‹ Le Canada [microforme]Chapitre 20 sur 31 · MONTRÉAL · texte numérisé non relu

MONTRÉAL

n'eût pu le dire, tellement ses pensées l'avaient absorbé. A un moment, toutefois, de longues bandes de nuages grisâtres, qu'il aperçoit montant lentement vers le soleil, viennent l’avertir de l'approche d’une bourrasque de neige et l’'inviter à rebrousser chemin. Mais quoi! ne tentera-t-il pas auparavant de s'emparer de quelqu'une de ces belles pièces de gibier qui foisonnent dans les alentours? Les bonnes gorges chaudes que feraient ses camarades en le voyant revenir bredouille! car, il ne faut pas l'oublier, il leur a dit en se séparant d'eux qu'il partait pour la chasse. Et puis, son fusil sonnait si allégrement sur son épaule, ne demandant qu'à parler! Justement, voici que, à la lisière du bois, quelque chose grouille et s’agite. Le doigt sur la gâchette, il s'approche, fouillant du regard le taillis redevenu immobile. Il va y pénétrer. Tout à coup un sifflement, un choc aigu, effroyable, et le pauvre

Yvon tombe à la renverse, la poitrine trouée d’une flèche qui s'y est enfoncée toute vibrante.

La douleur lui fait perdre connaissance. Son sang s'échappe maintenant à larges flots, rougissant tout autour la neige. Quand il rouvre les yeux, un spectacle hideux l'attend. Courbés sur lui, et le guettant d’un regard avide, flamboyant, se tiennent les rouges Indiens des solitudes américaines, ces Iroquois féroces qu'il sait impitoyables. L'un d'eux, avec un sourire de démon et brandissant un coutelas, vient de lui soulever la tête. Il sent comme un trai,

Page 1