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tes. et je m'élance au pas ”ymnastique, à travers tou dans la direction de l’est.
Il est cinq heures... Me voici à un rocher horizontal, : une plaine de granit; l’eau y stationne limpide — je bois à longs traits — le soleil est radieux —en avant, droit devant moi. — Une pensée me vient que la route doit être à ma droite — n’importe : fidèle à ma résolution, je précipite ma course droit devant moi. o heures 45 — je m'’arrête, je respire. — Je m’assieds en tenant mes yeux braqués dans l’est. — Je me relève soudain pour courir encore; et que vois-je? des pieds de moutons dans le sable, sur la pluie! — un pied de Cafre ! ce doit être la piste de notre troupeau — Que vois-je encore, là, là! la route ! et d’un bond, j'y suis; et le genou dans la terre humide, je lève les mains au ciel, au milieu de la route retrouvée :
De voir la direction des pieds des bœufs et des hommes, ce fut l'affaire d’un instant, et sans plus sentir ni fatigue ni sueur, je repartis à la course. — Une heure se passe — il était six heures et demie, et le soleii allait se précipiter derrière les forêts, quand une tourterelle se glissa sous un rameau. Cette fois je l’abats, mais voici que quelques instants après, une balle siffle dans l’air par-dessus ma tête! — J'écoute — deux, trois secondes ! et j'entends la détonation d’un rifle répondant à mon coup de fusil! — C’est donc le fidèle Jan Engelbrecht qui revient à ma rencontre. Je ralentis le pas et j’avance d’un pied me-
suré vers mon chasseur. — Voilà bien le brave Boër qui arrive ventre à terre, et arrête son cheval tout court devant moi.
» Père! fit-il, d’où venez-vous ? vous avez été égaré — nous vous croyions perdu ! » Je répoudis d’une manière rassurante et ne voulus pas inquiéter mon fidèle compagnon.
« Où sont les wagons ? » fut ma demande. « A trois quarts de lieue d'ici, répondit le chasseur, prenez mon cheval. » — « Non, lui dis-je, repartez au galop, et arrêtez les wagons, j’y serai dans quarante minutes. »
Je n’eusse pas cheminé plus vite avec le fougueux étalon de Jan : il eût chargé sans moi!
Quand Jan fut parti à pleine charge, je repris ma course et sautai dans mon wagon au moment où retentissait le « Heck » réglementaire du départ. Je m'étendis tout d’abord sur mon lit, et les mains jointes, je remerciai le ciel et saint Antoine du repos, de la vie! Je grugeai ensuite un morceau de viande froide et un croûton de pain. Quelle viande délicieuse, et quel bon pain! Dans Paris, on n’en mange pas d'aussi bon, parce qu’on n’y a pas aussi grand'faim.
Jan vint ensuite s’asseoir à côté de moi, il voulait parler « praat » ; car il était plein de son sujet ! il portait une longue queue à la selle de son cheval. « Eh bien! Jan, lui dis-je, ouvre la bouche et dis-moi ce que tu as fait : je vois queue de girafe. — Ya, ya! répondit Jan. — Elle y est! quelle belle bête !! — Ettu
tes. »
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is ma ù rert. Je intes, de Ja froide se, et à pas faim.
oulait L por- «Eh aoi ce | ré- Et tu
ES éme rampe
l'as tuée ? — Oui, ça m’a coûté deux balles, mais elle a roulé, roulé, au point que son long cou tombant s’est cassé à la nuque!» Ayant ainsi déversé son tropr'ein, le chasseur commença la description de sa journée que je suivis d’ure manière distraite, en repensant tout bas à la mienue!
« Ce matin, dit-il, quand vous avez quitté la route, j'entendis vos trois coups de fusil (mes trois coups de détresse) et, au troisième, six girafes arrivèrent de votre côté, et filèrent par-dessus la route. Immédiatement, je pris leur piste; mon a/ezan vola comme la biche à travers les taillis, les fourrés, entre les arbres, parmi les «wacht à beetje.» Après une demi-heure je découvre les longs cous louvoyant, serpentant sous les branches ou dominant les mopanis. Je fais halte. Ils se mettent à brouter les feuilles pendues aux branches élevées ; je mène mon cheval par la bride en me traînant par terre; à cinq cents pas, je sante en selle, | et avant qu’elles se reconnaissent je suis à deux cents mètres. D’un bond je fus à terre, je visaile mâle qui filait en tête : « beng » !!! la balle lui brisa l’échine et « kameel » (la girafe) branlant de droite et de gauche s’en alla tomber à quelques pas, et dans sa chute se brise la nuque. Une balle encore l’acheva. Voici le filet, voilà la queue, la plus longue que j'aie vue; voici aussi la moelle promise pour frire nos œufs d’autruches! »
Tel fut le discours du vaillant Nemrod. Je serrai la
main à « Jan ». L'intérêt de son récit m'avait tiré de la méditation que je faisais sur les événements de ma propre journée !
Ce soir, comme « Jan » me l’avait prédit, les cailles du désert avaient passé par nuées nombreuses au coucher du soleil, et nous nous préparâmes à les rencontrer le lendemain sur notre route, au lac de Palatchwé, à vingt lieues du tropique dusud. Ces oiseaux habitent les clairières des forêts et les vastes savanes de l’Afrique. Soir et matin elles se dirigent par centaines, parfois par myriades sur les rares eaux du désert, faisant ainsi des promenades aériennes de trente à quarante lieues et plus, deux fois le jour.
Le matin avant la rapide aurore nous étions au poste, cachés dans un buisson et les attendant patiemment. Une nuée passa sur nous. Deux coups partent à la fois et dix-huit cailles pleuvent sur nous — souvenir du Sinaï! Nous attendimes encore. Une autre troupe s’abattit sur le bord du lac. Elles jacotaient, couraient, se soûlaient d’eau. Deux charges fouettantes sifflèrent sur l’onde, et une vingtaine de corps morts flottèrent sur le bord du lac. Nous relevâmes les morts et les blessés ; nous étions riches pour longtemps.
Pour surcroit de bonheur, Jan l’infatigable converti rencontra un gnou (wilde beest) antilope à l’aspect échevelé qui tient du zèbre, du cheval et du buffle. Il tira aussi ce « petit » gibier.
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Les Boërs appellent « groot goed », gros gibier, l’éléphant, l’autruche, l’hippopotame et le rhinocéros : cela rapporte gros argent.
Les élans gigantesques, les girafes, les buffles et soixante-quinze espèces d’antilopes variant de la taille du lièvre et du chevreuil à celle d’un taureau de Durham, le zèbre, le qwaga, etc., s'appellent «klei goed », menu gibier. Les quatre variétés de lions et leurs voisins les léopards, les chats-tigres, les quatre hyènes, le crocodile etc., cela s'appelle par son nom; ce n'est pas du gibier ; lesanglier non plus. Quant aux lièvres, aux lapins, aux outardes, perdreaux et cailles, on estime cela comme nous les moineaux ou les pinsons. »
Voilà une partie d’une conférence ou « lecture ».
A ces narrations d’une digestion facile pour les différentes catégories dont se compose d’ordinaire un auditoire mêlé, j'ajoute quelqu: épisode ou plus sérieux ou plus religieux pour les esprits élevés, soit sur les lois et la religion des peuples de l'Afrique australe, soit sur les progrès de la foi et sur les rudes travaux de nos confrères dans le saint ministère parmi les idolâtres. Comme spécimen d’une de ces parties plus religieuses, voici le résumé d’une conférence donnée dans la cathédrale de la pittoresque ville de Toronto sur le lac Ontario, devant sa Grandeur l’archevêque, et devant la famille de feu mon vénéré compagnon de mission, le P. Augustus Towry-Law.
Je me permettrai de transcrire une lettre que j'en-
oo
voyai d’Afrique aux Précis historiques de Bruxelles, peu après les douloureux événements dont il y est question.
« Gobulawayo (Afrique australe), 17-21 octobre 1881.
« Mon Révérend Père,
« Je vous envoie le récit complet de l’expédition d'Umzila, depuis le départ du P. Law et de ses trois compagnons jusqu’au retour à: Gobulawayo des survivants ,les Frères Hedley et De Sadeleer. »
1. -— Départ et voyage du R. P. Law et de ses trois compagnons, le P. Well et les Frères Hedley et De Sadeleer.
Partis de Gobulawayo le 28 mai 1880, nos voyageurs s’arrêétèrent quelques jours auprès de Lobengula, roi des Matabélé-Zoulous, à la résidence d’été d'Umganin. Le P. Law, comme souvenir, fit don au roi du fameux dogue « Prins », pour lequel le Regulus du Lac Ngami avait offert quarante bœufs à Shoshong. Le 8 juin, ils prirent la route du nord-est par Oumslangeen. Leur but était d’aller fonder une nouvelle mission parmi les Zoulous Abagasas du roi Umzila, près de Sofala.
Leur voyage en compagnie des chasseurs anglais,
MM. Jemmisson, Colisson, Rongsley, Croock, Selous, Airs, fut ce que nous pouvions prévoir, assez heureux pour la table, un peu ruineux pour la cave de nos con-
Route des Chasseurs et au Waëom
Carte du pays d'Umzila et des Matabélés.
frères. Le soir, souvent les chasseurs apportaient des œufs d’autruches et le P. Law avait à les doser de son précieux brandy. Ils arrivèrent aux Monts de Fer, « Entab’Insimbi » longs, de 32 milles du nord-est au sud-ouest. Les blocs de métal de ces monts contiennent
de 80 à 94 pour 100 de fer égal au fer suédois. C’est au «a Poort », ou col de l’ «Umtigéza Mountain » que le missionnaire, déjà malade, fit ses adieux à ses compatriotes.
Désormais abandonnés à leurs propres forces, ses compagnons et lui croisèrent le Sabi, non loin de sa source, au sud d’'Oumtigéza. La route que César eût appelée à juste titre invia fut pénible dès lors. Il fallait tantôt combler des ravins, tantôt abattre des arbres et des taillis, souvent joncher les fondrières et les crevasses au moyen de fascines et de pierres. On avançait ainsi péniblement de 5 à 6 milles par jour; souvent on ne faisait qu'un ou deux kilomètres.
Jusqu’aux passes difficiles de ces montagnes, les sauvages ne s'étaient pas montrés hostiles aux missionnaires, bien que ceux-ci, après le départ des chasseurs anglais, se trouvassent à la merci des indigènes.
Ce ne fut que le dixième jour après le passage du Sabi-River et à cinquante lieues au sud d'Oumtigéza, que l'ennemi démasqua ses batteries. Deux chefs qui se considèrent comme à moitié indépendants, sur la frontière commune des royaumes de Lobengula et d’Oumzila, rançonnent tour à tour les deux bords du Sabi, à peu près comme faisaient les fameux & ‘er chefs d'Ecosse.
Un des chefs s'appelait Amalanga ou le brigand du jour; l’autre était Hamba boussoukou, c'est-à-dire. le {orban des nuits.
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Le premier vint se poster en tête de la caravane, et le second la serra en queue. Les hordes sauvages grossirent alors autour du wagon,et nos Hottentots, Cape- Corps et Tom, signalèrent l’embûche aux missionnaires. Les Machounas s’apprêétaient ni plus ni moins, à massacrer les blancs et à piller la caravane !
C’est dans cette position tendue, qu’un moment d'oubli amena une catastrophe. Un après-diner, tandis que le P. Law et les frères s’employaient avec les deux Hottentots, le fidèle hatonga, Zambeez, et les guides matabélés, à déblayer la route, le P. Wehl disparut de la caravane.
Ce Père autrichien était un homme de haute stature et d’une intrépidité que rien ne pouvait émouvoir. Au milieu des dangers, il se possédait au point de continuer tranquillement ses études ou ses prières.
Cette fois encore, il s'était écarté de quelques pas du reste de la troupe, quand soudain le cercle des ennemis se referma entre lui et les siens !
Dansle trouble du travail, dans le tumulte, personne ne s’aperçut d’abord de sa disparition. Le soleil descendait déjà à l'horizon quand le F. Hedley remarqua son absence. Aussitôt on appelle, on crie ! Le P. Law fait tirer les trois coups de ralliement ! Pas de réponse!
Le F. De Sadeleer se décide alors à rompre la ligne ennemie ; avec deux Matabélés il parvient à traverser les hordes machounas, et se met à battre la forêt dans
tous les sens. Leurs efforts restent stériles! La nuit vient et dans l’obscurité, le brave Frère donne dans une trappe à gibier, un puits déguisé au moyende feuillage et de terre. Ces fosses ont dix pieds de long sur deux de large et trois mètres de profondeur. En manœuvrant du dos et des pieds, comme font les ramopeurs, il parvint à se sauver de la mort; mais il fallut cesser toutes les recherches.
Pour comble de malheur, durant la nuit une pluie torrentielle vint effacer la trace des pas, et le lendemain toute poursuite fut impossible.
L’attitude des sauvages devint de nlus en plus menaçante; tout le jour on resta : arme au poing. Les deux jours suivants les poursuites furent également infructueuses. Nos gens et les machounas soudoyés, revinrent sans nouvelles aucunes. La consternation fut extrême. On se persuada que les sauvages avaient enlevé le P. Wehl et visaient maintenant à entrainer nos hommes à sa recherche, pour les envelopper séparément et piller le wagon sans défense. Commel’eau et les vivres commencçaient à manquer pour les hommes et pour le bétail cerné, on tint conseil. L'avis unanime fut d'abandonner le wagon dans cette impasse des montagnes, et de se frayer un passage à travers les sauvages, à la faveur de la nuit. On combina tout en secret, 5: fit les préparatifs en silence, on fit même un semblant de repas de fête pour dérouter l’ennemi, et vers neuf heures du soir, au
MONTRÉAL 211 coucher de la lune, on délogea sans bruit, laissant les bœufs attachés au wagon et de grands feux allumés pour dissimuler la retraite.
Nos hommes avaient pris avec eux de fortes charges, Au fur et à mesure que la fatigue augmentait, chacun allégea son fardeau, la poudre surabondante fut versée dans le gazon, on enterra le surplus de plomb et de cartouches; puis on pressa vers l’ouest et on se dirigea sur le Sabi. Cette nuit, avant qu’on eût passé la ligne des feux des sauvages, le bouvier Zambeez succomba sous le faix, et bien qu’on l’attendit longtemps, le matin il ne répondit pas à l’appel. Les premiers jours furent pénibles à l'excès. Sans feu la nuit comme le jour, de peur d'attirer l’ennemi sur la piste, on vécut de privations. Nos hommes marchaient éparpillés pour mieux dérober la trace de leurs pas. Dieu aidant on réussit à dérouter les poursuites des hommes d’Amalanga et d'Hambaboussoukou, et après une semaine de marche on découvrit le Sabi. Il était temps; car n’osant tirer, de peur de se trahir, ils avaient été sûr le qui-vive toutes les nuits, dans cette région si infestée de lions que la forêt retentissait partout de leurs rugissements.
Dès lors, plus sûrs de la route et hors d’atteinte, on put songer à se pourvoir de gibier. Le jour où le dernier pain fut consommé, vers le soir, saint Hubert jeta au devant de nos hommes affamés, un magnifique rhinocéros avec son veau. Cane-Corps, un petit homme
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de quatre pieds et demi, planta une balle de six à la livre dans le flanc de l’animal. La bête s’arrêta, indécise entre l’assaut et la fuite. Cape-Corps cria au F. De Sadeleer de tirer. De Sadeleer qui portait mon Martini- Henry, épaula sur le dos de Tom couché, et logea sa balle dans l'oreille de l’animal. Le rhinocéros tomba, et Tom tua le veau à coups d’assegaie. Nos voyageurs remercièrent Dieu de la viande qu’il leur envoyait, en prirent chacun une bonne charge sur le dos et abandonnèrent le reste aux riverains, avides eux aussi du butin. Des antilopes fournirent la table le iour de l'Assomption, et souvent les Ændunas furent payés au moyen de la venaison de nos chasseurs.
Enfin, après six semaines de fatigues et d’indicibles ù angoisses, le bon Père Law et nos bien-aimés Frères De Sadeleer et Hedley, les deux conducteurs et les deux hommes de Lobengula arrivèrent , sans autre désastre, au kraal royal d'Umzila.
Deux jours se passèrent avant que le roi recût le Père Law en audience. Comme d'ordinaire chez les rois cafres, la visite de convenance fut froide. Umzila voulait voir le wagon, chose qu’il n’avait jamais contemplée de ses yeux.
Il donna ordre à nos hommes de prendre l’escorte qu’il leur donnaitet d’aller chercher le wagon. Après bien des remontrances, Umzila finit par entendre raison, et donna au pauvre Père Law malade de la fièvre et épuisé, ainsi qu’au F. Hedley, l'autorisation de de-
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meurer au kraal. Le Frère De Sadeleer, toujours prêt à tout et encore valide, partit donc, sans autres pro-
Le P. Augustus-Towry Law.
visions que son fusil, avec Cape-Corps et Tom et une escorte de trente nègres, à la recherche du wagon abandonné.
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Laissons le courageux Frère reprendre sa longue et pénible route, sous la garde de Dieu et de ses saints anges, et revenons auprès du Père Law et de son cher compagnon le F. Joseph Hedley, retenus dans la ville du roi.
Mort du Père Augustus Law. — Epreuves du Frère Hedley.
Le Père Law était d’une taille moyenne, d’un teint bronzé ; il avait les cheveux blond foncé. Sa barbe rousse, ses yeux bleus et sa physionomie fine, pleine d'intelligence et de bonté, faisaient de lui un type distingué de la race d’Albion. Ses forces, bien au-dessous d’ailleurs de son courage et de son zèle, avaient été minées depuis longtemps par onze ans de service dans la marine, par de longs travaux dans la pénible mission de Démerara dans la Guyane anglaise, suivies de trois années de professorat et d’apostolat dans les colonies de l’Afrique australe. Parmi nous, il se distingua toujours par une rare modestie malgré tout son savoir, par une bonté délicate envers tous, et par un zèle actif et ingénieux pour la conversion de ses nouveaux enfants. Beaucoup de personnes à Grahamstown et ailleurs, lui doivent leur admission au sein de l'Eglise, et lui gardent un souvenir plein de respect et d’admiration.
Dès son arrivée au kraal d’'Umzila, une prostration
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subite succéda à la surexcitation des derniers périls; la fièvre qui l'avait pris dès Umslangeen se déclara dans toute son intensité. Il comprit lui-même que son corps, épuisé par la maladie, par la privation et par les misères du dernier voyage, allait succomber. Le Frère Hedley, était lui aussi d’une santé faible et exténué de fatigue. Il fut saisi d’une fièvre intermittente, qui souvent se transportait au cerveau. Un énorme abcès se déclara à son genou et le cloua à côté du Père Law, sur le seul grabat de branchages qu’ils eussent. Ils gisaient dans une hutte cafre, de la dimension et de la forme d’un four à pain. Cette cabane était souvent inondée d’un demi-pied d’eau.
Une vieille femme, envoyée sans doute parla reine, leur apportait l’eau et le cafir-corn (espèce de seigle rond) soir et matin. Pas d’autres serviteurs autour d'eux! Dansla hutte vivaient deux serpents, un cobra de trois pieds de long, gros comme le bras, et un autre moins redoutable. Ces reptiles protégeaient la nourriture de nos infortunés contre les souris et les rats qui remplissaient tout.
Le Père Law tomba bientôt dans une espèce de marasme. L’engourdissement faisait place au délire, et ne lui laissait que de rares moments de lucidité.
Dans ces instants fugitifs, le pauvre malade était d’une bonté touchante. Alors il causait avec le bon Frère Hedley et l’encourageait; en retour, le Frère Hedley lui lisait un chapitre d’un petit livre ‘, ‘tulé
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Préparation à une sainte mort, et puis ils fumaient une seule pipe à eux deux, jusqu’à ce que leur bonheur passager fit de nouveau place aux angoisses du délire ou à l’oubli que procure un instant de sommeil.
Le jour de sainte Thérèse, le Père Law célébra sà dernière messe. Pour le soutenir, le Frère avait tendu une corde de paille par-dessus le modeste autel, et, ainsi appuyé de la poitrine, le cher mourant put achever le saint sacrifice et communier une dernière fois. Il communia aussi son compagnon, sous forme de viatique.
Le F. Hedley ne pouvait se lever; le P. Law luirendait les plus humbles services que l’état d’un malade peut réclamer, et lui-même, pour remplir ces pénibles offices, rampaïit sur les genoux et sur les mains jusque hors de la hutte. Ainsi il alla s’affaiblissant jusqu’à la fin d’octobre. Alors, se sentant mourir, il écrivit plusieurs lettres touchantes au R. P. Depelchin, au R. P. de Wit, à ses confrères et amis, à ses vieux parents. La dernière lettre fut détruite malheureusement par un des missionnaires dans un moment d'absence mentale. En voici une que j'ai sous les yeux :
« 12 octobre 1880, au kraal d'Umzila.
» Mes bien-aimés P.Wehl (?) et F. De Sadeleer, » disait-il, « je ne suis plus loin de ma fin. Je vous demande pardon de tout mon cœur, pour les scandales que
mé
Le!
une j'ai donnés et pour toutes mes impatiences. Je crois leur que le mieux est d’aller avec le wagon à Sofala, et de lire rester là jusqu’à ce que vous receviez de Florence des instructions du P. Weld. Peut-être pourrez-vous À Sà aller de là tout de suite à Port-Elizabeth, en faisant ndu le tour de la côte, et après avoir vendu vos bœufs et , et, votre wagon. Vous ne pouvez pas demeurer ici actuelput lement. Vous n'avez pas de quoi vwwre; vous ne pour- \er- riez que mourir tous. Ainsi donc, tâchez de gagner sous Sofala. Mettez tout en œuvre pour déterminer le roi à vous laisser partir, dussiez-vous lui ergager le ren- wagon et les bœufs après que vous seriez arrivés à ma- Sofala. Si, malgré cela, le roi refuse, alors, à votre pé- place j’essayerais de tourner vers Bulawayo jusqu’à ains la limite de la mouche Tsetsé. et de là j’enverrais un sant exprès au P. de Wit (le P. Law supposait celui-ci à r, il Bulawayo, mais il était à Tati) afin qu’il vous expédie pel- un wagon qu'il pourrait emprunter. Peut-être vous ses trouverez le cher F. Hedley mort également. Nos al- effets (bien peu de chose) seront laissés en la charge de O- la bonne femrae ici. J'ai écrit au P. de Wit pour le OUS paiement ds serviteurs. » Vôtre, en Jésus-Christ, » AuGusTus-Towry Law.
di- «P.S. — Le F, Hedley demande pardon à tous. Je nde donne ma couverture à la bonne femme quand je
mourrai ; le F. Hedley la sienne quand il mourra. »
Cette lettre écrite au crayon d’une main débii: fut ensuite repassée péniblement à l'encre, Après la mort du P. Law, le F. Hedley écrivit au verso : « La bonne vieille femme ne veut rien en partage, rien qui ait appartenu à un défunt; ainsi ces effets passeront à qui y tiendra. »
Le 30 octobre, le P. Law écrivit une dernière missive qui me parvint en décembre 1880, et que j'ai envoyée en Europe l’an dernier.
L'état du cher malade alla s’aggravant. La dysenterie survint, puis la jaunisse alterna avec la fièvre chaude et la fièvre froide. Au milieu de ce lamentable abandon, les derniers jours du cher malade furent éclairés par des rayons de grâces surabondantes, par des élans de confiance et d’espér anices extraordinaires que le F. Hedley indique simplement en disant : « Que ceux qui les éprouvent, les expriment ; je ne le puis. »
Au coucher du soleil, le 25 novembre 1880, le F. Hedley, étendu à côté de son compagnon, disait les prières des agonisants, auxquelles le moribond répondait par signes, et enfin, vers les sept heures du soir, tous deux épuisés s’assoupirent. C’est dans cet état de délaissement suprême que le P. Augustus Law, mon frère et ami intime, s’éteignit, mûr pour la terre et pour le ciel.
Quand le rAuvre F. Hedley s’éveilla, il appela son compagnon, et, ne recevant pas de réponse,
A il lui passa la main sur la poitrine; déjà les rats
s la rongeaient le corps inanimé du vénéré défunt!
PAU + Le F. Hedley, incapable de bouger, tant sa jambe
28e était gonflée, resta priant, couché sur le lit funèbre de
ffets son bien-aimé Père, ets’épuisanten vain à défendrele | cadavre contre les vils animaux qui le dévoraient.
mis-
> j'ai
ysen-
ièvre
table
urent
, par
aires
ant :
ne le
0, le Le F. Hedley transporté par les Cafres.
disait
ibond Quand le jour fut venu jeter quelque lumière dans le
es du triste réduit, il réussit à se lever, et, s’aidant d’une cour-
as cet roie qu’il passa au corps du cher défunt, il put trainer
Law, le cadavre jusque hors de la cabane. — A force de pro-
terre
messes, il détermina un Cafre à enlever le corps. Ce Cafre revint dire qu’il l'avait enterré. Le frère ppela n'eut jamais assez de force pour aller vérifier l’exac-
onse, titude du fait et reconnaître le lieu de la sépulture.
Personne des nôtres n’a reparu là depuis. Plus tard nous ferons les recherches nécessaires, et s’il plaît à Dieu, nous élèverons un monument à la mémoire du Père Augustus Law, premier apôtre de ce pays.
La position du F. Hedley fut misérable à l’excès après la mort deson compagnon. Il exprima tant bien que mal, d’abord aux rares personnes qu’il voyait, et après s'être un peu remis, au roi lui-même, son désir d’être reconduit au wagon. La réalisation de son désir se fit attendre jusqu’au 17 décembre, d’après ses calculs, et pendant ce temps, il ne reçut pour entretenir sa triste existence, qu’un peu de millet et d’eau par jour. On ne doit pas accuser les noirs de cruauté. C’est toute leur nourriture à eux, et en donnant cela ils croient satisfaire à l'humanité.
Enfin le 17 décembre au matin, une horde de sauvages se pressa à sa porte. Le malade eut de la peine à comprendre qu’on allait l'emmener au wagon. Il recueillit ses pauvres bagages et la chapelle portative et serra les 48 livres sterling, restant des 60 livres que le P. Law avait emportées de Gobulawayo.
L'argent il le confia à la garde de la sainte Vierge, sa personne à saint Joseph, puis tournant un dernier regar. vers la scène de tant de souffrances et de tant de douloureux regrets, il se mit en route. Il ne savait pas un mot de zoulou. À peine eût-il fait 500 pas, à la suite de ses légers et bruyants conducteurs qu’il lui fallut s'arrêter, rendu et affaissé. 11 fit comprendre
par gestes aux barbares qu’ils avaient à le porter. Un vieillard plus compatissant coupa un baliveau de mimosa; on y ajouta deux bâtons entrelacés de joncs et ainsi on improvisa un brancard suspendu, que quatre hommes vigoureux prirent sur leurs épaules.
Voilà le triste convoi en route.
De village en village on traîna le pauvre étranger, et de montagne en montagne, à travers les rivières, les marais etles jungles. Pour toute nourrriture une espèce de purée de blé cafre lui était donnée à des temps irréguliers.
Après quinze jours d’un si pénible voyage on arriva aux confins du territoire d’'Amalanga et d’'Hamba- Boussoukou. Ces brigands pressés de se remettre en orâce avec le roi, envoyèrent tous deux, des hommes pour recevoir le Frère et le ramener au wagon, en passant par leurs villes. Notre infortuné confrère se vit ainsi traîné duranthuit autres jours, tantôt d’un côté tantôt d’un autre, tantôt traqué par une bande tantôt par une autre. Deux fois on fouilla ses hardes et sa
personne pour découvrir son argent (oupondo). Un
des hommes prit en main le lmge dans lequel il l'avait caché. Il crut que c’était du plomb et le rejeta par terre. La bonne Vierge y veillait.
Dans la suite, nous avons appris que le roi, à la nouvelle de la disparition du P. Wehl, avait envoyé dire à Amalanga : « qu’il avait à poster l’homme blanc contre un arbre ; que s’il ne savait s’y soutenir (s’il
222 TROIS ANS DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE était mort), Amalanga serait lié (pendu) au kraal du roi. » — Quant à Hamba-Boussoukou, il dut payer au roi huit bœufs pour la dureté dont il avait fait preuve envers les nôtres. On conçoit pourquoi l'attitude de ces deux capitaines avait changé.
Sur ces entrefaites, il arriva qu’on passa à proxi- mité du kraal de la reine-mère. Cette digne femme désirait voir l’homme blanc, mais apprenant qu'il était mourant, elle donna ordre de faire hâte, et sans le voir elle le fit diriger à marches forcées sur le wagon. Elle donna huit poulets rôtis à la broche, pour sa nourriture ; le malade n’en reçut qu'une bouchée. F. Hedley ayant appris qu’on n’était plus loin du camp, écrivit un mot au F. De Sadeleer et, à force de promesses il parvint à dépêcher un Cafre vers les nôtres, éloignés de dix journées de marche. Une surprise des plus inattendues lui était réservée.
Le P. Wehl qu’on avait cru mort, vivait!
Ramené de Gouddou au wagon peu de jours auparavant, il vint en personne à la rescousse du F. Hedley, avec le fidèle Cape-Corps! Sept jours plus tard, le malade parvint au camp; le 11 janvier il se trouva enfin dans les bras du F. De Sadeleer et du P. Wehl retrouvé ! Il ne pouvait en croire ses yeux. Ce ne fut que quand il eut touché, tâté les roues du wagon, qu'il fut convaincu qu'il ne rêvait point. Une nourriture saine et délicatement préparée par le bon De Sadeleer, le réconforta en peu de jours.
MONTRÉAL, 223 On put enfin se retrouver en famille et oublier, pour untemps, la misère des jours passés.
Retour du F, De Sadeleer au wagon.
Le F. De Sadeleer avait rencontré d’innombrables difficultés. Le roi lui avait donné une trentaine d'hommes, armés pour la plupart de lances (assegaie) quelques-uns de fusils à pierre. Mais ces gardes-civiques africains se pressaient de boire à chaque village; on eût dit une promenade militaire de soldats bourgeois. Le pire était qu’ils se débandaient pendant que d’autres, alléchés par la bière royale, venaient renforcer le sauvage bataillon.
Un soir, à cinq ou six journées du wagon, la ripaille avait repris de plus belle ; le Zoulou, Tom s'était selon sa coutume, mêlé à la troupe des bons vivants.
Depuis longtemps le F. De Sadeleer sonnait le rappel,
Tom ne venait pas! Accoutumé au fait, le Frère partit avec Cape-Corps et une dizaine d'hommes, les autres disant qu’ils suivraient à l’aurore. Tom depuis la retraite du wagon avait eu le cerveau frappé, et toute idée de combat le faisait déraisonner d’effroi. Ce soirlà, troublé par la boisson, il fut pris d’un accès d'épouvante dans la tente de l’Enduna, à la vue de quelques hommes armés. Il jeta sa poudrière dans le feu et tandis que l’explosion brûlait deux hommes du chef, le Zoulou, fou de terreur, saisit son fusil et cria :
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« Ils sont là ! Je tire ! » et il braquait le canon de son arme dans le tas.
En un clin d'œil, l’'Enduna et ses hommes lui arrachèrent le fusil des mains; mais Tom dégaïna son grand couteau et en larda affreusement l’Enduna ; puis, ressaisissant son fusil, il s’élança par-dessus l’enclos et disparut dans l'obscurité. L’Enduna parut calme; mais depuis ce moment, malgré toutes les recherches, on n’a plus revu Tom. Il n'avait dans sa fuite, qu'une ceinture aux reins pour toute couverture, pour arme, son fusil déchargé, et point de munitions.
Dans sa folie, il doit avoir péri de misère ou être devenu la victime des lions ou de la vengeance du chef. Le F. De Sadeleer parvint au wagon après un mois de marche. Il y retrouva le fidèle bouvier Zambeez, les dix-huit bœufs au pâturage, et toutes choses en règle dans le wagon. En voyant que les blancs s'étaient échappés de leurs mains, les Machounas, redoutant que parvenus chez Umzila, ils n’attirassent la vengeance du roi sur eux, avaient eux-mêmes rapporté le butin, formé un bon enclos, et gardé le tout avec soin.
Peu de jours après le retour du Frère, quatre Anglais survinrent. Ils étaient montés sur des mulets, ils apportaient au F. De Sadeleer l'heureuse nouvelle que le P. Wehl vivait. Ils avaient une lettre de lui, écrite en latin malheureusement. Il était chez