STATISTIQUES CRIMINELLES
Il y a vingt-deux ans, 1876-98, que les greffiers des cours criminelles, en Canada, font des rapports annuels, au département de l'agriculture et des statistiques, sur toutes les causes inscrites, durant l'année, devant les diverses juridictions criminelles de la Puissance, sous l'autorité de l'acte, en tel cas fait et pourvu.
On a adopté la classification ordinaire de " Délits sujets à poursuite" et " Condamnations Sommaires." Les délits sujets à poursuite sont jugées par un jury ou (de consentement) par le magistrat de police ou autre magistrat, en vertu de l'acte des condamnations sommaires.
Les statistiques des premières années ne sont pas complètes, à cause du système nouvellement mis en vigueur et peu familier aux officiers tenus de le faire fonctionner. Cependant il est possible, de se former, grâce aux statistiques,
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une idée générale et exacte de la somme de crimes, dans la Puissance, pour la ptriode de 1883 à 1998.
Cette étude incomplète comparée aux statistiques des autres pays, a cependant sa valeur, car elle nous met en mesure de juger de l'état moral du Canada, au point de vue de la jriminalité.
En prenauc, cependant, la période 1887-98, comme guide à travers le labyrinthe de la criminalité, nous avons pour les 12 ans, 445,524 condamnations de toutes sortes. De ce nombre 12.8 pour cent, offenses contre la personne; 11.7 pour cent, contre la propriété ; 32.6 poar cent, ivrognerie ; et 43 pour cent, autres crimes et délits, la plupart contre l'ordre public.
Ce total donne une moyenne annuelle de 37,127 condamnations, pour offenses de toutes sortes. En 1898, le nombre des condamnations fut de 88,206. Absolument et relativement à la population, le nombre de crimes punis, en 1898, fut plus élevé en 1897, mais moindre qu'eu 1892, 1893 et 1894, preuve que qu'augmentation du crime au Canada est plutôt spasmodique que continue. Ceci est de bon augure, si l'on prend en considération l'augmentation considérable de notre population minière.
De ces 445,524 condamnations, 55,268 étaient pour délits sujets à poursuite, le nombre de plaintes étant de 80,353 ; de sorte que les condamnations formaient 68.7 pour cent des accusations. Ce résultat nous amène bien près de la proportion des crimes commis dans les deux pays d'où nous vient le flot de notre population.
Dans les premières trois années de la période qui nous occupe, les plaintes pour crimes et délits commis relativement aux délits sujets à poursuite, ont été d'une moyenne de 5,659 par année. Dans les trois dernières années, la moj^enne fut de 7,717, donc une augmentation de 36 pour cent, sous cette catégorie. Les convictions, résultant de ces plaintes ont été d'une moyenne respective de 3,745 et 5,466, augmentation de 46 pour cent. Conséquemment, le chiffre des condamnations a augmenté dans une proportion plus élevée que celui des plaintes, soit qu'on prit plus de soin à formuler les plaintes,
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soit qu'on mit plus de sévérité dans l'application de la loi, ou les deux à la fois.
Le nombre des hommes condamnés, pour délit sujet à poursuite, fut de S,-!!? dans les premières trois années et 5,217 dans les dernières trois dans cette période de 12 ans, tandis que le nombre des femmes, fut de 328 dans la première période, et de 353 dans la quatrième. La proportion des sexes, dans la première période de 3 ans fut de 9 femmes à 91 hommes ; dans la quatrième période de 3 ans, la proportion a été de 94 hommes, contre 6 femmes. De sorte que la proportion des crimes diminue chez les femmes.
Le nombre des personnes condamnées, pour la première fois dans les premiers trois ans de la période de 12 ans, fut en moyenne de 3,210 et dans le quatrième terme de 3 ans de 4,377. Kelativemeut, ces criminels formaient 85 pour cent, des condamnations totales, dans les premiers 3 ans et de 80 pour cent, dans les derniers.
Le nombre des récidivistes a augmenté. Ils forment 9 pour cent du nombre des personnes condamnées, dans les derniers 3 ans de la période de 12 ans, contre 5 pour cent dans les premiers 3 ans; ceux qui ont subi deux condamnations forment 11 pour cent, contre 5.3. Cette augmentation se remarque principalement, parmi les populations minières de la Nouvelle- Ecosse et de la Colombie Britannique et dans la province de Québec.
Ci-suivent les statistiques concernant les occupations des personnes condamnées : lo, la classe des agriculteurs, a fourni une bien petite proportion, à raison de sa population ; 2o, la classe commerciale commet, proportion gardée, plus de crime contre la personne, plus de faux et délits par rapport à la monnaie, que tout autre ; 3o, les domestiques, proportionnellement à leur nombre ; 4o, la classe industrielle moins de crimes, proportionnellement à son nombre, sauf les délits avec violence contre la propriété, ou elle dépasse un peu le chiffre en proportion ; 5o, le percentage dans la classe professionnelle est moins élevé que leur nombre, quant aux occupatious le leur permettrait ; 6o, la classe ouvrière fournit plus que sa part de
crimes de toute espèce, sa proportion étant de 38 pour cent, et sa population de 12 pour cent.
Les criminels nés en Canada forment 60 pour cent. Comme la population indigène forme 86^ pour cent de la population totale, les criminels au Canada, nés en dehors du Dominion sont plus nombreux proportionnellement, que les ■criminels nés au pays, attendu que les premiers forment 40 pour cent des criminels, et ne forment que 13| pour cent de la population.
Les incapables de lire et d'écrire forment 18 pour cent ■des criminels ; ceux qui possède une éducation élémentaire> 74 pour cent du total, et la classe instruite 8 pour cent. Ces proportions sont à peu près les mêmes que celles qui existent •entre les classes instruites et les ignorants dans la population totale.
Le nombre total des personnes accusées de meurtre, durant cette période, de 12 ans, est de 279, et celle des condamnations 88. Les acquittements, en regard du chiffre des plaintes, sont de 68 pour cent. Dans le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Belgique, pris tous ensemble, les acquittements forment 64 pour cent des accusations pour meurtre.
L'ivrognerie est vue d'un mauvais œil par les cours de justice et traitée sévèrement, le pays tout entier ayant une aversion prononcée contre ce vice.
Il y a eu diminution dans le nombre des arrestations et de condamnations, pour ivrognerie ; la moyenne annuelle des trois années 1887-8-9 étant 12,821, et celle des trois années 1896-7-8 étant 11,046, tandis que les condamnations, pour infractions à la loi des licences, d'une moyenne annuelle de 3,705 en 1887-8-9, sont tombées à 2,088 dans les années 1896-7-8.
La consommation des liqueurs enivrantes, y compris le vin et la bière en Canada, durant la période 1887-8-9, a été d'une moyenne de 4.28 gallons (mesure impériale), par tête de la population. La moyenne des trois années 1896-7-8 est de 4.31 gallons. Dans la première période, la quantité moyenne de la bière consommée annuellement a été de 3.19 gallons par
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tête, et en 1896-7-8, de 3.60 gallons, la consommation des liqueurs spiritueuses étant tou^bée de .72 à .62 gallons. En même temps qu'il y avait une diminution, dans la consommation des spiritueux, il y avait aussi une diminution dans le nombre des condamnations pour ivrognerie, double coïncidence qui indique bien la tendance générale à la suppression de l'ivrognerie. La diminution dans les condamnations fut de 14 pour cent, et celle dans la consommation des spiritueux aussi de 14 pour cent.
Ces statistiques démontrent que les autorités chargées du maintien de la loi et du bon ordre au Canada, ont la haute main sur la populace, et que le flot de l'émigration étrangère nous apporte plus de criminels qu'il ne s'en trouve au sein de notre propre population.
Ainsi, pour l'homme paisible, observateur de la loi, il n'est pas de meilleur pays.