‹ Le Canada ou Notes d'un colon [microforme]Chapitre 8 sur 17 · AN · texte numérisé non relu

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estimé de tous ceux qui le connaissent, est aujourd'hui à la tête d’une belle fortune. Il possède à Stoke Centre, à deux lieues de Sherbrooke, une très-grande propriété. Il est percepteur des postes et ses concitoyens recourent souvent à ses conseils et à son expérience.

Voici ce que disait de lui une brochure qui parut en 1871. Je copie textuellement :

“ Les colons de Stoke ont fait preuve de tant de courage, de tant de persévérance, qu'ils devraient être tous nommés ici comme exemples. Toutefois, il faut nommer spécialement les Guillemette, les Biron, les Lemire, les Gadbois, les Dufault, les Côté, les Trudeau, les Loranger et les Grondin qui furent les vrais fondateurs de cette petite colonie, Guillemette et Antoine Biron ont été les premiers à découvrir, en faisant la chasse, ces magnifiques terrains, et à prendre la résolution de venir s’y fixer.

& L'un d'eux, Antoine Biron, avec une santé affaiblie par un dur travail de 15 ans dans les manufactures des Etats-Unis, sans épargnes aucunes, abat le premier arbre au printemps 1859. Le beau temps qui semble le favoriser, l'encourage. Il travaille avec énergie et assiduité. De temps en temps il se rend à Sherbrooke pour chercher des provisions qu'il emporte sur son dos à travers bois, mais le plus souvent il vit du produit de sa chasse, Il ensemence 10 acres de terre, et, à l'automne, le voilà avec une belle récolte qu’il met, non pas dans une grange, mais en meules sur les bords d'une rivière, en attendant l'hiver pour en faire le battage. Après ses récoltes faites, il se bâtit une maison et s'y rend avec sa femme, Mais une fois l'hiver’ arrivé, comment battre son grain? Pas de grange, rien que ses meules entourées et en parties couvertes par la neige,

“ Biron, cependant, n’est pas homme à reculer devant les difficultés, et son caractère ingénieux, lui suggère un moyen très pratique. Il commence par enlever la neige de la surface gelée de la rivière, et cela sur un espace suffisant pour faire une aire (batterie), et il amasse cette neige de chaque côté en jetant de l’eau dessus et le voilà avee de bons gardes grains. C’est là que la récolte est battue.

‘ Aujourd'hui ee M. Biron a une terre très avancée, des granges magnifiques, avec une maison à deux étages. Il y a deux ans, il per-

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dit, par le feu, une grange remplie de foin et de grain et plusieurs instruments aratoires, dont la valeur a été estimée à $1,000. Malgré cet échec, 1 reste encore bien au-dessus de ses affaires, puisqu'il est encore considéré comme riche de $5,000.”

I! est à remarquer—et ceci n’est pas sans importance— que cette petite biographie a été écrite en 1871. Je n’étonnerai personne en disant qvc depuis cette époque M. A. Biron a tiré le meilleur parti de la position exceptionnelle qu’il a conquise par son travail.

J'ai l'honneur de connaître tout particulièrement M. Antoine Biron. C'est un homme infatigable, entreprenant et d’une prudence proverbiale. Quand il s’occupe d’une entreprise, le succès est à peu. près certain. |

Jusqu'à ce jour on a gaspillé, à Stoke et aux environs, le mérisier et l’érable, bois si b:aux et si durs que les ébénistes et les menuisiers des Etats-Unis en font le plus grand cas.

M. Antoine Biron songe à la construction d’une usine pour utiliser ces beaux troncs qu’on vend aujourd'hui à vil prix et qu'on brûle

même souvent pour s'en débarrasser. S'il exécute son plan, M. Biron

augmentera certainement ses grandes ressources et, ce qui vaut mieux pour nous tous, il rendra d'immenses services à ses concitoyens.

Mais, je m'écarte de mon sujet. On a compris, par tout ce qui précède, qu'il faut aux ouvriers européens qui arrivent ici, beaucoup de courage et de persévérance.

Ce que j'ai dit des bûcherons et des cultivateurs, peut s'appliquer aux artisans: Changement de système, donc nouvel apprentissage ; changement de genre de vie, donc nécessité absolue de changer ses habitudes.

Quant aux buralistes, commis, employés, gens lettrés de toute sorte, inutile de venir ici s'ils ne connaissent à fond la langue anglaise. Ou, pour mieux dire, je ne saurais leur conseiller le voyage, quand même ils posséderaient les qualités voulues : ce que l’on demande ici, ce sont des cultivateurs, encore et toujours des cultivateurs.

En tout cas, je ne répondrai plus aux lettres que m'adresseront les ouvriers et les employés : je ne vois pas ici pour eux assez de ehances de suocès, pour encourager em quoi que çe soit leurs projets témé-

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Cela veut-il dire que les ouvriers belges ne pourraient réussir ici ? Nullement, mais les commencements sont durs, et l'ouvrier belge se décourage assez facilement. Quand il ne trouve pas de suite ce qu'il avait chez lui, surtout les amusements, il jette le manche après la coynée, il s’en retourne mécontent et découragé.

Ceux qui persistent réussiront. Dernièrement mourut à Rigaux, dans la province de Québec, un brave et digne homme, M. Léon Cool, venu ici, il y à une vingtaine d'années, d’un village de la ! Flandre-Occidentale. A son arrivée au Canada ce brave ouvrier ne possédait plus rien. A sa mort il laissa aux siens de beaux revenus. Il à eu une heureuse vieillesse. Je me fais un devoir de rendre hommage à lu mémoire de cet homme de bien qui m'a souvent soutenu, au milieu des déboires et des fatigues de ma vie dé colonisateur, par ses bons conseils et ses lettres vraiment paternelles. Pour moi et pour les miens sa mort a été un deuil de famille. Je respecte le vrai mérite et j'honore la vertu partout où j'ai le bonheur de les rencontrer : ce modeste pionnier, ce travailleur infatigable, méritait sa place dans cet humble opuscule dédié aux gens laborieux.

C’est donc une chose bien entendue: Je conseille aux ouvriers et aux employés belges de ne pas venir ici. Cela leur évitera beaucoup de déceptions et à moi bszaucoup d'ennuis. Au risque de mécontenter beaucoup de mes compatriotes, je dirai que pour ma part je préfère les ouvriers canadiens aux ouvriers belges: ils connaissent moins de métiers, mais ils connaissent mieux leur métier.

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