CHAPITRE VIII
Contraste entre les colons d’origine française et les colons anglais. — Organisation politique. — Villes principales : Québec, Montréal, Trois-Rivières, Ottawa, Kingstone, Toronto, etc. — Instruction primaire et secondaire. — L'institut des frères des Écoles chrétiennes. — Accroissement du nombre des catholiques par la conversion des protestants.
/ En 1791, le parlement anglais avait adopté la division de la Solonts en deux provinces : le bas Canada, composé des colons d’origine française; et le haut Canada, peuplé surtout des émigrants de la Grande-Bretagne. Nos compatriotes, au nomtbe d'environ quatre-vingt mille à cette époque, s'étaient échelonnés sur les rives du fleuve Saint- Laurent , en deux lignes (de soixante lieues chacune), s'étendant de Québec à Montréal. Nulle part ils n’avaient formé d'agglomération importante : ils étaient ruinés et privés de moyens de défense; cependant ils surent maintenir et conserver avec énergie leur nationalité. Au lieu de se laisser entamer par les nouveaux venus, ils élargirent leur double rangée de villages, s’établirent sur les coteaux voisins, et envahirent les forêts de l’intérieur. Tout fut tenté par l'Angleterre pour empêcher ce résultat; mais rien ne réussit; et, nous aimons à le répéter, ils sont restés une race éminemment française. On les reconnait à léur visage ovale et maigre, à leurs yeux noirs et vifs, à leurs lèvres minces, à leur nez aquilin; dans la campagne, leur teint, bruni par le hâle, devient
aussi foncé que celui des Indiens. Leurs maisons, construites en ois, rarement en pierre, n’ont qu’un seul étage; mais elles sont ordinairement entourées d’un jardin et d’un petit verger bien entretenus. Les habitations les plus riches sont ornées de galeries, et là les principales chambres sont décorées de lambris peints avec des couleurs à effet. Les hommes portent comme vêtement une large redingote descendant jusqu'aux genoux, et serrée à la taille par une ceinture; un ample pantalon, de grosses bottes, un chapeau de paille en été, un bonnet de laine ou de fourrure en hiver. Le costume des femmes se rapproche encore davantage de Ia mode française. Longtemps les habitants du Canada tissèrent eux-mêmes les étoffes de laine et de lin à leur usage; ils tannaient les peaux destinées à leurs chaussures ; ils tricotaient leurs bas et tressaient les pailies de leurs chapeaux. A notre époque, les prix peu élevés des marchandises anglaises ont considérablement diminué l'importance des produits domestiques, quelques - uns cependant se fabriquent encore dans le pays : tels sont le savon, la chandelle, le sucre d’érable, les canots, les instruments agricoles et les modestes voitures dont se servent les colons français. Les qualités morales des habitants contribuent à l’agrément, à la sûreté des reiations, à l’union des familles, et aux bons sentiments qui animent réciproquement les diverses classes de ja société. Le père et la mère sont heureux de se sentir entourés de leurs nombreux enfants comme d’une couronne , et il n’est pas rare de voir les petits - enfants groupés avec joie autour de leur aïeul dans une douce harmonie. Les dimanches et les fêtes sont consacrés d’abord à l’entier accomplissement des devoirs religieux, puis à d’innocentes récréations.
Les colons d’origine britannique se sont établis surtout dans le haut Canada; ils ont peuplé le territoire situé entre la rivière Ottawa et les grands lacs, pays fertile, favorisé par son climat, mais trop éloigné de la mer pour que les émigrants venus en Amérique sous la domina-
tion française aient pu le coloniser.
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Les Anglais conservent en Amérique les mœurs de leur pays, sont aventureux, et se distinguent par un esprit d'entreprise opposé au caractère plus calme des Franco-Canadiens. Les deux races ressentent l’une pour l’autre une sorte d’agkipathie, à moins que la conformité de leurs croyances ne les rapproche et ne les unisse.
Quant aux anciennes et nombreuses tribus indigènes, elles ont presque entièrement disparu du Canada; à peine, dit-on, en reste-t-il environ quinze mille. La plupart ont embrassé la vraie religion, ont foriné des villages et cultivent la terre; d’autres, dont le nombre diminue chaque année, se livrent aux exercices de la chasse, errant à l’aventure, sans demeure permanente.
La population du haut Canada, mcins considérable que ceile du bas Canada, s’augmenta plus vite. La première puisait son accroissement à deux sources : les naissances et l'immigration, qui s’éleva, dans certaines années, à quarante mille individus. La seconde ne se multipliait que par les naissances. Aussi, dès 1851, les deux colonies étaient-elles à peu près d'égale importance : il y avait neuf cent cinquante - deux mille âmes du côté des Anglais, huit cent quatre-vingt-dix mille chez les Franco- Canadiens. En 1861, l'équilibre était rompu : à cette époque, la race britannique comptait un million quatre cent mille personnes, tandis que la race française en réunissait seulement un million cent mille; mais comme l'accroissement des Canadiens français par les naissances est plus rapide que celui de leurs voisins, il y a lieu de peuser qu’ils reprendront leur niveau, et le dépasseront même, quand l'immigration cessera. D'ailleurs l’espace libre devient rare dans le haut Canada; les terres d’alluvions sont à peu près entièrement cultivées ; tandis que le bas Canada renferme encore d'immenses territoires, de qualité inférieure, il est vrai, mais que le travail de l’homme pourra féconder.
En 1874, il est permis d'évaluer à plus de trois mil-
lions la population totale du Canada Son administration »
politique et adrninistrative a varié plusieurs fois dans le cours de ce dernier siècle. Lors de sa division en deux
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départements distincts, chacun avait son gouverneur et ses assemblées législatives, c’est-à-dire une chambre élective et un conseil composé de membres nommés à vie par le souverain d'Angleterre. Cette constitution semblait favorable aux intérêts du pays; mais, s’il est vrai que les lois exercent une grande influence sur les destinées des nations, la façon dont on les applique ajoute beaucoup à leur efficacité ou diminue singulièrement leur mérite. Les autorités britanniques, longtemps dominées par la volonté de faire pénétrer dans le bas Canada les mœurs, les aspirations et les croyances dominantes dans leur patrie, violèrent avec une déplorable persévérance les stipulations favorables à nos compatriotes , et suscitèrent de leur part les réclamations les mieux fondéesf Leurs justes doléances, constamment formulées avec la plus respectueuse mesure, et toujours repoussées par les autorités locales et centrales, faillirent, en 1837, se transformer en u. révolte générale. Un certain nombre de Franco-Cs : .' n:, prenant conseil de leur désespoir, roururent aux armes; ils furent réduits dans une lutte sanglante, à la suite de laquelle leurs oppresseurs se permirent d’odieuses vengeancesÿ Mais trois ars plus tard, en 1840, les Anglais comprirent que la mesure des iniquités était comble, et qu’il failait donner, au moins partiellement, satisfaction à des griefs
trop longtemps méconnus A cette époque, une nouvelle = constitution réunit les deux provinces sous le même gou- :
vernement. Un gouverneur fut investi du pouvoir exécutif, un conseil de quatre-vingts membres désignés par lui exerça la puissance législative, concurremment avec une assemblée de cent trente membres, élus tous les quatre ans, moitié par chacune des deux provinces. Le collége électoral fut composé de tous les habitants nés ou naturalisés au Canada, âgés de vingt et un ans et propriétaires d’un domaine rapportant au moins cent vingt-cinq francs par an. Chaque année le corps législatif vota les impôts, qui furent, avec les autres revenus, consacrés à assurer les divers services administratifs.
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Depuis 1840, différents actes modifièrent la constitution dans un sens favorable à l'autonomie du pays.
Enfin, en 1864, des députés représentant les diverses colonies de l'Amérique du Nord s’assemblèrent à Québec pôur discuter et adopter un projet de confédération. Grâce au principe de l’association sagement appliqué, ils espéraient donner un nouvel essor à l’agriculture, à l’industrie, et un nouvel accroissement à la puissance nationale. Ces légitimes aspirations commencent à se réaliser. En 1867, un acte du parlement britannique, sanctionné par la reine Victoria, approuve la confédération du Canada, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle - Écosse. Chaque État conserve son gouvernement et sa législation ; mais, pour les intérêts généraux, il existe une législation fédérale, consistant en une chambre basse et un sénat. Ces deux assemblées se réunissent à Ottawa, devenue la capitale des trois contrées. Il est probable que la colonie de Terre - Neuve et celle du Prince - Édouard s’associeront à cette combinaison, et y trouveront les ressources qui leur manquent; leur population restreinte, vouée à la marine, s’assurera ainsi des produits à échanger, des marchandises à transporter, e* puisera dans l’agrégation une source nouvelle de pro. : périté.
On cite parmi les principales villes de ce pays : Ottawa, Kingston, Toronto, London, pour le haut Canada; Québec, Montréal, Trois-Rivières, William-Henry, pour le bas Canada.
Ottawa doit ses rapides développements à sa position géographique et à la rivière dont elle porte le nom !. La ville fut fondée en 1826 par By; ce colonel anglais, lui donnant son nom, l’appela Bytown (ville de By). En 1827, le saint sacrifice de la messe y était offert pour la première fois. En 1854, la cité changea son nom contre celui d'Ottawa. Elle est en partie bâtie sur deux promontoires, qui s’élancent à près de deux cents pieds au-dessus du
1 Ottawa signifie oreille d'homme en langue algonquine. Les historiens ignorent l’origine de ce nom.
niveau de la rivière. Sur le plus élevé, on a construit à grands frais et avec beaucoup de luxe les édifices publics où siége le parlement du pays. Ces bâtiments gran- ‘ dioses, ornés de cent tourelles et pignons, appartiennent au style gothique, et ont un aspect imposant. Il y a là un point stratégique qui rend les fortifications presque imprenables, et les place immédiatement après celles de Québec.
Au pied de la ville, deux rivières importantes viennent se jeter dans le majestueux Ottawa; ce sont le Gatineau et le Rideau , ainsi nommé parce que ses eaux, tombant perpendiculairement dans l’Ottawa, et formant une cataracte de quarante-huit pieds de haut, ressemblent à un rideau. Près de la ville, l’Ottawa forme des chutes célèbres, appelées les Chaudières. Les eaux, surmontées d’un léger nuage, se précipitent d’une hauteur de vingt pieds en forme d’entonnoir, et donnent l’idée d’une chaudière en ébullition. On a construit, au-dessus de ces chutes, une série de quatre ponts qui réunissent les deux Canadas.
Des deux promontoires on découvre d'immenses forêts qui s'étendent à perte de vue; aussi la ville est-elle aëvenue le rendez-vous de nombreux marchands qui exploitent les bois avec des milliers de bûcherons. De là nous arrivent bon nombre de ces pins gigantesques qui descendent les cours d’eau, parviennent ainsi à Québec, et, traversant ensuite les mers, alimentent les chantiers de marine du vieux continent. Les rues spacieuses et régulières de la ville se garnissent de jolies maisons. La population s’est singulièrement accrue dans les derniers temps ; elle dépasse aujourd’hui vingt-deux mille habitants. |
Kingston (ville du roi) est une place forte, construite sur le Saint-Laurent, à l'extrémité nord-est du lac Ontario. Elle possède un arsenal, un chantier militaire ; c’est une station de la flotte anglaise pour l’intérieur du pays; c’est aussi l’entrepôt du commerce entre Montréal et les lacs de l'Est. Pendant quelques années, de 1839 à 1843, Kingston avait été choisie comme capitale du Canada
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