‹ Le Canada [microforme]Chapitre 6 sur 46 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jean Cabot (14!7).— Jean Verazzani (1525).— Jacques Cartier (1534). — Courageux efforts mal secondés par la France. — Un demi-siècle perdu pour la colonisation. — Samuel Champlain du Brouage, premier gouverneur du Cansda. — Organisation de la compagnie des Cent-Associés. — Hostilités de l'Angleterre. — Traité de Saint- Germain-en-Laye. — Conversion des sauvages. — Ahasistari, — Les franciscains et les jésuites. — Les RR. PP. Biart, le Caron, Brébeuf, Bressani , Jogues, Lallemant, Garnier, Daniel.

Après avoir résumé les notions géographiques relatives au Canada, et avoir esquissé quelques traits du caractère et des mœurs de ses indigènes au xvI° siècle, | nous allons raconter à nos lecteurs l’abrégé de son histoire depuis sa découverte par les Européens jusqu’à nos jours.

En 1497 un Vénitien, Jzan Cabot, marchand de Bristol, et son fils Sesastien abordaient les rives lointaines du Canada ; ils se bornèrent à reconnaître les côtes sans pénétrer dans l’intérieur des terres. Vingt-huit ans plus tard, en 1525, un navigateur florentin au service de la France, Jean Verazzani, dirigeait de ce côté son voyage d'exploration ordonné par le roi François Ier, Ses courageux et intelligents efforts furent couronnés de succès ; après cinquante jours d’une traversée difficile, il entrait } dans la baie de Gaspé , Parcourait les rivages de la mer, y dressait une grande croix supportant un bouclier fleurdelisé, et prenait ainsi possession pour son souverain d’un pays qu’il appelait la Nouvelle-France.

Revenu en Europe, il publia le récit de son expédition. Ce mémoire émut l'opinion publique; il constitue

de nos jours le plus ancien document qu’on possède sur cette importante contrée.

Neuf années s’écoulèrent sans nouvelles tentatives d’explorations sérieuses; mais, en 1534, Jacques Cartier, à la tête de deux bâtiments de soixante tonneaux, partait de Saint - Malo, petit port rendu célèbre par la naissance de Duguay -Trouin, de Surcouf, de Chateaubriand, etc.

Il se dirigeait vers la Nouvelle-France, dont il put explorer plus complétement les côtes que son devancier Verazzani. IL découvrit un goife, et il pénétra dans un fleuve si large qu’il n’en voyait pas les bords ; il le remonta sur un assez long parcours pour arriver à en découvrir les deux rives; mais il fut arrêté par les rigueurs d’un hiver auquel ni ses bâtiments ni son équipage n'étaient suffisamment préparés. Cette épreuve inattendue ne le découragea pas; à son retour en France il publia sur ses découvertes une relation sincère, propre à calmer l’ardeur des aventuriers, sans arrêter l'élan des âmes généreuses.

Il commence ainsi: « Le dimanche jour et feste de la Pentecoste, du commandement du capitaine et du bon vouloir de tous, chacun se confessa, et reçurent tous ensemble notre Créateur en l’église cathédrale de Saint- Malo , après lequel avoir reçu, furent nous présenter au chœur de ladite église, devant révérend père en Dieu,

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(Cartier fut bientôt à même de préparer une nouvelle expédition; et cette fois il put emmener avec lui des marins aguerris, de jeunes officiers, prêts à verser leur sang pour la gloire nationale, et des émigrants dévoués à la propagation de l'Évangile) L'Église les bénit avec effusion et les conduisit jusqu’à leurs vaisseaux dans une procession solennelle, les accompagnant au delà des mers de sa sollicitude et de ses prières. La traversée fut heureuse, et les trois vaisseaux abordèrent comme la première fois à Terre-Neuve. Cartier se dirigea vers l’ouest, et se trouva devant le golfe qu’il avait reconnu

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dens son précédent voyage. C'était le jour où se célébrait la fête de saint Laurent ; il donna le nom du martyr à la portion de mer qui, sous ses yeux, s’avançäit dans les terres ; plus tard ce nom vénéré resta celui du golfe et du magnifique fleuve qui s’y jette. Les atteintes du scorbut, dont l’équipage eut à souffrir, ne furent pas mortelles , et Cartier ne rençontra dans ses excursions aucun ennemi à combattreAIl reçut, au contraire, bon accueil d’un village de Hurons situé dans l’ile de Iochelaga. Ce village était bâti au pied d’une colline du

sommet de laquelle l’œil contemplait un séduisant pa-

norama. À ce spectacle, le hardi navigateur conçut le désir et l’espoir de construire sur ce point élevé une

ville importante pour les relations de la métropole avec /

la colonie, et il résolut de l’appeler Montréal ou Mont du xoi, désignation qui plus tard s’étendit à l’île entière} Comme Verazzani, Cartier prit possession de ces nouveaux territoires en y plantant la croix avec les armes de France, et il revint en Europe dans le courant de l’année 1536.

Au retour de ce second voyage, il fut admis à conférer avec François Ir. Il exposa au roi les puissants motifs qui réclamaient l’établissement d’une colonie au Canada; il insista beaucoup sur une considération religieuse, dont l'importance était alors généralement comprise. « Ne convient-il pas, dit-il au roi très-chrétien, de procurer la connaissance de Jésus-Christ à tant de nations infidèles qu’on civilisera par les lumières de l'Évangile? » Le souverain apprécia ce langage chrétien : cependant les préoccupations intérieures et les guerres du continent absorbèrent ses réssources, et ne lui permirent pas de faire à la réalisation de cette noble entreprise la part nécessaire pour en assurer le succès; mais il ne voulut pas l’abandonner, et quelques années plus tard (1540) il ordonnait une troisième expédition. Cette fois Cartier, honoré du titre de capitaine général, emmenait avec lui un gentilhomme picard, François de la Roque, seigneur de Roberval, nommé vice-roi de Norimberie, nom nouveau donné à la région située près du golfe Saint-Lau-

rent et sur les rives du grand fleuve, Malheureusement | ces titres pompeux ne pouvaient suppléer aux éléments

| de sérieuse colonisation qui faisaient entièrement défaut. | Les chefs de la future colonie auraient eu besoin d'être secondés par des hommes intègres, par des ouvriers laborieux ; ils ne purent guère obtenir que des vagabonds, des repris de justice, des prisonniers frappés par la loi pénale. Ces individus tarés, perdus de mœurs, résistèrent aux conseils et aux menaces, foulèrent aux pieds les règlements, les lois, et oublièrent bien vite les promesses mensongères qu’ils avaient faites en France pour obtenir leur mise en liberté. Le courage, les bonnes mœurs, la persévérance dans l’effort auraient permis de jeter quelques fondements solides; la paresse, l’indiscipline, l'esprit de révolte opposèrent à toutes les tenta- - tives un obstacle insurmontable. Au bout d’une année Roberval abandonnait sa vice-royauté, et Cartier déplorait amèrement l’insuccès d’une entreprise à laquelle il s'était si vaillamment consacré.

Après cet échec, l’élan et les généreux sacrifices du arquis de la Roche, de M. de Monts, ceux de quelques autres Français d'élite en faveur du Canada ajoutèrent à la gloire et aux mérites de la nation qui possédait de tels hommes; mais leurs efforts individuels n’amenèrent aucun résultat important pour l’avenir de la colonie, et le gouvernement français, découragé par les fautes qu’il avait commises, refusa tout concours efficace pendant environ un demi-siècle ŸLe commerce profita seul alors de la découverte du Canada, en envoyant des bâtiments de pêche sur les côtes d'Amérique. Souvent nombreux, ces navires s’élevèrent en 1578 au @hiffre de cent cinquante Henri IV résolut enfin d'exécuter sérieusement un projet depuis trop longtemps ajourné, et il choisit pour l’accomplir un homme d’une incontestable valeur. C'était Samuel Champlain du Brouage, officier de marine, dont l'intelligence et le caractère inspiraient la confiance et l'espoir. Il reçut le titre de gouverneur du Canada, et mérita celui de père de la Nouvelle-France. Sa première

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LE CANADA (d expédition date de 1603 , et fut suivie de plusieurs autres, Il sut établir de bonnes relations avec les sauvages, éleva des constructions et un fort sur l'emplacement où devait surgir plus tard la ville de Québec, devenue de nos jours l’une des premières citadelles du nouveau monde. Il s’avança jusqu’au lac qui porte son nom, et découvrit aussi le lac Ontario. Comme il estimait le salut d'une âme bien plus qu’un empire, dès son second voyage en Amérique il y amenait quatre franciscains ou récollets ‘, qui devaient gagner les cœurs à la vérité, tandis que Champlain conciliait les esprits à la France par la droiture de ses procédés et la loyauté de son administration. Il saisit la première occasion favorable pour travailler à la conversion des pauvres sauvages ; « car, dit M. Bancroft, auteur protestant de l’histoire des États- Unis, ni les raisons de commerce ni l’ambition de ses souverains ne portaient la France à établir son autorité jusqu'au cœur même du continent; son motif était la religion. Les Français ont entrepris la conquête de l’Amérique moins dans des vues politiques que pour accomplir les vœux les plus chers de l’Église, qui embrasse tous les membres de la grande famille humaine dans le même amour, sans avoir égard aux différences de races et de couleurs. »

Parmi les premiers apôtres du pays nous devons citer les PP. Biart et le Caron. Le P. Biart évangélisa les Cannibas; il leur fit tant de bien que cette tribu le vénérait comme un messager du ciel. Le P. le Caron pénétra chez les Mohicans et dépassa le lac Huron, portant partout la parole qui instruit l’esprit, et l'exemple qui touche le cœur. Ces fervents religieux commencèrent le défrichement laborieux des consciences, et eurent pour successeurs les membres de la compagnie de Jésus.

Tout semblait réussir au gré du gouverneur, quand les hostilités des Anglais, alliés aux Iroquois, vinrent pa.a-

i Les franciscains sont les religieux fondés en 1208 par saint François d'Assise. Ils se divisent en plusieurs branches ; l’une d'elles se compose de récollets ou recueillis, ainsi nommés à cause du recueillement dont leur extérieur portait l’édifiante empreinte,

lyser les progrès de la colonie, et susciter à Champlain des difficultés contre lesquelles il se mit à lutter avee énergie; secondé par ies Algonquins et les Hurons, il repoussa les Iroquois. Il construisit le fort Saint-Louis, qui devait être le boulevard de la puissance française au Canada. Mais les Iroquois, irrités d’un premier échec, résolurent de se venger, ils appelèrent üe nombreux renforts, et vinrent assiéger Québec, privé de vivres et de munitions. Champlain, à qui la France mesurait avec parcimonie les moyens de défense, fut obligé de capituler en 1627; sa petite troupe, qui s'était très-vaillamment défendue, sortit du fort avec armes et bagages. Cette mêine année, à la suite de dissensions et de luttes suscitées par des protestants auxquels Suliy avait accordé une confiance mal placée, et qui voulaient empêcher l’arrivée, puis entraver l’action des missionnaires, un décret royal cédait à une compagnie de cent associés le fort Saint-Louis et ses dépendances; la nouvelle société s’engageait à rendre foi et hommage au souverain de la France, et promettait d'offrir à lui et à ses successeurs, lors de leur avénement au trône, une couronne d'or de huit marcs'. Investie des pouvoirs les plus étendus, elle avait le droit d’ériger des fiefs, de concéder les terres, moyennant certaines redevances et confirmation de la part du gouvernement français ; elle disposait à son gré des établissements déjà fondés, et faisait la paix ou la guerre suivant ses intérêts. La pêche de la baleine et de la morue était déclarée libre pour tous les Français : maïs le monopole du commerce général du Canada était attribué pour quinze ans à l'association concessionnaire; celui des peaux et des fourrures lui était accordé à perpétuité. Enfin la France, de son côté, promettait de faire partir pour le Canada des ouvriers de tous les métiers, et d'y transporter le nombre de prêtres nécessaire à la conservation de la foi parmi les Européens et à sa propagation parmi les sauvages, La compagnie devait entretenir à ses frais les prédicateurs,

1 Cet ancien poids est de deux cent cinquante grammes.

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