L. CANADA
(13,000 habitants). Les sœurs de Saint-Joseph y ont fondé un asile pour les orphelins et un Hôtel-Dieu pour les malades. Les filles de Marguerite Bourgeois élèvent les enfants.
Toronto, fondée en 1793 sur la côte nord-ouest du lac Ontario, est la capitale du haut Canada. Cette ville est le siége de l’archevêché pour la province ecclésiastique. Les religieuses de Lorette, originaires de Bavière, et les dames du Sacré-Cœur se vouent à l'éducation ; les sœurs de Saint-Joseph, au soulagement des pauvres.
Ses brasseries, ses distilleries, ses fonderies de fer, ses corderies, ses tanneries, ses fabriques de savon, de toiles cirées, ses ateliers d’ébénisterie, ses exploitations de blé, de laines, de fourrures, de bois de construction attirent des foules ouvrières. Ses habitants s’élevaient au nombre de quarante-six mille en 362; ils ont atteint, douze ans plus tard, un chiffre bien supérieur.
London, sur la Thames, entre les lacs Érié, Huron et Ontario, compte environ le quart de la population de Toronto; elle est citée pour son commerce considérable des blés.
Québec, capitale du bas Canada, est la ville la plus ancienne et la plus forte du pays. Commencée par les Français en 4608, elle a été souvent en butte aux attaques des Anglais ; c’est la cité antique, éminemment française ; son port, très-fréquenté, abrite les vaisseaux du plus haut bord. On peut évaluer à soixante-dix mille personnes le chiffre de sa population. Elle se divise en haute et basse. La haute a conservé ses vieilles constructions, avec ses rues étroites et tortueuses ; la basse, bien plus moderne, se distingue par l'élégance et la régularité de ses bâtiments. Elle est le siége de l’archevêché catholique pour la province ecclésiastique du bas Canada :. Ses églises et ses casernes sont remarquables; son in-
1 On dit que le palais archiépiscopal vient d’être incendié ; les catholiques n’ont aucun secours à espérer de l’État, mais ils n'hésiteront pas à s'imposer de grands sacrifices pour relever ce monument, cher à leur piété.
dustrie, peu importante, consiste surtout en fabrication de bière, de boissons alcooliques, de voitures; elle s’occupe aussi de tanneries et de conserves de viandes. Elle exporte le sucre d'érable, les farines et les bois de construction.
L’'Hôtel-Dieu de Québec, si secourable aux malades, est dirigé depuis plus de deux cents ans par les religieuses hospitalières de la Miséricorde de Jésus, qui suivent ja règle de Saint-Augustin. Plusieurs autres communautés rivalisent de zèle pour le soulagement des pauvres et l'éducation des enfants.
Nous avons déjà raconté l’origine et les développements de la grande cité de Montréal, appelée d’abord Ville-Marie par ses pieux fondateurs, et située près de l'embouchure de l’Ottawa, au milieu du fleuve Saint- Laurent, sur la côte sud de l’ile fertile qui porte le nom actuel de la cité.
Les constructions sont charmantes, le site ravissant; c’est un port maritime, situé à plus de cent lieues de la
mer. Montréal est le siége d’un évêché et d’un séminaire . dirigé par les sulpiciens, anciens et insignes bienfaiteurs pe du pays. On y remarque un arsenal, une riche biblio- Vr thèque, plusieurs sociétés savantes, une belle cathé- 80
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Un Hôtel-Dieu aux proportions grandioses est administré par les sœurs de Saint - Joseph, qui exercent la charité dans toute sa perfection, et s’ingénient pour pro- % bi diguer aux malades les soins délicats et les attentions touchantes. Une importante maison d'éducation et de charité, appelée l'Hôpital général, est dirigée par les
sœurs grises. 2
Cette maison doit son origine à M. de la Barre, qui lé: voulut lui consacrer sa fortune et sa vie. Elle était des- or tinée à recueillir les orphelins, les enfants pauvres, les vieillards et autres nécessiteux ; mais ses débuts ne furent d pas heureux, parce qu’elle manquait de bons infirmiers. di L'œuvre ne devint prospère que quand elle fut placée lie par les sulpiciens sous la direction de Me d’Youville, bé
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venu de Bretagne en Amérique. Elle était née au Canada, et fut la première Canadienne qui fonda un institut de miséricorde. Veuve après huit ans de mariage, mère de deux fils qui furent prêtres, elle voulut se consacrer entièrement aux bonnes œuvres. Elle s’adonna d’abord à la visite des malades, et recueillit plusieurs infirmes dans sa maison. Puis é/'e sut grouper autour d’elle (1747) des compagnes animées de son esprit, décidées à vivre sous une règle commune, et accepta la charge d’administrer l’hôpital.
Par son intelligente et active charité, Mr° d’Youville devint la providence de cette maison. Des secours inespérés, de merveilleuses assistances récompensèrent sa haute vertu. En quelques années elle parvint à payer les dettes de l’établissement, à le reconstruire en l’agrandissant, et un peu avant sa mort (1771) elle écrivait :
« Nous sommes dix-huit sœurs, toutes infirmes, qui conduisent une maison où il y a cent soixante - dix personnes à nourrir et presque autant à entretenir; trèspeu de rentes : la plus considérable est celle de nos ouvrages, qui sont tombés des deux tiers depuis que nous sommes aux Anglais. Toujours à la veille de manquer de tout, nous ne manquons jamais, du moins, du nécessaire. J’admire chaque jour la divine Providence, qui veut bien se servir de si pauvres sujets pour faire quelque bien. » #
De nos jours, l'Hôpital général , qui n’a que cinquante mille francs de recettes certaines, dépense cent cinquante mille francs, et parvient toujours à les avoir. Il recueille les infirmes des deux sexes, les enfants trouvés et les orphelins irlandais.
Indépendamment de cette maison, les sœurs grises de Me d’Youville, appelées aussi sœurs de la Charité, dirigent à Montréal deux autres établissernents hospitaliers ; elles administrent de nouvelles fondations à Québec, à Ottawa, à Saint-Hyacinthe et à Saint-Boniface,
Un siècle plus tard, une autre communauté naissait à
Montréal : c’est celle des sœurs de la Providence, instituée par Mme Gamelin, en faveur des orphelins, des sourdes-muettes et des aliénés. Canoniquement érigée en 1844, cette famille religieuse s’est déjà répandue dans la ville et dans les campagnes du diocèse; elle a pénétré dans celui de Saint-Hyacinthe, et a été appelée, en dehors du Canada, au Chili et aux États-Unis.
Enfin, en 1548, M" veuve Galipeau suscitait la communauté des sœurs de Sainte - Pélagie ou de la Maternité, vouée à l’assistance des femmes en couches, qu’elle recueille dans sa maison ou qu'elle va soigner à domicile,
Les établissements industriels de Montréal ressemblent à ceux de Québec. Des bateaux à vapeur et trois chemins de fer multiplient les moyens de communication avec le Canada, les autres colonies anglaises et les États- Unis. Un pont magnifique, de trois kilomètres de long, construit en tubes métalliques, jeté sur le Saint-Laurent, permet à la voie ferrée de traverser le fleuve. Ce pont, qui porte le nom de la reine Victoria, est une des merveilles du génie moderne.
Les religieuses du Sacré-Cœur, vouées à l'éducation, se sont établies près de Montréal en 1841. Dix ans plus tard, elles fondaient un autre couvent dans le diocèse de Toronto.
La ville des Trois-Rivières, ainsi nommée à cause ge la place où elle est bâtie, n’a qu’une médiocre importance, surtout si on la compare aux deux précédentes. Elle existe grâce à un fort construit en cet endroit par Champlain, et consistant en une enceinte de pieux de cèdres enfoncés dans le sable.
Les ursulines y dirigent un pensionnat de soixante-dix élèves, une école gratuite pour cent cinquante jeunes filles, un hôpital qui soulage près de cent malades par an. Ces religieuses continuent et développent ainsi le bien commencé par M"° de Champlain, qui vint au Canada avec son mari, à l’âge de vingt-deux ans, et que les sauvages voulaient. adorer à son arrivée, n’ayant jamais rien vu de si beau. Après la mort de Champlain,
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veuve sans enfants, elle fit profession d’ursuline dans le couvent de Meaux, dont elle était la fondatrice.
La ville des Trois-Rivières, située à cent douze kilomètres de Québec, s’adonne au commerce des produits agricoles et forestiers du pays. Les ursulines et les enfants spirituelles de la sœur Bourgeois se livrent à l’éducation des jeunes filles.
William-Henry est une place forte, construite par les Français en 1665, sous le nom de Sorel, à l'embouchure du Sorel ou Richelieu, dans le Saint-Laurent, pour réprimer les incursions des indigènes; elle défend aujourd’hui le Canada contre les États-Unis; elle renferme de belles casernes et un vaste chantier de construction.
Malgré le développement de quelques industries, l’agriculture est la base de la prospérité du pays. La terre y devient plus fertile à mesure qu’on remonte le Saint- Laurent. Le haut Canada possède la presqu'ile des lacs, où le sol est d’une fécondité exceptionnelle, parce que la superficie se compose d’une épaisse couche de terrain végétal. Les prairies sont de qualité supérieure ; elles offrent aux regards un gazon épais et fin. Les produits des forêts, de la pêche, et l’exploitation des mines, complètent les ressources principales de la contrée. Ses échanges se font surtout avec l'Angleterre et les États- Unis, Ses nombreux cours d’eau et ses lacs viennent puissamment en aide à son commerce intérieur ; mais il a fallu exécuter d'importants travaux, et consacrer bien des millions à la construction de canaux, pour vaincre les obstacles que les rapides et les cataractes opposent à la navigation. L'ensemble des chemins de fer construits au Canada embrasse tout le pays dans un développement d'environ sept mille kilomètres. Les lignes télégraphiques (six mille kilomètres) permettent une prompte correspondance avec les principales agglomérations d’habitants.
Longtemps l'instruction des classes populaires fut négligée parmi les Canadiens, décimés et ruinés par la con-
quête. Les quelques prêtres restés dans les campagnes et les rares religieuses que possédait le pays ouvraient
des classes et groupaient autour d’eux le plus d'enfants possible; mais leur admirable dévouement était loin de suffire à la tâche : il fallut attendre que la population eût recouvré les resscurces nécessaires pour attaquer avec succès le fléau de l'ignorance. Ce temps est venu ; aussi l’enseignement primaire des garçons s’est-il trèsheureusement développé au Canada depuis quarante ans, grâce au concours des frères des Écoles chrétiennes, si dévoués à la jeunesse et trop souvent persécutés. Leur institut, suscité providentiellement en faveur de ces temps difficiles et troublés, a prévenu et dépassé il y a déjà cent cinquante ans les partisans actuels de la gratuité. En effet, la règle, approuvée par Benoît XIII en 1725, organise par l'esprit de sacrifice et de crarité le système des classes gratuites, que plusieurs défendent de nos jours dans un but hostile à la liberté ; car l’intention de plusieurs des réformateurs modernes est de faire subventionner les écoles de l’État, afin d'empêcher la concurrence de celles qui ne pourraient pas vivre sans le secours de la rétribution scolaire. « Les frères tiendront partout leurs écoles gratuitement, disent les statuts, et cela est essentiel à leur institut. Ils ne recevront des écoliers ou de leurs parents ni argent ni présents, quelque petit qu’il soit, en quelque jour et en quelque occasion que ce soit. »
En 1837, M. l’abbé Québlier, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, fit un chaleureux appel au successeur du vénérable de la Salle, fondateur de l’institut enseignant; et cette même année quatre frères, partis de France, abordaient au Canada pour fonder les Écoles chrétiennes dans le nouveau monde :. Deux classes ouvertes à Montréal attirèrent bien vite deux cents, puis deux cent soixante - dix élèves. En peu de temps les classes se multiplient, les religieux pénètrent même dans les États-Unis; et les développements sont si sé-
1 Consulter, dans le Contemporain d'octobre 1872, l’article intitulé : Les Frères des Écoles ci; étiennes en Amérique , par M, le baron René de Saint-Mauris,
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rieux, qu’en 1847 il devient opportun de grouper les maisons d'Amérique en une province séparée, qui compte cinquante frères et quarante classes.
En 1871, deux cent quinze frères et vingt-cinq novices sont attachés à vingt-quatre maisons. Le nombre des écoliers s'élève à dix mille. Les nrotestants, comme les catholiques, apprécient la méthode des religieux, et les gouverneurs généraux leur rendent justice en les louant.
M. le baron de Saint-Mauris reproduit dans le Contemporain un article inséré par M. Villeneuve, le 6 octobre 1871, dans le Nouveau Monde de Montréal. Les passages suivants expriment l’opinion éclairée du pays relativement à ces maîtres si dévoués à la jeunesse :
« Au point de vue économique, il est aisé de voir que les services des frères coûtent moins que ceux des professeurs laïques. Non-seulement un frère n’a pas de famille, mais il vit de peu. Si son vœu de chasteté dispense la société de pourvoir à la subsistance d’une épouse et de plusieurs enfants, son vœu de pauvreté lui impose une frugalité et une modestie moins onéreuses pour les deniers publics. Un frère, par exemple, a une grande robe d’un prix infime et d’une durée prodigieuse ; son unique soutane doit le vêtir dix-huit mois durant; son inépuisable manteau, cinq ans, et son antique chapeau, six ans.
&«. .. sous le rapport de la science, les frères, et c’est le moins que je puisse dire, valent les professeurs laïques. Débarrassés des soins de la vie domestique, ils consacrent chaque jour des moments précieux à l’étude. De plus, ils ne sont pas, comme les laïques, condamnés à étudier sans guide. Ils trouvent parmi leurs frères des hommes de toutes les spécialités, pour les former et les instituer dans ce qui est la science même.
+ Pour la pédagogie, la méthode des frères est ce qui s’est produit de plus étonnant et de plus profondément sage. En outre, cette méthode a pour elle la sanction de trois siècles ; elle a été 8prouvée, corrigée, perfectionnée, et adaptée À tous les besoins, Elle n’est point l’œuvre
d’une expérience particulière : des milliers d'hommes pratiques, d'hommes qui ont vécu et vieilli, qui sont morts au service de l'enfance, y ont apporté le fruit de leurs observations et le tribut de leurs lumières.
« Les frères, dit-on, n’enseignent que le catéchisme et la prière ; ils peuvent commencer une éducation, mais la continuer, l’achever, ils n’en sont pas capables. Rien d’exagéré et de faux comme cette accusation.
« Les frères enseignent six heures par jour ; voyons ce qu'ils consacrent de ce temps à la prière et à la religion. Chaque fois que la cloche annonce qu’une heure s’est écoulée , un enfant élève son cœur à Dieu et dit : « Souvenous - nous que nous sommes en la présence de Dieu. » Soit une minute ; et comme il y a six heures de classe, six minutes. Voilà pour la prière ! A la fin de chaque journée, le frère fait une demi-heure de catéchisme ; ce qui, joint aux six minutes de prière, donne trente-six minutes à la chose religieuse. Les cinq heures et vingtquatre minutes qui restent, dans les écoles intérieures, sont consacrées à la lecture, à l'écriture, à la grammaire, à l’arithmétique, à l’histoire , etc.; et, dans les écoles supérieures, à la grammaire générale, la littérature, la rhétorique, l'histoire, la mythologie, la géographie historique, politique et commertiale, l’astronomie, l’arithmétique, l'algèbre, la géométrie, la trigonométrie, l’arpentage, le levé des plans, le dessin dans toutes ses branches, la tenue des livres dans toute son étendue, l’histoire naturelle, la physique, la chimie, l’économie sociale et commerciale, un cours de législation élémentaire usuelle, la mécanique, la musique vocale et les langues. Voilà ce qu’on appelle n’enseigner que le catéchisme! Nous pouvons ajouter à la longue énumération des matières enseignées la télégraphie, dont on donne des leçons dans quelques écoles, comme à celle de Charmblay, dans le diocèse de Québec. Une preuve du cas qu’on fait de leur enseignement et de leurs livres classiques, c’est qu’en 1848 plusieurs furent l’objet de contrefaçons : ainsi leur Traité d’arithmétique, l’Abrégé de l’histoire du Canada et l’Abrégé de géographie. Tout
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le monde s’accorde à dire qu’ils ont rendu un très-grand service à l'instruction par leurs livres classiques, bien rédigés et parfaitement adaptés à l’intelligence des enfants.
€... Nous avons dit la confiance que les protestants eux-mêmes témoignent aux frères. Leurs enfants fréqnentent leurs écoles et leurs colléges. Il faut proclamer ici la vérité, dit le Citoyen d'Halifax, c’est qu’il n’est fait aucune tentative pour les attirer au catholicisme. Il est vrai que, toutes les heures, un coup de cloche invite à une courte prière; mais c’est une prière mentale et silencieuse : chaque enfant peut répéter intérieurement la prière apprise sur les genoux de sa mère. C’est un moment de repos et une invitation à la piété. »
L'opinion exprimée en faveur des écoles catholiques de garçons s'étend aux classes de filles et aux maisons d'éducation dirigées par diverses communautés religieuses.
Selon le témoignage de M. Buckingham, les écoles tenues par les sœurs sont tellement estimées par tous, que les familles protestantes elles-mêmes envoient leurs filles avec confiance au couvent des ursulines pour être élevées comme les catholiques. Cette remarque peut s'appliquer aux autres ordres enseignants.
Grâce aux généreux efforts du clergé et des religieuses vouées à l’enseignement de la jeunesse, grâce aux travaux de deux hommes distingués, le docteur Meilleur et M. Chauveau, surintendant de l’éducation, le bas Canada se distingue par le nombre et la qualité de ses écoles. « Aujourd’hui, écrivait M. Rameau en 1866 :, on y compte trois mille cinq cents écoles et deux cent mille élèves, dont trente-trois mille sept cent sept appartiennent à l'instruction primaire du deuxième degré, et cent soixante-six mille à l'instruction du premier degré. La population étant d’un million cent mille âmes, c’est un
1 Voir, dans le Correspondant du 95 juillet 1865, l’article intitulé : Siluation religieuse de l’Amérique anglaise, par M. E, Rameau,
élève par cinq habitants et demi; en France, cette proportion n’est que d’un élève sur douze habitants. IL est bon de signaler que ce progrès s’est effectué par les seuls moyens de la persuasion et de l’encouragement, sans jamais recourir à aucune prescription obligatoire. »
Quant aux croyances religieuses, le pays se partage entre le catholicisme et les innombrables sectes protestantes. Le bas Canada, peuplé par les Français, présente une immense majorité catholique : plus d’un million d’âmes sur environ un million deux cent mille habitants. Le haut Canada, peuplé par les Anglais, présente le catholicisme en minorité : à peine trois cent mille âmes sur plus d’un million quatre cent mille personnes. Mais là plus qu’ailleurs les masses protestantes se subdivisent et manquent complétement d’'homogénéité, tandis que dans les deux provinces les progrès de l’Église romaine sont considérables et ininterrompus.
Trois causes peuvent produire ce résultat important : 4° l'immigration ou l’établissement d'étrangers dans le pays ; 2° les naissances des catholiques; 3% le retour des protestants à la vérité.
L’immigration, très-faible dans le bas Canada, n'y produit pas d’effets appréciables. Elle est importante dans le haut Canada, mais elle y amène très-peu de catholiques. Les naissances ne suffisent pas pour expliquer le phénomène que les statistiques les plus autorisées nous révèlent; il faut donc admettre que de nombreuses conversions ramènent spontanément à la vérité ceux dont les pères avaient été séparés par les violences du pouvoir civil. La réflexion, l’étude, les besoins du cœur et les lumières de la conscience conduisent au catholicisme. Habituée d’ailleurs à se propager par ses bienfaits, l’Église catholique aime à voir ses fidèles se dévouer personnellement aux nobles causes, se consacrer au soulagement de toutes les misères; elle se plait à cultiver les esprits et à développer les intelligenccs. De là ce généreux empressement, admiré de tous, qui a porté les jeunes Canadiens à venir défendre à Rome, il y a peu d’années, le souverain pontife, De là ces nombreuses œuvres de charité, qui se
multiplient sous des formes si variées, pour répondre à tous les besoins. De là ces orphelinats, ces hôpitaux, ces asiles de la vieillesse et ces cinquante conférences de Saint-Vincent-de-Paul, qui s'organisent d'autant plus facilement que le pays est plus solidement chrétien !. De là les débuts florissants de l’association de Saint - François-de-Sales , qui travaille surtout à la diffusion des bons livres et au soutien des Écoles chrétiennes ?. De là enfin les efforts et les sacrifices destinés à répandre l’enseignement le plus complet possible.
« Sous la domination française, dit à ce sujet M. Rameau dans le Correspondant de juillet 1866, déjà cité, le clergé catholique avait établi plusieurs maisons d’éducation qui rendirent à la colonie les plus grands services ; il suffit de nommer ici les sulpiciens de Montréal, les jésuites de Québec, et le séminaire créé en cette dernière ville par le premier évêque de ces contrées, Ms de Laval-Montmorency, nom historique en France, qui a conquis égaiement dans la Nouvelle-France une renommée tradition:elle et populaire.
« Après la ccrquête, ces maisons devenaient plus précieuses encore, et le zèle des catholiques s’employa activement à les multiplier. Parmi ces fondateurs, les ecclésiastiques se montrèrent au premier rang : l’abbé Girouard bâtit et dotale co!lége Saint-Hyacinthe ; celui de Sainte-Anne fut l’œuvre de l’abbé Panichaud ; un autre créa celui de Sainte-Thérèse; et un troisième séminaire canadien avait été établi à Nicolet par l’abbé Crévier. C'étaient de simples curés qui avaient adopté toute une vie de privations et d'économie, pour léguer après eux à leur patrie ces monuments d’une foi généreuse. Un riche négociant de Montréal, l'honorable Masson, consacra aussi une partie de sa fortune au collége de Terrebonne, et les jésuites érigèrent à Montréal leur beau
1 Un conseil supérieur relie entre elles les diverses conférences. Il en existe vingt et une à Québec (seize de langue française et cinq de langue anglaise), douze à Montréal, huit à Ottawa , etc.
2 L'association n’a pas à s'occuper des missions ; tout est prévu» et tout a été fondé à cet égard au Canada.
collége de Sainte-Marie. Nous ne citons ici que les principaux établissements. IL a été également fondé dans le haut Canada plusieurs colléges catholiques, dont les plus importants sont celui d'Ottawa, celui de Régiopolis, près Kingston, et celui de Toronto.
« Cependant il ne suffisait pas d’augmenter le nombre des colléges, il fallait les rendre accessibles ; on y travailla avec un dévouement rare et un désintéressement plus rare encore. Dans un pays où tous les salaires sont très-élevés, à la porte des États-Unis, où l’amour du gain est porté à sa dernière limite, les prêtres canadiens surent s’astreindre à une vie tellement modeste, à des émoluments tellement médiocres, que dans tous ces colléges on reçut des pensionnaires moyennant la modique somme- de trois cent cinquante à quatre cents francs. Encore aujourd’hui, ce prix s’est à peine modifié : il oscille de quatre cents à six cents francs.
« Les élèves affluèrent; et l'instruction secondaire réelle et solide, qui unit la civilisation du présent à celle du passé pour préparer l’avenir, celle qui forme le cœur et l'esprit de l’homme tout en ornant son intelligence, est peut-ètre plus répandue au Canada qu’en aucun pays du monde. On y compte aujourd’hui vingt-huit maisons d'instruction secondaire, dont vingt-trois sont catholiques et cinq protestantes; les premières comptent trois mille six cent trente et un élèves, et les secondes sept cents. C’est donc en tout quatre mille trois cent trente et un enfants auxquels s’applique l'instruction secondaire, sur une masse d’un million cent mille âmes. Pour retrouver cette proportion en France, il faudrait que la population de nos lycées et pensions fût de cent soixante mille élèves. »
1 L'auteur a pris pour base de son calcul le chiffre de la population du bas Canada à l’époque où il écrivait.