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CHAPITRE IV

M. Olier et M. de la Dauversière. — Une association charitable obtient la cession de l'ile de Montréal, — Générosité des émigrants qui se vouent au salut des Canadiens. — M. de Maisonneuve; Mie Manse. — Marguerite Bourgeois. — Sacrifices des sulpiciens et abondantes bénédictions. — Les RR. PP. Allouez, Mesnard, Marquette et leurs compagnons. — Témoignages des auteurs protestants. — Robert de la Salle et Bienville.

Pendant que les missionnaires répandaient leur sang et donnaient leur vie pour la conversion des sauvages, de fervents catholiques restés en France ne se lassaient pas de travailler au même but. Parmi ces hommes d'élite nous devons citer en première ligne M. Olier, le fondateur de tant de belles œuvres qui honorerour à jamais sa mémoire. Attristé de voir que les compagnies industrielles, organisées pour exploiter les richesses de l'Amérique, ne faisaient pas une part suffisante à la propagation de la vérité, c’est-à-dire à la civilisation du pays, il résolut de fonder lui-même une association exclusivement dévouée au salut des Canadiens. A l’aide des ressources réunies par cette société, il conçut le projet de faire construire dans l’île de Montréal, alors inculte, une ville fortifiée, consacrée à la sainte Vierge sous le nom de Ville-Marie, afin d’opposer une digue aux ravages des barbares, et de fonder un établissement qui deviendrait le centre des missions. Pendant qu’il méditait ce dessein, la Providence le mit en relations avec Jérôme le Royer de la Dauversière, gentilhomme angevin, lieutenant général au présidial (ou tribunal) de la Flèche , dont la foi généreuse

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brûlait de contribuer au salut du Canada.Il voulait établir dans cette contrée lointaine une maison de sœurs hospitalières de Saint - Joseph, qui éclaireraient les âmes en guérissant les corps. Il vint de la Flèche dans les environs de Paris pour soumettre ses idées au garde des sceaux, et au moment où il entrait dans le château de Meudon, qui appartenait à ce haut personnage, M. Olier s’y rendait de son côté pour conférer de son futur séminaire de Saint-Sulpice. L'histoire a noté les incidents de leur touchante rencontre. Ces deux hommes, qui ne s'étaient jamais vus, se reconnurent au premier aspect, se comprirent sans s'être expliqués, se jetèrent dans les bras l'un de l’autre, et s’embrassèrent avec effusion comme d'anciens amis. Ne l’étaient-1ils pas, en effet, par cette sérieuse conformité de vues et d’aspirations qui constitue le fondement de la plus solide affection? Après les épanchements d’une mutuelle sympathie, M. Olier célébra la messe, et M. de la Dauversière y communia. Puis les deux serviteurs de Dieu s’entretinrent pendant trois heures de leurs plans et de leurs désirs réciproques. Avant de le quitter, M. Olier remit à son nouveau collaborateur un rouleau de pièces d’or pour couvrir les premières dépenses de son œuvre : à partir de ce jour, unis par d’indissolubles liens, ils agirent de concert pour l'accomplissement de leurs vœux. M. Olier proposa plus tard le patronage des établissements du Canada à sa compagnie de sulpiciens , qui ne l’adopta qu'après un mûr examen; une fois qu’elle l’eut accepté, elle sut le continuer avec une invincible ardeur. Mais avant d'obtenir ce grand résultat, grâce à son influence qui grandissait avec ses vertus, grâce à son ascendant sur l’élite de la société parisienne, M. Olier réussit à fonder une société charitable , composée de personnes riches, ou du moins trèszélées, qui apportèrent la triple aumône de leurs prières, de leur crédit et de leurs offrandes. M. de la Dauversière, désireux d’un rôle modeste, voulut se borner à être l’exécuteur des décisions de l’association naissante. Bientôt la nouvelle œuvre obtint de M. de Lauzon, intendant du Dauphiné, la cession de l'ile de Montréal. Cette ile,

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dont nous avons déjà parlé, était située à soixante lieues de Québec, dans le fleuve Saint-Laurent, au milieu des Iroquois, toujours plus hostiles aux Français, parce que les Hurons, leurs ennemis, avaient reci:erché et s'étaient concilié notre amitié. La charité allait ainsi s'implanter parmi de farouches peuplades pour les éclairer, en affrontant les plus redoutables périls.

Une fois propriétaire au Canada, la société se hâta d’y expédier des tonneaux de vivres et d’objets nécessaires à l'établissement de la future colonie; puis elle réunit trente familles de gentilshommes, de commerçants, de cultivateurs et d'artisans, tous inspirés par des vues surnaturelles, et décidés à chercher d’abord l’extension du royaume de Dieu; plusieurs même, parmi les laïques, n'avaient qu'un seul but : faire leur salut, comme ils disaient, dans un lieu éloigné de l’occasion du péril, en travaillant à la gloire de Dieu par la conversion des sauvages. Il leur fallait un chef; M. Paul de Chaumédy de Maisonneuve, gentilhomme champenois, officier de mérite, chrétien éminent, consentit à les diriger. Vers le même temps, la charitable M'e Manse venait de Langres à Paris, renonçant à une position brillante dans le monde pour accompagner les émigrants, s’adonner au service de leurs malades, et fonder à Ville - Marie le premier Hôtel-Dieu, avec le secours des sœurs hospitalières de Saint-Joseph venues de la Flèche.

Les colons partirent de la Rochelle en juin 1641, et arrivèrent heureusement au mois d’août à Québec, où ils passèrent l’hiver. Les habitants de cette petite ville, composée alors de deux cents âmes, essayèrent de retenir les voyageurs en leur signalant les dangers auxquels ils s’exposeraient, s’ils persistaient à vouloir aborder en si petit nombre une île peuplée par une tribu considérable d’Indiens. M. de Maisonneuve, vaillant interprète de tout son équipage, répondit aux instances qui voulaient retarder son départ : « Je ne suis pas venu pour délibérer, mais pour agir! Y eût-il à Montréal autant d'Iroquois que d’arbres sur ce plateau, il est de mon honneur.et de mon devoir d’y établir une colonie. »

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Quelques mois plus tard (février 1642), M. Olier, que ses importantes œuvres retenaient en France, et qui aurait tant aimé à se rendre au Canada, afin d’y exposer sa vie pour son divin Maître, réunissait à Paris, sous l'invocation de la sainte Vierge et dans l’église Notre- Dame, les associés de la compagnie de Montréal: les prêtres célébraient la messe, les laïques recevaient l’eucharistie; et tous, après la cérémonie religieuse, s’assemblaient à l’hôtel de Lauzon pour prendre de généreuses résolutions. Là fut décidé le départ de trois nouveaux navires, chargés de transporter en Amérique d’honnèêtes familles appartenant aux métiers les plus utiles à l'avenir de la colonie. Là se fit une quête dont le chiffre dépassa deux cent mille livres, et dont le produit devait surtout servir à jeter les fondements de Ville-Marie,

Les premiers colons prirent possession de l’île de Montréal en se prosternant sur le rivage, et en chantant les louanges du Seigneur. Une chapelle en écorces reçut le très-saint Sacrement; comme on ne possédait ni cire ni huile, on plaça devant le tabernacle une petite bouteille contenant des mouches à feu, qui produisent une lumière analogue à celle de la bougie. Les débuts furent trèspénibles. Les émigrants semèrent dans les larmes; et à la place des récompenses du temps, ils s’assurèrent par leur courageuse persévérance la moisson des joies éternelles. Malgré de petites fortifications construites avec des pieux, ils étaient souvent inquiétés par les Iroquois : ceux d’entre eux qui cultivaient la terre n’en con-

naissaient pas encore les propriétés ; ils ignoraient les.

moyens de la fertiliser, et ne parvenaient pas à produire le pain nécessaire à leur subsistance ; mais les conversions s’opéraient, et ce résultat consolait de tous les mécomptes.

M. de Maisonneuve, revenu en Europe pour solliciter de nouveaux secours, obtint les ressources dont il avait besoin, et réunit plus de cent hommes de choix, qui s’embarquèrent avec lui.

Vers le même temps, l’amour des âmes décidait des femmes d'élite à donner beaucoup, et même à s’expa-

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