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ront leurs « Bakens ». La nouvelle terre ainsi délimitée, le capitaine en délivre les « teitels » ou actes officiels, et voilà le pionnier devenu propriétaire en titre et en fait.
On conçoit que selon la nature du terrain, le trot des chevaux aura rendu la nouvelle ferme ou plus grande ou plus petite. Elle sera toujours de 60 à 80 kilomètres carrés. C’est, selon la manière de parler des Boërs, une ferme de «een uur te perd», d’une lieue à cheval. Entre ce domaine et le domaine voisin, il doit rester un terrain vague d’au moins une lieue, pour prévenir les rixes entre les « schepsels » bouviers ou bergers. « Dat die schepsels ni baklei. »
De cette manière, il y a généralement, d’un corps de ferme à l’autre, au moins « drie uur met de wâân, dat es ien uur te perd », soit trois lieues, Les Boërs n’ont pas de montres. Dix fermes contiguës couvrent ainsi une surface d'environ 80 lieues carrées.
Ce système assure tout d’abord la sécurité des colons. Voici comment : |
Le Boër admet autour de sa demeure les huttes de quatre à six familles d’indigènes, et dispose ainsi d'environ douze hommes noirs. Il n’en tient guère plus. Chaque ferme a, au minimum, deux hommes blancs, capables de porter les armes. A la première alerte, au premier bruit, d’un mouvement
des tribus noires, les femmes et les troupeaux sont réunis en un lieu central « die Kamp », tandis que les contingents armés de chaque ferme opèrent leur jonction et se portent là où menace le danger.
Cette poignée d'hommes décidés suffit toujours soit à repousser les attaques des indigènes, soit à les tenir en échec jusqu’à l’arrivée des troupes gouvernementales. Je n'ai entendu citer que deux cas contraires, et datant de fort loin.
On objectera le grand nombre des noirs, et la trahison possible des auxiliaires au service des blancs. Il serait difficile pour qui n'a pas vécu dans ces pays, de ne pas s’exagérer la valeur de ces objections. En réalité, la cohésion des noirs, . divisés qu’ils sont en clans, est très faible, surtout quand ils se voient coupés et morcelés par le système d'occupation des Boërs.
D'autre part, la crainte de la supériorité du Blanc, l'espoir du butin et un sentiment indéniable de gratitude, font que le noir s’attache au maître, et combat sans difficulté pour lui.
N'oublions pas que toute population noire est composée de castes, de clans, de débris de clans distincts, qui, ne se fusionnant jamais comme nous le faisons en Europe, restent hostiles les uns aux autres et s’enrégimentent facilement au service de l'étranger. C’est même l’histoire de tous les peuples inférieurs.
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D'ailleurs, dix Boërs avec leurs chevaux et leurs « roers » ou rifles, défendant femmes et enfants contre des hordes indigènes, valent mieux qu’une armée ! Pour cette guerre d’Afrique, le Boër est incomparable. Je l’ai vu à l’œuvre. Aussi, le nom de Boër « Iboula » est-il synonyme d’épouvantail, même pour les Zoulous, qui ne se gênent guère pour une armée d’Anglais célibataires.
Cette crainte révérentielle du blanc établi avec sa famille dans son bourg « oumousi » est telle, qu’il n’y a pas d'exemple que des indigènes aient jamais raojesté la femme de l’Iboula ou envahi sa demeure durant son absence.
Il va sans dire qu’il n’est plus question de traite des noir:, du moment que quelques familles de Boërs ont planté leurs « bakens » sur un territoire quelconque. Personne n’y passe plus impuné-
ment. Qu'un groupe ennemi essaie de nuit ou de
jour de fouler, de traverser la « terre » du Boër, avant une heure on entendra accourir le coursier du « Baes », et un instant après, les suspects le verront fondre au milieu d’eux, la carabine dans la main gauche, et la lanière de rhinocéros de l’autre. Suivront l’une sur l’autre les questions sommaires : « Ou velangapina ? d’où venez-vous! « ouiengapi ? » ou allez-vous ? « oudingani? » que vous faut-il? et suivant la réponse, ce Boër vous chassera, comme d'u bétail, ce groupe de dix, vingt vagabonds vers
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sa frontière ou au chef-lieu. Si la troupe est nombreuse, il la comptera à distance; prompt comme l'éclair, il volera vers sa ferme et vers les voisins; l'ennemi sera rejoint en force quelques heures plus tard, et traité sans merci.
Comprend-on quel cordon sanitaire contre la peste de la traite seraient une vingtaine, une dizaine de familles de Boërs belges on français dans le Congo? — Et figurez-vous qu'il y en ait cinquante, cent!
L'influence de la famille sud-africaine n’est pas seulement une influence de coercition : c’est une influence de civilisation réelle.
Dès son arrivée, le Boër commence par dresser sa tente à côté de son wagon, et il admet autour de son toit improvisé une dizaine de « schepsels » qui travailleront avec lui. Le lendemain, il appliquera ses fils et ses noirs à traîner les broussailles et les abatis d’arbres, qui formeront le « kraal » provisoire de son troupeau. La construction de la maison est la première grande œuvre. Celle-ci sera composée d’une chambre ou maison, avec une « achterkamer », deux chambrettes et « die Kombhuis » c’est-à-dire la cuisine. Le Boër sera luimême le briquetier, tandis que les noirs extrayeront et pétriront l'argile. Il séchera ses briques au s0leil ou les brûlera avec du bois presque vert. Son four à briques aura donc delarges tubulures. Il pré-
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parera lui-même sa chaux s’il y a du calcaire à proximité; le fumier séché de son kraal lui fournira le combustible. La toiture sera horizontale comme la plate-forme du midi, ou à pignon et faite avec le chaume, c’est-à-dire l’herbe longue du pays. Pour attacher l'herbe sur les lattis, il fera découper en lanières les peaux brutes des bêtes sauvages. La charpente elle-même sera jointe avec des lanières : le Boër ne connaît pas les clous : « gansch afrika hang saam me rimpies en stokies. »
A cette école le « schepsel », pris d'ordinaire très jeune, apprendra tous les éléments de la civilisation. Quatre pilotis fichés en plein soleil et surmontés d'un châssis carré formeront l’établi de la tannerie rustique. Le premier bœuf « die sal verrek » qui périra d’épizootie ou d’inanition prétera sa peau, l"quelle, ajustée sur le châssis et chargée de sable mouillé, formera la cuve à tanner. La chaux ayant été brûlée sur place, les peaux d’antilopes, de koudous, etc., y seront défibrées, dépouillées.
Un buisson appelé « iast bosch » par les Boërs (le même je pense que la « Gobernadora » de la Floride et du Mexique) donnera un tan actif. Le schepsel verra graisser, assouplir et étirer les peaux pour les usages domestiques et agricoles. C’est dans ces cuirs que le Boër taillera les traits du wagon et des jougs, et les semelles et les em-
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peignes de ses souliers, Il en fera son harnais et sa selle.
Voilà un exemple entre cent. La plupart des « schepsels » apprennent ainsi tous les arts domestiques, comme aussi l’agriculture. Ils apprennent le charronnage, la menuiserie, la forge, l’armurerie, la boulangerie, la laiterie, etc., tout. ce que doit savoir et sait faire le Boër, c’est-à-dire tous les métiers ! Le Boër n’est jamais à court.
On me dira que l’émigrant célibataire pourra enseigner au nègre les mêmes choses? Possible ; mais, c’est douteux. N’étant pas attaché au sol par les liens de la famille, il simplifiera son existence temporaire, et loin de s’ingénier à élever la vie des indigènes, il laissera choir la sienne propre jusqu'aux habitudes de la primitive simplicité des barbares.
Mieux que tout cela, le spectacle de la famille civilisée est pour le nègre une école vivante de moralité, que le missionnaire lui propose à imiter. Le Boër, d’ailleurs, est religieux ; il garde le dimanche strictement, et prie avec sa famille au vu de tout le monde. Le Boër ne boit pas, il ne blasphème jamais, il donne l'hospitalité pour Dieu.
Voit-on l'influence morale et religieuse que dix familles blanches exerceraient parmi les nègres du Congo, et de quel secours elles seraient au missionnaire pour la régénération de ces peuples que
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la Providence a jetés entre nos bras. Car enfin, régénérer le Congo, c’est bien le point essentiel : si nous ne parvenons pas à le régénérer, il parviendra à nous faire dégénérer, et les richesses qu’il pourra nous donner ne compenseront pas la corruption et le trouble profond qu’il nous renverra. L'histoire de la dégénérescence lamentable des nations qui ont failli à ce premier devoir d’une saine colonisation est là pour nous prémunir.
Les Boërs et l’antiesclavagisme.
Mais, me demandera-t-on, comment les Boërs ont-ils collaboré à l'abolition de l'esclavage ?
D'abord, les Boërs n’ont jamais exercé euxmêmes la chasse et la traite des noirs; jamais ils ne l’ont favorisée, ni tolérée dans les régions qui entraient dans la sphère de leur action.
Secondement, eux-mêmes n’ont jamais eu d’esclaves proprement dits. Ce qui a été parmi eux légalement reconnu sous le nom d’esclavage, jusque dans ces dernières années, n’était qu’un servage mitigé, en ce sens que le serf n’était pas vendu avec la terre de son maître; et ce servage mitigé n’était pas autre chose que la domesticité, dans laquelle de nos jours ils tiennent leurs « schepsels » maintenant que le soi-disant esclavage est aboli chez eux.
Je ne conteste pas que les Boërs ont souvent traité Jeurs serfs avec rigueur et cruauté; qu'ils en ont parfois mis à mort. C’étaient là des excès isolés. Ces excès ont été singulièrement exagérés et généralisés ; ils peuvent, d’ailleurs, se comprendre si pas s’excuser, par la position hasardeuse du blanc au milieu de la multitude des nègres.
En dernier lieu je puis diro, après avoir étudié la question durant des années en Afrique, où j'ai vécu environné de Boërs durant six ou sept ans, qu’ils traitent leurs familles de noirs avec humanité, et leurs domestiques indigènes, surtout quand ils sont jeunes, à l’égal de leurs propres enfants.
Le négrillon admis au service du Boër vit avec
les enfants de sa famille, partage leurs plaisirs et s’instruit avec eux dans tous les arts élémentaires de la civilisation.
Seulement, le Boër a élevé entre sa race et les races indigènes une barrière sacrée pour lui :
jamais il n’y a eu d’unions entre les deux races.
Les très rares écarts sont l’objet de la réprobation publique la plus sévère. Ce respect de lui-même est le secret de sa force et de son empire incontesté sur les noirs. ;
Je résume.
Les Boërs, en se répandant au large sur de
grandes régions à la fois, ont multiplié les centres
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de civilisation et assuré leur propre sécurité en même temps que la sécurité des peuples qu'ils assujettissaient. Leur système d’occupation et leur colonisation par familles a été une barrière naturelle et peu dispendieuse contre la traite des noirs.
Les Boërs ont directement travaillé à la civilisation des noirs en extirpant le cannibalisme et les sacrifices humains, et en brisant la tyrannie exercée par les noirs les uns contre les autres. L’esclavage entre gens de couleur a cessé d’exister dans les pays conquis par les Boërs.
Les Boërs ont amené les noirs de l’esclavage au servage, du servage à la simple domesticité.
De tout temps ils ont réussi à adoucir les mœurs des noirs ; ils les ont élevés graduellement jusqu'aux connaissances utiles et les ont préparés à recevoir enfin l'émancipation que le Gouvernement colonial leur a octroyée dans ces dernières années, trop tôt au dire de plusieurs.
Du moment qu’un système de colonisation analogue pourra être introduit dans l’Afrique centrale ets”y sera quelque peu étendu, nous pourrons dire que la grande œuvre de Léopold II sera sauvée, que la barbarie de l’esclavagisme aura reçu le coup de mort, et que la religion pourra désormais mener à pas rapides vers la vraie régénération, les peuples innombrables que Dieu a jetés entre nos bras. Ce moment me paraît venu.
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Liane: 2 0 Ré
Il va saus dire que ce même système de colonisation s'impose au Congo français, je dirais à toutes les possessions européennes en Afrique (1).
Le 16mars,mescompagnons devoyageetmoinous fûmes invités à dîner chez Sa Grandeur Mgr Léonard, évêque de Cape-Town, qui nous reçut avec une affabilité toute paternelle. Il se réjouit beaucoup de la fondation des nouvelles missions, et me remit des lettres pourlesprélats irlandais d'Amérique. L’aprèsdinée, il me montra les œuvres nouvelles de sa ville épiscopale, la splendide église gothique du port, et la maison des Petites Sœurs des Pauvres. Il me conduisit ensuite au charmant village de Wynberg, dont le nom dit la richesse, et m'y fit visiter le beau pensionnat des religieuses dominicaines. Poussant ensuite ma promenade un peu plus loin, parmi les ruisseaux et les cascades, parmi les délicieux ombrages des forêts qui pendent le long du Table-Mountain, j'allai payer une dette d'amitié; je visitai la vieille mère de mon ami Carl Carlsson
(1) Cette relation sur la colonie sud-africaine et sur la colonisation des Boërs a été publiée dans le numéro de janvier 1891 du Mouvement antiesclavagiste, revue internationale de Bruxelles. L’éminent explorateur du pays africain de Kong, le capitaine Binger, trouve le système de compénétration des Boërs identique au système de colonisation suivi par les Arabes d’Afrique quant à la marche générale, et le préconise comme l'unique système dont l'application puisse garantir un succès durable.
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