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CHAPITRE II

Nombreuses tribus indiennes établies au Canada quand les Européens firent la découverte de cette contrée. — Montagnais et Iroquois. — Traits caractéristiques de la sauvagerie opposés à ceux de la civilisation. — Enfance, esprit guerrier, privations, vices, mœurs et croyances des sauvages.

Quand les Européens abordèrent au Canada, le pays était peuplé par une foule de tribus indiennes dont il serait à peu près impossible de rappeler ici tous les noms. Nous citerons seulement les Algonquins et les Sioux, souvent en guerre les uns contre les autres ; les Chippaways, comprenant les Ottowas, les Creas, les Sauteurs, les Folles-Avoines, etc. ; les Montagnais, qui aimaient, comme l'indique leur nom, à s’établir dans les lieux élevés; les Hurons et les Iroquois.

Les Hurons, moins barbares et plus moraux que les autres peuplades, habitaient la côte orientale du lac qui porte leur nom, quand les Français pénétrèrent dans leur pays. Ils recherchèrent vite l'alliance de la France, se montrèrent empressés à servir ses intérêts, et implorèrent sa protection, trop souvent inefficace, contre les Iroquois, leurs implacables ennemis. De nos jours, il reste à peine quelques débris mutilés des peupiades montagnaises ; la plupart de leurs descendants s’adonnent à la culture dans la mission de Lorette, à deux lieues de Québec.

Les Iroquois formaient la plus féroce et la plus redoutable des tribus; ils habitaient surtout le haut Canada, et leur dénomination générique comprenait une puis-

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sante confédération de cinq tribus : les Mohawks, les Oneïdas, les Onondagas, les Sénécas et les Cayugas ; elle : s’incorporait crdinairement les peuplades vaincues. Cependant l’une d’elles a conservé son nom, c’est celle des Tuscarosas; voilà pourquoi ce peuple est appelé dans l’histoire tantôt Zroquois, tantôt les Six-Nations.Il a joué un rôle si considérable au Canada, que des auteurs ont comparé sa puissance à celle que les Romains exercèrent en Europe dans l’histoire ancienne. Fiers, belliqueux, cruels à l’excès, les Iroquois portaient l'empreinte de leur caractère indomptable dans leur regard, leur démarche, jusque dans l’énergie de leur langue et l’effrayante manière d’articuler des sons durs et heurtés. Mélancoliques , passionnés pour le jeu et esclaves de l’orgueil, ils ne savaient rien supporter et se blessaient sous le plus léger prétexte; ils entraient alors en campagne, ils répandaient la terreur sur leur passage, et ils exerçaient sur leurs ennemis les plus terribles vengeances. Dès les premiers temps, ils se prononcèrent contre la France, et s’allièrent aux Anglais, ses ennemis, qui récompensèrent leurs bons offices en leur apportant les liqueurs fortes, inconnues au Canada avant la venue des Européens. Les boissons alcooliques les enivrèrent, et finirent par les conduire à l’abrutissement. Le renom que leur ont légué leurs pères fait encore trembler les autres sauvages ; cependant leurs nombreuses phalanges sont tellement réduites, que leur nombre ne dépasse guère le chiffre de douze mille individus. Selon certains historiens, cette évaluation même est déjà trop élevée. La plupart des tribus iroquoises restèrent dévouées à l’Angleterre pendant la guerre de l'indépendance, qui devait soustraire à son autorité les États-Unis; pour reconnaître leur fidélité, le roi Georges III leur accorda d'importantes concessions de terres,

Parmi les innombrables dialectes autrefois usités au Canada, on distinguait deux langues principales : celle des Iroquois et celle des Algonquins, adoptée dans les transactions commerciales.

Quelles étaient les mœurs et les croyances des sauvages Canadiens? Il serait difficile de donner à ce sujet des notions complètes qui convinssent également à toutes les tribus. La différence des caractères et surtout l'inégalité de la correspondance aux lumières de la loi naturelle, établissent non-seulement entre les peuplades diverses, mais aussi entre les membres d’une même famille, des différences notables dont il faut sérieusement tenir compte; mais, du moins, il est possible d'indiquer les traits principaux qui constituent la sauvagerie. L'histoire nous les énumère, et les coutumes des Canadiens qui vivent de nos jours, sans avoir subi l'influence civilisatrice du christianisme, nous révèlent celles de leurs ancêtres.

On peut n'être pas sauvage tout en vivant au désert.

Les saints des premiers siècles allaient souvent chercher dans les lieux inhabités un refuge contre la corruption des villes de leur temps, et personne n’était plus poli, plus doux, plus laborieux, plus énergique, plus sévère pour soi-même, plus indulgent pour autrui, et par suite plus civilisé. Ce qui constitue essentiellement l’état sauvage ou barbare, c’est l'ignorance ou le mépris de la loi divine, source et fondement nécessaire de toute r:aie, de toute comnlète civilisation. S'il s’est rencontré, s’il se rencontre encore au sein du paganisme certaines nations policées, aux mœurs adoucies, on reconnaît, pour peu qu’on les étudie avec aitention, qu’elles portent toujours en quelque endroit les stigmates les plus flétrissants de la barbarie ; leur civilisation superficielle, semblable à ce brillant vernis que le plus léger frottement suffit à ternir, ne supporte pas l'épreuve d’un sérieux examen.

Privés des lumières de l'Évangile, les sauvages résistent trop sauvent aux averlissements de la conscience, étouffent dans leur cœur la voix du remords, et se livrent aux plus déplorables penchants de la nature déchue.

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abrégée par de longs jeûnes et par des privations de toute espèce. Ils vivent de poisson et de gibier ; si cette alimentation leur arrive en abondance après des jours et des semaines d’abstinence forcée, ils mangent avec avidité, dépassent toute mesure, et meurent souvent d’indigestion. |

Insensibles et égoïstes à l’excès, s’ils sont dans l’abondance, ils ne s'inquiètent pas de la misère de leurs voisins; ni les veuves ni les orphelins ne parviennent à toucher leur cœur pétrifié. S'ils n’ont plus de nourriture et que l'hiver sévisse dars la contrée, ils ont beau pleurer et gémir, personne ne vient à leur secours. Égarés par la faim, ils sortent alors de leurs tentes, errant à l’aventure dans la forêt voisine, creusant la neige dans l’espoir de découvrir quelques touffes d’herbes, collant lenrs lèvres aux tiges des jeunes arbustes pour en exprimer le suc; au bout de quelque temps, incapables de continuer la lutte, ils vont s’accroupir contre un arbre ou à l'abri d’un rocher, tombent en défaillance et rendent le dernier soupir. Le sauvage qui les a connus passe sans s’émouvoir près de leurs cadavres ; il n’a pas un regret à donner à ces victimes de la barbarie!

La compassion, la sympathie, la reconnaissance sont des sentiments et des vertus qu’ils ignorent complétemeï.i ; l'intérêt est ordinairement l’unique mobile de la conduite du sauvage.

Il vient au monde avec une peau qui diffère peu de celle des Européens; mais sa nudité pendant une partie de sa vie, les graisses de différentes couleurs dont il se sert pour se prémunir contre le froid, l’habitude de rester sous la tente autour d’un foyer fumeux pendant les longs mois de reige et de gelée, produisent ce teint sale et cuivré que les voyageurs remarquent avec étonnement,

Les enfants naissent forts et robustes; les mères en prennent grand soin,et, ne voulant pas se séparer de leurs nourrissons, elles les emportent avec elles dans des berceaux suspendus derrière leur dos par une lanière qui entoure leur front. Les pères s'associent dans une

certaine mesure à la sollicitude de leurs femmes; mei° cette tendresse trop sensuelle ne s’élève pas jusqu’à l’âme de ceux qui leur doivent la vie, et qui, ne les payant pas de retour, les traiteront durement au temps de la vieillesse et des infirmités.

Jamais emmaillotté, l’enfant, dès qu’il peut marcher, s’ébat en été sur la surface de l’eau, s’aguerrit contre le froid, et court en hiver sans vêtement dans la neige. De bonne heure il apprend à supporter la faim, à manier l'arc et les flèches ; durant les loisirs de la saison rigoureuse , il se pénètre de la structure des animaux, des secrets de la chasse, des procédés de fabrication pour les canots, les raquettes, les traîneaux, les arcs, etc. Ses premières années se passent sous les yeux de sa mère, qui lui laisse une liberté absolue. Dominée par la crainte de lui causer le moindre chagrin, elle ne contrarie aucun de ses caprices, laisse grandir avec lui ses mauvaises inclinations, et vrépare ainsi d’amères douleurs à la suite de sa carrière. L’esprit d’orgueil et d’indépendance se développe avec les forces physiques : le jeune homme aspire à l’heure des combats, pour pouvoir ensuite raconter ses exploits dans les assemblées de sa tribu. Les plumes d’aigle dont sa chevelure est ornée, et les peaux du crâne des ennemis qui pendent à sa ceinture, sont les indices de ses hauts faits. Les dessins de vermillon qui couvrent sa peau indiquent ses blessures. S’il est vaiqueur, il ne fait pas grâce; s’il est vaincu, il ne cherche même pas à implorer la pitié de son adversaire.

Les notions les plus élémentaires de la morale sont tellement oblitérées dans la conscience du sauvage, qu’il ne respecte ni la propriété, ni le mariage, ni la vie de ses semblables. C’est le droit du plus fort qui l'emporte sur les lois les plus sacrées. S’il veut associer sa destinée à celle d’une jeune fille, et qu’il y ait plusieurs prétendants, un combat s'engage, et le victorieux obtient celle pour laquelle il a expose sa vie. S'il convoite la femme d’un autre, il cherche querelle au mari; il y a lutte, et, de gré ou de force, la femme appartient au triompha-

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teur. Elle sera sa ménagère tant que son caprice ou sa passion la tolèrera dans sa tente; le jour où elle cessera de lui plaire, elle devra faire place à des rivales plus heureuses. C’est elle qui coupe le bois, le charrie, cultive la terre, répare la tente, les engins de pêche, prépare les aliments, les souliers, les vêtements, etc.

La tente ou wigwam est garnie de peaux de buffles, et entourée de rameaux, de sapin. Elle a ordinairement cinq mètres de haut, et sa circonférence varie de dix à trente mètres. La surface supérieure a la forme d’un cône ; à son sommet, il existe une ouverture garnie de deux oreilles mobiles pour faire passer la fumée et abattre le vent.

La chasse et la pêche constituent les occupations presque exclusives du sauvage. Il part le matin avec sa hache, son pot à boire et son équipement de chasseur. Il suit à la piste les gros animaux, et tend des piéges aux plus petits dont il estime la fourrure. S’il n’a pas atteint sa proie, au lieu de rentrer sous sat 'nte, le soir il s’enveloppe dans une couverture, et se couche sur la neige au milieu de !: forêt. Il recommence le lendemain ce qu’il a fait la veiile, et prolonge ce dur régime pendant quatre à cinq jours, se condannant parfois au froid et à la faim plutôt que de revenir chez lui sans gibier et sans fourrure; il craindrait d’être appelé lâche ou maladroit, et il en est qui sont assez esclaves de ce faux point d'honneur pour préférer la mort à la honte d’un pareil échec.

Souvent les sauvages voyarzent isolément dans les bois ou le long des rivières ; d’autres fois ils s’associent pour leurs chasses et partent en bandes considérables, emportant avec eux leurs tentes, et les groupant au nombre de cent, de cent cinquante même, de façon à ieur donner l’aspect d’un village. S'ils réussissent, si l’abondance règne, les huttes offrent le spectacle des plus hideuses orgies; si la disette se fait sentir au logis, elle entraîne à sa suite le découragement, la fureur et le blasphème.

Ordinairement il y a deux voyages par an : en avril ou

mai, c’est le départ pour la pêche; en octobre, ce sont les expéditions de chasse.

En été, les sauvages utilisent les nombreuses rivières du pays pour se transporter d’un lieu à un autre, et dirigent habilement leurs frêles embarcations. Ils manient la rame ou emploient la voile, Aux approches des chutes ou cascades, qui sont fréquentes, ils débarquent, portent l’esquif sur leur dos, et reprennent la voie d’eau dès que la navigation redevient possible. Leurs canots se construisent en creusant d'énormes pieds d'arbres; leurs pirogues sont des bateaux plus légers faits avec de fragiles écorces.

En hiver, il faut voyager par une neige épaisse et par des froids rigoureux. Pour faciliter la marche, on use de raquettes. Ce sont des chaussures ajoutées aux souliers presque imperméables de peaux tannées. La raquette encadre le soulier d’un contour de bois léger et durci au feu. Elle se compose de petits bâtons sur lesquels le pied est solidement assujetti par des lanières de cuir. D'une forme presque ovale, elle a quarante centimètres de largeur sur un mètre environ de longueur.

Des attelages de quatre ou huit chiens dociles, sobres, vigoureux, conduits par un sauvage et suivis par la bande des voyageurs, tirent les trains ou assemblages de planches qui portent les couvertures, les tentes, les instruments, la viande, le poisson, et à la rigueur les malades.

On entreprend ainsi de longs voyages, et à la chute du jour, à défaut d’auberges, complétement inconnues dans ces contrées désertes, on bivaque sur la neige, on cherche à s’abriter contre un bois, on allume un grand feu, et excès de la fatigue amène ordinairement quelques heures de sommeil.

Les sauvages unissent une mémoire fidèle à une grande habitude de là réflexion. Pendant les semairies, les mois qu'ils vivent seuls dans les forêts, ils peusent ûrement à la même chôse; mais leur intelligence, peu développée, arrive lentement à comprendre. Ils supposent des facultés analogues aux interlocuteurs qui causent avec

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eux, et leur répètent dix fois la même phrase, afin de leur en faire saisir le sens.

Après avoir écouté l’exposition d’une vérité, le sauvage répond souvent au missionnaire : « Je réfléchirai à ce que tu n'as dit; et, dans un an, au retour dela chasse, je te réponirai. » Au bout d’un an, fidèle à sa parole, il revient et déclare que la robe noire a raison; ou bien, si son esprit a conçu quelque objection, il la fait connaître, demande comment il faut la résoudre, et remet à une autre année sa nou elle réponse.

Un jour, un Indien qu’un père Oblat n’avait pas vu depuis deux ans se présente à lui, et après un moment de silence il prononce le mot oui. Le missionnaire, surpris, ne répond rien, et le sauvage répète trois fois: Oui, oui, oui. Alors commence le dialogue suivant :

« Pourquoi me dis-tu oui sans que je t’aie adressé la parole?

— Ce que tu me disais il y a deux ans est vrai, je l’ai compris et je veux te le faire savoir. »

« Je réfléchis sans cesse à tes paroles, disait un autre Indien après plusieurs années d'absence ; mais je n'ai pas encore assez compris pour devenir chrétien.

— Que ai-je dit? demande le religieux.

— Comment! tu l’as oublié? » reprend le sauvage.

Le prêtre écoute alors l’objection, y répond, et son interlocuteur termine l’entretien par ces mots’ « Je réfléchirai à ton explication; quand je l’aurai bien saisie, tu me reverras. » En effet, au bout de deux ans il se déclarait persuadé, convaincu, et demandait avec instance le baptême.

Les Indiens ont conservé la tradition de quelques vérités religieuses, obscurcies et altérées dans les esprits par la superstition, l’ignorance et les passions. Tous savent qu'il y a un Dieu d’une puissance infinie, qui

donne à toutes choses l'être, le mouvement et la vie; et ils l’adorent dans tout ce qu’ils voient de curieux, de surprenant et de beau : dans le soleil, les astres, le feu, l’eau , dont ils apprécient l’utilité; le tonnerre, dont ils redoutent la puissance. Devant les œuvres magnifiques

de la création, ils s’écrient : « O grand Esprit, nous te voyons partout. » Ils invoquent le Puissant bon pour en obtenir des bienfaits, et le Puissant ” ais pour lui demander de ne pas leur faire de mal. 1,5 nonorent aussi des manitous ou divinités secondaires qui président au foyer domestique, au berceau de l’enfant , au lit du malade, à la mort du guerrier.

M. Fernand Michel, auteur du livre intitulé Dix-huit Ans chez les sauvages, reproduit la formule suivante d’une de leurs prières :

« Créateur, je ne te connais pas, mais je sais que c’est toi qui as fait toutes choses. Fais-moi vivre longtemps, accorde-moi beaucoup d’enfants bien forts, afin qu'ils me procurent une abondante nourriture quand je serai vieux ; fais-moi découvrir beaucoup de pistes d’orignaux, de biches, de caribous; et, si je suis poursuivi par la faim, empêche-les de fuir à ma présence. Enfin, Créateur, aie pitié de moi, afin que je ne commette pas le mal; quand je m'en irai dans l’obscurité (la mort), accorde-moi d’aller retrouver mon père. »

Ces derniers mots de la prière nous révèlent la ferme croyance des sauvages dans l’immortalité de l’âme. L'âme est immortelle, disent-ils ; si elle ne l'était pas, les hommes seraient également heureux en ce monde; Dieu, qui est infiniment juste et sage, n’aurait pas créé les uns pour le bonheur, et les autres pour l’infortune. Aussi ceux qui auront souffert sur la terre seront dédommagés dans la vie future. La vie présente est un sommeil : la mort sera le réveil ; elle donnera l’intelligence des choses visibles et invisibles.

Ces pensées élevées nous expliquent leur respect pour les morts ; si la pauvreté ne les prive pas de cette consolation, ils enveloppent dans des fourrures de prix les corps de ceux qu'ils ont aimés. Le guerrier est enseveli

avec ses armes, ses plus beaux habits, son idole ou fétiche, son maïs, sa venaison et son écuelle. De grands festins sont célébrés en son honneur, et plusieurs plats des repas sont jetés dans les flammes à l'intention de son voyage.

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On cite la parole touchante, quoique erronée, d’un sauvage qui se plaint de ce que la neige est restée sur la tombe d’un frère chéri : « L’air est si doux et le soleil si vivifiant! Pourquoi n’avoir pas balayé la neige, afin qu'il se réchauffe un peu! »

Les sauvages offrent des sacrifices à la Divinité, à ce

qu’ils appellent les manitous pour se les rendre favorables. Un chasseur, un chef de tribu, avant de poursuivre le gibier ou de commencer une campagne, s’imposent des pénitences. Privés des lumières de là vraie religion , ils adoptent les superstitions les plus bizarres pour donner satisfaction au besoin de surnaturel si profondément enraciné dans le cœur de l’homme. Ils at achent aux songes une importance capitale, et les regardent comme des révélations divines auxquelles ils doivent obéir au prix des plus grands sacrifices. Si le chasseur voit dans son rêve l'animal qu’il compte poursuivre le lendemain, il part plein de confiance et compte sur le succès. Si le songe est menaçant, le pauvre Indien devance l'aurore pour prier, et passe parfois des jours et des nuits en jeûnes et en supplications afin d’apaiser le manitou irrité. D’autres fois il veut connaître l’esprit ou l’ange commis à sa garde, et il se livre à d’austères macérations pour obtenir une vision céleste ; puis il croit voir dans un caillou, dans une plume, dans un objet quelconque uont son attention est frappée, la forme matérielle dont l'esprit s’est revêtu, et il s'empare de cet objet comme d’un talisman qui lui garantit les faveurs célestes.

Qui ne reconnaît à ces pratiques des lambeaux de vérités que les familles se transmettent d'âge en âge? Parmi les sauvages de l'Amérique du Nord, on ne trouve ordinairement ni sacerdoce, ni prêtres chargés d’un

service actif, ni temples, ni culte extérieur ; et quand

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on pense que l’enseignement religieux fait complétement défaut, on admire une fois de plus la puissance de ces principes tutélaires, si profondément gravés dans les âmes, que ni l’ignorance ni les passions ne peuvent en détruire complétement les immortels vestiges. Dans la plupart des villages indiens on trouve la cabane de feu, c’est-à-dire une hutte où s’entretient un feu perpétuel en l’honneur des ossements de leurs chefs les plus illustres; mais il n’y a pas de lieu où la tribu s’assemble pour l’adoration et le sacrifice. Ces religieuses pratiques ne dépassent pas les limites de la vie privée et des inspirations individuelles.

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