‹ Le Canada [microforme]Chapitre 11 sur 51 · EN TANT · texte numérisé non relu

EN TANT

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rmportées dans le pays montrent que, non-seulement ils s’habillent bien, mais que souvent ils le font dispendieusement. Entrez-vous dans une église ou dans une chapelle, dans quelque partie que ce soit de la province, établie depuis quinze ou vingt ans, vous êtes frappé de la qualité des étoffes, et de la façon des habits portés par les deux sexes, particulièrement par les jcunes gens. Les mêmes schâles, les mêmes chapeaux, les mêmes robes que vous voyez dans la ville, sont portés par les femmes, tandis que les habits des hommes ne se distinguent pas de ceux que portent les gens de profession et les marchands, dans les villes. Un fait dont j'ai été témoin, il y a quelques années, en allant de Simcoe à Brantford, deux villes de l’intérieur de la province, servira à donner une idée du goût ainsi que des moyens de jouissance de ces gens. A une chapelle méthodiste ordinaire, au centre d’un établissement rural, et à dix milles au moins d’une ville ou d’un village, il y avait, en attente, vingt-trois voitures de plaisir à quatre ou deux roues: c'était une assemolée trimestrielle, et ces voitures étaient les véhicules des fermiers qui étaient venus y assister. Cependant, vingt ans auparavant, cet endroit était un désert: vingt ans auparavant, plusieurs de ces gens travaillaient à la journée, et ne possédaient pas une paire de bœuf : vingt ans auparavant, toutes ces choses étaient en-dehors de leurs plus beaux rêves de prospérité.

Ces preuves, non-seulement de bien-être, mais encore de luxe, peuvent paraître extraordinaires à ceux qui ne connaissent pas le Haut-Canada par expérience, parce qu'il n'est guère possible d'attendre de tels résultats d’une économie rurale grossière, qui vient de s'élever d’un désert. En agriculture, comme en tout autre genre d'occupation, la richesse est ordinairement le résultat de l'habileté et du jugement, autant que du travail et de la persévérance. Mais c’est un fait remarquable, que les cultivateurs du Haut-Canada ont des moyens d’amélioration, d'aggrandir et de rectifier leurs idées, que ne possèdent pas plusieurs de ceux de leur classe, mème en Angleterre; et cela provient du fait que la population est un mélange on ne peut guère plus diversifié. Il n'est pas rare que Ja mème localité ait un représentant de la meilleure

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économie rurale du Yorkshire, du traitement judicieux et des expériences agricoles de Lothian, et de la patiente et persévérante industrie de la Flandre. Dans un pays aïnsi peuplé, les connaissances données par les voyages s’acquièrent sans qu’on soit obligé de s'éloigner de ses foyers domestiques. D'autres pays envoient leurs gens instruire les Canadiens, qui, en conséquence, n’ont pas besoin d’aller dans d’autres pays pour s’instruire. Mille expériences arrivent à leurs portes, les exemptant de la nécessité de frapper à mille portes pour les acquérir. Et l'avantage de cet heureux mélange de population n’est pas entièrement ou exclusivement dw côté du Canadien, car en même temps qu’il profite de l’habileté et de la science dé l’Européen, il lui apprend, en retour, à compter sur lui-même, dans les incidens imprévus et les difficultés inséparables d’un pays nouveau;—à devenir charpentier, lorsqu'une tempête a abattu une porte, et qu’il n’y a pas de charpentier à portée ; et à faire, sans se décourager, le métier de charron, si une roue se brise, au milieu de la forèt, lorsqu'il n’y a personne pour l’instruire ou l'aider. Enfin, l’un communique à des gens comparativement ignorants et rustiques le savoir et l’habileté d’un pays ancien et très civilisé ; l'autre apprend au travailleur instruit à vivre sur une terre nouvelle, La conséquence en est que l’Européen sagace devient en peu d'années, dans tout ce qui regarde la confiance en soi-même et l'esprit d'entreprise, un Canadien parfait, tandis que le Canadien devient un excellent Anglais, dans tout ce qui se rattache à une industrie éclairée. Le résultat naturel de ceci est qu’à peine une amélioration a été effectuée dans l’agriculture anglaise, qu’on la voit s'introduire en Canada ; et il n’y a pas un instrument aratoire de valeur convenable au sol Canadien, qui ne soit aussitôt copié ou importé. Et des Sociétés d'Agriculture se sont formées, et ont prospéré dans la province à un degré à peine égalé dans quelque partie du monde que ce soit. Le résultat naturel en est qu’on pout voir des bêtes à cornes de Durham sur les confins mêmes de la civilisation, dans le Canada Occidental ; qu’il y a à peine un petit canton où l’on ne puisse trouver les descendans des cochons de Berkshire, ni un village où l’on ne voie des chevaux offrant tous. s les. belles qualités des meilleures races d'Angleterre et d'Ecosse,

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Qu'un pays qui se trouve dans de telles circonstances, qui. jouit d'un beau climat, et où il y avait abondance de terres pour ceux qui avaient assez d'énergie pour les défricher et les cultiver, soit parvenu à une grande prospérité, la chose est moins étonnante qu’elle ne le serait, s’il n’avait pas eu un tel succès.

Les mèmes causes qui ont produit ces résultats eur l’agriculture ont eu aussi un effet éminemment salutaire sur la société. Le colon, qui pousse noblement en arrière l'immense désert, et se construit une demeure sur le terrain conquis, n’a nécessairement qu’une main osseuse et un visage rude à présenter à la civilisation qui s’avance; ses enfans aussi sont timides, sauvages et mal élevé. Mais un étranger arrive; il achète ce qu’il y a de fait sur le lot voisin; il a des enfans qui ont de l’éducation, et une femme qui connaît le bon ton et les bonnes manières, car il se trouve de ces gens, en plus ou moins grand nombre, dans chaque établissement du Haut-Canada. Les besoins du nouveau venu amènent une connaissance ou des relations avec le vieux pionnier; leurs familles se rencontrent, assez timides et gauches peut-être, d’abord ; mais les enfans ne connaissent pas les exigences convenues de la société, et sont heureusement gouvernés par leur innocence dans-leurs amitiés. Ainsi, ils jouent ensemble, ils vont à l’école de compagnie ; et ainsi, sans qu’ils s’en apperçoivent, les goûts et les manières des enfans bien élevés se communiquent à ceux qui manquent d'éducation, et l'énergie et le courage des derniers sont communiqués à leurs compagnons plus efféminés. Le succès mâle, mais peu éclairé, apprend ainsi à jouir de ses gains, tandis que la pauvreté respectable apprand à améliorer sa condition. Que l’orgueil se mette quelquefois dans des inconvéniens pour prévenir ces agréables résultats, c'est ce que la connaissance que j'ai du Canada me force à admettre; ot je dois reconnaître aussi que la jalousie et la vanité du simple succès envisagent quelquefois avec malveillance les manières et les habitudes du rang déchu, qui n’est peut-être jamais plus exigeant que lorsqu'il est plus indigent. Mais que la grande loi du progrès, et l'influence d'institutions libres, ne détruisent ces sentimens et ces préjugés exceptionnels, c’est ce qui paraîtra évident à

quiconque observera attentivement la société canadienne. Là où des hommes instruits et à manières élégantes subissent les changement qu'amènent des occupations laborieuses, car l'usage constant de la hache et de la charrue changent les sentimens des géns aussi bien que leurs apparences, et là où la rustique industrie est aussi changée par le succès que lui donne l'avantage de l'éducation, il est impossible que les deux classes ne se rencontrent pas. Lorsque l’une descend, du moins dans ses occupations, elle rencontre l’autre s’élévant, à raison de ses succès, et toutes deux occupent éventuellement le même piédestal. J'ai vu ce système social s'effectuer tant et plus dans le Haut-Canada, et je n'ai jamais eu connaissance d’un résultat différent. En Amérique, l’orgueil doit “ s’abaïsser pour vaincre;” la rustique industrie s'élève toujours:

La manière de vivre du cultivateur du Haut-Canada peut se résumer en peu de mots: il a le nécessaire en abondance, et il en jouit. Les habitans nés dans la province, généralement, et une grande partie de ceux qui sont venus d'Europe, mangent à la même table que leurs valets et les travailleurs. Ils mangent de la viande deux fois, et plusieurs, trois fois par jour, le nombre de fois étant, en apparence, une affaire de goût plutôt que d’économie. Le porc est la viande dont ils font le plus grand usage. Les arbres fruitiers étant er abondance, à peine y a-t-il une terre défrichée qui n’ait son verger ; et l’on trouve des fruits confits de différentes manières sur la table de chaque fermier. Le lait est en grande abondance, mème chez les colons isolés, car là où il y a peu de pâturages, il y a sûrement de grands bois et du brout ; ou les têtes des ramaux tiennent licu de foin. Le meilleur pain que j'aie mangé en Amérique, je l'ai mangé chez des cultivateurs du Haut-Canada. Ils mêlent ordinairement le gru avec la farine pour lusage domestique, et comme leur froment est des plus beaux du monde, le pain qui s’en fait est en même temps sain et délicieux. Si l’on me demandait qu'est-ce qui distingue particulèrement le fermier du Haut-Canada, je répondrais sans hésiter, L'ABONDANCE. L’abondance règne dans son grenier; l'abondance se montre dans sa basse-cour; l'abondance luit dans ses champs de grain; l’abondance sourit aux regards de ses enfans, Maïs

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qu'on ne s’imagine pas que cette abondance s’acquiert sans'un travail continuel, et l'exercice du jugement et de l'intelligence : plusieurs des plus belles fermes du Haut-Canada sont sorties des mains de ceux dont les pères les avaient conqu'ses sur la forêt, et un plus grand nombresont épuiséesetimproductives,en conséquence d’un traitement injudicieux, de l’indolence ou de l’inattention, et dans quelques cas, ceux mêmes qui travaillaient comme engagés sur les fermes qui ont été vendues et détériorées par la seconde génération, se sont trouvés en état de les acheter. L'industrie littéralement fait du valet le maître, tandis que le défaut de conduite et l’indolence ont réduit le propriétaire à l’état d'homme de journée. Et les Européens qui ont apporté avec eux des habitudes de dépense, ou qui ne savaient pas travailler, et ne voulaient pas appreudre à le faire, ne se sont pas trouvés beaucoup mieux. Car le travail qui, comme je l’ai montré, fait tant en Canada, peut, à raison de ce qu’il coûte, être ruineux à proportion, s’il est appliqué sans jugement, ou mal dirigé. Il en est du travail comme des voiles, qui, si la direction est bonne, peuvent s'emplir et opérer merveilleusement, mais qui, si le gouvernail est mal dirigé, peuvent tout arrêter, ou mettre en danger le vaisseau entier. Règle générale, le fermier monsieur, ou le monsieur qui ne voulait pas être fermier, parce qu'il ne voulait pas apprendre la valeur du travail, où comment le diriger, quand il l’employait, a déplorablement manqué de succès dansle Haut-Canada. Pourtant le monsieur qui veut ôter son habit, et comme disent pertinemment les Yaukees, “marcher en avant au son musical de sa hache,” peut être certain d'acquérir l'abondance, et avoir de plus la consolation, au moyen de l'augmentation de la fortune, de laisser ses enfans dans l’aisance. A tout événement, il les laissera où ils auront appris comment faire pour réussir, et où le succès est facile. Mais il est incontestable, —(si une telle circonstance ne peut pas être appellée admirable)—que la richesse agricole du Canada est tombée principalement entre les mains du pauvre agriculteur pratique et du travailleur encore plus pauvre.

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