‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. -- (volume 2)Chapitre 10 sur 26 · ADMINISTRATION DE SIR EDMUND HEAD · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE SIR EDMUND HEAD

(Fin.)

.MINISTÈRE CARTIER-M^DONALD, {suife) 1861. REPRÉ- SENTATION BASÉE SUR LA POPULATION.

Voyage de Sir Edmund Head en Angleterre. — Election de douze conseillers législatifs. — Session de 1861. — Débats sur l'adresse, amendements concernant la conduite du gouvernement au sujet des orangistes, la double majorité ; motion de non-confiance. — Discussion animée sur la représentation en rapport avec la population, remarques sur celte question. — Votes répétés de nonconfiance. — Allocations publiques. — Lois criminelles, lois d'extradition et des municipalités amendées. — Projets de loi discutés. — Incorporation de diverses institutions.— Elections générales de 1S61, programmes politiques. — M. Sicotte, chef de l'opi^osition bas-canadienne. — Victoire des conservateurs dans les deux provinces, défaite de M. Brown. — Mouvement littéraire de 1861. — Départ de Sir Edmund Head. — Remarques sur son administration, progrès général de la province.

Le gouverneur, Sir Edmund Head, partit pour l'Angleterre dans le mois d'octobre 1860, et ne revint qu'au mois de février suivant. Pendant son absence le général Eyre, commandant des troupes, agit comme administrateur de la province.

Après la session de 1860, eut lieu l'élection de douze conseillers législatifs. Au nombre des candidats heureux, nous remarquons MM. Letellier de St. .Tust. Malcolm Cameron, Fergusson Blair et W.-H."Merritt (i). Le colonel Prince ayant

(i) Conseillers législatifs élus en i86o :

Bedford Mon. A.-B. Foster,

De la Vallière " J. -B . Proulx,

Grandville " L. Letellier de St. Just,

Inkerman " J. Hamilton,

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accepté mie place de juge dans le Haut-Canada, il fut remplacé, dans le collège électoral Western, par Sir Allan McNab, qui avait abandonné la politique depuis quelques années.

La session de 1861 fut ouverte à Québec, le 16 mars ; c'était la dernière du sixième parlement. Après avoir parlé de la visite du Prince de Galles, Sir Edmund Head recommanda aux membres d'assimiler, autant que possible, les lois des deux provinces, de passer une loi de banqueroute dans le Haut-Canada, de faire des changements dans la loi criminelle, etc.

Au conseil législatif, l'adresse proposée par Sir Etienne Taché, fut adoptée presque sans discussion. A l'assemblée législative, elle fut présentée par MM. Macbeth et Caron. La discussion dura plusieurs jours ; l'opposition proposa plusieurs amendements, qui donnèrent aux deux partis l'occasion de discuter les questions publiques du jour, et de montrer leur force numérique.

La lutte fut ouverte par des amendements proposés par MM. Ferguson et McDougall au

Rignud lion. Iv -U Ilarwood,

Stadacona " P. -G. Huot, (i)

Balhurst " James Shavv,

Hrock " A.-J. Fergussoii Blair,

King's " D , Reesor,

Newcastle " A. Jeffrey,

Niagara " W.-H. Merritt,

Ste Claire " Malcolra Cameron.

(i) M. Huot déjà membre de rassemblée législative, ne siégea pas comme membre du conseil ; il fut remplacé presque aussitôt par M. F. Baby.

Les membres de l'assemblée législative élus depuis la session de i86o, étaient MM. J.-C. Rykert (Lincoln), H. -F. Mackenzie, (Lambton), J.-B. Mongenais (Vaudreuil), R. Craik (Middlesex E.) etJ.-F. l'urdy CGrey).

sujet des incidents déplorables qui avaient signalé la visite du Prince de Graîles dans le Haut-Canada. Ces amendements exprimaient le regi'et de voir que Son Altesse Royale, guidée par de mauvais conseils, avait blessé les sentiments d'un grand nombre de ses futurs sujets. Les libéraux soutinrent que le ministère était responsable de ce qui s'était passé entre les orangistes et le prince. Telle était l'opinion de MM. Sicotte, Growan et Loranger. Les ministres répliquèrent qu'ils ne pouvaient être responsables des actes du duc de Newcastle, qui accompagnait le prince. Ils n'avaient que le droit d'aviser le gouverneur-général sur les affaires de la province et non pas sur ce qui concernait les affaires impériales. Les amendements furent appuyés seulement i)ar les libéraux du Haut-Canada.

M. Fergusson souleva la discussion sur la représentation. Nous donnons plus loin les débats sur cette question.

M. John-Sanfield McDonald, toujours fidèle au principe de la double majorité, voulut obtenir un vote de censure contre les ministres du Haut- Canada. Il démontra que ce principe avait existé de fait, et pour preuve il énuméra les divers ministres qui avaient donné leur démission lorsqu'ils n'étaient pas en majorité dans une section de la province. Le procureur-général lui-même avait avoué un jour, que le gouvernement ne pouvait se maintenir avec une minorité de six voix dans le Haut-Canada, et quekjue temps après, il ne craignait pas de gouverner sa section avec une minorité de quinze voix. Cependant sous ce système de simple maiorité, M. John-A. McDonald nommait les juges et les divers

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employés au moyen des députés du Bas-Canada. L'orateur espérait que les membres des deux provinces accepteraient la double majorité comme une ancre de salut. L'adoption de ce principe donnerait la paix et la prospérité au Haut- Canada, il n'aurait pas alors à craindre d'être gouverné par des ministres qui n'avaient pas sa confiance.

M. Dorion présenta un autre amendement, comportant que l'administration devait posséder la confiance des deux sections de la province, et censurant les ministres du Bas-Canada, qui prêtaient leur concours à ceux du Haut-Canada, dans la violation du principe de la double majorité. Il condamna généralement la politique du ministère, comme devant amener une grande crise ; il en appela aux élections prochaines pour prouver si les ministres possédaient la confiance des électeurs.

M. Drummond se prononça avec éloquence pour le principe qui veut que le gouvernement doit posséder la confiance des deux sections de la province. Il était d'aAàs que la confédération, serait le moyen de régler les difficultés existantes, et qu'elle aurait lieu dans un avenir plus ou moins prochain.

M. Cartier répondit à M. .Tohn-S. McDonald et à M. Dorion. Il déclara que leurs amendements tendaient au même but, et que leur adoption entraînerait la chute du ministère. Il était prêt à en subir les conséquences. Il s'étonnait de voir M. Dorion, qui ne comptait que cinq ou six adhérents, proposer qu'une administration devrait posséder la confiance des deux i^rovinces. Puis abordant la double ma-

jorité : " Certainement, dit-il, il serait désirable que chaque section du gouvernement pût être appuyée par la maiorité du pays qu'elle représente, mais cela devient quelquefois impossible. Pour ma part, je suis fier de le dire, la grande majorité des représentants dans les deux chambres de la section du pays que je représente, a cosiifiance en mon intégrité politique, et j'ose compter sur l'appui des classes instruites du Bas-Canada. Les victoires remportées par mes adhérents, à diverses reprises, m'ont donné cette assurance.

" Quant à mon collèg'ue, le procureur-général du Haut-Canada, je dois dire que je n'aurais jamais accepté la tâche de former une administration, si je n'avais pu m'assurer de son concours. Je connaissais son honnêteté politique, son habileté comme homme d'état, et la place qu'il occupait dans l'afFection du peuple du Haut-Canada. M. McDonald est entouré d'un nombre d'adhérents fidèles, prêts à le suivre en tout temps. On dit que l'opposition du Haut- Canada est f)lus nombreuse, cpi'elle compte trente-cinq comtés. Mais elle est brouillée avec elle-même ; le conflit de ses amendements nous en offii-e l'exemple. D est temps que le chef absent (M. Ih-own) se montre pour rétablir l'harmonie......"

M. Loranger se prononça contre l'assimilation des lois des deux provinces, parce qu'elle se ferait au détriment du droit français. Il reprocha à M. Cartier de vouloir par là anglifier le Bas-Canada, il vota pour la double majorité avec MM. Sicotte, Lemieux et Thibaudeau. Le ministère eut cependant une majorité collective de seize voix sur

rameiidement de M. Dorion, et de treize sur celui de M. McDonald.

Les longs débats de l'adresse avaient dessiné les partis politiques. Deux des membres les plus marquants du Bas-Canada, M. Loranger et M. Sicotte, s'étaient séparés d'une manière éclatante de M. Cartier, leur ancien collègue, pour faire partie de l'opposition régulière avec MM. Drummond et Lemieux, autrefois collègues du premier ministre, qui les avaient déjà devancés. Cette division entre les libéraux-conservateurs était regrettable. Tous avaient des talents, un passé honorable, une politique commune. Ils n'avaient eu de divergence d'opinion que sur la question de la capitale. En effet, MM. Sicotte et Loranger cessèrent de prêter leur appui au ministère, lorsque celui-ci voulut maintenir le choix d'Outaouais. Chaque fois qu'il s'agissait de combattre les demandes injustes des deargrits, on les voyait tous se réunir à M. Cartier i")Our les repousser.

M. Sicotte fut dès lors considéré le principal chef de l'opposition du Bas-Canada. Ses principes modérés le rendaient plus acceptable que M. Dorion. Il avait cependant déclaré qu'il ne ferait jamais d'alliance politique avec M. Brown. Ou vit aussi plus d'entente entre les chefs de l'oi^position du Bas-Canada, MM. Sicotte, Drummond, Dorion et McG-ee, et les libéraux du Haut- Canada, MM. John-S. McDonald et Foley, pour combattre la politique des conservateurs, et se préparer aux élections générales. Il n'y eût pas de chef reconnu en l'absence de M. Brown, qui était alors malade ; tous paraissaient heureux de son absence des chambres. On voyait le parti modéré McDonald-Sicotte se former i^eu à peu.

Malgi'é cette division, MM. Cartier et John A. McDonald, avaient encore un bon nombre d'adhérents fidèles, des hommes de talent et de i)osition ; parmi enx étaient MM. Cauchon, Langevin, John-H. Cameron, Bnchanan, Turcotte, Chapais, Dunkin, Benjamin et Tassé.

Cette session, commencée par une longue lutte sur l'adresse, fut presque continuellement consacrée à la discussion de la rej^résentation, et à des votes de non-confiance. Ce fut une lutte continuelle entre les partis. Celle de la rex:)résentation était plutôt une question de localité que de partis. On peut dire cependant que les cleargi'its en avaient été les plus ardents promoteurs.

La première discussion de la représentation en rapport avec le chiffre des habitants eut lieu pnr un amendement à l'adresse, i>roposé par M. Fergusson. Il déclara que le Haut-Canada murmurait depuis dix ans contre Tinjustice de la représentation, et espérait que le recensement étant terminé, on rendrait justice à cette province.

M. Foley se montra un des plus chauds i)artisans du principe de la représentation appuyée sur la population. Son discours nous donne une idée de l'agitation du Haut-Canada. Dans son opinion, cette province était aussi désireuse d'obtenir cette réforme qu'elle l'était, en 1854. d'avoir la sécularisation des réserves du clergé. " On a dit, continua-t-il, que les réserves du clergé ne pouvaient jamais être sécularisées, et cette déclaration a conduit à la rébellion de 18-37 et à l'effusion du sang. La même chose arrivera peut-être, si l'on ne fait pas bientôt des conces-

sious sur la représentation. Les Bas-Canadiens disent que jamais, sons aucune considération, ils n'en feront ; les Haut-Canadiens jurent qu'ils obtiendront leur but. Est-il sage de laisser ainsi deux peuples vivre sur un pied d'antagonisme ? Si cela continue, il arrivera le môme état de choses que l'on voit actuellement se produire entre le nord et le sud des Etats-Unis. Je ne veux pas injurier les Bas-Canadiens, mais je tiens à exprimer ma pensée dans un langage ferme. L'opposition a fait tout ce qu'elle a pu pour éviter le conflit qui, j'en prends le ciel à témoin, arrivera inévitablement, si des concessions ne sont pas faites à propos."

M. .Tolin-S. McDonald se montra plus que jamais opposé à un changement dans l'égalité de la représentation. Il fut très-sévère à l'égard de ses amis deargrits : ceux-ci n'avaient gagné qu'à aigrir les membres du Bus-Canada, et les avaient portés à empiéter sur les droits de l'autre province ; ils avaient encore été la cause des dissensions cjui avaient éclaté dans les rangs des libéraux.

M. Loranger défendit avec son éloc[uence ordinaire la cause du Bas-Canada, et s'éleva fortement contre le principe de la représentation appuyée sur le nombre. Il préférerait à la concession de ce principe le rappel de l'Union, et la séparation même de la province avec l'Angleterre. Après plusieurs autres discours, l'amendement Fergusson fut repoussé sur une division de soixante-douze contre trente-huit.

La question de la représentation fut pleinement et sérieusement discutée par tous les partis, lorsque le même Ferguson présenta un projet de

loi, qui modifiait la représentatioli en donnant un membre aux comtés do moins de 15,000 âmes, et deux à ceux de 20,000, etc. Cette mesure ne limitait pas le nombre de députés, et ne prenait pas strictement pour base le chiffre de population.

M. Cartier dans un discours remarquable, montra son inflexible détermination de résister aux prétentions injustes du Haut-Canada. S'appuyant sur des faits, il s'éleva avec son énergie et sa francliise ordinaires, contre le principe du projet de loi. Il démontra que le Haut-Canada n'avait pas droit, sous l'a-cte d'union, de réclamer une plus forte représentation que le Bas-Canada. L'Union avait été accomplie dans la pensée que l'égalité de la représentation serait maintenue. Il ï)rouva que le principe de la représentation basée sur la population était injuste et qu'il n'avait été adopté nulle part. Le ré^'ime constitutionnel de l'Angleterre est le plus ancien et le plus sage qui existe ; chaque lois qu'on y avait changé la représentation, on s'était toujours mis en garde contre la représentation des hommes seulement, on avait tenu compte des intérêts, de la propriété et des classes de la société. Aux Etats-Unis, ce système quoique mis en pratiquejusqu'à un certain point, n'y était pas adopté jusque dans ses conséquences extrêmes ; dans le Sénat, les grands états n'étaient pas plus représentés que les petits, et cependant les sénateurs exerçaient des fonctions administratives. La représentation une fois appuyée sur le nombre, il n'y aurait qu'un pas à faire vers le suffrage universel.

M. Cartier démontra ensuite que l'Union pouvait encore durer plusieurs années, puisqu'elle avait fonctionné dans les commencements,

lorsque le Bas-Canada avait 250,000 âmes de plus que sa province-sœur ; elle pouvait fonctionner lorsque l'excès de la population du Haut sur le Bas-Canada était alors bien moindre en proportion. Il évaluait à 200,000 âmes le surplus delà population du Haut-Canada ; selon lui, 200,000 deargnU ne valaient pas plus que 250,000 âmes du Bas-Canada. 1\ déroula ensuite les avantages que l'Union avait procuré au Haut-Canada; l'achèvement des canaux, l'emprunt municipal, les octrois accordés aux chemins de fer. Les travaux exécutés dans le Haut-Canada y avaient attiré une émigration considérable pendant plusieurs années; mais ce! te immigration devait forcément se ralentir, faute d'esy^ace pour s'y établir commodément ' et alors elle se dirigeait dans le Bas-Canada, où il y avait de grands territoires vacants. Son opinion était C[ue dans cpielques années, le Bas-Canada ne serait i^as inférieur en nombre à l'autre province. Cette dernière ne devrait donc pas se hâter de demander une plus grande représentation. Le Haut-Canada ne pouvait rien faire sans le Bas ; il ne pouvait percevoir les revenus de ses douanes, et avec sa dette municipale, d'autres embarras et le manque d'issue pour l'écoulement de ses ï)roduits, il serait arrêté dans la voie du progrès. Pour conclure, le premier ministre affirma qu'il ne sacrifieroit jamais les droits du Bas-Canada, et que le gouvernement ne concéderait pas la représentation basée sur la population, malgré les efforts de plusieurs députés du Haut-Canada.

M. McDougall, digne adepte de M. Brown, et co-rédacteur du Globe, fit un discours des plus violents ; il traita les Canadiens d'oriû:ine fi'an-

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çaise de race étrangère, fit un appel aux protestants du 3as-Caiiada contro eux et le catholicisme, et menaça le Bas-Canada de l'annexion. Il essaya à prouver, par des chiffres faux et incomplets, que le Haut-Canada avait contribué au revenu public dans une bien plus grande proportion que l'autre province, pendant que ses dépenses nétaient pas plus grandes. Il ajouta que le traité de réciprocité avait été également avantageux aux deux provinces, que les pêcheries ne proiitcraient pas plus au Bas - Canada qu'aux provinces maritimes ; que le Haut- Canada avait l'avantage du sol et du climat, que sa population était plus forte ; enfin, que toutes ces rai.^ons lui donnaient droit à une représentation plus considérable. Le Haut-Canada s'agitera ju.squ'ù ce qu'il l'obtienne, ainsi que le contrôle sur les questions qui le regardent exclusivement. " La représentation basée sur la population, continua-t-il, est un des remèdes qui feront disparai tre les maux actuels. Un autre remède prol)osé est la confédération des provinces ; il n'est pas impossible que nous y parvenions. Il y a encore un autre moyen. Si l'on méprise les justes demandes du Haut-Canada, si le peuple se voit forcé d'en appeler aux hommes d'origine anglaise dans le Bas-Canada, et de s'adresser au parlement impérial pour lui dire que les Haut-Canadiens gémissent sous la domination d'une race étrangère, et d'une religion qui n'est pas la religion de l'empire, il arrivera que le gouvernement impérial, qui a fait l'acte d'union, le changera et fera complète justice. Si à nos maux politiques et aux difficultés commerciales actuelles venait se joindre un refus d'être écoutés

d'elles, il n'y aurait pas d'autre alternative que de i:)orter les yeux vers Washington. Avant de recourir à ces mesures extrêmes, il faut essayer tous les autres. moyens."

M. Cauchon proposa le rejet du projet de loi de M. Furguson ; et parlant avec sa vigueur accoutumée, dit qu'il n'admettait pas de législation possible sur une mesure de ce genre. Il la repoussait parce que le Bas-Canada tout entier la repoussait. Cette province avait le droit de la résistance tout autant que le Haut-Canada avait celui de l'attaque et de l'envahissement. Le Haut- Canada n'aura jamais une représentation plus forte ; ceux qui le demandaient le savaient bien, car cette concession lui donnerait le pouvoir de dominer et d'opprimer, et laisserait au Bas- Canada la perspective du servage, de l'humiliation et de l'infériorité.

M. Rose, dans un discours habile, détruisit par des chiffres exacts les exposés trompeurs de M. McDougall sur les revenus et les dépenses de chaque j)rovince.

Le colonel Playfair, député du Haut-Canada, déclara que la concession de la représentation en rapport avec le chiffre des habitants, serait la ruine de la province, en donnant au Haut-Canada le contrôle sur les affaires du Bas-Canada. M. R. Scott avoua que toute la partie du Haut-Canada, à l'est de Kingston, était contre tout changement dans la représentation ; il portait à 400,000 le nombre des Haut-Canadiens opposés au principe de la mesure. M. Simpson, de Niagara, parla également contre le projet de M. Ferguson.

M. Sydney Smith, maître-général des postes, exposa sa position dans un discours modéré, et

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se déclara franchement pour le principe de la mesure, parce qu'il l'avait promis à ses électeurs, et qu'il était entré dans le cabinet, en 1858, avec la promesse que la question de la représentation serait iine question libre. Il pensait que le recensement une fois terminé, ce serait le t^mps de modifier la représentation. Le Haut-Canada était déterminé à ce que chaque section de hx province fût représentée proportionnellement à la population, afin de se protéger contre les maux, soit imaginaires, soit réels, dont il se croyait menacé. Le peuple s'était uni pour faire triompher ce ï)rinc;pe, qui s'obtiendra par des moyens loyaux et légitimes, par le pouvoir qu'il exercera ?iVix h tt s/ ings, et non par des actes violents, comme on avait voulu le dire. M. Smith reprocha à l'opposition ses appels aux préjugés populaires et ses contradictions sur la question. Il vota pour le projet Ferguson aA'ec M. Sherwood, autre membre du cabinet.

M. John-A. McDonald, procureur-général du Haut-Canada, x^rononça un discours très-habile, plein d'idées larges et de nobles pensées ; c'est un de ses plus grands triomphes oratoires. M. McDonald prit une attitude ferme, attaqua les principes de la mesure de M. Ferguson, et en montra les inconvénients et l'impossibilité. Il déclara qu'il voterait, comme en 1858, contre l'introduction d'une semblable mesure, parce qu'elle était prématurée, qu'elle ne mettait pas de limites au nombre des députés, et qu'il était opposé à la répartition de la représentation d'après la population, principe qui allait conduire nécessairement au suffrage universel. Il était encore opposé à la mesure parce qu'elle ren-

verserait l'Union, qui devait; subsister pour la gloire et la prospérité du Canada. Après avoir développé ces idées, l'orateur prouva que le Haut-Canada n'avait jamais souflert d'injustices, que le gouvernement n'avait jamais négligé ses intérêts. Lorsqu'on demandait aux membres de l'opposition de citer un exemple de domination française, ils ne pouvaient en donner.

M. McDonald dit que le seul plan réalisable qui s'offrait à son esprit comme remède aux maux dont on se plaignait, était la confédération des provinces ; mais cette confédération devait être diltérente de celle des Etats-Unis. On avait dit cpiele ministère Brown-Dorion, lors do sa formation, devait régler la question de la représentation, sur laquelle ils avaient été divisés quelques jours aux)aravant, et cependant ces mêmes membres étaient encore divisés sur la même question. Il déliait les membres de la gauche de former une administration qui aurait la confiance de la majorité de la chambre, s'ils m(îttaient à exécution le principe de la représentation basée sur la population. C'est une question qu'il fallait laisser pour le moment, faire son chemin par son propre mérite.

(Certains membres s'étaient vantés de la majorité qu'ils avaient gagnée dans le Haut-Canada, à la dernière élection, majorité obtenue à l'aide de certaines influences hostiles au gouvernement. " Malgré tout, continua-t-il, je n'hésite pas à dire en face des deux ou trois partis qui se partagent le Haut-Canada, que non-seulement je suis à la tête du parti le plus considérable dans cette chambre, mais encore cjue je commande la plus grande majorité unie dans le Haut-Canada. "

Parlant ensuite du maintien de l'Union, il ajouta : " Qui peut indiquer un seul grief sérieux qui ait surgi de l'union V Pour ma part, je suis surpris qu'elle ait si merveilleusement fonctionné. Quand on considère que, lors de l'Union, le pays était déchiré par des dissensions intestines, que le Haut-Canada succombait sous le poids de sa dette, et que maintenant, grâce à l'Union, la province jouit du meilleur crédit du monde après celui de la Grrande-Bretagne, voudrions-nous consentir à la dissolution de cette union, parce que le Haut-Canada a une population d'environ un dixième de plus que celle du Bas-Canada ?

" Si par malheur nous devions avoir la dissolution de l'Union, l'on ne pourrait pasjustement espérer que le Canada central restât lié au Haut- Canada. La vallée de l'Oulaouais et la partie à l'est de Kingston sont liées au Bas-Canada par leur commerce et leur prospérité, Montréal et Québec sont leur marché. Le Haut-Canada se verra alors contraint d'abandonner cette vaste et productive partie du pays, qui donnera une prépondérance au Bas-Canada. Tel sera le résultat de cet appel à la dissolution. "

Le courage que montra M. McDonald dans son discours, sa franchise et sa fermeté firent une impression profonde dans la chambre. Les adversaires furent surtout frappés de ses idées sur le Canada central.

Plusieurs autres bons discours, favorables au maintien de l'égalité représentative, furent prononcés par MM. Langevin, Sicotte, Dunkin, Chapais, Gralt, Turcotte et Laberge ; ils défendirent tous avec talent la cause du Bns-Canada.

D'nu autre côté, MM. Wilson, Benjamin, John- H. Cameron, Daly, etc., prirent la cause du Haut- Canada, et invoquèrent en sa ftiveur la concession d'un surplus de représentants.

Après une discus.sion animée de plusieurs l'ours, le projet de M. Ferguson fut repoussé à majorité de dix-huit voix (67-49). Tous les députés du Bas-Canada, M. Somerville excepté, s'opposèrent à tout changement dans la représentation ; les députés anglais, dans une conduite bien digne d'éloge, s'unirent aux membres d'origine française. Leur conduite contrastait avec les journaux de Montréal, la Gazette et VAdvertiser, qui demandaient de céder aux sollicitations des Haut-Canadiens

Si quarante-huit députés du Haut-Canada avaient appuyé de leur vote le changement demandé dans la représentation, douze avaient pris la cause de la justice en s'y opposant. Parmi eux, MM. John-A.' McDonald, Buchanan, Scott et les autres députés du Canada central ; ces derniers sympathisaient avec le Bas-Canada, parce que les intérêts de leurs constituants étaient attachés à cette section de la province, et que la rupture des relations porterait un coup mortel à leur commerce et à leur industrie. 11 faut dire qu'une portion assez considérable de la population du Haut-Canada était encore opposée au changement demandé ; en outre, plusieurs journaux, le Leader de Toronto, le S/iectator d'Hamilton, trouvaient c[ue le cri poussé par la majorité du Haut-Canada était prématuré Plusieurs partisans ministériels, deux ministres mêmes, avaient voté, il est vrai, pour la concession d'un surplus de représentants en faveur du Haut-Canada,

paice qu'ils s'étaient ena-agés envers leurs électeurs ou qu'ils avaient été entraînés par le mouvement de la majorité de la population ; mais ils s'étaient montrés modérés, et plusieurs auraient préféré que la question n'eût pas été alors soulevée.

Il est certain que la plupart des cleargrits, en demandant un rhangement dans la représentation, avaient un autre but que celui qu'ils semblaient poursuivre ; car ils savaient très-bien que les députés du Bas-Canada ne leur feraient jamais cette concession. Leur but réel était de créer de l'agitation, capter les bonnes grâces des électeurs abusés. Nous en avons une preuve dons ral)andon de leurs principes pour la double majorité, lorsqu'ils montèrent au pouvoir en 1802. Aussi, MM. McDougall, Mowat et Foley n'avaient cessé, dans la discussion, de faire appel au fonatisme et aux préjugés populaires, de proférer des menaces, enfin de répéter ce que le Glohc avait écrit tous les jours, depuis plusieurs années, à l'adresse des catholiques. Les adversaires de la mesure, MM. Cartier, John-A. McDonald, Langevin, Chapais et Dunkin, grâce à la logique rigoureuse de leurs arguments, soutenus par des faits et des calculs exacts, renversèrent facilement cet échafaudage de raisonnement inspirés ]5ar le lanatisme religieux ; ils iirent voir en même temps, daiis son véritable jour, la position politique des deux provinces, démontrèrent l'impossibilité du système de la représentation d'après le nombre, prouvèrent l'avantage du maintien de l'Union avec la représentation égale.

On x>eut donc dire que le résultat de ladiscus-

sion fut une victoire pour la, cause tlu Bas-Canada. Presque tous les hommes marquants avaient contribué à cet heureux ellet, par le concours de leurs talents et de leur énergie ; l'unanimité des membres du Bas-Canada dût l'aire voir une fois de i^lus aux agitateurs du Haut-Canada, combien ils retrouvaient d'union et de force pour défendre leur cause. L'égalité de la représentation ou la dissolution de l'union, tel fut leur mot d'ordre. Ils avaient des droits égaux au Haut-Canada, et ils étaient décidés à les sauvegarder. Hs neï)OUvaient donc les livrer à une majorité c{ui pourrait les proscrire i:)ar des mesures arbitraires ; les concessions sur ce point pouvaient conduire au suicide national. Ils n'avaient pas demandé l'Union, ils n'avaient pas créé les difficultés actuelles, ni dépassé les limites de la justice. D'un autre côté, ils ne voulaient pas tenir le Haut-Canada dans une condition d'infériorité, ils ne désiraient c|ue l'égalité pour tous.

Lorsqu'en'1841, l'Union fut consommée l'égalité de la représentation avait été décrétée, c[Uoic|ue le Bas-Canada eût alors 200,000 âmes de plus que le Haut. A la vue de cette inégalité, les membres du Bas-Canada s'étaient contentés alors de protester, sans chercher à exciter les passions du peuple. Plus tard, cj^uelques députés du Bas- Canada, voulant profiter d'un léger excédant de la population de cette province sur celle du Haut- Canada, invoquèrent le principe de la rej^résentation en ra]~)port avec la population ; mais pas un membre haut-canadien ne les approuva, et tous les députés du Bas-Canada, à l'exception de trois, imitèrent cet exemple, quoique les deux provinces eussent alors une population presc^ue

égale. On consacra alors le principe de l'égalité de la représentation, comme essentiel au fonctionnement de la constitution. Nous ajoutons, avec le savant rédacteur du Journal de Québec, que l'égalité fut proclamée, ou plutôt le principe fédéral fut établi dans la constitution pour la protection du Haut-Canada. Si, en 1861, les majorités étaient déplacées, le principe restait le même, car il existait toujours une minorité à i:)rotéger contre l'enA'ahissement et l'oppression.

G-râce à l'esprit d'union entre tous lesdéxoutés du Bas-Canada, grâce au concours loyal de plusieurs membres du Haut-Canada, le projet de M. Fergusou combiné dans un but hostile, vint donc échouer devant le parlement. Il lallait, cei^endant. tôt ou tard faire quelque concession à la demande du Haut-Canada, qui prenait chaque jour une plus grande importance, et gagnait de plus en plus du terrain. Cotte concession ne pouvait avoir lieu sans un changement de constitution. La nécessité d'etiéctuer une confédération des provinces, invoquée par plusieurs membres marquants, devenait déplus en plus évidente ; elle allait bientôt régler les diiîiiultés existantes, en donnant satisfaction aux deux parties.

L'opposition multiplia ses votes de non-confiance dans l'administration. Son but était d'embarrasser les ministres, d'affaiblir leur iniluence en vue des prochaines élections. Cette manière d'agir, qui ressemblait à de la taquinerie, nuisait plutôt à la cause des libéraux, et contrastait avec la conduite qu'avait tenue de 1844 à 1848 l'opposition libérale à la tète de laquelle étaient MM. LaFontaine et Baldwin, et qui avait laissé de si srlorieux souvenirs.

1861] Sm EDMUND HEAD. 415

L'opposition essaya ses forces sur une motion, que présenta M. Notman, et par laquelle il censurait l'occupation d'un siège dans le cabinet par M. J.-C. Morî'ison, sans un mandat du peuple. M. Morrison avait accepté le portefeuille de solliciteur-général du Haut-Canada ; il n'avait pu se faire élire aux élections de 1858, et il venait d'essuyer une récente défaite dans le comté de Grey. Il avait cependant offert sa démission, que le cabinet avait refusé d'accepter. MM. Dorion, McGree, Sicotte et autres étaient d'avis que c'était violer la constitution que de conserver un portefeuille sans être élu, et que cette conduite était contraire aux principes du gouvernement responsable.

Les ministres citèrent des précédents analogues au cas de M. Morrison, celui de Sir Eobert Peel entre autres. Nous devons dire que la présence dans le cabinet d'un ministre non élu, quoicju'elle ne soit pas contraire à la constitution, ne devrait pas se prolonger longtemps, ni se répéter souvent ; l'usage constitutionnel l'exigeait. Nous avons blâmer la conduite de M. Viger, qui resta dix-huit mois premier ministre sans posséder un siège dans la législature. Une majorité de onze voix approuva la conduite du ministère dans cette circonstance.

M. Sicotte proposa une autre motion tendant à déclarer que la chambre était alarmée de voir l'excédant considérable des dépenses sur les revenus, et que ces dépenses devraient être diminuées, de manière à équilibrer le budget. Cette motion, rejetée à une majorité de neuf voix, réunit le plus grand nombre de députés contre l'administration pendant cette session.

416 Sm EDMUND HEAD. [1861

Le ministère Cartier-McDonald soutint encore une forte lutte, lorsque M. Dorion proposa un nouveau vote de non-confiance, pour le censurer d'avoir prêté au Grand-Tronc, sans l'autorisation de la législature, diverses sommes au montant de $688,163 ; il blâmait particulièrement l'administration d'avoir avancé sur une lettre de change de la banque du TImd-Canada, tirée sur la compagnie du. Grand-ïronc, une somme de ^486,666. qui n'avait pas été payée à son échéance. Les libéraux considéraient cette conduite contraire à la constitution, et comme une violation des droits populaires. Ils s'emparèrent de cette question surtout pour faire du capital i^olitique dans les élections prochaines.

Les ministres avouèrent n'avoir réellement avancé de toutes ces sommes que $120,000, dans l'hiver de 1861, afin d'aider la comi>agnie à se retirer d'une grande difficulté pécuniaire. C'est la déclaiation que firent MM. Cartier et Galt.

Cette pratique de faire des avances sans le consentement de la législature, était contraire aux principes du gouvernement représentatif; elle ne pouvait s'exercer que dans des cas absolument incontrôlables, et qui ne souffraient aucun délai. Il faut remarquer que la même chose se praticjue dans les autres gouvernements constitutionnels. Lorsqu'une administration fait des dépenses urgentes sous sa responsabilité, ces dépenses sont, à la session suivante, soumises au vote des re^îrésentants, c[ui les approuvent ou les condamnent. Dans le dernier cas, la motion est considérée comme un vote de non-confiance.

La législature vota $20,000 pour établir un asile des aliénés à Saint- Jean, $50,000 pour les

1861] SIR EDMUND HEAt» 411

chemins de Matapédiar, de Graspé et antres, à part l'allocation ordinaire de $100,000 ponr les chemins de colonisation ; aussi nne somme de 105,000 i:iour la téparation des cananx canadiens.

Les lois criminelles furent modifiées en plusieurs points importants. L'acte de 1849, concernant l'arrestation et l'extradition des délincjuants des Etats-Unis, fut aussi amendé. Les actes municipaux des deux provinces reçurent encore des modifications importantes.

Plusieurs antres projets de loi du ministère furent discutés, mais ils ne devinrent pas loi. Jj'un, présenté par M. Cartier, restreignait le droit d'appel au Conseil Privé, en ne le permettant que dans les causes où les jugements des cours inférieures et du banc de la reine auraient été diflérents. Il échoua au conseil législatif Un deuxième projet de loi, préparé par M. John-A. McDonald, concernait les banqueroutiers, dans le Haut -Canada. M. McDonald avait cru se rendre aux désirs de la population et même des cleargrits, qui demandaient depuis longtemps une semblable loi. Ces derniers, cependant, la repoussèrent à sa troisième lecture, d'abord par esprit de parti, j)arce qu'elle émanait du pouvoir, ensuite par 'e qu'elle contenait quelc^ues clauses cju'ils n'approuvaient pas. La majorité des députés vota sa troisième lecture ; cependant M. McDonald l'abandonna, parce que c|uelques voix de plus que la moitié des députés Haut-Canadiens demandèrent son rejet à six mois. *

Un autre projet de loi concernant les jurés dans la province ouest, fut abandonné, après avoir été adopté par l'assemblée législative. Les

députés discutèrent aussi la question de l'usure sans qu'ils pussent s'entendre à fixer le taux de. l'intérêt.

C'est pendant cette session que la banque Jacques- Cartier QÏ celle des iJfo/c/jfmf/s furent incorporées. Quelques compagnies de chemins de fer reçurent des chartes ; celle du chemin de Drummondet Arthabaska, celle du chemin de jonction de Montréal et Yermont ; enfin, celle du chemin à passagers de la cité de Montréal.

Plusieurs maisons de haute éducation furent aussi incorporées ; le collège Morrin, fondé à Québec par le testament du Dr Morrin, et le couvent de Jésus-Marie à Saint- Joseph de Lévis. Les libéraux du Haut-Canada, au nombre de vingt-huit, votèrent contre le couvent de Lévis, tandis que MM. John-A. McDonald, Cameron et autres conservateurs votèrent en sa faveur.

On peut dire qu'en fait de législation, cette session, close le 18 mai, fut à peu près nulle. Le temps fut presque tout employé à des discussions stériles sur la représentation, sur les motions de non-confiance et sur les projets ministériels.

Les élections générales se firent peu après la prorogation des chambres. Une proclamation en date du 10 juin 1861, mit fin au sixième parlement, et les brefs électoraux sortirent immédiatement.

La lutte entre les conservateurs et les libéraux fut vive ; elle ne fut cependant pas accompagnée des désordres, ni de cette coiTuption qu'on vit dans les élections de 1857. Le proframme des conservateurs fut la continuation de la confiance accordée aux membres du ministère Cartier- McDonald. Leur politique sur la question de la

représentation était connue ; ils voulaient maintenir l'égalité. Ils aitendaient aussi l'action des provinces maritimes i:)Our établir la confédération. Il leur restait peu de questions à régler, après avoir accompli les grandes réfoimcs du programme de l'ancien parti libéral,

Les libéraux n'avaient pas de programme, ou plutôt leur tactique fut de condamner l'administration dans ses principaux actes ; les aA^ances en argent laites au Grand Tronc, l'augmentation de la dette publique, l'emploi des deniers sans l'autorisation de la législature, la présence de MM. Morrison et Ross dans le cabinet, le premier parce qu'il n'avait pas do mandat du peuple, le second parce qu'il était président de la compagnie du Grrand-Tronc ; enlin l'abandon du système do la double majorité, cause do l'agitation qui régnait dans le Haut-Canada.

M. tSicotte se posa comme le chef de l'opposition dans le Bas-Canada, et remplaça M. Dorion, dont l'alliance avec M llrown avait brisé la popularité. Le nouveau chef forma un parti composé des démocrates et des hommes modérés, tels que MM. Loranger et Drummond, adversaires des ministres. Il prévoyait la formation d'une alliance avec les libéraux modérés du Haut-Canada, M. J.-S. McDonald, Foley, etc., afin de parvenir au pouvoir; mais il refusait toute liaison avec M. Brown.

Dans une lettre qu'il adressa aux électeurs de quelques comtés du district de Montréal, M. Sicotte énuméra les griefs de l'opposition contre les conservateurs, dénonça ces derniers comme violateurs de la constitution, corrupteurs indignes de la confiance du peuple, et conclut qu'il fallait

les chasser du pouvoir. Il se prononça encore en faveur de la double majorité

La lutte électorale avait commencé un peu auparavant, par l'élection de deux conseillers législatifs dans les divisions de Montarville et de Stadacona. Malgré les efforts suprêmes des libéraux, les candidats ministériels, MM. Lacoste et Baby, triomphèrent sur MM. Ivierskowski et Fournior. Les libéraux, sans avoir la victoire, furent plus heureux dans l'élection des membres, et gagnèrent quelques comtés de jïIus qu'à l'élection de 1857. Ils perdirent, cependant, leur ancien chef, M. A -A. Dorion, qui fut défait, par M. Cartier dans Montréal-Est et plusieurs autres membres importants, entre autres, MM, Thibaudeau et Lemieux. M. Laberge ne crut pas devoir briguer de nouveau les suifrages du peuple. D'un autre côté, les conservateurs firent des pertes sensibles dans les personnes du solli- (4teur-géuéral Morin, de MM. Dunkin, Campbell, Ouimet et Louis Archambault.

Dans le Haut-Canada, le verdict du peuple fut plus favorable au ministère et à sa politique qu'aux élections précédentes. Les deux partis étaient de force égale. M. Brown fut défait à Toronto même, où il avait défié ses adversaires. Cette perte fut balancée par la défaite de MM. Sidney Smith et Gowan, conservateurs (i).

(1) Liste des déput's élus aux élections générales dt- 18G1 :

A rgenteuil .Jolin-.J.-C. Abbott

Bagot , Maurice Laframboise.

Beauce Henri-Elzéar Taschereaii.

Beauharnois Paul Denis.

Bellechasse Ed. Rémillard.

Bertbier Piene-Eustache Dostaler.

Bonaventuic Théodore Robitaille.

Comme on le voit, le peuple refusa son mandat à plusieurs membres qui avaient vieilli dans la politique, et les remplaça par des hommes nouveaux. Parmi ces derniers on remarquait MM. .Toly, A. Mackenzie, Blanchet. Cockburn, Taschereau, de Cases, de Boucherville et Labrèche- Viger. MM. Smith, Morin et Dunkin se firent élirent avant la session de 1862. M, Smith siégea au conseil législatif.

En somme, le résultat des élections de 1861,

l>nmt (Est) .John-Young Bown.

Biaut (Oue.^ti William Ryerson.

lîrock ville . . lion G eorge Sherwood.

Rronio Moses Swott.

Caiieton William-Frederick Powell.

Chambly Chas. Boiicher de Boucherville.

Cliamplain John-.Jones Ross.

Cliarlevoix Adolphe Gagnon.

Chateaiignay Henry Starnes.

C'Iiicoulimi et S;i,gucuay Uavid-Ed. Price.

(Jom ptou John-Henry Pope .

Cornwall . ... .... Hon. Joha-S, McDonald.

Deux-Montag-Des J.-B. Daoust.

Dorcliester Ilector-L. LangeAin.

Urummond et Avthabaska J.-B.-Eric Dorion.

Dandas John.Sylvester Ross.

Dnrham (Est) John-Shuter Smith.

Dnrham (Ouest) Henry Munro.

Elgin (l*]st) Leonidas Burwoll.

Elgiu (Ouest) , George Macbeth.

Essex Arthur Rankin.

Frontenac , .]ames Morton.

Gaspé .John LeBoutillier.

Glengany Donald-A McDonald.

Grenville William Patrick.

Grey George Jackson.

Haldimaiid Micha;^! Harcourt.

Halton John White.

Hamilton Isaac Buchanan.

Hasting (Noid) George Benjamin.

Uasting (Sud) Lewis Wallliridge.

llochclaga Jos-Paschal Folkner.

Uuntingdon R.-B. Somerville.

fut favorable aux conservateurs, et procura au ministère Cartier-McDonald une majorité de partisans dans les deux Canadas. Nous remarquons qu'à peu d'exceptions près, tous les grands centres de population élirent les candidats conservateurs.

Les cleargrits avaient donc prédit en vain à M. John-A. McDonald une chute humiliante. Cet homme d'état était plus populaire que jamais parmi ses compatriotes. Il en était de même du

Huron et Bnin^ James Dickson.

Iberville Alexaidre Dnfresue.

Jacques-Cartier François-Z. Tassé

Juliette Fosepli-H. Jobin.

Kamoura.'îka .Jean-Charles Chapais.

Kent.. Archibald McKellar.

Kingston L'bon. J.A. McDonald.

Lambton Alexandcr Mackcnzie.

Lanark (Nord) Robert Bell

Lanark (Sud) Alexandcr Morris.

Laprairie L'hon. T.-J.-J. Loranj^cr.

L'Assomption Alexandre Arcliambault.

Laval Pierre Labelle.

Lennox et Atldington

Lecds et Grcnvilb; (Nord) Francis Jones

Leeds (Sud) B -rjamin Tett.

Lincoln Jolin Chas. Rykert.

L'Islet Cliarles François Fonrnier

Lévis .Jose|h-Goderic Blancbet.

London John Carling.

Lotbinière Henry-Gustave Joly

Maskinongé George Carou.

Megan tic , Noël Hébert.

Middlesex (Est) Maurice-B. Portman.

Middlesex (Ouest) John Scatcherd.

Missisquoi James O'Halloran.

Montcalm Jean-Louis Martin.

Montmagny .Josepli-0. Beaubien.

Montmorency L'bon. Joseph Cauchon

Montréal ( ouest) Thomas Darcy McGee,

" (centre) Hon. John Rose.

" (est) L'hon. Gt orge-Etienne Cartier.

Napierville , Jacques-0. Bureau.

premier ministre, M. Cartier. La majorité des Caiiadioiis crut que le parti libéral-conservateur leur présentait plus de garanties ; elle lui continua sa confiance, malgTé certaines fautes qu'elle eut à lui rejjroclier. Aussi quel est le gouvernement qui n'a pas laissé c[uelques actes repréliensibles après autant d'années d'existence ?

C'était un fait remarquable, que la défaite de MM. Brown, Dorion, Lemieiix et Thibaudeau. Elle était une condamnation entière de la poli- Niagara John Simpson.

Nicolct Joseph Gaudct.

Norfolk Aqnila Walsh.

Northumbeiland (Est) Jas.-Lyon Biggar-

Northumberland (Ouest) James Coclcburn.

Ontario (Nord^ Mathew-C. Cameron.

Ontario (Sud) Hon. Oliver Mowat.

Outaoïiais (cité) Richard- Wm Scott.

Outaouais (comté) Wm.-McDoneil Davidson.

Oxford (Nord) William McDougall.

Oxford (Sud) S. Connor.

Peel Hon. John-Hillvard Cameron,

Perth Hon. Michael-H. Foley.

Peter borough Frederick- Wm. Haultain.

Pontiac John Poupore.

Portneuf Jean-Docile Brousseau.

Prescott Heiuy-W. MeCann.

Prince-Edonard Willim Anderson.

Québec (est) Pierre -Gabriel Huot.

" (centre) G -H. Simard.

" (ouest) L'hon. Charles Alleyn.

Québec (comté) François Evanturol.

ilerfrew Daniel McLachlin.

Ilichmond et Wolfo Charles de Cases.

Richelieu Joseph Beaudreau.

llimouski George Sylvain.

Rouville L'hon. L.-T. Drummond.

Russell Robert Bell.

Saint-Hyacinthe L'hon L.-V. Sicotte.

Saint-Jean François Bourassa.

Saint-Maurice L.-L.-L. Desaulniers.

Shefford Lucius-S. Hunlington.

Sherbrooke L'hon. Alexander-T. Galt.

424 Sm EDMUND HE AD. [1861

tique qui avait présidé à la fonnatiou de leur ministère passager de 1858. La défaite de M. Dorion était une perte sensible pour la chambre, et surtout pour son parti. Mais persoime ne regretta celle de M. Brown ; tous libéraux comme conservateurs, en parurent contents. On pouvait regarder comme une grande victoire la chute de cet agitateur qui, depuis 1854, commandait au moyen du fanatisme à la moitié de la population haut - canadienne. Elle permit aux libéraux

Simcoe (Nord) Angus Moni.son

Simcoe (Sud) 'l'.-H. Ferpuscn.

Soulangcs Jean-Bte.-J. Prévost.

Stanstead Allert Kniglit.

Stormont Samuel Ault.

Témiscouata Jlichel-W Baliy.

Tfireljonne Louis-Lai iiccIr* Viger.

Trois-Rivières .Joseph-Ed. Turcolte.

Toronto (ouest) TclinB Robinson.

" (est) John Craw ford.

Vaudreuil Jcan-Bte Mongenais.

VercLèrt-s Al x -Ed. Kierkows-ki

Victoria James-W. Dnnsford.

Waterloo Nord) lion. M.-H.Fol.y.

Waterloo (.Sud) James '. 'ownn.

Welland 'i liomas-CIark Str. et

Wellington (Nonl) William Claike.

AVellington (Sud) David Stinon.

Wenlwortli (Nord) William Notman.

Wentworth (Sud) Joseph Eymal.

Yamaska Moyse Fortier.

Yoik (Nord) Adam Wilson

York (Est) A mos Wright.

York (Ouest) Wm.-P. Howland.

Avant la session 1862, les changements suivants furent faits : M. Morin (Laval), élu à la place de M. Labelle ; M. .Joseph Dufresue cMontcalm), élu à a place de M. Martin, décédé, M. Dunkin (Brome), élu à la place de M. Sweet

L'élection de M. Eankin Essex) fut déc'arée nulle, M O'Connor fut élu à sa place. En 1863, M Macbeth céda son maudat à M. Scohle, déclaré élu, et M. Ki:rskowski, à M. C.-F. Painchaud.

d'organiser leur parti sur de nouvelles bases, d'adopter un programme plus conciliant, et d'amener un rapprochement entre les libéraux modérés des deux provinces.

Le mouvement littéraire, inauguré en 1861, par l'apparition des Soirées Canadiennes, fait époque dans notre histoire. La collaboration de ce nouveau recueil de littérature nationale fut confiée à nos écrivains les plus distingués, MM. Parent, Ferland, Taché, Lajoie, Casgrain, LaRue, Crémazie, etc. Un deuxième recueil du même genre, le Foyer Canadien, parut en 1863, et eut presque tous les même collaborateurs. Le but des écrivains était de soustraire à l'oubli les légendes canadiennes, de recueillir les morceaux littéraires publiés dex^uis plusieurs années, enfin de continuer l'œuvre commencée par la publication du Répertoire National. Ces deux recueils cessèrent de paraître après avoir enrichi notre littérature d'une douzaine de volumes La Revue Canadienne, fondée à Montréal en 1864, a depuis paru sans interruption, et a contribué pour une bonne part à entretenir la vie littéraire.

Ces divers recueils contiennent plusieurs ouvrages de mérite. Nous mentionnons dans les Soirées Canadiennes, les Trois Légendes de mon Pays et les Forestiers et Voj/ageurs, par M. Taché ; La Jongleuse par l'abbé Casgrain ; le Voyage autour de C île d'Orléans, jparleDr. Laitue ; Judeet Grazia, par M. Fiset ; Jean Rivard, par M. Gérin-Lajoie.

Dans le Foyer Canadien, on remarque la Vie de Mgr Piessis, par l'abbé Ferland ; les Lectures de M. Parent, diverses poésies de MM. Crémazie, Fréchette, Lemay, etc.

La Revue Canadienne nous a donné le roman

de M. de Boticherville, Une de perdue et deux de trouvées ; le Voyage cm Mexique, par M. Faucher de Saint-Maurice ; Jacques et Marie, par M Bourassa, etc.

A part ces recueils, plusieurs ouvrages de grand mérite parurent dans le même temps. Nous mentionnons avec plaisir les Ancie?is Canadiens, ouvrage dû à la plume de M. de Gaspé, et dans lequel l'auteur décrit les mœurs de nos ancêtres ; la Vie de la mère Marie de rincarnation, par l'abbé Casgrain, cjui est une de nos meilleures productions littéraires ; le Cours dliistoire du Canada, par l'abbé Ferland, magnifique ouvrage resté inachevé par la mort de son auteur. Deux jeunes poètes du plus grand avenir, MM. Fréchette et Lcmay, publièrent chacun un volume contenant la plus grande partie de leurs poésies.

Quelques Canadiens se sont encore signalés comme naturalistes, et ont cultivé avec bonheur les sciences naturelles : M. J.-M. Lemoine et les abbés Provencher et Brunet nous ont donné d'excellents ouvrages sur la flore canadienne, l'ornitologie, etc.

Avec l'apparition de nos recueils littéraires, les lettres prirent un nouvel essor. Un plus grand nombre d'hommes instruits se mirent à cultiver avec plus d'ardeur les champs de la science et de l'histoire ; plusieurs jeunes littérateurs ont surgi comme par enchantement, et nous ont donné des ouvrages très-appréciés. Le progrès cj[ui s'est fait dans la littératune canadienne depuis les premiers essais publiés dans le Répertoire National est donc immense. Le Canada français possède des écrivains sérieux, formés par de fortes études, par un travail cons-

tant. Il a des si)écialités dans la littérature, l'histoire et les sciences.

Le Canada a aussi ses artistes; la peinture et la musique comptent de beaux talents dans MM. riamondon, Hamel, Bourassa, Gragnon, etc. Il a encore fourni à l'Europe quelques artistes, entre autres M. le chevalier Falardeau, renommé dans la peinture, et Mlle Emma Lajeunesse, cantatrice aujourd'hui très-distinguée.

La presse française fit aussi des progrès étonnants : elle comptait, en 1865, seize journaux politiques, et en outre huit publications périodiqiies sur les sciences, la littérature, etc. Plusieurs de ces journaux sont devenus quotidiens. Parmi les feuilles fondées dans les dernières années, on remarc|ue le Courrier du CmKula (185*7), rédigé par MM. Taché et Langevin ; L'Ordre (1858), rédigé par M. Joseph Royal ; le Franco- Canadien, rédigé par M. Labcrge ; la Gazette de Sorel (185Y), établie par M. G-.-I. Barthe ; I.'. Journal des Trois-Fdvières (1865) ; L'Evénement (186*7), publié et rédigé par M. Fa})re ; le Nouveau 3Ionde (1867).

Un premier journal illustré, L Opinion Publique, a été fondé en 1870, par MM. Desbarats, Mousseau et L.-O. David. Les quinze mille abonnés que compte cette feuille sont une preuve éclatante de son mérite. C'est un succès sans précédent dans notre jeune pays ; c'est encore une preuve que notre population prend le goût de la lecture, et aime de plus en plus à s'instruire.

Au nombre des divers instituts fondés dans le Bas-Canada, est V Institut Canadien- Français de Montréal (1858). Un certain nombre de membres de l'ancien Institut Canadien l'abandonnèrent pour

fonder cette nouvelle société littéraire. Cette scission s'opéra au sein du vieil Institut Canadien, parce que, ayant été fondé dans un but catholique et national, il avait failli à sa noble mission ; il fut dénoncé par les autorités religieuses comme étant une institution qui permettait des discussions et des discours contraires à la morale, et possédait dans sa bibliothèque des ouvrages immoraux et irréligieux. UInstitut Canadien se trouva dès lors en guerre ouverte avec l'autorité e -clésiastique.

Le 25 octobre 1861, Sir Edmund Head remit les rênes de l'administration du Canada à son successeur, le vicomte Monck. Il avait succédé à Lord Elgin, au mois de décembre 1854. Cet homme d'état, remarc^uable sous plusieurs rap- ])orts, ne laissa pas parmi la population canadienne de souvenirs agi'cables comme Lord Elgin et môme Sir Charles Metcalfe, ses prédécesseurs. Dans sa carrière administrative. Sir Edmund suivit en tous points les règles du gouvernement constitutionnel, et se conforma aux vœux exprimés par ses conseillers qui jouissaient de la confiance publique.

Cette administration se fait remarquer d'abord par plusieurs actes législatifs, au nombre desquels se trouvent la décentralisation judiciaire, la codification des lois civiles du Bas-Canada, la refonte des statuts provinciaux et le rachat définitif de la tenure seigneuriale ; ensuite par l'extension rapide des relations commerciales plus fréquentes entre les grands centres de la province et les peuples étrangers, l'endant cette période, plus des deux-tiers des chemins de fer furent construits et terminés, (le Grand-Tronc, le

1861] Sm EDMUND HEAD. 429

G reat Western et le Northern). L-à navigation du Saint-Lanrent et de ses tributaires fut améliorée ; des relations commerciales s'établirent avec la France et plusieurs autres pays ; depuis le traité de réciprocité, les transactions entre le Canada et les Etats-Unis furent presque doublées. Le commerce de bois surtout devint plus considérable ; il atteignait déjà ^0,5'72,000. Les industries et l'agriculture linMit des j^rogrès marqués, et la colonisation se vit développée par la construction de seize cents milles do routes ouvertes dans la forêt.

Déjà en 18G1, le revenu annuel dépassait $4,500,000 ; d'un autre côté, la dette publique, augmentée par les chemins de fer, le fonds municipal, etc., atteignait le chiffre de $58,000,000. Le recensement de la province, fait cette même année, donnait 2,506,000 âmes, dont 880,000 étaient d'origine française. L'instruction public[ue se répandait de plus en plus ; plusieurs maisons de haute éducation et trois écoles normales furent fondées, ainsi qu'un grand nombre d'institutions charitables, d'hôpitaux, d'asiles pour les aliénés, d'écoles de réforme, etc.

Cet état démontre suffisamment c[ue, grâce à la politique éclairée du gouvernement, le Canada avait continué sa marche rapide dans la voie du progrès et de la prospérité.

OUAFRIEME PARTIii

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