée.

Dès l'en famé, la jeune fille, connue le jeune honnne, est rompue à tous les exercices jihysiciues. A l'école, les sports constituent une partie du prni^ramme des études. Plus tard, la jeune lille canadienne prend part avec ses frères, ses amis, aux jeux et au.x p.irtics s|)orti\cs où s'ébauchent des flirts qui n'en sont ])as le moindre attrait. Dans ces jeux en Kiunuun, dans ces joutes au j^rand air, commencent sounxmiI les id\-]lcs qui mènent plus tard les jeunes ^ens au manay;c.

La gymnastique et les sports athlétiques, sous toutes leurs formes, sont en honneur au Canada. Les matches de boxe excitent les plus vifs enthousiasmes et l'on peut voir toute la jeunesse, des foules d'hommes et de jeunes gens se presser chaque soir pour assister à ces combats. Tandis que le plaisir préféré de la Canadienne paraît être la conférence littéraire, la passion dominante du Canadien est le spectacle de la lutte sous toutes ses formes. Dans les chantiers des bûcherons qui défrichent la forêt vierge, parmi les bateliers qui conduisent les trains de bois .comme dans les matches des boxeurs célèbres, la lutte attire partout la foule. Pour flatter ce goût américain, certains théâtres intercalent même des intermèdes de lutte dans les entr'actes de leurs pièces. Il appartient aux Canadiennes, souvent très délicates, fines et cultivées, de réagir contre l'invasion de ces mœurs américaines qui finiraient par déteindre sur la générosité du caractère canadien.

Les jeux d'adresse sont plus populaires au Canada que nulle part ailleurs. Le tennis, le hockey, le base bail, le golf, y sont joués assidûment, mais la crosse, le grand jeu national, est peut-être pratiquée avec un enthousiasme plus grand et plus général. Ce jeu, qui attire à Montréal chaque samedi une foule de dix à douze mille personnes, est le vieux jeu français importé par les premiers colons. Au treizième siècle, la crosse était déjà très en faveur en Normandie. A Avranches, un curieux cérémonial présidait aux grandes joutes annuelles. Au jour fixé, tous les habitants se rendaient sur la grève de la Sandière, non loin du pont Guibert, et l'évêque lui-même ouvrait le jeu en frappant la première boule de sa crosse pontificale, tandis que les cloches de la cathédrale sonnaient à toute volée.

La crosse canadienne est ainsi une variété du vieux jeu de balles français ; il se joue entre deux

( amps di" doii/e joueurs ch.i'un, sur un terr.un (]ui a KX) mètres de long sur 45 mètres de large.

Au milieu de ( ha(]ue e.xtréinité est planté un but composé de (lcu.\ polcaii.x hauts de l m. <S(j, enfoncés à i m. JSo l'un de l'autre, reliés par une traverse. Chaque camp n'a qu'un objectif : faire passer la balle dans le but de l'adversaire malgré le gardien du but, dont le domaine est tracé par un demi-carré ou un demi-cercle qui fait face à l'assaillant. Dans sa limite, le gardiefi du but peut s'opposer à la balle de toutes les façons, tandis que les autres joueurs ne peuvent la toucher ni du pied ni de la main.

Ils sont armés d'une crosse dont la concavité est remplie ])ar un filet en lanières de cuir rJe bœuf permettant de rattraper la balle à la volée, de la lancer en la dirigeant, etc.

On place la balle au centre du terrain et un joueur i)our chaque camp l'attaque; les autres sont dispersés dans le terrain pour soutenir l'attaque et la défense, sauf les deux gardiens des buts qui n'abandonnent jamais leur limite.

Un match se compose de deux reprises ou demitemps de 40 minutes chacun séparés par un repos de 5 minutes. Le camp victorieux est celui qui a conquis le plus souvent le but de l'adversaire.

H\SK TiM.T..

Le base bail est la forme canadienne du criket, mais il est beaucoup plus difficile à jouer et surtout plus dangereux. Le batte est remplacé par une grosse massue de boie ronde, dont le maniement nécessite beaucoup de pratique, aussi les professionnels de ce jeu gagnent des sommes fabuleuses.

Lk Canada Illustré

Sports d'hiver.

lloc/iCy sur ^'Iijcc, ('iirlin^. Kiiijitcllc. Shi. Icc- Yachtin^/iobog^aninij;. Lii^^c. S/;ck'/on. liohslei^h. Il aine sauvaiic.

11 n'existe iirobablement pas de pays où la variété des sports d'hiver soit plus grande (]u'au Canada. Cejiendant, jusqu'à ces dernières années, toutes les agences de propagande à l'étranger se sont donné ou ont reçu pour consigne de ne jamais parler de ces sports d'hiver qui sont en si grand honneur. Il semble qu'en évoquant l'image des hivers canadiens on craigne d'écarter du Canada ceux qui ne le connaissent que par la boutade de Voltaire sur les arpents de neige.

C'est bien à tort; au lieu d'éviter de parler de l'hiver, on devrait au contraire en célébrer les mérites et les joies.

Ceux qui connaissent le Canada et y ont vécu les journées d'hiver et de froid sec, éclatantes de soleil sur le tapis de neige, considèrent l'hiver comme la saison des fêtes et des réjouissances. Rien n'est plus gai et plus vivant que Montréal en hiver, quand la foule bruyante, heureuse d'oublier les heures de travail, s'élance rapide vers le Mont-Royal, sur des skis et sur des raquettes. Les fêtes de nuit du Mont-Royal attirent souvent plus de vingt mille personnes, et c'est un spectacle charmant que cette jeunesse, couverte de fourrures, la face colorée par le froid et animée par le plaisir.

Aux fêtes de nuit, les pistes sont éclairées par des lanternes vénitiennes; ces lumières vacillantes illuminent par brusques éclats la figure des tobogganistes, qui sont précipités sur les pentes, secoués au milieu des rires et des plaisanteries des spectateurs. La sensation de vitesse est enivrante, et sitôt en bas, les joueurs remontent, traînant leurs planches dans la neige jusqu'aux genoux et pressés de recommencer. Toute la partie du parc où sont les toboggans est éclairée par d'immenses feux de joie. des fusées déchirent constamment l'obscurité, les feux de Bengale illuminent à chaque instant d'une lumière féerique le feuillage des grands arbres.

Des jeunes gens et des jeunes filles se poursuivent à coups de balles de neige et les ombres des skieurs passent et repassent à toute vitesse. Ceux qui ne participent pas à ces jeux violents viennent de temps en temps se réchauffer autour des brasiers, et les parents, engoncés dans de lourdes fourrures, font salon sur les bancs installés autour des feux Puis, tard dans la nuit, des traîneaux et

des voitures cnimènont (clte l<iule j(jyeuse, des ijiétons sur patins et skis dégringolent les rues sombres et l()ngtem])s encore des rires fusent dans le lointain. L'hiver à Montréal est une fête perpétuelle pour les amateurs des sports de neige.

Autrefois, il était d'usage d'élever un châteaufort en neige et en glace dans le Dominion Square, une des j^lus belles places du Canada, et la foule des étrangers venait admirer ce bloc étincelant. Soit que le gouvernement ou la direction du Pacific Railway ait craint qu'une telle expo- ]iisition dénonçât au monde qu'au Canada le thermomètre descend quelque peu au-dessous de zéro, soit poui- d'autres raisons que nous ne connaissons pas, les châteaux de glace ont été interdits.

Il semble qu'un mot d'ordre empêche même les journaux quotidiens de donner un compte rendu détaillé des fêtes d'hiver. Ils ne parlent guère que des accidents survenus au cours des divertissements et de la chaleur des feux de joie.

Ce désir de cacher la rigueur des hivers canadiens est un trait caractéristique. Il nous est arrivé de prendre quelques photographies de scènes de neige. Le photographe qui les développa nous dit d'un ton piqué : « Naturellement, vous allez envoyer ces photographies dans le vieux pays, et ils penseront que nous n'avons pas autre chose ici que de la neige! >>

Le monde entier devrait savoir que !e froid canadien est un froid sec avec ciel pur et presque toujours grand soleil. Ce froid, facile à supporter, est bienfaisant pour les choses et pour les hommes. Cependant, nous avons rencontré des Canadiens qui semblent considérer la neige comme une disgrâce, alors qu'elle est le grand agent de fertilité et de santé.

Tous les sports d'hiver sont pratiqués avec ardeur au Canada. Le hockey, le patin, la raquette, le yacht à voile, le curling, le ski s'y disputent la faveur des populations et comptent des milliers d'adeptes. Il est facile de s'en convaincre pour peu qu'on passe quelques jours dans le pays et qu'on ait accès dans les nombreux clubs qui s'en occupent exclusivement.

Nous n'entreprendrons pas de donner des détails sur chacun de ces sports, ce serait la matière d'un livre, mais il faut dire quelques mot^ de ceux qui sont essentiellement canadiens.

Le Hockery sur glace est le premier des sports d'hiver au Canada; c'est le jeu national de l'hiver, celui qui se joue dans les plus petits hameaux dès qu'il y a un nombre suffisant de joueurs pour

Page 1