‹ Le Canada [microforme]Chapitre 8 sur 46 · D TT ER · texte numérisé non relu

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le jour de la récompense allait luire pour eux. D'ailleurs les consolations présentes ne leur étaient pas entièrement refusées. Un bel épi de blé fut jeté au père par la compassion des passants; l’épi était orné de perles de rosée, gouttes d’eau providentielles qui suffirent pour baptiser deux catéchumènes.

Ahasistari fut condamné à être brùlé vif, et reçut avec joie le dernier supplice, en continuant à chanter les louanges de Jésus et de Marie, tant que les tortures des dernières souffrances lui en laissèrent la possibilité. Plusieurs Hurons périrent avec leur chef; un jeune novice, René Goupil, fut tué d’un coup de massue appelée tomahawk pendant qu'il réciait le chapelet avec le P. Jogues. Quant au religieux lui-même, il fut ostropié, mais épargné, puis racheté par les Hollandais. À cause du respect inspiré par sa parole et de ses infirmités, il avait la permission de circuler au milieu de la tribu, et souvent il écrivait sur l'écorce des arbres le nom de Jésus, afin de prendre en quelque sorte possession du pays au nom du Seigneur. Quand il eut recouvré la liberté, il se rendit à Rome pour demander une dispense qui l’autorisât à célébrer les saints mystères avec des mains mutilées. Le saint-père la lui accorda, en déclarant qu'il serait indigne de Jésus-Christ que son martyr ne pôt pas boire son sang.

À peine exaucé, Jogues s’empressa de reprendre le chemin du Canada; il accueillit avec une joie céleste l’ordre de retourner près de ceux qui lui avaient déjà fait subir tant de cruels tourments, et de travailler à fomder une mission permanente chez les Iroquois.

En prenant congé de ses confrères, il leur annonça qu’il ne les reverrait plus en ce monde; et son pressentiment ne fut pas trompeur. Les Mohawks, vers lesquels il se dirigeait l'Évangile à la main et la charité dans le cœur, payèrent son dévouement de la plus noire ingratitude; ils renouvelèrent ses tortures, et, par un raffinement de cruauté, ils prolongèrent son martyre pendant quatre années. Ils lui arrachèrent les cheveux, les ongles jusqu’à la racine, et coupèrent peu à peu ses doigts

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en abattant successivement leurs diverses phalanges. Quand ils voyaient le saint religieux au moment de succomber sous le poids des souffrances, ils suspendaient leurs supplices le temps nécessaire pour lui donner la force d’en supporter de nouveaux. Ils finirent par le mettre à mort en l’accusant d’être un ensorceleur et de jeter sur les moissons un maléfice, c'est-à-dire une action destructive. Ils placèrent sa tête sur les palissades de leur village, et jetèrent son corps dans la rivière du Mohawk.

Ainsi avons-nous vu chez d’autres nations la crédulité populaire accueillir facilement les impostures les plus invraisemblables, alléguées par des bourreaux qui voulaient immoler des victimes ; et si nous étions privés des garanties que la justice chrétienne prescrit en faveur des accusés, ces barbaries révoltantes se renouvelleraient chaque jour sous nos yeux.

Il faudrait écrire de longues pages pour énumérer toutes les souffrances de ces glorieux apôtres qui scellaient de leur sang la foi en Jésus Sauveur. De pareils développements dépasseraient les bornes imposées à notre étude; mais novs ne saurions nous refuser à grouper ici quatre :1oms de martyrs qui ont marqué parmi les autres, et qui nous apparaissent, comme le P. Jogues, couronnés d’une lumineuse auréole : ce sont ceux des PP, Brébenf, supérieur de la mission, Lallemant, Garnier et Daniel.

Les grandes douleurs de Brébeuf avaient déjà commencé, et il continuait encore à prêcher la vérité ; quand il reçut la palme de la victoire, il était depuis vingt ans missionnaire du Canada, et avait conquis à la religion plus de sept mille Indiens. Il fut pris par les Iroquois après un combat qu’ils avaient livré aux Hurons, dont tous les guerriers avaient été tués ou faits prisonniers. Au lieu de fuir, il était resté avec le P. Lallemant au milieu des vaincus pour baptiser les catéchumènes et administrer les malades. Les vainqueurs lui coupèrent le nez et la lèvre intérieure pour le réduire au silence, puis ils lui brûlèrent les gencives, appliquèrent des

torches ardentes sur toutes les parties de son corps; et comme il persévérait dans son éloquente exhortation, ils lui plongèrent un fer rouge dans la gorge.

Le P. Lallemant, d’une constitution faible, d’une santé délicate, débutait comme missionnaire des infidèles quand il fut immolé près du P. Brébeuf. Les exécuteurs lui enlevèrent ses habits, et le couvrirent de morceaux d’écorce pour rôtir lentement son corps. On trouva dans ses papiers la prière suivante : « Mon Jésus, seul objet de mon amour, il faut que votre sang répandu pour les sauvages aussi bien que pour nous soit appliqué d’une manière efficace à leur salut. Aussi je désire vivement être le coopérateur de votre grâce, et m’immoler pour vous. » Ses vœux étaient accomplis! Dès le commencement de ses tortures il dit au P. Brébeuf avec une joie céleste : « Nous voilà donc en spectacle au monde, aux anges et aux hommes! » Quand le feu eut consumé ses liens, il courut à son confrère et baisa ses blessures avec amour. Peu d’instants après, son crâne fut scalpé, c’est-à-dire que la peau de sa tête fut enlevée avec un instrument tranchant ; alors commença l’agonie, qui dura dix-sept heures! Pour parodier le baptême, on jeta de l'huile bouillante sur cette tête dénudée; un des yeux fut arraché et remplacé dans son orbite par un charbon ardent. Quand le martyr ne pouvai. plus parler, il élevait encore ses mains au ciel, afin de tourner de ce côté les pensées et les désirs des assistants. Plusieurs des spectateurs comprirent cet expressif langage, et même parmi les bourreaux on compta des convertis qui racontèrent les détails du double martyre.

Ce fut encore une des tribus iroquoises qui vint attaquer la mission de Saint-Jean, fondée en faveur des Hurons, et confiée au P. Garnier. Elle met tout à feu et à sang, et commet des cruautés inouïes. Des enfants sont arrachés à leur mère, et jetés au feu en sa présence. Une autre est enlevée à ceux qui lui doivent l'existence, puis assommée sous leurs yeux. Une troisième est mise à mort, parce qu’elle pleure ceux auxquels elle a donné le jour. Au milieu de ces scènes de barbarie, le P. Gar-

orps; et nier court à l’église, où il trouve des chrétiens en prière : rtation, il leur conseille de prendre la fuite, et de garder toujours

précieusement le trésor de leur foi. Ces chrétiens s’efne santé forcent d’entrainer avec eux le consolateur et le père de infidèles leurs âmes ; mais le P. Garnier résiste à toutes les

eCcuteurs instances : il veut rester sur le théâtre du carnage pour orceaux ; absoudre les néophytes et baptiser les enfants. Un preiva dans mier coup de feu le frappe dans l'exercice de son miul objet "1 nistère, et l’atteint au-dessous de la poitrine ; une autre

pour les balle lui traverse la cuisse : malgré cette double blesé d’une Ja sure, il trouve dans son zèle assez de force pour se vement trainer près d’un Huron qui se meurt, et auquel il veut er pour donner l’absolution. Il reçoit alors un coup de hache qui mence- coupe son corps en deux parties; et son âme, dégagée ine joie de ses liens, s'envole vers le Seigneur qu’elle a si bien

de, aux servi.

mé ses Le P. Daniei fut surpris aussi dans un village huron essures par les Mohawks. Sa tâche terminée près des néophytes, scalpé, il s’avança paisiblement à la rencontre de ces sauvages vec un pour leur annoncer la vérité. IL mourut percé de flèches ui dura en prononçant le nom de Jésus-Christ. Ceux qu’il avait jeta de : convertis le pleurèrent longtemps. Quelques-uns d’entre

S yeux Hi eux déclarèrent l’avoir vu plusieurs fois après sa mort,

ns bon resplendissant de jeunesse, de gloire et de beauté, il éle-

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