CES LE PR
DU TRANSVAAL EN ANGLETERRE Du 10 janvier au 8 avril.
Le départ. — Carl Carlsson, = Le Winkelier. — Un Flamand. Kimberley. — A. travers la Colonie. — Un parc à autruches. Dunbrody. — A bord du Grantully-Castle, — Les Boërs, Sainte-Hélène. — Ténériffe, — Funérailles à bord. — Plymouth.
Nous sommes en vue de Christiana! Nous avons traversé le Transvaal, nous allons rentrer dans la colonie du Cap. Ce 23 janvier 1885, je retrouve une ville à ce gué du Vaal où en 1879 j'avais compté... une seule maison.
Dieu aidant, j'ai achevé la dernière tâche qui
m'a été confiée dans l'Afrique australe, et la mission des Batlapins aux Dwarsbergen est debout, pleine d'avenir, et déjà riche de travail. Sitôt la maison bâtie, la cuisine terminée et mon remplaçant arrivé, j'ai dit adieu aux chefs de la bourgade bantou et je suis parti de Tseni-Tseni, le 19 janvier dernier; en route pour l’Europe, pour l'Amérique!
De Zeerust sur le Marico (Malekwèï), j'expédiai la toiture en tôle qui doit couvrir l’école. Mon voyage a été aquatique au possible. Je l’ai fait seul avec mes nègres jusqu’à Zeerust. Là je trouvai un gentil Suédois, Carl Carlsson, revenant du pays des Namakwas et des Ovampos de l’ouest.
A Tséni-Tséni, à son passage par notre maison en construction, je l'avais reçu lui et ses 250 bœufs, avec toute la courtoisie que permettaient notre jeune établissement et notre abondante fontaine.
À Zeerust il nous a rendu le centuple pour le café et l’eau et l'herbe de Tseni-Tseni. Il m’a pris dans son wagon gratis, et voilà quinze jours que je vis à sa table et dans sa maison ambulante. Le désert unit tout ce qu'il rapproche. C’est un de ses charmes. Le voyage a été « aquatique ». En effet, par des pluies tropicales, diluviennes, nous avons nagé à travers le pays. Depuis lors, pour nous consoler, nous avons pu voguer dans la poussière, Une pluie de sable nous a surpris et fouettés durant en-
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viron 4 heures. Ne vous imaginez pas un coug 1e vent; non, je parle d’ure tempête, d’une pluie de oussière, réminiscence des plaies d'Egypte.
L'an dernier, je descendais la route du Transvaal par le Harts Rivier et la fusillade retentissait au Stella-Land. Les Boërs poussaient les Barolongs. En ce moment tout est en suspens. La guerre vat-elle éclater au sujet du Stella-Land conquis, entre le Transvaal et l'Angleterre, entre l'Angleterre et l'Allemagne unie aux Boërs ? J’ignore quel sera le résultat de l’entrevue de Christiana.
Le général Charles Warren et Paul Krüger s’y rencontrent demain. Entre parenthèse : les Boërs me prennent partout pour Paul Krüger. Ils disent en chuchotant: « Hy es ja onse Paul » — Je ne savais pas j’eusse l'air d’un Boër!
Quel que doive être le résultat de l’entrevue, je serai de l’autre côté du Vaal, et la mission n’a rien à craindre de la guerre éventuelle. Sur ma route j'ai eu une fois de plus l’heureuse surprise de découvrir des catholiques. Nous avions quitté la famille irlandaise des Lonergan à Zeven-Fonteyn et nous avions pris le droit chemin de 8 journées sur Christiana. Un soir, je me sentis fatigué et dis à mon brave compagnon : « Carl, prends garde ; à une lieue d'ici à peu près, une route part à gauche. Elle est mauvaise et mène à Bloemhof. Tiens bien la droite ». Je m’endors, et, trois heures
14 TRC:3 ANS DANS L’AMÉRIQUE SÉPTENTRIONALE
après, nous sommes en plein marais, fourvoyés sur la route obscure de Bloemhof. A la chandelle nous dûmes chercher les vieilles ornières pour retrouver le chemin.
Dieu avait ses vues. À l’aube, nous voyons au loin une pauvre maison, isolée dans une plaine brûlée. À tout hasard nous y virons: «où ily a maison, 1l doit exister de l’eau ». Il s'agissait d’abreuver les 250 bœufs altérés depuis 28 heures.
Nous entrons dans la modeste habitation appelée « Winkel » c’est-à-dire bazar, et où en effet, on voit encore, appendus au mur, quelques lanières en cuir et quelques fouets de rhinocéros, qui se vendaient autrefois aux voyageurs. Un « winkel » africain est à peu près un guëêpier, où l’on doit nécessairement laisser une aile. Il n’en devait pas être ainsi pour moi. Le boutiquier était un petit homme sec, et jasant comme une pie. Il affectait un sentiment boër prononcé, et mâchait des anglais. Il vit bientôt que malgré notre langage, nous n’étions ni Transvaaliens ni Orangistes. Il se calma par degrés ; et quand je lui demandai en bon alle-
mand de quel pays il était, il tomba des nues: pi « Von Coblentz », répondit-il timidement. « Vous ni êtes donc catholique », ajoutai-je aussitôt. « En je) effet! » répondit-il; « et vous qui êtes vous, mon- É sieur? » — « Je suis prêtre catholique; je re-
viens des missions du Zambèze », fut la réplique.
DU TRANSVAAL EN ANGLETERRE 15 Le brave homme devint pensif, et sa conversation, si volubile d’abord, fut toute distraite. Le soir venu je le pris à part : « Et votre enfant est-il baptisé? » demandé-je. « Oui, dit-il, je l’ai fait baptiser par le ministre protesiant, cela me semblait mieux que rien ». — « Ne saviez-vous pas baptiser aussi bien que lui ?.. Nous rectifierons cela », lui dis-je. « Etes-vous marié ? » fut l’autre demande. Il gémit et répondit : « Je suis marié devant le Landdrost ; je n’ai pas voulu me marier devant le ministre protestant, et 1l n’y avait pas de prêtre », Sa jeune femme survint alors, et quoique protestante, elle se mit à le supplier de faire baptiser son fils par le prêtre catholique, et de lui permettre à elle-même d’embrasser la religion de son mari. Je réglai leur mariage et je baptisai l'enfant sous condition. Je Jui donnai les noms de Florimond, Joseph, Jacques. L’admission de la femme dans le sein de l'Eglise fut différée le temps voulu pour l’instruire convenablement des obligations de notre foi. Il fallait partir. Les 250 bœufs du brave Carl Carlsson mouraient de soif, près de l'étang à sec. Deux jours après cette heureuse rencontre, nous nous trouvions sur la grande route de Christiana, arrêtés devant une masure fermée et une flaque d’eau ou plutôt de boue. Le maïître de la maison, un Anglais, était en fuite, par crainte des Boërs, et à son kraal travaillait tout seul un pauvre
« Blanc ». Màù par la curiosité, je dirigeai mes pas vers ce kraal ou pare à bétail, et m’assis au milieu de cette morne solitude, en face du pauvre maçon.
« Goeden dag, mijnheer », me dit-il, avec une franche bonhomie. Son accent flamand me frappa. « Bonjour, mon ami », répliquai-je ; « n’êtes-vous pas de Schellebelle ou de Zele ? » « Du canton de Zele, de ia Flandre, monsieur », fut la réponse étonnée. « Et êtes-vous belge aussi, monsieur », demanda-t-il, en jetant ses briques. — « Je suis le Père Croonenberghs de Hasselt, et jésuite belge. » — Vous jugez de la stupéfaction et de la joyeuse surprise du pauvre enfant de la Belgique égaré dans les solitudes du Transvaal, après avoir quitté son pays à la solde d’une Compagnie d’exploitation qui construisit des chemins de fer, dans la colonie africaine.
Le temps pressait; cinq minutes après, nous étions assis dans le pied d'ombre que projetait le mur en gazon et une confession excellente fut le fruit de cette heureuse journée. Je laisai à ce bon Flamand, fidèle à sa vieille foi, un chapelet, et « Le petit mois de Marie » du P. Hilleceer.
Ainsi Dieu ménage à la fois ses consolations, aux pauvres catholiques égarés dans ces déserts lointains, et à nous qui allons y chercher les élus du Seigneur.
Chemin faisant, j'ai recueilli l'espoir fondé
RU
d'étendre à bref délai, sur plusieurs villages de Batlapins, l’action de la nouvelle mission des Dwarsbergen.
La dénomination de Batlapin signifie « gens de la pierre » montagnards. Ces peuplades nichent en effet entre les aspérités des monts comme nos ancêtres de l’âge de la pierre, à Chauvaux.
Quand nous eûmes fait nos provisions de vivres, et surtout de bois de chauffage pour la route désormais dénudée de tout vestige de végétation, nous nous mîmes en devoir de traverser la rivière qui nous séparait du pays de Kimberley aux « Diamond Fields ». Ces Champs des Diamants sont devenus rapidement fameux. Les sémites ont monopolisé entre leurs mains habiles, la presque totalité du carbone pur qui sort de ces inépuisables mines.
89 janvier. — Le passage du Vaal avec deux
cent cinquante bœufs à moitié sauvages a été une scène digne du crayon de Gustave Doré. La rivière
le Vaal se jette dans le fleuve Orange. C’est près de Barckley que le passage s’est effectué en un endroit où la rivière a 200 mètres de largeur et 5 à 6 mètres de profondeur. Un ponton à câble fait le service entre les deux bords. Cinquante bêtes y étaient attirées à la fois, conduites par quelques. vieux bœufs habitués à la périlleuse manœuvre. Des cordes tendues aux deux extrémités du ponton et gar-
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dées par des nègres armés d'énormes pieux tenaient
le troupeau en respect sur l’embarcation. Tout marchait bien jusqu’au milieu de la rivière ; mais là, l'inquiétude gagnait les plus jeunes. Un tumulte | subit se produisait, et soudain une bête s’élançant par-dessus bord, toute la troupe faisait le saut périlleux à sa suite, emportant cordes et nègres et disparaissant dans les profondeurs du fleuve. Quelques | secondes se passaient, soudain les cornes reparais- À saient partout sur les flots, et les bêtes s’en allaient gagner qui un bord, qui l’autre. Lesnègres, eux, s’en tiraient d’une étrange façon. Leur pieu leur servait de cheval. Ils le tenaient serré entre leurs genoux, et s’appuyant la poitrine dessus, ils ramaient doucement des mains et gagnaient le bord en allant à la dérive. Le passage dura six heures ; un des derniers bœufs devint furieux d’impatience sur l’autre bord. Il chargeait quiconque l’approchait à mille pas. Il fallut l’abattre à long tir.
En rentrant dans Kimberley, j’allai visiter quelques amis que j’avais connus en 1879, quand nous montâmes vers le Zambèze.
Il m'arriva par hasard de m'enquérir d’un certain monsieur D. qui m'avait jadis présenté une poignée de diamants bruts, comme aumône pour notre mission. J'avais pour beaucoup de motifs décliné cette offre magnifique, qui nous eût aidés puissamment alors.
En 1879, ce gentleman était venu me trouver un soir au wagon, près de Kimberley, et m'avait confié ses peines.
Pour motifs de santé il avait quitté la congrégation religieuse à laquelle 1l appartenait et avait été régulièrement relevé de ses vœux. Malgré cette assurance, il n’avait plus été tranquille. S’étart marié, il avait eu cinq enfants et était devenu riche.
| La tristesse néanmoins ne l’avait pas abandonné. Il me disait qu’il était convaincu qu’il mourrait bientôt et que tous les siens finiraient misérablement. En vain j'avais essayé de le calmer, je l'avais laissé inconsolable. Or, à six années de distance, j’appris que ce pauvre ami était mort la même année 1879, que sa femme l’avait suivi au tombeau à peu de
let qu’enfin, les cinq enfants étaient décédés les Runs après les autres chez les charitables catholiques qui les avaient recueillis par compassion. À la peine que me firent ces nouvelles, s’ajouta le départ de Carl Carlsson. Il avait vendu ses bœufs dde l'Ovampo Land et regagnait ses lointaines forêts. Dieu daigne conduire ce noble ami.
Je pars demain pour Hopetown où je prendrai le nouveau train du chemin de fer sur Grahamstown. e véhicule qui me transportera d'ici à Hopetown, est un wagon sans tente, et sans couchette ni siège aucun, emporté au galop constant de seize mules.
[mois de là après avoir perdu toute sa fortune |
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Notez qu’il n’y a pas d’autre route que les ornières
profondes creusées par le trafic journalier, à tra- a vers les sables, le schiste crayeux, les rochers et ( les fondrières. Jugez comment je dormirai. On ne l s'arrête ni la nuit ni le jour, durant trois fortes À n journées d’épouvantable chaleur. Cela manquait M d encore dans les agréments de ma pénible route. n a
27 janvier. — Le voyage de la côte du sud à ! di Hopetown s’était effectué en 1879 en quatre longues vi
semaines, si mes souvenirs sont fidèles. Je le referai cette fois en sens contraire, en moins de quarante-huit heures, grâce à la vapeur qui a supplanté les trains trois fois séculaires des wagons à bœufs.
30 janvier. — Le tracé du chemin de fer que les ingénieurs anglais ont construit à travers le centre de la colonie sud-est, est marqué à chaque pas au coin du génie et de l’audace. Ils ont évité les tunnels, mais ils ont multiplié les remblais, les barrages, les viaducs et les ponts les plus hardis. La ligne grimpe le long des flancs des montagnes, serpente sur la crête des rochers, plonge dans les gouffres des ravins et file par-dessus les grands | fleuves et les immenses vallées. Je voudrais m’ar- | rêter à dépeindre les mines de diamants de la république d'Orange, mais j'ai hâte de gagner le port.
Disons un mot toutefois des fameuses fermes à autruches ; allons les voir. Nous sommes arrivés à Grahamstown, ville située à 85 milles anglais ou 136 kilomètres de Port-Elizabeth, et où nous fimes nos préparatifs de voyage au début de la mission du Zambèze. Deux chevaux et un excellent ami m'attendent. Nous sommes en selle. A travers les avenues d’eucalyptus et les haïes de cactus chargés de fleurs et de fruits, nous sortons de la riante ville, coquettement assise dans sa pittoresque vallée, à cheval sur sa rivière toute veuve d’eau, sauf aux jours de tempête, et dont toutefois on veut faire une Seine ou un Escaut! En Belgique, on parle de Bruxelles port de mer; ici on fait aussi bien, ou mieuxencore! Nousattaquonsles dernières crêtes des monts et nous débouchons sur le plateau élevé d’où notre regard porte au nord jusqu'aux Zuurbergen et à l'Est jusqu'aux falaises de l’océan. Le temps est splendide et l’air est élastique. Quel calme et quelle poésie dans cette brillante nature du Sud, dans ces forêts de mimosas, de cactus, d’euphorbias étagées au-dessus du rivage, et rafraîchies par les
vapeurs salubres de la mer! Voyez à vos pieds,
de-ci de-là, es tortues voiturer leur maison dans la fraîche matinée. Qu'un cheval s’ébroue, ou qu’une gazelle s’élance, et elles s'arrêtent soudain et déposent leur carapace, pour la relever quand nous aurons passé. Singulières bêtes que ces tortues si
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variées de forme et de taille; mais plus singulières encore ces travailleuses infatigables dont nous voyons partout les tertres, ces termites redoutables qui ne respectent ni les mimosas de la forêt ni le toit de chaume du missionnaire. Mais ne nous arrêtons pas davantage.
Nous sommes déjà à l'extrémité du plateau et nous descendons maintenant de vallée en vallée jusqu’à ia villa Penrock. C’est la demeure hospitalière où j'avais coutume d’aller me reposer avant et après mes grandes expéditions ; c’est là que la bonne et noble famille Johnson veut cette fois encore, m’entourer de ses soins affectueux au retour de mon long voyage dans les régions de l’intérieur. Ces braves gens appréhendent pour moi de nouveaux travaux; ils s’effraient à l’idée de me voir affronter les dangers de la mer, et les périls des pays lointains ! Comme mes frères et mes sœurs, ils tremblent pour ma vie. Ils n’osent espérer de me revoir encore.
Allons, mes bien-aimés, ne pleurez pas, il n’y a pas de quoi. Qu’importent les difficultés à rencontrer ; je ne dois pas encore y succomber!
Je vousreverrai, sœurs bien-aimées, et vous mes frères, et plus vite que vous ne l’espérez! Nous aurons essayé de faire un peu plus pour Dieu, nous aurons vieilli un peu plus; ce sera toute la différence.
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2 février, — Sous le front sourcilleux d’une montagne rocheuse, sur la pente d’une colline boisée, s'élève une habitation riante, bâtie tout en granit, et flanquée de deux ailes à coins en encorbellement, qui lui donnent l’air un peu aristocratique du vieux manoir. Un vivier artificiellement ménagé dans le roc et alimenté par des eaux vives, entretient autour de la demeure seigneuriale une délicieuse fraîcheur. La famille Johnson m'attend près de l’aquarium. Ce sont des calédoniens du type le plus pur, de vrais écossais. Quel timbre dans leurs voix, quel teint dans leurs fortes physionomies! Père et mère, filles et garçons donnent la franche et vigoureuse poignée de main au missionnaire venu « from the interior » du fond des pays sauvages, et avec humour on l’introduit dans le « dining room » où un repas copieux est tout servi.
Les questions se succèdent et se pressent. Quand les nouvelles des missions furent épuisées, on passa tout naturellement aux autruches. M. Johnson est « member of parliament » il est vrai, mais il est avant tout « ostrich farmer» et un des plus riches propriétaires de ces intéressants bipèdes qu’il y ait dans les colonies.
De la véranda on voit s’étendre une vallée d’une lieue de large, de deux à trois lieues d’une extrémité à l’autre. Tout ce vaste fond est couvert de jungles fort serrées, où le cactus, l’aloës, l’eu-
phorbia dominent parmi les fougères en arbres, et mille essences propres aux régions intertropicales. Un ruisseau divise cette vallée sauvage, et de nombreuses clairières, ou naturelles ou déboisées exprès, parsèment la forêt. Droit devant nous, une gorge profonde ouvre une perspective lointaine sur une autre vallée de même aspect et que terminent à l'horizon les sommets tourmentés des Zuurbergen.
Vous avez là, sous vos yeux, ce qui s'appelle en style du terroir un « ostrich camp », un parc à autruches.
Ii y a quatre cents autruches sur le domaine de mon ami Johnson. La grande vallée est toute clôturée sur son pourtour et partagée en trois sections séparées par des haies en fil de fer. Le plus grand des trois parcs sert de pâturage aux vieux oiseaux mâles et femelles ; le deuxième est réservé aux couvées de deux à trois ans. Le troisième parc enfin, est divisé en portions de quatre à six hectares environ, destinées chacune à un couple de « breedingbirds » ou oiseaux de reproduction.
L’autruche d'Afrique distincte du « coureur », analogue de l'Amérique méridionale, comme aussi de l « Emeu» de l'Australie, est le plus gigantesque des oiseaux actuellement existants, une des merveilles de la création, et n’est surpassé que par un seul oiseuu préhistorique, le « dinornis »
——— à à a oo, à
s,et À australien, dont les œufs fossiles sont plus gros ales. À qu’une tête d'homme.
nom- La patrie de l’autruche semble être actuellement 5 ex- l'Afrique sud-congolienne, mais doit s'être étendue une À autrefois par-delà l’Equateur, puisque dans la langue e sur É } . imagée du Psalmiste on entend la « puissante inent MA voix » de l’autruche
Luur- és C’est dans les steppes élevées et arides du Kala-
4 hari et dans les régions des Machounas de l’est, qu'on rencontre maintenant les troupes les plus are à PN nomtrcuses de ces magnifiques oiseaux. Il y a cinquante ans à peine que les Cafres et les nègres leur donnaient la chasse jusque sur la côte du sud.
Sur le bord de la mer, les plumes des autruches domestiquées sont plus soyeuses et plus blanches; sous les tropiques, les plumes des oiseaux sanvages sont plus grandes et plus fines.
Le mâle (le coq dans !: langage du sud) mesure jusqu’à six pieds dans le désert, et sa tête dépasse l'épaule de deux pieds, dominant un cavalier sur son cheval. Ses pattes sont dénudées, et les tibias deviennent rouges au temps du rut. Les plumes
nr», À noires prennent naissance au sternumet atteignent
aussi À douze pouces sur les épaules. Son long cou est
ntes- S couvert d'un léger duvet gris-perle. Les plumes des des ailes sont blanches, et le panache palmiforme de que | la queue revêt une légère teinte carminée.
nis » Chez la femelle, la couleur chocolat domine. Ses
26 TROIS ANS DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTR!ONALE
pennes blanches et sa queue sont moins longues et plus faibles que chez le mâle.
C’est sur les jeunes cogs qu’on trouve les plumes blanc et noir, appelées plumes de fantaisie.
En ce moment-ci, les plumes des jeunes oiseaux valent 35 francs la livre au marché de Grahamstown; les grandes plumes noires des mâles, 300 francs; les plumes blanches des femelles, 350 francs, et les « primes » ou meilleures pennes de mâles, 500 francs la livre.
Il ÿy a sept ans, tous ces prix étaient d’un tiers plus élevés ; mais depuis qu’en Amérique les plumes d’autruche ont été supplantées sur les chapeaux, par la mode des oiseaux empaillés, le marché de l'Afrique australe est tombé notablement.
Jusque vers l’an 1865, on ne connaissait que les plumes des autruches sauvages. Alors la chasse de ces magnifiques oiseaux offrait un attrait considérable aux chasseurs. Les Boërs, montés sur leurs « chevaux salés » (1), sillonnaient toute
(1) Chevaux salés : Les chevaux, importés jadis dans le sud par les Hollandais, sont attaqués généralement par une maladie du caractère de la morve. Le cheval qui a surmonté la maladie est assuré contre l'épidémie dans la colonie, et est dit « salé ». Le cheval salé dans la colonie subit le mal une seconde fois quand il entre dans la République d'Orange. De même, le cheval « salé », dans ce pays-là, est encore exposé à ce mal s'il monte dans le Transvaal. « Salé » au Transvaal, il peut aller en toute sécurité jusqu’au Zambèze. Les chevaux du Transvaal sont d’un grand prix.
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tiers lumes eaux, hé de
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par les aractère contre lé dans s la Rés-là, est lé » au bze. Les
l'Afrique australe à la recherche des autruches, et toutes les tribus de l’intérieur faisaient un commerce actif de plumes avec les marchands blancs de la côte.
Cette grande chasse aux autruches a perdu maintenant beaucoup de son puissant attrait. L’ « audax Japeti genus », depuis qu’il est armé de la foudre des fusils de précision, a presque exterminé ces nobles animaux.
Il en a été de même dans l'Amérique septentrionale, jadis si giboyeuse, où le mouse, l’orignal et le buffle ont presque disparu : ainsi l'Afrique verra-t-elle rapidement disparaître les dernières merveilles du règne animal, l'éléphant, le lion, le rhinocéros, l’hippopotame et la douce autruche.
J'aime les Boërs dans leur noble et fière indépendance, j'aime tout ce qui les touche; mais, quand je les vois s’acharner ainsi à l’extermination des plus nobles des animaux, je ne puis m'empêcher de lancer à ces rudes et fougueux « Normands » d'Afrique, le mot vengeur du Romain d'autrefois : « Robur illi et œs triplex circa pectus erat » ! Mais, il ne m’écoute pas, il n'entend point le latin, ce fougueux Normand! Et « om vlees te schiet, om vet te hè, om kerse te maak en zeep te kook » pour «tirer » de la viande, pour se procurer de la graisse et faire des chandelles et du savon, il tirera quand même, il achèvera jusqu’au dernier ces milliers,