‹ Le Canada [microforme]Chapitre 33 sur 40 · LL À · texte numérisé non relu

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Lewiston à 35,000 ans en arrière, dit lui-même que beaucoup de facteurs ont pu et dû abréger ce laps de temps.

Quoi qu’il en soit, ilest admis que les cataractes ont graduellement reculé du nord au sud, et diminué de hauteur cornme elles co: :'nueront à décroître lentement, jusqu’à leur entrée finale dans le lac Erié.

Dans cette marche rétrograde il s’est trouvé un temps où les chutes primitives ont présenté à peu près le même spectacle qu'aujourd'hui. Ce fut quand l'érosion arriva à l'endroit où nous voyons actuellement le « Whirlpool » ou tourbillon circulaire, à quatre kilomètres en aval des cataractes. Là comme au « horse-shoe », le fleuve a donné contre un rocher abrupt, et en s’échappant à gauche, il a dû se bifurquer des deux côtés d’une île 2ujourd’hui disparue, et les chutes ont présenté au moins deux cataractes.

Il arrivera de même un temps où les chutes auront ramené l'érosion en amont de leur site actuel. Or, commel’action destructive du Fer-à-Cheval ou « horse-shoe » est plus rapide que celle de la chute américaine, le Fer-à-Cheval aura dépassé l’île de « Goat-Island » bien avant quela chute américaine ne parvienne iusque-là. Il se fera alors que tout le fleuve se précipitera dans le Fer-\- Cheval, et que cette cataracte drainant le cours

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308 TROIS ANS DANS L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE oriental actuel à droite de Goat-Island, la chute américaine aura cessé d'exister.

Ceux qui viendront voir la merveille d’alors, pourront se consoler en se répétant que leur Niagara vaudra en ampleur ce que le nôtre vaut en étendue.

Ils auront même, selon toute probabilité, la satisfaction de tenter la descente périlleuse des bords, tout contre l’efrayant précipice. Ils se risqueront encore dans les galeries aquatiques, ou pour mieux dire, dans les aquariums immenses, vides heureusement d’eau, que la projection des flots forme maintenant, entre le sommet de 164 pieds de haut, le rocher rongé en retrait par le bas, surplombant par le haut, et le bord de l’abîme à trente pieds et plus en avant du spectateur.

Emouvant le spectacle que présentent ces « cavernes des Vents », ces « galeries des Tempêtes ». L’air entraîné par les cataractes plonge et se condense avec l’eau dans le gouffre, et rebondit avec l'élément liquide, en fusées, en cônes de cent pieds de haut, en tourbillons, en spirales, en fumée de vapeur, sous toutes les formes imaginables. Le vent produit par l’élément mouvant, ressemble à un ouragan et vous flagelle dans tous les sens. Toutefois l’action prédominante est de bas en haut et en arrière, en sorte que le spectateur risque peu d’être détaché du roc auquel le chemin est adossé.

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Une vague lumière d’émeraude enveloppe le visiteur et donne à cet étrange spectacle une beauté féerique, comme celui d’un feu de bengale verdâtre dans une forêt humide.

Nosdescendants jouiront encore de ces étonnantes beautés; mais, il est probable que les lignes des cataractes seront bien modifiées, le phénomène devant se produire sur une seule arête plutôt droite que semi-circulaire au delà de Goat-Island, jusqu’à ce que la rétrogradation, après des âges incalculables, aura formé ou gagné d’autres îles, telles que Navy-Island et Grand-Island.

À une époque postérieure les cataractes atteindront le lac Erié.

Quelles transformations se feront alors? Le niveau de cette mer intérieure, selon toute probabilité, baissera beaucoup, le fleuve Niagara s’élargira, et dans son lit prolongé en amont dans l’Érié, se produira comme dans le Saint-Laurent au sortir du lac Ontario, un second archipel des Mille-Iles pour le repos des milliardaires de l’avenir.

Mais sans nous inquiéter de ces phénomènes futurs, on peut se demander quelle doit être la masse d’eau que le fleuve impétueux vomit pardessus les crêtes des formidables cataractes. Le génie américain, hardi dans ses calculs comme dans ses créations, s’est donné libre carrière sur ce point.

Le D' Dwight est arrivé à « plus de 85 millions de tonnes par heure. » Ce chiffre suscita un murmure approbateur à travers les Etats-Unis. Encouragé par un accueil au ‘atteur, un autre Yankee réussit à trouver « ph ort que ça » : il arrive à 102 millions 93,750 tonnes tout juste! L'écart, comme on le voit, ne dépasse guère la bagatelle de 47 millions de tonnes! Les données officielles -(?) fournies par les ingénieurs de l'Etat de New-York varient de même entre 31, 27, 17 et 18 millions de pieds cubes d’eau par minute. Après cela on peut tirer l’échelle, et se contenter d'assurer avec le « farmer du Far West » que la masse d’eau qui passe les crêtes du Niagara « is a mighty lot indeed ! »

Un des spectacles les plus féeriques qu’offrent les chutes du Niagara est, sans contredit, l'effet d'hiver qu’elles présentent durant trois niois. Ouvrez la Grotte de Han-sur-Lesse, déchargez-la du mont qui la recouvre et la dérobe aux rayons du jour ; remplacez ses voûtes de cristal, ses pendentifs et ses colonnes de stalagmites et de stalactites en calcaire et en dolomie par autant de merveilles de glace ; couvrez tout cela du dôme céleste de l’azur le plus profond et versez à travers ce magique ensemble les torrents de lumière d’un soleil brillant... et vous aurez le Niagara en hiver. Je place ci-près une vue partielle du Niagara.

Vue des chutes du Niagara.

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Que l'imagination du lecteur supplée à tout ce que je ne puis décrire, et il corrigera peut-être luimême le sentiment de déception que j'ai exprimé à ma première visite des fameuses cataractes.

Après avoir parlé du Niagara, la merveille des Grands-Lacs d'Amérique, il ne sera pas sans intérêt pour le lecteur, de lui présenter en regard des plans de celles-ci, les plans tout autrement remarquables des « Victoria-Falls » du Zambèze africain.

A l'endroit où se présentent les chutes, le Niagara s’avance du sud-est vers le nord-ouest, et plonge dans un abîme semi-circulaire qui, se resserrant ur formément, laisse aux eaux tumultueuses un débouché unique et direct vers le nord.

Le Zambèze, au contraire, s’avance du nordouest vers les chutes, s’épanche en un lit de 4,500 pieds, et puis, s’alignant sur une seule droite parallèle à l’Equateur, se précipite dans un ravin, un gouffre étroit comme un canal, d’où, par un chenal également étranglé, il s’enfuit en zigzags vers lé sud, pour reprendre plus loin son cours vers l’orient.

D’après Serpa-Pinto (1) dont les relevés doivent

(1) Serpa-Pinto et son compagnon Hermenegildo Capello, partant pour l’Afrique, reçurent de M. Antoine d’Abbadie, l’illustre membre de l’Institut de France, son fameux « aba » ou « altazimut » qui réunit les avantages du sextant et de théodolite. Ce magnifique instrument a un double niveau d'eau remplaçant le bain mercuriel et

faire foi, les caractères géodésiques des Victoria- Falls sont les suivants :

Largeur du fleuve aux cataractes, environ.. 4,500 pieds.

Première chute à l’ouest, largeur....,.. .., 196 — Grande île de la crête..................... 450 — Deuxième chute....... .........,..... ROSE +. 5 L' (RCE Deuxième grande île...................... 200 — - Série de chutes moindres.................. 2,300 —- Ravin ou gouffre de la chute, longueur dt 4,500 — — largeur....... 328 — — — profondeur visible, 393 — Cañon en zigzag à sa sortie du gouffre, largeur. 400 — Front du Niagara 1,224 m., des chutes Vic- MODE A re Se ST NU de OU Set 1,350 m.

D’après les observations des voyageurs que j'ai rencontrés près du Zambèze de 1879 à 1884, la nappe d’eau passant par-dessus les crêtes des cataractes doit dépasser 20 pieds d'épaisseur au temps des pluies, puisqu’à cette époque elle couvre et efface tous les îlots qui séparent les diverses chutes le reste de l’année.

Au Niagara une seule colonne de vapeur monte de l’abîme. |

Au Zambèze il s’en élève quatorze, et ces colonnes ne s’évanouissant pas dans l’atmosphère, su vont en véritables nuages sous le vent.

Un phénomène admirable se produit dans le

l'horizon marin. En 1879, M. Antoine d'Abbadie me fit don du même instrument. Il l’a depuis perfectionné en y ajoutant le « dip-cirele » magnétique de feu le Père Perry.

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leur & natur de l’o inter

SECOND VOYAGE AU CANADA 315 gouffre en dessous de son niveau apparent. Comme les eaux tombant des énormes crêtes basaltiques, doivent trouver un passage par l'unique issue qui

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leur est ouverte vers le milieu du ravin, il s'établit naturellement vers cette porte, deux courants, l’un de l’ouest à l’est, et l’autre de l’est à l’ouest. A des intervalles probablement isochrones, ces deux cou-

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rants déchirent le niveau apparent des eaux du gouffre, et découvrent dans leur sein un abîme insondable dans lequel paraît la vision momentanée de deux obélisques énormes et d’un amas de palissades basaltiques ressemblant aux ruines d’une cathédrale.

Les Makolélos de ces bords appellent dans leur idiome les « chutes Victoria » du nom de Moussi-iètounya, c’est-à-dire « Fumée qui tonne ».

Rapprochez ce nom « Bantu » du nom de « Onya-kar-ra, tonnerre des eaux » que les Indiens ont donné aux chutes des « Grands Lacs, » et vous trouverez peut-être dans cette analogie d’idée et de linguistique, un fait bien simple, de nature à corroborer l’opinion de l’origine asiatique commune aux deux races, aujourd’hui si distantes et si distinctes.

Si les Victoria Falls semblent l'emporter sur les Niagara Falls par les caractères géodésiques et physiques, elles ne l’emportent pas moins par la beauté tout orientale et tropicale des sites. La végétation du Zambèze est luxuriante au delà de toute expression. Le palmier et le baobab y dominent les forêts primitives, et la faune qui s’y meut est la plus grandiose du monde. C’est encore l’éden du gorille et du babouin, du rhinocéros, de l’hippopotame et de l’éléphant.

Seul, l’effet d'hiver est ce par quoi le Niagara demeure sans pareil connu jusqu'ici.

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Il me reste à dire un mot des œuvres d’art que le gén'e américain a produites sur les bords du Niagara.

Evidemment, je passe d’un pied « dédaigneux et superbe » ces villes et ces villages, ces hôtels et ces « bar-rooms », ces fabriques de fils et ces moulins à papier, ces ventilateurs et ces cheminées, ces observatoires, ces douanes, ces octrois et ces péages de toute nature, faits pour la désillusion et le dépit du touriste. Je ne m’arrêterai qu’à ces trois ponts, jetés avec une audace titanique sur le gouffre effrayant creusé par l’action des âges. Il y a deux ponts suspendus et un pont à tablier.

Les ponts du Niagara.

Tout près des cataractes, à 260 mètres en aval de la chute américaine, se trouve le premier pont, le plus léger et le plus élégant des trois. Ce pont suspendu fut construit en 1869, et mesure 387 mètres avec les approches. Sa résistance statique est calculée pour le passage des piétons et des voitures seulement. Il se balance à 58 mètres au-dessus du lit tumultueux du fleuve, et de ce pont, ou mieux encore, des tours de 30 mètres d’élévation qui en portent les deux câbles, le spectateur ébahi embrasse le panorama saisissant du fleuve, des rapides et de toutes les cataractes réunies du Nia-

gara. C’est du milieu de ce pont, vraie dentelle de de fer que, par un temps de bruine légère, le touriste À se peut avoir l’heur de voir se dessiner autour de lui de l’arc-en-ciel complet, formant un cercle parfait au- m dessus et en dessous du tablier suspendu (1). sil A trois kilomètres des cataractes et un peu en de amont du fameux whirlpool ou tourbillon, fut Er construit en 1855 un autre pont suspendu, bâti qu d’après les mêmes principes, mais avec des pro- gi portions plus grandioses. Il est calculé pour sup- te porter l'énorme poids des trains internationaux co: du Canada et des Etats-Unis, et pour résister aux br. oscillations produites par cette traction, ou par les ch, mouvements atmosphériques. en.

Le premier fil du câble avait été passé d’un bord pa: à l’autre au moyen d’uu cerf-volant, ainsi que le nel deuxième, le fil de retour. À ce deuxième fil fut | bri adaptée la petite poulie qui devait faire la navette mo entre les deux rives avec les fils suivants. vai Environ 13,000 kilomètres de fil d'acier en- l’al trèrent dans la confection des deux câbles appuyés léi sur les quatre tours des deux rives, et ancrés à le grande distance dans le roc vif. che Cet ouvrage du génie américain est composé ca de deux plates-formes superposées à 7 mètres et

(4) Ce pont fut renversé par le cyclone du 9 janvier 1889. Il a été reconstruit en quelques mois, plus beau et plus solide qu'il n'était auparavant.

demi l’une au-dessus de l’autre. Celle d'en bas sert à la circulation des piétons, des cavaliers et des équipages, et celle d'en haut à l'énorme mouvement des trains les plus pesants de plusieurs grandes lignes de chemins de fer. Les deux plates-formes sont suspendues aux câbles. En franchissant la rivière par cette voie aérienne qui se balance au vent par-dessus les flots mugissants des rapides, et à cette effrayante hauteur qui dépasse celle du Panthéon, je me sentis comme flottant dans l’espace, et j'éprouvai ce branle du cerveau qui chez maint voyageur approcherait du vertige. Le sensation fut plus marquée encore au moment où un immense train vint à passer au-dessus de nous. Un tremblement solennel fit résonner la colossale construction avec un bruit sourd et comme une note d’airain. Tout le monde s'arrêta comme par instinct, et les chevaux semblaient cloués sur le frêle tablier, entre l’abîme en dessous d’eux et l’orage au-dessus de leur tête. L'impression qui suivit immédiatement le passage du train fut aussi frappante : piétons et chevaux reprirent leur marche au même moment, comme soulagés d’une oppression pénible. J'avoue pour ma part, que ce fut avec un sentiment réel d’aise et de tranquillité que j'abordai sur terre ferme au rivage canadien.

Le troisième pont est intermédiaire aux deux ponts suspendus. C’est le fameux pont en treillis, Canti-Lever Bridge, construit en 1883 sur un plan ingénieux et tout nouveau, pour le service du « Michigan-Central ».

A cette époque on avait commencé à concevoir des appréhensions pour la solidité des ponts suspendus, dans les conditions où le nouveau pont devait s'élever. L'emplacement avait été déterminé et s’imposait. Le pont devait recevoir en plein la pression des coups de vent remontant du sud à travers le cañon du fleuve. Sous le poids des énormes trains internationaux, les oscillations d’un tablier ainsi suspendu eussent été dangereuses, malgré les amarres latérales les plus puissantes. Quant à bâtir un pont à travées sur piles, il n’y avait pas à y songer : les rapides, larges de 152 mètres d’un bord de l’eau à l’autre, rendaient toute tentative de ce genre impossible.

Les ingénieurs des « Central Bridge Works »

de Chicago s’arrêtèrent donc à l’admirable construction que voici :

Deux tours en treillis, d’acier, hautes de 40 mètres et de la forme d’obélisques tronqués, furent placées au bord de l’eau, une de chaque côté du fleuve. Sur chacune des deux tours fut appuyé, à peu près par le milieu, un fléau ou tablier, également en treillis et dont le bras de puissance est

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