‹ Le Canada [microforme]Chapitre 28 sur 40 · EI · texte numérisé non relu

EI

aux chênes, les feux de bengale et la flamme des foyers se mêlent à la pâle lueur de la lune pour y éclairer durant la nuit ce nouveau judaïsme, doublé d’une forte teinte de mahométisme. Ce sont des orgies dont, aux Etats-Unis, on tâche de ne point

parler.

Les « Onéïdistes » forment une société, une secte récente, imitation considérablement augmentée et raffinée du mormonisme du Salt-Lake. C’est le phalanstère de Fourier réalisé et renforcé par la logique de la raison sans Dieu.

Expulsés des Etats-Unis, où leur dévergondage bigamique a soulevé l’indignation et provoqué la répression officielle, ils ont paisiblement transporté leurs fabriques coopératives et communistes au sud du Niagara, tandis qu’ils tiennent leurs domiciles on ne peut plus suspects, de l’autre côté des cataractes sur le territoire canadien. Ils échappent ainsi aux lois des deux pays.

Protestantisme, judaïsme, socialisme et polygamie musulmane n’y font qu’un. Ainsi s’en va, descendant jusque dans la boue, ce Libre Examen qui fait litière de la Bible et transforme le vice en religion.

O Dieu! puisse le spectacle du bien qui se fait dans les asiles de la prière et de la vertu qui avoisinent ces lieux de honte, arrêter votre bras vengeur provoqué par tant et de si hideuses ignominies.

D PTE

Nous rentrons au Carmel. C’est l'heure du repas du soir. Trois longues tables en fer à cheval

. sont frugalement servies dans un réfectoire mo-

deste, Une simple croix de plâtre surmonte la place du commissarius ou supérieur.

Devant lui pend, à une corde, une sonnette de cuivre. J’entre avec la communauté.

Les frères coadjuteurs et les frères étudiants se placent devant les deux tables latérales, les pères devant celle du fond. Tous, la tête vers la croix, se tiennent silencieusement debout, l’espace de cinq minutes. |

C’est l'examen de conscience qui précède la prière. Au signal du Recteur, un frère commence la psalmodie du Benedicite, et la communauté répond en demi-chant. Après la prière on s’assied. En honneur de l’hôte, le Deo Gratias est donné : on peut parler. C’est très extraordinaire; mais, la règle première est la charité dans cette maison hospitalière par excellence. Le thé est versé, le pain est servi et deux œufs par tête.

Après un quart d'heure, le Recteur pousse la sonnette. On se tait, on se lève et l’on prie. Les frères coadjuteurs se retirent d’abord, puis les pères et moi, et enfin « post reliquos omnes venerabilis abbas. » Et l’on passe à la chapelle, simple comme nos chapelles du Matabéléland, si pas plus simple. Mais, en décrivant tout cela, je m'aperçois que

D RP ET PET PT TE UP RRQ TT OR OM OR SE ONE OR PE MO ET AN UE PT ren

ma montre marque une heure cinquante-sept après minuit ! Je ferme ma fenêtre après avoir prêté une dernière oreille au sifflement sonore du Niagara, et vu miroiter encore Ja lune dans la blanche avalanche. Une prière de plus pour l’Europe et pour l'Afrique, pour tous les cœurs amis dans le vieux Monde. Dormez, dormez encore une heure! Mais non, levez-vous et allez à la messe : il est sept heures en Belgique, il est cinq heures au Zambèze (1).

29 août. — Le soleil se lève radieux; au loin les rapides forment comme une mer de glace audessus du Niagara.

Brillant au soleil, les cataractes ressemblent aux glaciers du Ténériffe, aux avalanches de la Suisse. Au faîte de la grande chute, deux flots d’émeraude et d’azur restent toujours transparents. Ils doivent passer sur une arête unie comme le fil d’un rasoir. Les arcs-en-ciel ne se voient pas de ma fenêtre élevée. Ce sera l’après-diner seulement, quand j'aurai quitté ces beaux lieux, que ce spectacle féerique sera visible. Tout passe sur cette terre.

(1) Les Pères du Niagara vont construire sur l’emplacement de leur pauvre maison de bois, que je visilai en 1885, un monastère en style roman, tout à fait digne du site grandiose qu’il commande et digne aussi du vénérable ordre du Mont-Carmel. Un immense hôpital y sera joint. Il s’élève lentement, avec le secours de la charité des deux Mondes.

errant met

Et maintenant, au revoir, Niagara sonorel Je te reverrai, j'espère, le cœur plus à l’aise pour te contempler. J'aurai fait un pas vers mon but, et peut-être te trouverai-je plus.beau alors. Hélas! ce n’est guère le sort des merveilles de ce monde qu’on les retrouve plus belles que par le passé!!

nude 7e doué tt

gr

sit et :

AUTOUR DU LAC ÉRIÉ Du 29 août au 17 septembre.

New-Germany. — Les soufrières. — Les Souabes. -— Buffalo. —: Les Jésuites allemands. — Mon plan se dessine, — Les monuments. — Le dimanche en Amérique. — Monnaie américaine. — Le climat au sud des Lacs. — Moineaux et Chinois. — Le docteur Cronyn. — Les Yankees. Les sectes protestantes. —- L'architecture religieuse. Les maisons en bois. Les incendies. — Les nouvelles villes. — Les lignes traascontinentales. — Cleveland et Toledo,

30 août. — À l’ouest du Niagara s'étend une vaste presqu'île qui fait saillie entre l'Ontario et l’Erié. Cette portion très fertile du haut Canada, ce coin perdu du Nouveau Monde a été envahi par les Souabes de la Bavière, du Wurtemberg et du Badois, qui l’ont baptisé du nom de New-Germany. Welland en est la ville principale. Comme le nom l'indique, c’est « la terre des sources ». J'ai passé hier près d’une vingtaine de ces sources. Elles sont situées dans un terrain tout plat, tout marécageux, et se présentent sous la forme de mares d’eau dor-

v las id smile - d'à en La fa en A és ruelles L'été i

mante, à niveau constant, comme on en rencontre dans les fagnes, dans la Campine belge et dans les Ardennes françaises.

Ce qu’il ya de remarquable dans les mares du Welland, c’est qu’elles sont toutes couvertes d’une épaisse couche de soufre. Ce sont donc de véri-

tables soufrières, des solfatares neptuniens.

Dans ce fertile pays, de nombreuses fermes s’élèvent au milieu des forêts de noyers noirs, et des bourgades prospères y surgissent rapidement.

Presque tous ces Allemands sont catholiques, et catholiques dignes de ce nom. Ce matin j’ai eu le bonheur de leur faire une instruction en bas-allemand (très bas, en effet, car c'était presque du limbourgecis), patois qu’ils comprenaient assez bien. J'ai entendu les confessions. La sainte communion leur a été distribuée ensuite par le bon Père Günter. L'église est toute petite et en bois selon la coutume du pays. Comme je m’apitoyais sur le jeûne prolongé du grand nombre, le Père Günter m'a rassuré. « Nous ne sommes pas encore en hiver, me dit-il, et les plus rudes saisons n’empêchent pas nos Schwaben de faire leurs huit et seize milles (dix à vingt kilomètres) chaque dimanche à tour de rôle. Il ne reste aux fermes que les tout petits enfants et une personne chaque dimanche. »

Ceci pourrait servir de leçon à nos citadins de France et de Belgique qu’un petit rhume, une

averse, une distance de dix minutes arrêtent souvent. Nous sommes trop engraissés par les faveurs de Dieu « incrassatus est dilectus » et nous l'oublions.

Après le diner, un bon catholique de Welland a attelé son buggy, et sans parler d'argent, m'a conduit à trois ou quatre lieues à travers bois et marais jusqu’au fleuve Niagara, près de sa sortie du Lac Erié. Un vapeur m'a passé à l’autre bord, etun train m’a conduit à la grande ville de Buffalo, c'est-à-dire dans les Etats-Unis.

J'ignore par quelle voie j’y suis entré, mais je n'ai passé par aucune douane et n'ai pas eu à déboucler mes malles.

l" septembre. — Nous sommes à Buffalo, sur le lac Erié. Les bons Pères de la maison de Buffalo me reçoivent à bras grands ouverts. Je retrouve ici plusieurs Pères allemands que j’ai connus jadis en Belgique, entre autres le P. Buchholtz, mon compagnon d'armes de Tournai en 1878. J’ai visité sa Grandeur Monseigneur Ryan, évêque de | ce diocèse. Ce prélat m'a, contre mon attente, donné pleine permission de prêcher et de faire des conférences dans son vaste vicariat. Je suis en plein dans ma rude besogne. Mes programmes sont lancés. Les journaux du Canada et ceux des Etats du nord ont pris l'éveil, à la suite de mes confé-

rences de Québec, de Montréal et de Toronto. Des articles très favorables paraissent en français, en anglais et en allemand. Les Allemands forment la moitié de la population et possèdent huit belles églises catholiques. La cité, qui est la onzième des Etats-Unis, compte 255,000 habitants. C’est sur les catholiques allemands que je fonde mes meilleures espérances dans le nord des Etats-Unis.

Comme je le disais plus haut, le branle est donné et j’ai tout lieu de croire qu’il se communiquera de proche en proche. Malgré la difficulté de ma position, et bien que beaucoup de missionnaires quêteurs algériens, syriens, japonais, bulgares et irlandais me précèdent, la mission du Zambèze inspire une sympathie particulière. Au fond du cœur les Américains sentent qu’ils ont une dette à payer au « Continent obscur », à ces pauvres nègres d'Afrique qui ont fertilisé l'Amérique au prix de leurs sueurs.

De Buffalo, situé à l’angle oriental du lac, je laisse rayonner un peu mon regard sur les 1mmenses rivages de ces mers intérieures, et sur ces Etats voisins qui sont de vastes pays. Buffalo appartient encore à l'Etat de New-York bien qu'il en soit éloigné de 667 kilomètres. La Pensylvanie s'étend au sud de l’Etat de New-Yok, et touche au lac Erié. Plus à l’ouest, on entre dans l’Ohio. Peu ä peu je me suis orienté, et je me hasarde à tra-

érnes LBS he he Gé ous def ie ed) nt.

cer un itinéraire. En quittant Buffalo, je pousserai une reconnaissance vers L'uukirk, Cleveland, Tolédo et Détroit, — toutes villes riveraines du £rand lac. J’y préparerai mon travail pour le mois d’octobre, et je reviendrai sur mes pas jusqu’à Buffalo et jusqu'à Montréal. Après que j'aurai terminé mon ouvrage au Canada, je reviendrai le lorg du Jac Erié pour me diriger par Détroit et Grand-Rapids sur Milwaukée, de l’autre côté du lac Michigan.

Il faut du temps pour s’accoutumer, je dirai mieux, pour se familiariser avec ces vastes régions, ces immenses distances, ce monde vraiment nouveau de l’Amérique.

Enfin je m'aperçois que le « char chemine ». J'ai eu même cette semaine la consolation d’expédier sur Londres et l'Afrique mon second envoi d’argent pour nos chères missions.

Je remercie le bon Dieu du secours qu’il me prête. Que sa gloire soit étendue au loin, c’est tout mon désir.

Quelle vie intense que celle d'Amérique! Tout se fait en grand. Les ouvriers gagnent de deux à six dollars, soit dix à trente francs par jour. Ils ne sont guère plus avancés avec cela que las ouvriers d'Europe. Tout est à l’avenant. On ne voit pas de bourgeois ou d'ouvriers ici. Pas une blouse, pas une paire de sabots. Ce sont des messieurs qui travaillent : tout est opulence.

L'architecture américaine est libre comme le pays lui-même. Les églises, les édifices publics foisonnent; constructions dispendieuses au possible, auxquelles il ne manque que.le goût, que la règle de l’art pour en faire des merveilles. Dans quelques centaines d'années ce sera chose embarrassante de rattacher la plupart de ces édifices à un style quelconque.

Pour un amateur européen ces villes ne sont que bizarres. J'avoue qu’elles frappent l’œil à première vue, mais elles ne soutiennent pas l'examen de l’esthétique. La pureté du vrai beau n’est pas pas encore naturalisée en Amérique. C’est le communisme dans l’architecture, presque l’anarchie.

Quant aux arts plastiques, évidemment ils’ sont à l’état d'enfance. Statues genre faïence comme les Hercules de nos vie’: jardins, vitraux peints au mètre ou à l’aune, tableaux froids à donner le frisson!

Le dimanche est en honneur parmi les catholiques comme parmi les protestants. Ce jour-là, les postes et les télégraphes ne fonctionnent qu’une demi-heure.

Dimanche dernier j'ai prêché dans un village allemand à quatre lieues du Niagara, dans la « Nouvelle Germanie ». Les fermiers, horimes et femmes, arrivent de trois, quatre lieues, en voiture l’été, en raquettes ou en traîneau l'hiver. Nul ne s'excuse,

PE

DR nr gt a ee a te nd |) à AO im NU Qi CURE VE NAN

toute la ferme est abandonnée, à moins qu’il n’y ait lieu de laisser une personne à la garde des petits enfants ou du jeune bétail. On ne craint ni voleurs ni « tramps » vagabonds le dimanche matin. Il y a trêve de Dieu, dirait-on. Dans les villes les églises sont combles. J'ai vu cela à Québec, aux Grondines, à Montréal, à Toronto, à Buffalo.

L'éducation est assurée largement au Canada, et assez bien dans le nord des Etat-Unis; les écoles sont bonnes, les collèges nombreux et populeux. Dans le reste des Etats-Unis, toutefois, environ six mille paroisses sont encore dépourvues d'écoles catholiques, m’assure-t-on.

Les Jésuites exilés de l'Allemagne ont à Buffalo un magnifique collège de deux cent cinquante pensionnaires, une école paroissiale de sept cents enfants, et l’école succursale de Sainte-Anne comptant quatorze cents enfants, tous Allemands. Ils sont aidés par des Sœurs pour instruire les filles, et par des Frères et des maîtres laïques, pour gouverner les garçons.

Ces Pères alleriands ne sont pas précisément des fainéants. Les vieux Pères, Behrens, Pottgeisser, Henke, Lessman, von Rossum et autres, après avoir travaillé avec zèle en Allemagne et en Belgique, ont encore des forces de reste pour défricher le nouveau champ du Seigneur en Amérique.

Il se trouve ici treize mille Polonais catholiques

qui ont leurs églises et leurs écoles paroissiales. La langue polonaise y est seule usitée. Un de nos Pères westphaliens travaille parmi eux avec trois prêtres polonais. Etranges, ces Polonais : ils se battent pour ou contre leurs curés, assiègent et défendent presbytères et églises. Dimanche dernier on releva trois morts et dix-sept blessés sur le champ de bataille. Les Bohémiens ont la même « foi » à Tolédo, à Cleveland, et combattent aussi pour elle. Les Américains assistent paisiblement à ces luttes et se contentent de dire : « Wonderful people, those Poles! »

Le collège Canisius, comme tous nos grands collèges des Etats-Unis, est agrégé à l’Université de l'Etat ; il possède sa charte libre et délivre ses diplômes jusqu'à la philosophie inclusivement.

Toutes les religions sont libres, et la loi les protège impartialement jusqu'ici. Le mormonisme est hors la loi avec les sectes analogues des € néidistes, etc. Les Chinois jusqu’à ce moment n’ont pas la liberté du culte, comme ils n’ont pas non plus le droit d'amener des femmes, ni le droit de séjour permanent.

L'instruction est libre également, mais seulement « jusqu’à la bourse », l'Etat subsidiant uniquement les écoles officielles. Je me reprends : ce sont les administrations locales qui subsidient les

2” brée SAT

écoles officielles. Je parlerai plus loin de l'esprit de ces écoles.

Dans la vie publique, Dieu est encore officiellement du pays. Beaucoup de billets de banque portent l'effigie du prêtre missionnaire avec la croix et la bannière du Christ, témoignant ainsi hautement des origines chrétiennes de la nation américaine.

Les dollars, grands comme nos pièces de 5 francs,

portent l'inscription « In God we trust » (en Dieu nous nous confions). Il y a le cent en billon valant 5 centimes, le #Aree cents en nickel ou argent, le 5 cents en nickel, le dime de 50 centimes en argent, le quart-dollar de 1 franc 25 centimes, le 40 cents de 2 francs 50 et le dollar d’argent d’une valeur variable de 5 francs 15 centimes à 5 francs 20 ou plus. On rencontre encore des spécimens de la menue monnaie de guerre que les firmes frappèrent à leur compte, durant la guerre de Sécession.

Il y a aussi des pièces d’or de 1, 2, 5, 10, 20, 50 et 100 dollars; mais on ne voit guère ni or ni argent. La sécurité nationale est telle que tout le

monde préfère le papier-monnaie de 1, 2, 5, 10, 20, 50, 100 et 1000 dollars. Il en est de même au Canada.

Au sud des grands lacs, la température est exactement celle de la Belgique, durant les cinq mois tempérés. Les essences sont le saule, le frêne, le sapin, le noyer noir, l’érable, le platane, le peuplier d'Italie et du Canada, le tremble, le mélèze, le thuya, le chêne, l’orme, le tilleul, le merisier et d’autres bois très durs appelés bois francs.

Les ormes et les sapins sont cylindriques et droits jusqu’à 70 et 80 pieds de hauteur. Les échafaudages de notre superbe église gothique de Sainte-

Anne à Buffalo, sont portés sur des sapins d’un

pied et demi de diamètre à la base, et gardant encore un pied à peu près, à 75 pieds de hauteur.

Voilà quelques détails curieux sur ces pays étonnants. Du gibier il n’en reste guère dans les parages de l’est.

En revanche, les moineaux récemment introduits d'Europe s'appellent déjà Zégion, tant il y en a! Ces émigrants ne perdent pas leur temps. Qu'ils se trompent dans leurs calculs climatologiques, ou qu'ils soient pris de la fièvre américaine, toujours est-il qu’ils bâtissent leurs nids hiver

Mc des

LAC nois >, le plier ) le er et

es el &chaainted’un nt enr.

étonbs pa-

introemps:.

atoloaméri- & hiver

et été. Ils se multiplient au point de chasser tous les oiseaux aborigènes, imitant en cela les bipeèdes de la race de Japhet en face des autochtones indiens. Ils menacent sérieusement les moissons, et même la salubrité des villes. Ils bouchent les lucarnes, les cheminées, les chenaux et les gouttières, emplissent les minarets et les tours ! C’est même assez amusant de voir le matin la domesticité des nombreuses maisons gothico-rococo, occupée à arracher ces nids malencontreux et à les jeter à terre avec une visible mauvaise humeur. Mais les mécréants emplumés ne se découragent jamais. Ils attendent sur les toits voisins plume ou paille au bec, et dès que l’ennemi a retiré sa brosse et sa tête, ils recommencent avec une nouvelle rage et refont leur demeure avant le soir.

Quels Américains !

J'apprends que le gouvernement de Washington prépare une loi d'expulsion contre les Chinois et les moineaux. (1)

Quels Américains !

& septembre. — J'ai donné une conférence aux jeunes gens du collège Canisius. Sa Grandeur Monseigneur Ryan a daigné y assister. La jeunesse des Etats-Unis tout comme la jeunesse canadienne,

(1) Une loi a été votée contre les Chinois, en avril 1892.

s’enthousiasme vivement pour l’œuvre des missions,

Aujourd'hui je me sens fort accablé par l’hypertrophie du foie qui est allée s’aggravant depuis mon départ d'Europe. Il y a dans cette ville de Buffalo une célébrité médicale, le docteur Cronyn, dont la spécialité est précisément de traiter les affections du foie. Je me suis donc adressé à lui. Le docteur Cronyn est un catholique irlandais. Il lui a suffi d'apprendre que j'avais rencontré des Irlandais en Afrique, que j'avais été l’hôte de Monseigneur Ricards pour qu'il me montrât une véritable amitié. Il m'a prescrit un remède fort simple et me promet une prompte guérison. C’est beaucoup promettre. Espérons, car je n’ai pas le temps d’être malade. (1)

3 septembre. — La vaste salle académique du Collège Canisius est remplie ce soir. Les Allemands de la paroisse Saint-Michel sont venus entendre le récit de la sainte mort des Pères Füchs et Terürde, martyrs de leur charité dans les missions du Zambèze. Toute l'Allemagne catholique a suivi dans le temps, avec intérêt, les émouvantes péripéties de cette pénible mission, et leurs frères

(1) Le Dr Cronyn est tombé victime d’un attentat en 1890. — Ila été assassiné à Chicago et jusqu'ici le plus profond mystère plane

sur le crime.

EU SO En

ns,

s, Il des onvérimple peauemps

e du Allevenus Füchs s misique à antes frères

ph, — Jla bre plane

AUTOUR DU LAC ÉRIÉ 277 d'Amérique, qui sont tenus soigneusement au courant de toute la vie religieuse de la mère-patrie, connaissent les noms vénérés des Pères Fuchs et Terôrde.

Buffalo est une ville d'aspect moderne. Les rues sont larges, les avenues immenses, le commerce énorme. Placée à l'extrémité orientale des Grards Lacs, elle jouit d’une position unique pour le cor1merce du transit. Les blés et les bois que la « Lake Shore line » et les communications par eau lui amènent du « Far-West » et du Canada, elle les transmet par le New-York Central jusqu’à Troy et Albany sur le fleuve Hudson, d’où ces riches produits descendent jusqu’à la métropole.

La ville est divisée en deux parties d’une physionomie bien distincte. La ville ouvrière est cosmopolite. Les Allemands, les Irlandais et les Polonais y dominent avec les Canadiens-Français. Honneur à cet élément croyant. C’est cet élément qui, par son énergie et par sa foi, soutient et élève l'Amérique. Là tout est progrès gradué, depuis le prolétaire qui marche d’un pas égal, par le travail, l’économie et la religion, vers l’honnête aisance, jusqu’au parvenu fortuné qui est assis sur ses millions. Là les écoles, les églises grouillent d'enfants et de fidèles.

Mais, à côté de cette ville du travail, il y a la ville du plaisir, la ville des Yankees. Je tremble en l’abordant ! Les quartiers yankees, dans leur

| s’en faire une idée il faut ouvrir un journal protestant américain, quelque journal de la grande pu- éla

ps orge mere sara terne rene verres

égoïsme opulent, sont morts et tristes, lugubres | comme les rives honteuses du Bosphore. On croi- c rait parcourir les régions du sérail. Pas un enfant 8 à voir, pas âme qui vive autour de ces édens où le d luxe stérile épuise les sources du plaisir. Des do- I mestiques, çà etlà, rasent des pelouses que nul pied 8

|| ne foule, ornent des jardins qu’une femme solitaire l

| || parcourra, blasée et silencieuse, aux heures du soir. di

| Le Yankee ne peut avoir qu’un enfant, et cet enfant

|| ne peut sentir aucune autorité. Il doit croître sans le

| | | frein, et devenir le maître superbe « du tout-puis- se

À sant dollar ».

l C’est contre ce « capital » que le travail s’in- tic {|| |. surge à l’heure actuelle en Amérique. Dans cette ra | | I ville de l’opulence il y a église sur église, et cha- lot | || pelle sur chapelle; mais nul homme n’y pénètre. m | | D’écoles, il n’en faut guère : il n’y a point d’en- ser | : I fants. Le Moi, la Matière, le Présent : quelle tri- roi |: 1 nité ! et c’est le monde yankee, tel qu’on le trouve COg | | {l dans l'Est surtout. Cette race s’éteint ; elle se dé- est (l vore. , tio | | | Parmi les autres protestants, les sectes se frac- La |l tionnent à l'infini. On en a compté cent soixante, und | | et je crois que ce n’est pas tout. L’incohérence, ser | 1 | je dirais volontiers le dévergondage des idées reli- cis Il | gieuses, est quelque chose qui déconcerte. Pour en

blicité. Au point de vue des principes, de la morale, du dogme, on ne peut rien imaginer de plus inconséquent, de plus contradictoire ! Vraiment il y a là de quoi trembler pour cette fière Amérique. Elle ne ressemble pas mal à un grand navire sans boussole, et n’était le lest compact de l’élément catholique, et aussi des protestants de bonne foi, il faudrait craindre qu’il ne sombre bientôt.

Les braves Irlandais, les laborieux Allemands, les Canadiens, les Polonais, les Bohémiens bâtissent des églises sans nombre.

Ce sont des monuments où les vastes proportions et la profusion des dépenses remplacent généralement l’art et l'architecture. Il y a quelques louables exceptions qui tendent heureusement à se multiplier. Nos Pères exilés d'Allemagne construisent ici, avec les souscriptions de leurs deux paroisses, une superbe église gothique. C’est un Frère coadjuteur qui en est l’architecte, et l’œuvre n’en est pas moins belle. Les dépenses de la construction se sont déjà élevées à sept cent mille dollars. La paroisse voisine, celle de Sainte-Marie, en bâtit une, soumissionnée pour 500,000 dollars, et qui ne sera pas terminée pour 3 millions de francs. Celleei se construit dans le style grec, genre peu goûté en Amérique.

Aux Etats-Unis, les églises affectent les formes élancées des constructions d'Europe. Toutefois,

Page 1