LE COLON PRIMITIF DU HAUT-CANADA
Quelque grande qu’ait été la prospérité de l'Amérique et des établissemens qui distinguent la magnifique contrée qui vient d’être décrite, la nature ne s’y est pas prêtéo sans épreuves, et ses trésors n’ont pas été acquis sans une lutte et des efforts dignes de leur valeur. Ceux qui ont eu l’occasion de passer par de nouveaux défrichemens, dans le Haut-Canada, doivent avoir été frappés de l'apparence triste, solitaire et même désolée de la petite hutte en bois rond du colon primitif. Au milieu d’une épaisse forêt, et avec ur “ lambeau de défrichement” à peine assez grand pour que le soleil puisse luir sur lui, il ne ressemble pas mal à un homme luttant pour sa vie sur une simple planche, au milieu d’un océan : il se passe des semaines, et souvent des mois, sans qu’il voie la face d’un étranger. La mème forêt silencieuse, sauvage et sans bornes, se présente chaque matin à ses regards; et ce qui seul l'empêche de craindre qu’elle ne le tienne enfermé pour la vie, c’est la hache qu’il a sur l’épaule. Quelques tiges de blé-d’Inde, paraissant entre des souches dont les racines s’entrelassent, tant elles sont près les unes des autres, forment sa seule sauvegarde contre le besoin ;
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tandis que quelques plants de patates, croissant dans de petites fosses éloignées les unes des autres, et luttant pour se maintenir contre la touffe de ronce ou l’épais buisson, doivent former les semences de son abondance future. Des pins élevés, sillonnés et noircis par le fou, restent debout, comme tristes monumens de la solitude qui existe, tandis que la forêt elle-même, comme une immense muraille autour d’une forteresse, semble dire au colon, “ comment la pauvreté peut-elle espérer d'échapper jamais d’une “# telle prison ?”
Cependant, il y a heureusement quelque chose de poétique dans la nature de chaque homme, et il n’y à pas de scène dans la vie, quelque triste qu’elle puisse paraître, où cette poésie ne puisse se montrer, où elle ne puisse pas dorer, pour ainsi dire, la désolation même, et faire qu’un petit nombre espèrent là où tout le monde pourrait désespérer. Cette petite clairière, car je décris une réalité, qui, à d’autres pourrait fournir une garantie aussi faible pour leur subsistance, a pourtant été pour ce colon isolé une source de songes agréables et encourageants. Il l’envisagea, et au lieu de s'arrêter à sa petitesse, il trouva dans ce lambeau l'espoir d’une grande ferme et de riches champs de blé-d’Inde. Et ce songe même, ou cette poésie, ou ce que vous voudrez, l’encouragea dans son labeur solitaire, et le rendit content de son âpre foyer. Les tiges de blé-d’Inde, que vous pourriez regarder comme ne donnant qu’une espérance trompeuse d’aises futures, s’associaient chez lui avec de grands monceaux de gerbes, et des sreniers pleins ; et cette idée seule donnait de la force à son bras, ct le rendait heureux. Sa petite hutte solitaire, dans laquelle je vis ses timides enfans se sousträire aux regards d'un inconnu, car il était rare qu'ils vissent, si jamais ils voyaient un étranger, n’était pas associéc par jui à l’idée de privations et de peines, que vous pourriez naturéellement y attacher, mais à l’idée mâle et fière qu’elle devait être la place où il acquerrait pour ces enfans une condition respectable et l'indépendance. Mais, outre cela, il connaissait l’histoire de centaines, de milliers d'individus qui, en Canada, étaient parvenus à la prospérité en dépit de désavantages semblables, et il se
dit, en homme courageux, qu’il devait ‘ aller et faire de même.