‹ Le Canada [microforme]Chapitre 19 sur 46 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET

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en visitant pour la première fois le Canada. Je venais de traverser une partie des États-Unis, qui, je dois le dire, ne m’avaient pas converti à leur république. Après un dur trajet dans des wagons égalitaires et sur des bateaux non moins égalitaires, après deux ou trois transbordements au milieu d’une foule tumultueuse et batailleuse, soudain quel changerient! Devant moi, dans des plaines paisibles, s'élèvent des maisons avec le jardin et l’enclos, comme on les voit en Normandie; à mes yeux apparaissent des physionomies dont je me plais à observer l’honnête et bonne expression; à mes oreilles résonne l’idiome de la terre natale. Mon cœur se dilate, ma main serre avec confiance une autre main. Je ne suis plus en pays étranger; je suis sur le sol du Canada, dans l’ancien empire de nos pères. Quel empire! De l’est à l’ouest, un espace de cinq cents lieues : à l’une de ses extrémités, les profondeurs du golfe Saint-Laurent ; à l’autre, le lac Supérieur, le plus grand lac de l’univers. Entre ces deux hnmenses nappes d’eau, des forêts d’où l’on peut tirer des bois de construction pour le monde entier, des pâturages, des champs de blé et de maïs, les rustiques loghouses 1 des défricheurs le long des clairières, les riants villages, les villes superbes au bord des fleuves et des rivières, et toutes les œuvres de l’industrie et de la science moderne : chemins de fer, bateaux à vapeur, télégraphes. Cette belle contrée, trois fois plus grande que l'Angleterre et l'Irlande, était à nous, et se rejoignait par le bassin du Mississipi a la Louisiane, conquise aussi par nous. Et de tout cela, plus rien à la France, pas le moindre hameau! Non; mais la France est là, vivante en un plus grand nombre de familles qu’au temps où elle avait là ses citadelles et ses gouverneurs. Sa conquête territoriale lui a été enlevée; sa conquête d’affection s’est accrue par l’accroissement continu de sa population. Entre Québec et Toronto, il y a maintenant sept cent mille Canadiens d’origine française®?.

. 1 Le mot /oghouse signitie maison de bois.

2 Dans le haut Canada, environ trente mille ; dans le bas Canada,

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« Qu'on se figure yne de ces plantes dont un coup de vent emporte le germe sur une plage lointaine où il prend racine, se développe et produit des rejetons qui peu à peu s'élèvent au milieu d’un amas de plantes étrangères : c’est l’image de cette population française, si petite d’abord, mais si ferme, qui a grandi entre les tribus indiennes, qui les a graduellement dominées, et qui maintenant conserve, sous le régime britannique, dans les villes comme dans les campagnes, les traits distinctifs de sa nationalité. Dans les villes, tout ce qui représente l’idée intellectuelle : écoles et musées, livres et journaux, des hommes instruits, des écrivains de talent, et des salons où règnent encore ces habitudes de bonne grâce, d’exquise politesse dont la France a donné le modèle au monde entier; dans les campagnes, l’humble travail agricole de l’hubitant. C’est ainsi que l’on désigne les descendants de nos anciens colons, comme si eux seuls résidaient à poste fixe dans le pays, comme si les Anglais et les Américains qui y sont venus successivement élaient seulement des passagers.

« Et le fait est qu’il reste solidement établi dans sa ferme, cet honnête habitant. Si petite qu’elle soit, il ne pense point à la quitter ; il ne se laisse point séduire par tout ce qu’il entend raconter des fructueuses plantations en d’autres contrées, Ges spéculations, du commerce et de l’industrie. Si petite qu’elle soit, 1l se plait à la cultiver, content de vivre au lieu où il est né et de faire ce que son père a fait.

« En cheminant dans les sentiers du bas Canada, si vous rencontrez un de ses habitants, soyez sûr que, jeune ou vieux, le premier il vous saluera très-poliment; et, pour peu que vous témoigniez le désir de vous arrêter dans son village, il vous invitera à visiter sa maison; une très-humble maison, mais très - propre, les

six cent soixante-dix mille, — Le Dictionnaire historique de M. Dupiney

de Vorepierre dit qu’en 1868 les Canadiens d'origine française attei-

gnaient le chiffre de huit cent quarante-sept mille trois cent vingt

dans le bas Canada, et celui de trente-trois mille deux cent quatre- \ugt-sept dans le haut Canada.

murs blanchis à la chaux, et des fleurs sur les fenêtres; point de meubles superflus ni de provisions luxueuses : quelques jambons peut-être et quelques bouteilles de vin dans le cellier, pour les jours solennels; nulle grosse somme dans l’armoire, mais certainement deux ou trois actes qui constatent la filiation de cet honnête paysan et son origine. Ce sont ses titres de noblesse. Il sait par là que son aïeul est venu de la Normandie, ou de la Bourgogne, ou de la Bretagne, ou de la Franche-Comté. Si vous pouvez lui parler de la province à laquelle se rattachent ses traditions de famille, il en sera irès-touché. Heureux philosophe! la modération de ses goûts écarte de lui la griffe de l’avarice et de l’ambition. Ses habitudes d’orüre et de travail lui donnent le bien-être; sa croyance héréditaire, sa croyance religieuse, lui assure la paix du cœur.

« Jadis notre empire canadien s’appelait la Nouvelle- France; en le voyant aujourd’hui avec ses lois, ses mœurs d’un autre temps, et sa langue qui a gardé la sévère élégance du xvir siècle, nous pourrions bien l’appeler l’Ancienne- France, et j’ajouterais : la fidèle, la charmante France. »

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