LE CANADA CD
nourrir les colons pendant les trois premières années, et les choisir tous parmi les Français catholiques.
Cette organisation tendait à développer l'initiative privée par l'attrait de bénétices importants, et à décharger le trésor public de frais qui menaçaient de devenir considérables; mais l’association, anhinée d’ailleurs d’intentions louables, n’était pas assez solidement organisée pour remplir sa mission : elle assumait une trop lourde responsabilité. Elle ne sut pas d’ailleurs choisir des
agents dignes de la tâche qu’elle leur confiait; et la mé- *
tropole, qui se désintéressa bien vite de l'avenir de ses colons, s’aperçut trop tard de la faute qu’elle avait commise : de là vint une longue période de langueur et de dépérissement pendant laquelle la colonie ne fit que végéter dans la situation la plus précaire.
Cependant elle aurait eu besoin d’une main ferme pour la soutenir contre les attaques de l'Angleterre, toujours occupée de la détruire. Deux ans après la création d’une compagnie française au Canada, les Anglais se rendaient maitres de tout le pays; et il fallait le traité de Saint- Germain-en-Laye (1631) pour les obliger à restitution.
Champlain fut heureux de connaitre, avant de mourir, les conditions de ce traité; il s’intéressa jusqu’à son dernier soupir à la colonie qui lui avait coûté tant de sacrifices. La maladie, à la fin de sa carrière, le cloua sur un lit de douleurs; mais il ne cessait de faire des vœux pour ses compatriotes établis sur les bords du Saint-Laurent, et surtout pour les missionnaires qui, pénétrant chez les sauvages, accomplissaient l’œuvre civilisatrice à laquelle il s'était énergiquement dévoué : car il pensait que leurs privaticns et leurs souffrances feraient plus que les baïonnettes de nos soldats et les canons de nos armées pour répandre les principes de la justice, les vérités de la religion, et pour remplir la sublime tâche que la Providence a départie à ia France
‘ depuis tant de siècles.
La perspective des âmes à conquérir excitait alors le zèle ardent des pieux catholiques. Les uns, comme la reire Marie de Médicis, la duchesse d’Aiguillon, le
cardinal de Richelieu, la marquise de Guercheville, M. Olier, etc., contribuent au succès des missions canadiennes par leurs largesses, leurs prières et la direction donnée aux émigrants; les autres paient de leur personne. Ainsi le marquis de Gamache renonce à uné grande fortune, et obtient de ses parents les ressources nécessaires à la fondation du célèbre collége de Quebec. La compagnie de Jésus, dans laquelle ce jeune gentilhomme est entré, envoie ses membres au Canada; ils deviennent bientôt et restent longtemps à peu près les seuls apôtres du pays.
Dès 1625, les jésuites y viennent une première fois pour en prendre connaissance ; en 1636, quinze pères y arrivent pour fonder leurs missions, et commencent à évangéliser les sauvages. Le P. Brébeuf, placé à leur tête, renouvelle chaque jour au sacrifice de la messe le vœu d'affronter le martyre; il a soif de verser son sang pour Jésus-Christ, et ses cor: pagnons sont animés du même zèle. |
Sous l’action de leur charité et de leur parole apostolique les yeux s'ouvrent à la lumière, les âmes embrassent avec joie la religion qu'ils annoncent; les vertus domestiques prennent naissance, les mœurs s’épurent, les désordres diminuent; les crucifix, les pieuses images sont honorés dans les wigwams; les dimanches sont observés, et les familles deviennent dignes de respect.
Les résultats de tant de dévouement ont été relatés par le P. Bressani, un des religieux les plus ardents à la conquête des âmes. « À notre arrivée dans le pays que nous avons évangélisé, écrivait-il de sa main mutilée par les sauvages, nous n’avons pas trouvé une seule âme qui eût le bonheur de connaître Dieu ; aujourd’hui, malgré la misère, la famine, la guerre et la peste, il n’est pas une seule famille où l’on ne compte quelques chrétiens ; plusieurs même sont entièrement converties au christianisme. » Entre autres supplices, il fut flagellé, torturé et traîné nu-pieds sur les épines dans toute l'étendue d’un village.
C’est lui qui plus tard traçait le récit de ses propres
cheville, )ns Canadirection eur pere à uné ssources Québec.
e gentilada ; ils près les
ière fois ze pères
encent é à leur
esse le on sang imés du
apostoembras- > vertus purent, images ont obspect.
relatés nts à la 1YS que mutilée ile âme il, mal:
il n’est ; chréties au agellé , toute
ropres
tortures, comme s’il eût parlé des tourments infligés à un étranger. C’est à lui que les Indiens disaient : « Montrez-nous vos b’ :ssures, elles nous parlent de Celui pour l'amour duque jvous les avez supportées. » Il put revenir en Italie; et quand il prêchait ses compatriotes, leur foi se plaisait à vénérer sur son corps les marques du Seigneur Jésus.
Les prédicateurs de la bonne nouvelle avaient choisi pour centre un village situé près de la rivière Matchedash, et rayonnaient de là pour atteindre les tribus infidèles.
Une de leurs conversions les plus célèbres fut celle d’Ahasistari, chef huron renommé pour sa valeur et sa puissance. Dès qu’il eut reçu le baptême, il manifesta beaucoup de zèle pour étendre le règne de Jésus-Christ dans les âmes. Un jour, s’adressant à une troupe de sauvages qu’il venait de convertir, il s’écria : « Efforçonsnous d'amener le monde entier à la foi de Jésus-Christ. » Accompagné de quelques-uns de ses guerriers, il aimait à escorter les missionnaires dans leurs périlleuses excursions. Or, comme il accompagnait le P. Jogues, qui revenait à Québec, il fut attaqué par une bande de Mohawks, peuplade connue, comme on le sait, sous le nom générique d’Iroquois. Persuadé que le nombre des ennemis rend toute résistance impossible, il refuse le combat et se cache avec ses hommes dans l'épaisseur des
forêts qui bordent les rives du fleuve Saint-Laurent ; mais le P. Jogues attend les Mohawks de pied ferme: il ne veut pas perdre cette occasion d'annoncer l'Évangile aux sauvages. Il es: fait prisonnier; et quand Ahasistari connaît cette héroïque détermination, le généreux Indien sort de sa retraite et va partager la captivité du religieux. « Mon père, lui dit-il, je t’ai promis de partager ton sort; je viens, parce que je veux rester fidèle à ma parole. » |
Pendant tout le trajet, les barbares, qui se dirigeaient vers la rivière Mohawk, traitèrent avec cruauté leurs prisonniers : flagellés, privés de nourriture pendant plusieurs jours, les martyrs se réjouissaient de penser que