‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. -- (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · ADMINISTRATION DE SIR EDMUNDHEAD · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE SIR EDMUNDHEAD

(Suite.)

MINieîTÈIlE MC1)0NAI>D-CAUTIEK, 18ot. — MINIS- TÈRE BROWN-DOKION, 1858.

Voyage de Sir Eilimiml Hoad en AiiL^loteire. — Retraite de iM. 'J'aché, dissolution du miuislère Taclié-iSIeDonakl. — Formation du ministère MeDonald-C^artier, refus de M. Dorion d'entrer dans le eabinet. — Observation sur le nouveau cabinet. — Elections gémeralcs de 1.S57 -58, le ministère en minorité dans le Haut-Canada. — Triomphe de M. Cieori;e Brown, et des cleargrils. — Ouverture de la ses;,ion de 1858. — Déliais sur l'adresse, amendements concernant le tarif, la représentation rejiartie d'après In population, etc. — Lois des élections amendées, enregistrement des voteurs. — Encouragement accordé aux pêcheries, détails sur cette industrie. — Modification des lois de judicature du l^as-Canada, refonte des lois du jury et des lois municipales du Haut-Canada, etc. — Tarif, allocations publiques, loi concernant l'intérêt. — Discussion sur la double majorité. — Le ministère McDonald-Cartier battu sur la question de la capitale. — Ministère Brown-Dorion. — Sa défaite, remarque sur les principes de sa politique.

Après la session de 185Y, Sir Edmniid Head parti pour un voyage de quatre mois en Angleterre. Pendant son absence, le général Eyre, commandant des forces, agit comme administrateur de la province. Peu après le retour du gouverneur, les ministres avisèrent Son Excellence de dissoudre les chambres.

Le colonel Taché i^rofita de cette occasion' pour laisser la politique active. Il était fatigué de sa carrière administrative, qui avait duré dix années consécutives. Appelé, en 1848, à entrer dans le ministère LaFontaine, il avait fait partie de tous

les différents cabinets, ayant occupé successivement les portefeuilles de commissaire des travaux publics, de receveur-général, et en dernier lieu celui de commissaire des terres de la couronne. M. Taché comptait encore trois années de service dans l'armée régulière, lors de la guerre de 1812 ; il avait été aussi vingt mois adjudant-général de la milice. Après une carrière si bien remplie, il avait le droit de retourner à la vie i^rivée, pour y chercher un refuge contre les ennuis de la j)olitique.

En se retirant du cabinet, le colonel Taché emporta les regrets de ses collègues et des chefs de tous les partis. Nul homme ne s'était montré plus loyal, plus modéré, ni plus patriotique. Il continua à siéger au conseil législatif jusqu'à sa mort. Dans une visite en Angleterre, en 1858, il fut créé chevalier, en reconnaissance des services qu'il avait rendus. Deux ans jilus tard, Sir Etienne fut nommé aide-de-camp de Sa Majesté, avec le grade de colonel dans l'armée régulière, de concert avec Sir Allan McNab. Il accompagna en cette qualité le Prince de Galles dans sa visite au Canada. Sir Etienne-P. Taché n'était pas encore rendu à la fin de sa carrière politique ; nous verrons plus tard le gouverneur l'appeler, dans une circonstance critique, à devenir une dernière fois le chef du cabinet.

Son ancien collègue. Sir Allan McNab fit en même temps ses adieux à la politique, pendant que son disciple, M. John- A. McDonald, parvenait au sommet du pouvoir. Cet homme d'état, si diversement jugé, s'était constamment dévoué aux intérêts de son parti, \q Family Compact. Il avait lïoussé la loyauté envers la métroi:>ole jusqu'au

fanatisme, jusqu'à se permettre des actes repréhensibles. Comme nous l'avons vu précédemment, il finit par modérer ses opinions, par se soumettre aux progrès du temps et à la volonté populaire. Il accepta la responsabilité ministérielle, dont il avait été le redoutable adversaire, et vota la sécularisation des réserves du clergé. On se rappelle qu'il était premier ministre, lorsque, cette dernière question fut réglée. Déjà créé chevalier après les troubles de 1837-38, Sir Allan fut élevé à la dignité de baronet. En 1860, il fut élu conseiller législatif, et deux ans après les membres du conseil le choisirent pour leur président. La mort le surprit quelques mois après avoir été élevé à ce dernier poste. Sir Allan embrassa la religion catholique quelques jours avant de m.ourir.

Comme le colonel Taché était chef de l'administration, sa retraite amena naturellement la dissolution du cabinet. Le gouverneur s'adressa à M. John-A. McDonald, pour former une nouvelle administration. A sa demande, tous les ministres du Haut-Canada consentirent à garder leurs portefeuilles, de sorte qu'il n'y eut aucun changement dans cette section de la province.

M. McDonald ne pouvait mieux faire que de s'adjoindre M. Cartier, le chef le plus influent, pour présider au choix des ministres du Bas- Canada. C'est ce qu'il fit. M. Cartier essaya d'amener une réconciliation entre les deux nuances politiques qui divisaient le Bas-Canada. Il offrit des portefeuilles à MM. Belleau et Sicotte, libéraux-modérés, également bien vus des deux l^artis. Avec le consentement de M. Cartier, M. Sicotte fit des démarches auprès de M. A. -A.

Dorion, chef des démocrates, pour le faire consentir à accepter le x^ortefeuille de secrétaireprovincial. M. Dorion déclina l'honneur ; il refusa un compromis honorable afin de ne pas sacrifier ses principes ni ses opinions. Il fut forcé à cette conduite par des amis ambitieux. Il eut mieux fait de n'écouter que sa conscience, et d'accepter comme collègues MM. Cartier et Sicotte, plutôt que d'opérei une union déplorable avec M. Brown, l'ennemi le plus acharné du Bas-Canada. M. Dorion subit les influences d'amis qui, de tout temps, ont fait tort à sa popularité. Il comptait trop sur certains libéraux, partisans de la démocratie outrée, qui avaient prôné des principes en contradiction avec ceux de l'Eglise catholique. M. Dorion fit connaître plus tard les raisons qui avaient dicté sa conduite. " Je ne consentirai jamais, dit-il, dans son adresse aux électeurs de Montréal, pour l'honneur d'avoir un siège dans une administration quelconque, à sacrifier les opinions et les principes qui m'ont guidé jusqu'à présent, ni à me soumettre à l'humiliante nécessité de contredire mes votes, de reconnaître que tout ce que j'ai précédemment blâmé était bien, que tout ce quej'ai approuvé était mauvais. Si je le lésais, je serais indigne de votre confiance. Je me présente devant vous, ainsi que je le faisais en 1854. comme appartenant au parti libéral le i)lus avancé, celui qui a toujours i^roclamé les principes les plus conciliants en fait d'union entre les citoyens des différentes origines, les plus larges en fait de liberté civile, politique et religieuse. "

M. Dorion montrait une parfaite indépendance,

une honnêteté peu commune et digne d'éloge. Cependant, cette conduite lui fit tort, ainsi qu'à son parti ; elle lui lit perdre l'occasion démonter au pouvoir, elle augmenta la séparation entre les partis. Les libéraux modérés se rallièrent au pouvoir, de sorte que le parti démocratique fut affaiblit de cette désertion, au point que les électeurs refusèrent d'élire plusieurs membres influents et capables.

M. Loranger fut nommé secrétaire provincial, et M. Alleyn représenta dans le cabinet la race anglo-saxonne du Bas-Canada. Le ministère McDonald-Cartier, formé le 26 novembre 185t, se composait des noms suivants :

1La.itt-Canada.

Hou. MM. .T. -A. McDonald, premier ministre,

procureur-général, H. C.

" Wm. Cayley, inspect.-général des comptes, " P.-M. Vankoughnet, président du conseil

exécutif, " Robert Spence, maitre-général des postes, " J.-C. Morrison, rc^ceveur-général.

Hon. MM. Cr.-E. Cartier, procureur-général, B. C, ■' Louis-V. Sicotte, commissaires des terres, " N.-F. Belleau,président du conseil législatif, " C. Alleyn, commissaire des travaux publics, " T.-.T.-J. Loranger, secrétaire provincial.

M. John Rose, député du plus grand talent, remplaça M. Dunbar Ross comme solliciteur-

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général du Bas-Canada, et M. Sidney Smith continua à occuper le même poste, pour le Haut- Canada. Les deux solliciteurs-généraux n'eurent pas de siège dans le cabinet.

Des membres bas-canadiens du précédent cabinet, il n'y eut que M. Cartier qui entra dans le nouveau ministère. MM. Taché et Lemieux se retirèrent lors de la dissolution ; M. Terrill avait donné sa démission un peu auparavant, et M. Cauchon avait remis son portefeuille au milieu de la session de 1857.

L'avènement du nouveau cabinet fut très-bien accueilli. Les ministres oflraient des garanties suffisantes de popularité ; ils possédaient les éléments conservateurs de l'ordre et de la liberté. Ils appartenaient au parti libéral-conservateur, étaient les héritiers de la politique des administrations précédentes. Ce parti possédait le pouvoir depuis 1854, et avait doté la province des mesures les plus libérales et les plus pox)ulaires. Les membres du ministère McDonald-Cartier s'engageait à continuer la même ligne de conduite que leurs devanciers, tout en s'éloignant des principes démocratiques.

De ce moment, s'opéra une union intime entre M. Cartier et M. .T.-A. McDonald : c'était une seconde alliance LaFontaine-Baldwin. Tous deux avaient les qualités du véritable homme d'état, et étaient des chefs populaires dans leur province respective. Une longue et brillante carrière, comme chefs de plusieurs administrations, allait maintenant s'ouvrir devant ces deux hommes, dignes Tun de l'autre. M. Cartier se faisait surtout remarquer comme homme d'action et d'énergie ; les difficultés ne ralentissaient jamais son cou-

rage. Formé à l'école de M. Draper, M. McDonald avait le tact do l'habilité de ce chef illustre ; ses connaissances ad,ministratives et constitutionnelles étaient profondes, son expérience parlementaire était grande. Depuis son alliance avec les libéraux-conservateurs du Bas-Canada, il leur çarda la plus grande fidélité. Lorsque l'on A^erra e Haut-Canada réclamer plus tard une repré- 1 3ntation plus forte, il s'opposera à cet esprit de t omination, et restera ferme dans ses convictions j :)litiques, avec un petit nombre de partisans de 1 !g'alité représentative.

M. Cartier avait été heureux dans le choix de s( î collègues. Le nouveau président du conseil législatif, M. N.-F. ]K'lleau, possédait des principes modérés, et était respecté de tous les partis. La ville de Quél>ec l'avait choisi c^uelc^ues années auparavant pour son premier magistrat. Entré en chambre en 1851, M. Sicotte s'était bien vite acc[uis la réputation d'homme habile, impartial et modéré. Ses qualités et ses talents lui avaient valu la présidence de l'assemblée législative, sous le cinquième ï)arlement. M. Loranger était un orateur remarc[uable, avait la parole facile, des idées nobles et patriotiques.

Après avoir organisé le nouveau cabinet Sir Edmund Head ordonna, le 28 novembre 185Y, la dissolution des chambres, et les élections générales se firent aux mois de décembre et de janvier suivants.

Les élections du Bas-Canada révélèrent l'estime et la confiance c[u'on avait dans les membres de la nouvelle administration, et dans les partisans de la politique ministérielle. On repoussa les candidats démocrates ou libéraux, MM. Papin,

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Holton, Doutie, Plamondoii, C. Daoust, Fournier, Letellier et J.-B.-E. Dorion. Le parti démocratique, après avoir, en 1854, emporté une quinzaine de comtés, se vit réduit à M. A.- A. Dorion,son chef, à MM. Laberge, Bureau et trois ou quatre autres, au nombre desquels était M. Laframboise, nouveau député. L'alliance des démocrates avec le fanatique George Brown, leurs votes sur les écoles mixtes et sur les corporations religieuses, avaient été la cause de leur défaite. En faisant triompher les candidats libéraux-conservateurs, les électeurs voulaient encore résister à l'élément rleargrit du Haut-Canada, qui désirait leur abaissement. Le suffrage populaire portait encore sur la scène politique plusieurs nouveaux députés de talents remarquables : c'étaient MM. Langevin, McGree, Dunkin, Ouimet, L.-S. Morin, Rose, Starnes, Pope, Laframboise, Tassé et L. Archambault.

Dans le Haut-Canada la lutte fut très-vive, et bien que les partis réclamassent chacun la victoire, le ministère se trouva de fait en minorité de quelc|ues voix. Trois membres du cabinet, MM. Cayley, Spence et Morrison, succombèrent dans la lutte, tandis que l'agitateur Brown triomphait dans deux divisions électorales, dont l'une était Toronto même, et faisait élire une vingtaine de ses adhérents dévoués. Parmi les autres membres de l'opposition étaient quelques conservateurs outrés et les libéraux mécontents du ministère, tels que M. J. - S. McDonald, Merritt, etc.

Le résultat des élections fut donc de réduire à un nombre restreint ropx)osition du Bas-

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Canada, et de faire surg-ir dans le Haut-Canada une majorité hostile à l'administration, (i)

Les cleargrii'S ou libéraux ne remportèrent d'aussi grands succès que parce qu'ils s'armèrent du programme des écoles mixtes, de la représentation basée sur la population, et qu'on sut exploiter les haines et les préjugés des masses contre le catholicisme. On étouffa tout sentiment d'animosité, pour s'unir contre le Bas-Canada. Ce fut une véritable lutte du protestantisme contre le catholicisme, et le fanatisme fut porté à son comble. La campagne de la représentation en rapport avec la population était commencée sérieusement, et M. Brov^n, cj^ui la dirigeait, fut choisi le chef de l'opposition.

Au nombre des nouveaux députés du Haut- Canada, étaient MM. Buchanan, Carling, Mowat, Howland, Wallbridge et Hogan. On doit ajouter M. McDougall qui fut élu peu de temps après.

(1) Liste des députés élus pour le Oe parlement:

Argenteuil Sydney Bellingham.

Bagot Maurice Laframboise.

Beauce Dunbar Ross.

Beauliarnois Gédéon Ouimet.

Bellechasse Octave-C. Fortier.

Bertbier .- . Eugène-U. Piché

Bonaventure John Meagher.

Brant (Est) David Christie.

Brant (Ouest) Heibert Biggar.

Brockville George ÎSherwood.

Brome James-M. Ferres.

Carleton Wm.-F. Powell.

Chambly Louis Lacoste.

Champlain .Joseph-Ed. Turcotte.

Charlevoix Cléophe Cimon.

Chateauguay Henry Starnes.

Chicoutimi 1 1 Saguenay l)avid-Ed. Priée.

Compton John-Henry Pope ,

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La défaite des membres du cabinet fut un véritable échec et un embarras pour M. McDonald. Le premier ministre ne crut pas devoir s'adresser aux cleargrits, ni donner sa démission. MM. Spence et Morrison ayant remis leurs portefeuilles, il choisit deux nouveaux collègues dans le camp des libéraux modérés. M. Sidney Smith fut fait maitre-général des postes, à la place de M. Spence, et M. John Ross remplaça M. Mon-ison comme receveur-général. M. Ross avait déjà été procureur - général, sous l'administration Hincks-Morin. Le. ministère se trouva au complet par l'élection de M. Cayley, dans le comté de Renfrew.

Sir Edmund Head ouATit le sixième parlement à Toronto, le 25 février 1858, et pria l'assemblée législative de procéder à l'élection de son président. M. Henry Smith fut le seul candidat proposé à la présidence. Elu depuis 1841, il était

Cornwall Hon. John-S. McDonald.

Deux- Montagnes J.-B. Daoust.

Dorchester IFector-L. Langevin.

Drummond et Arthabaska Christopher Dunkin.

Dundas James- Wm. Cook.

Durham (Est) Fiancis-H. Burton.

Diirliam (Ouest) Henry Munro.

Elgin (Est) Leonidas Bnrwell .

Elgin (Ouest) , George Macbeth.

Essex John MacLeod.

Frontenac Henry Smith.

Gaspé John LeBoutiller.

Glengarry Donald-A McDonald.

Grenville William Patrick.

Grey John Sheridan Hogan.

Haldimand Wm.-Lyon Mackenzie

Halton John White.

Hamilton Isaac Buchanan.

Hasting (Noid) George Benjamin.

Hasting (Sud» Lewis Wallbridge.

uu des plus anciens membres de la chambre, et avait l'expérience des affaires parlementaires.

Dans son discours d'ouverture, le gouverneur recommanda à la considération des chambres l'assimilation des lois commerciales des deux Canadas, la modification des lois du jury, des lois municipales et électorales, des lois réglant l'intérêt, l'exploitation des pêcheries et la colonisation. La discussion de l'adresse en réponse au discours du trône occupa les quinze premiers jour de la session. M. Dorion proposa un amendement tendant à censurer le gouvernement de ]ie pas avoir recommandé le tarif à la considération des députés ; il voulait le rendre plus équitable et dans ce but, faire adopter les droits ad valorem. M. Dorion, de même que plusieurs membres de l'opposition, plaida en faveur du système des droits ad valorem, parce que le Bas- Canada le demandait. M. Cayley, l'inspecteur-

Hochelaga Joseph Laporte.

Huntingdon R.-B. Souieiville.

Huron et Bruce John Holmes.

Iberville Charles Joseph Laberge.

Jacques-Cartier François-X. Tassé.

Juliette Joseph-H. Jobin.

Kamouraska Jean-Charles Chapais.

Kent Archibald McKellar.

Kingston L'hon. J^- A. McDonald.

Lambton L'hon. Malcolm Cameron.

Lanark (Nord) Robert Bell.

Lanark (Sud) Andrew-W. Playfair.

Laprairie L'hon. T.-J.-J. Loranger.

L'Assomption , Louis Archambault.

Laval Pierre Labelle.

Lennox et Addington David Roblin.

Leeds et Grcnvilïe (Nord) B.-R. Church.

Leeds (Sud) Benjamin Tett.

Lincoln Hon. W.-H. Merritt.

L'islet , Louis-B. Caron.

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général répondit que déjà les deux tiers des articles étaient soumis anx proportions de ce tarif ; que le gouvernement voulait encore en augmenter le nombre et protéger les manufactures, sans nuire aux intérêts de la province ni diminuer le revenu. L'amendement de M. Dorion fut perdu par un vote de quarante contre soixantedix-huit.

Au paragraphe concernant la franchise électorale et les élections contestées, M. Brown proposa d'ajouter, " qu'il y avait une question plus importante que tout(» autre, savoir, une représentation équitable du peuple dans le x)arlement, et que la chambre s'eiigageait à donner sa sérieuse attention à une mesure, qui établirait une représentation parlementaire basée sur la population, sans égard à la ligne de séparation entre le Haut et le Bas-Canada. '"

Tous les membres du Bas-Canada se firent un

Lévis L'hon. Frs. Lemieux.

LoBdon .John Carling.

Lotbinière Jolm O'Farrell.

Maskinongé Louis-H. Gauvreau.

Mégantic Noiil Hébert.

Middlesex (Est) Marcus Talbot.

Middlesex (Ouest) Jolm Scatcheid.

Missisquoi H.-H. AVbitney.

irontcalm Joseph Dufre.sne.

Moûtmagny .Josepb-0. Beaubien.

Montmorency L'hon. Joseph Cauchon

Montréal (cité) Antoine-A. Dcrion.

" Joliû Rose.

Thomas-D. îklcGee.

Xapierrille .Iacques-0. Bureau.

Niagara John Simpson.

Nicokt Joseph Gaudet.

Norfolk Walker Powell.

Northumberland (Est) .John-R. C'arke.

Northumberîand (Ouest) Sidney Smith.

devoir de voter contre cette motion injuste envers leurs constituants. La plupart des Haut-Canadiens se déclarèrent favorables à ce principe. Ils se plaignaient de n'avoir qu'un nombre de députés égal à celui du Bas-Canada, lorsqu'ils comptaient deux cent à trois cent mille âmes de plus, et qu'ils contribuaient pour une plus grande part au revenu public. Trente-deux députés votèrent pour la motion Brown. Plusieurs membres marquants donnèrent, cependant, un vote négatif x^arce que le temps n'était pas venu de débattre cette question ; M. John-H. Cameron. Buclianan et Malcolm Cameron, étaient du nombre de ces derniers.

Pendant plusieurs années, la question de la représentation repartie d'après la population divisera les partis politiques, en excitant la rivalité entre le Haut et le Bas-Canada. Soulevée d'abord par M. Papineau, jamais abandonnée depuis, bien

Ontario (Nord^ Joseph Gould.

Ontario (Sud) Oliver Mowat.

Outaouais (cité) Richard- Wm Scott.

Outaouais (comté) Deuis-E. Papineau.

Oxford (Nord) George Browu.

Oxford (Sud) S. Connor.

Peel James C. Aikins

Perth Thomas-M. Daly.

Peterborough Tliomas Short.

Pontiac Edmund Heath.

Portneuf Joseph-E. Thibaudt au.

Prescott Henry-W. McCann.

Prince-Edouard W.-C. Borland.

Québec (cité) L'hon. (;. Allcyn.

" Ct.-H. Simard.

" Hyppolyte Dubord.

Québec (comté) Charles Panet.

Renfrew John-L MacDout^all.

Richmond et Wolfe W.-H. Wehb.

Richelieu Jacques-F. Sincenues.

que faiblement soutenue, elle primera désormais dans les débats parlementaires, et répendra l'agitation au sein des chambres et dans le gouvernement le malaise et la faiblesse. La confédération seule devra mettre un terme à cet état de choses. M. John->S. McDonald proposa une motion censurant la manière dont le ministère avait administré les deniers publics par le passé. M. McDonald était d'avis que puisque le ministère se trouvait en minorité dans le Haut-Canada, le devoir du premier ministre était de donner sa démission. Son amendement ne réunit que quarante voix. M. Cauchon déclara qu'il n'avait pas confiance dans l'administration McDonald-Cartier ; il vota cependant jiour l'adresse parce qu'elle contenait plusieurs choses importantes qu'il approuvait. M. Gralt se montra favorable à l'administration, au principe des droits ad valoreni et à une confédération des provinces. M. Mal-

Rimouski M. 0. Baby.

Rouville T.-B. CampbelJ, 0. B.

Kussell G.-B.-L Fellowes.

Saint-Hyacinthe L'iion. L -V. Sicotte

Saint^Jt-an François Bourassa.

Saint-Maurice L.-L.-L. Desaulniers.

ShefFord L'iion. L.-T. Drummoml.

Sherbrooke Alexander-T. Galt.

Simcoe (N ord) Angus Morrison.

Simcoe (Sud) T.-R. Ferguson.

Soulanges D -A. Coutlee.

Stanstead H.-B. Terrill.

Stormont William Mattice.

Témiscouata Benjamin Dionne.

Terrebonne Louis-S. Morin.

Trois-Rivièrcs Wm.-M. Dawson.

Toronto George Brown.

" John B. Eobinson.

Vaudreuil L'hon. R.-U. Harwood.

Verchères L'hon. G.-E. Cartier.

('olm Camcrou promit aussi son concours au ministère. D'un autre côté, MM. McGree, Foley et Mowat se prononcèrent décidément contre la Xîolitique ministérielle.

Le ministère commanda une majorité assez forte ; mais elle lui venait du Bas-Canada, les membres de cette province lui étaient presque tous dévoués. Sur chaqu.e division ministérielle, il se trouva en minorité de quelques voix dans le Haut-Canada. M. John A. McDonald avait donc contre lui une majorité hostile ; il n'en continua pas moins à se maintenir au pouvoir, sans chercher les moyens propres à obtenir une majorifé.

Les élections contestées occupèrent un grand nombre de séances de la chambre ; il y en avait trente-trois. Jamais la fraude et la corruption n'avaient été exercées sur une aussi g-rande échelle. Les comtés de Lotbinière, de Russell,

Victoria Johu Cameron.

Waterloo il^ord) M.-H. Foley,

Waterloo (Sud) William Scott.

Welland Gilbert McMicken.

Wellington (Nord) Charles Allan.

Wellington (Sud) David Stirton.

Wentworth (Nord) William Notman.

Wentwortb (S'id) Joseph Eymal.

Yamaska Ignace Gill.

York (Nord) Joseph Hartman.

York (Est) Amos Wright.

York (Ouest) Wm.-P. Howlaud.

Plusieurs députés furent élus pendant la session de 1858 : M. Wm. Cayley (comlé de Rcnfrew) à la place deM.John-L. McDougall ; M. Wm. McDougall (Oxfoid-Nord) à la place de M. Biown, qui avait deux sièges ; M. O.-R. Gowan (Leeds et fironville) à la place de M. Church, décédé; M. A.-P. McDonald (Middlessex- Ouest) à la place de M. Scatcherd, décédé.

d'Oxford et la ville de Québec se distinguaient par le nombre fabuleux de faux votes qu'on y avait données (i). Il était évident que la loi électorale de 1849 et de 1855 était impuissante à empêcher d'aussi grands désordres. Pendant la session, on y apporta des changements considérables, et l'on pourvut à l'inscription des électeurs. Plusieurs députés auraient désiré établir le vote au scrutin, et faire la votation le môme jour dans tous les comtés. La mesure ministérielle, sans aller aussi loin, apportait une amélioration sensible ; elle empêchait tout citoyen de voter, à moins qu'il ne fût qualifié, et que son nom ne lut enregistré sur la liste des électeurs. Elle fut approuvée par une grande majorité.

M. Sicotte, (Commissaire des terres, prépara et présenta à la discussion des membres, un projet de loi destiné à la conservation et à l'exploitation des pêcheries. Cette excellente mesure accordait aux pêcheurs des primes d'encouragement jusqu'au montant de quatorze mille piastres. Elle passa à une forte majorité, et ne reçut de l'opposition que de quelques députés du Haut-Canada, parcequ'elle tendait à favoriser les

(l) La paroisse de Saint-.Sylvcstre, comté de Lotbinicre avait enregistré 2780 voix. M. O'Farrell, député de ce comté, dut remettre son siège j^endant la se'^sion de 1858. M. Caron céda aussi le sien à M. C.-F. Foumier pendant la même session.

L'élection d'Argenteuil fut mudilîée en 1S60 ; M. Bellingham, céda sa ])lace à M. Abbott, qui avait la majorité des voix légales.

La ville de Québec avait enregistré 15,000 votes. Ce ne fut f|u'à la session de 1S60, que l'élection des membies de cette ville, AIM. Alleyn, Dubord et Simard, fut déclarée nulle. Ces membres purent donc siéger trois années avant que la cmtestation de leurs élections fût réglée. C'était une grande preuve que les comités parlementaires ne sont pas un tribunal convenable pour le règlement des élections contestées. On n'obtiendra justice que lorsque ces questions seront portées devant les tribunaux judiciaires.

Canadiens-Français, dans l'exploitation d'une industrie jusqu'alors trop négligée.

Les pêcheries vu Canada sont considérées comme les plus importantes du monde entier. Cependant cette industrie n'a été jusqu'à présent exploitée que par un petit nombre de Canadiens des districts de Québec et de Gaspé. Ce sont en grande partie les étrangers cj^ui en font leur profit. M. Charles Robin de l'ile Jersey, est le premier qui fit le grand commerce de poisson dans la Baie des Chaleurs ; il s'établit d'abord à Paspébiac, ensuite à Percé et à d'autres endroits. Parmi les autres grands propriétaires de pêcheries, on remarque MM. Jean LeBoutillier, David LeBoutillier, J. & E. Collas et David Têtu.

Les pêcheries de la Graspésie, des iles de la Magdeleine et de la côte du Nord prirent de la valeur d'année en année. De 1854 à 1864, le produit se doubla. Le rapport du ministre des pêcheries pour 1871, en porte le produit à $1,110,000 dans la province de Québec. La population du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse y trouve une source de revenus beaucoup plus considérables ; le produit de cette dernière province dépasse cinq millons (i).

Espérons cpie les Canadiens s'empareront de cette belle industrie, et ne se la laisseront pas enlever par les étrangers. Il faut se convaincre que les pêcheries du Golfe sont d'une impor-

(i) Le produit total des iiêcheries de la l'uissance du Canada, en 1S71, s'est élevé à $7,591,000, reparties eomrae suit : Nouvelle- Ecosse $5,103,000, Nouveau-Brunswick $1,185,000, (Québec $1,110,000, Ontario $193,000.

En 1S71, il y avait une augmentation d'un million de piastres sur l'année précédente. On estime à 87,000 le nombre de personnes qui se livrent à cette industrie dans les provinces réunies.

tance immense, d'une richesse incalculable. Elles seront plus tard, comme le remarque M. Mitchell, dans son rapport de 1870, la principale ressource du Canada, lorsque le bois de construction, qui a fait jusqu"ici le grand revenu de la province, aura été ruiné Leur valeur réunie est de dix-sept millions de piastres, et cette valeur peut être beaucoup augmentée. On estime que les pêcheries emploient cinq millions de cai^itaux, procurent du travail à des milliers de Canadiens, et peuvent fournir une pépinière de hardis marins.

Le traité de AVashington, passé en 1871, concède pour dix ans aux Etats-Unis l'accès aux pêcheries canadiennes ; il accorde en même temps la libre navigation du Saint-Laurent et des canaus: de la Puissance. Ce traité a été ratifié par le parlement fédéral à la session de 1872.

Pendant la session de 1858, l'acte dejudicature du Bas-Canada reçut encore quelques modifications, suggérées par M. Cartier. Un acte important pour la ville de Québec, et qui était l'œuA're de M. Alleyn, autorisait l'incorporation d'une compagnie de commissaires, pour surveiller les intérêts du hâ\Te de cette ville. La loi du jury, dans le Haut-Canada, fut amendée et refondue ; les changements apportés réduisaient sensiblement les frais énormes occasionnés par l'ancienne loi. Les actes relatifs aux institutions municipales de cette province furent en partie abrogés, et remplacés par une nouvelle loi. Un autre acte important pour le Haut-Canada abolissait, en certains cas, l'arrestation des individus dans les affaires civiles, et établissait de meilleures dispositions ]3our prévenir la fraude. Cette

loi tendait à assimiler les lois commerciales des deux Canadas. L'opposition fit une lutte continuelle à ces mesures du ministère, parce qu'elles étaient présentées par un cabinet qui n'avait pas la confiance du Haut-Canada.

Le tarif reçut quelques modifications ; les droits furent augmentés sur plusieurs articles d'importation, il en fut de même des droits d'accise.

Une discussion longue et animée s'engagea sur la politique financière du gouvernement ; M. Cayley eut de mauvais moments à passer pour la défendre contre MM. Brown, Cauchon, etc. Le ministère essuya une défaite lors de la troisième lecture du bill du tarif ; il fut obligé de retrancher les clauses qui imposaient un droit de tonnage sur les navires d'outre-mer.

Au nombre des allocations publiques, se trouvent les sommes suivantes : canal Welland $50,000, douane de Québec $100,000, fonds de colonisation |100,000, chemin de Témiscouata et autres chemins $52,000, aide additionnelle aux écoles $160,000, milice $102,900. M. Dorion proposa de discontinuer le paiement de la milice volontaire après 1858 ; sa motion, qui équivalait à l'abolition du système volontaire, fut rejetée à une majorité de huit voix.

La législature encouragea l'établissement d'une ligne de bateaux à vajjeur pour le transport régulier des malles à Graspé et dans les provinces maritimes. Une première allocation de $10,000 fut accordée dans ce but. Le Ladtj Head commença ses voyages réguliers entre Québec et les ports maritimes, dans l'été de 1858. Une égale somme de $10,000 fut allouée pour le prolonge-

meut de la route postale au lac Supérieur et à la Rivière Rouge.

Un projet de loi destiné à régler le taux de l'intérêt, fut introduit par M. Benjamin. Il permettait aux banques de prêter à sept par cent, et maintenait l'intérêt de six, lorsqu'aucun autre taux n'était fixé par les parties. Après une longue discussion, cette mesure reçut le concours de la majorité des deux chambres ; elle ne devint loi que par l'unanimité des membres du Haut- Canada ; presque tous les Bas-Canadiens s'y oj^posèrent ; ils étaient persuadés qu'elle favoriserait les banques et les capitalistes, au détriment de la classe agricole. MM. Cauchon, Langevin, Dunkin et Chapais soutinrent une chaude discussion contre les conséquences de la mesure, tandis que MM. Cartier, Rose et Sicotte lui donnèrent un vote favorable.

Un autre projet de loi fut présenté par M. Benjamin, pour incorporer les orangistes et leur donner par là une existence légale. La majorité de la chambre, après avoir consenti à la première lecture, en renvoya la deuxième à six mois. On reprocha à plusieurs Canadiens, entre autres à MM. Cartier, Sicotte et Loranger, d'avoir voté l'introduction d'un biJl incorporant une société secrète.

L'assemblée législative fut encore appelée à voter sur la question de la représentation. M. Malcolm Cameron proposa l'introduction d'un projet de loi destiné à changer les limites des divisions électorales et cela d'après le chiffre de la population. Les ministres du Haut-Canada, à l'exception de M. Spence, et quelques autres membres ministériels votèrent contre.

1858] SIK EDMUND HEAD. 33t

A mesure que la session avançait, le ministère McDonald-Cartier rencontrait, dans la plupart de ses^ projets de loi, une opposition de plus en plus Ibrte. Dans le Bas-Canada, il avait pour adversaires MM. Cauchon, Drummond et Lemieux, ci - devant ministres, et plusieurs autres députés, tels que MM. Cliapais, Langevin, etc , qui l'avaient d'abord soutenu. D'un autre côté, l'opposition du Haut- Canada devenait plus forte et plus menaçante, et M. McDonald se trouva plusieurs fois dans une minorité de dix à douze voix. C'est alors que l'ox^position reprocha au ministère de gouverner sans avoir l'appui d'une majorité. Dans le Haut-Canada, elle chercha à soulever l'opinion publique contre lui, et invocjua avec ardeur la double majorité, plutôt dans le but de renverser le ministère c^ue dans celui de faire triompher ce système.

Cette question pour ainsi dire constitutionnelle, était difficile à résoudre ; elle était devenue une question de parti. On l'avait discutée longuement dans la presse avant la session; elle fut ensuite le sujet de débats, lors de la discussion de l'adresse, et dans plusieurs autres circonstances.

Presque tous les députés étaient favorables à la double majorité, mais ils différaient sur la manière d'en entendre la x)ratique. Plusieurs de ceux qui invoquaient le principe, n'y croyaient pas, tandis que d'autres, opposés à la théorie, étaient plus disposés à la respecter. C'est ainsi que M. Brown, partisan outré de la représentation répartie d'après la population, ne pouvait être sincère, en votant la double majorité.

338 sm EDMUND HEAD. [1858

La constitution de 1840 avait un caractère fédéral ; elle établissait une égale représentation pour le Haut et le Bas-Canada, lorsque chaqiie province était peuplée de races différentes, et avait des lois, des usages, une langue et une croyance différentes. C'est pour conserver ce caractère si parfaitement tranché entre deux groupes de nationalités rivales, qu'il y avait dans le ministère un égal nombre de membres pour le Haut et le Bas-Canada, un procureur-général, un solliciteur-général particulier à chacun d'eux. On ne pouvait conserver ce caractère que par la double majorité. Ce principe, d'abord foulé aux pieds par le ministère Viger-Draper, avait été suivi, depuis 1848, par tous les gouvernements. Les chefs du Haut-Canada Baldwin, Hincks et McNab Tavaient reconnu indirectement, et avaient donné leur démission pour se conformer au principe de ne pas gouverner une province par la majorité de l'autre.

L'admission sans réserve d'un principe de cette nature présentait toutefois des inconvénients incontestables. Par exemple, dans les questions d'intérêt général, on s'exposait à changer souvent d'administration ; il était également impossible de l'étendre aux petits détails de l'administration. Ce principe ne pouvait rigoureusement être mis en pratique que dans les grandes questions d'intérêt local.

Plusieurs membres du Bas-Canada reconnaissaient que, depuis que M. Brown commandait à une majorité fanatique, la double majorité avait cessé d'être un princii>e de protection. Eu le mettant en pratique, on donnait à cet ennemi des catholiques le pouvoir de les dominer et de les tyi'anniser.

Les débats sur la double majorité reprirent une vigueur nouvelle avec la motion suivante de M. Thibaudeau : " Que c'est l'opinion de la chambre que toute tentative de législation aflfectant une section de la province, contrairement aux vœux de la majorité des rex3résentants de cette section, serait pleine de dangereuses conséquences pour le l)ien-être de la province, et donnerait lieu à beaucoup d'injustices. " M. Cauchon proposa un amendement à peu près semblable, et se prononça fortement pour la double ma;jorité.

M. Drummond dit que tant que le principe fédéral existerait dans le cabinet, le gouvernement devait être appuyé par une double majorité ; que les membres du Bas-Oanada ne faisaient pas preuve de générosité, en voulant gouverner le Haut-Canada contre sa volonté. Il était d'avis que le temps était venu de former un gouvernement, qui commandât une majorité dans lesdeu.x sections de la province. M. Jolin-S. McDonald avoua que les ministres n'étaient pas tenus de donner leur démission devant une majorité accidentelle, mais ils devaient le faire quand cette majorité s'affirmait fréquemment. La double majorité devait être adoptée immédiatement, sinon le Bas-Canada se verrait imposer malgré lui la représentation basée sur la population.

M. Morin déclara que le but de l'opposition était de s'emparer du pouvoir, avec l'aide de ceux qui étaient mécontents d'avoir perdu ce pouvoir. Quelle confiance, dit-il, pouvait-on reposer sur ceux qui voulaient la représentation l>asée sur la population, et qui invoquaient en même temps la double majorité.

M. Loranger était d'avis que la question de la

doiible majorité devait être tenue sous silence. Comment la majorité du Bas-Canada pouvaitelle ag-ir de concert avec celle du Haut-Canada, qui voulait les écoles mixtes et une augmentation de la représentation ? Admettre en principe qu'il faut la majorité des deux sections sur les questions générales, ce serait s'exposer à changer tiès-souvent de gouvernement. Alors une petite majorité l'emporterait sur une grande ; et dans le cas actuel, quand le gouvernement n'a qu'une minorité de trois voix dans le Haut-Canada, et qu'il est appuyé par presque tous les membres (lu Bas-Canada, ce serait une minorité insigniliante qui Teirîporterait sur la grande majorité totale.

MM. McGee, Langevin, Chapais et Ouimet votèrent pour les motions de MM. Thibaudeau et Canchon, qui furent cependant rejetées à une majorité des deux-tiers des membres présents.

L'opposition, battue sur la question de la double majorité, dirigea ses attaques sur celle du siège du gouvernement. Après le choix fait par la reine de la ville d'Outaouais pour être la capitale, le ministère déclara qu'il exécuterait la décision royale ; c'était la loi du pays, et il était décidé à commencer les travaux des édilices publics. Beaucoup de députés étaient mécontents de ce choix, et de la détermination du ministère. M. Dorion, de Montréal, proposa, comme amendement à une question de subsides, une motion par laquelle il désapprouvait le choix d'Outaouais fait par la reine. Considérée comme une motion de non-confiance, elle fut rejetée à une majorité de dix-huit voix.

Plus tard, M Dunkin et M. Brown présen-

tèreiit chacun une motion concernant la question de-la capitale. M. Piché proposa en amendement : " Que dans l'opinion de cette chambre, la cité d'Outaouais ne doit pas être le siège du gouvernement de cette province. " Cette motion, malgré la ferme attitude des membres du ministère, fut adoptée sur une division de soixante-quatre contre cinquante (i). Plusieurs députes, qui avaient voté pour demander à la reine de choisir la capitale, refusèrent d'apj^rouver sa décision. M. Brown dit que ce vote montrait évidemment que la chambre désapprouvait la conduite du gouvernement. Il projîosa l'ajournement de la chambre, donnant à sa motion la portée d'un vote de non-confiance. M. McDonald accepta le déii. La motion de M. Brown fut rejetée par soixante et un contre cinquante : c'était une preuve que le ministère possédait encore la confiance de la majorité des représentants. Il se retira cependant du pouvoir, parce que cette majorité venait principalement du Bas-Canada.

(i) l'our : MM. Aikiiis, Kaby, l!oaul)ien, Tîiggar, Bourassa, I$ro\\ 11, IJureau, IJurwell, Cauchon, Chapais, Cliiistie, Cinion, Clark, Connor, Coutlée, Desaulnieis, Dionnc, Dorion, Dorland, Du]joid, Foley, Fortier, Fomnier, Gaudet, tiauvieau, Gould, Harwood, Hébert, liogan, Ilowland, Jobiii, Labelle, Laberge, Langevin, Lemieux, Donald A. McDonald, John S. McDonald, Mackcnzie, Mattice, McDougall, McGee, McKellar, Morin, Mowat, Munro, Notman, Ouimet, Tanet, Piché, Walker Powcll, Priée, Robinson, Ross, Rymal, Short, Siirard, Somerville, Stirton, T.issc, Thibaudeau, Turcotte, Wallbridge, White et Wright. — 64.

Contre : MM. Alleyn, .u-chand).iult, Pell, Pellinghani, ]!enjamir., Buehanan, Burton. John Camcron, Campbell, C'arling, Cayley, procureur-général ^(Jarlier, Cook, Daly, Dawson, Drunimond, Dufrcsne, Dunkin, Fellowes, Fcrgusson, Ftrres, Gill, Gowan, Heath, Holmes, Lacoste, Laporte, LcBoutillier, Loranger, McBcth, procureur-général McDonalil, McCann, Morrison, Papineau, Patrick, Playfair, Poj^e, William I''. Powell, Robin, solliciteur-général Rose, R. W. Scott, Wm. Scott, Sherwood, Sicotte, Sim]>son, Sincennes, Sidney Smith, Talbot, Terrill et Tett. — 50.

La conséquence du vote sur le siège du gouvernement fut que le ministère donna sa démission le 29 juillet. Les ministres, dit M. McDonald, avaient cru que, puisque la reine avait exercé sa prérogative à la demande de la législature, ils n'avaient qu'à exécuter la décision de la reine, qui était la loi du pays. Nul gouvernement, quelque fut sa position, ne pouvait éviter de s'y conformer. La chambre s'est déclarée contre la loi. Ils pensaient que l'influence du gouvernement diminuerait beaucoup après cette décision, s'ils conservaient leurs charges. Ils avaient raison d'agir ainsi, parce que plusieurs membres ministériels leur avaient retiré leur apx)ui sur cette question."

Sir Edmund Head s'adressa à M. G-eorge Brown, comme le chef le j)lus influent de l'opposition, et le chargea de former une administration. Il lui fit connaître qu'il ne devait ]>as compter sur une dissolution du .parlement. M. Brown, après s'être consulté avec ses amis, entrex^rit imprudemment la formation d'un ministère, qu'il savait d'avance ne pouvoir réunir la majorité des deux chambres. Il choisit ses collègues du Haut-Canada parmi les libéraux modérés et les deargrits. Il désigna M. A.-A. Dorion, chef de l'opposition du Bas-Canada, pour former la partie du cabinet dans cette section de la province.

M. Dorion, après s'être adjoint MM. Holton et Laberge, jDartisans démocrates, voulut avoir le concours des libéraux modérés. M Sicotte refusa un portefeuille, mais MM. Drummond et Lemieux, ex-membres du cabinet McNab-Morin, et M. Thibaudeau acceptèrent. Les membres du

1858] SIR EDMUND IIEAD. 343

ministère Brown-Dorioii prêtèrent serment le 2 août.

. Haut-Canada.

lîon. MM. Creorge Brown, inspecteur-général, " John-S. McDonald, procureur-général, H. G. , " James Morris, président du conseil législatif, " M.-H. Foley, maître-général des postes, " Oliver Mowat, secrétaire-provincial, " S. Connor, solliciteur-général, H. C.

Bas-Canada.

lion. MM. A.-A. Dorion, commissaire des terres, L.-ï. Drummond, procureur-général, B. C, L.-H. Holton, commissaire des travaux publics, François Lemieux, receveur-général, .T.-E. Thibaudeau, président du conseil exécutif, Charles Laberge, solliciteur-général, B. C.

Le cabinet libéral se composait en partie d'hommes publics très-capables. MM. Drummond, Lemieux et John-S. McDonald se faisaient remarquer par leur honnêteté politique et leur longue expérience. MM. Dorion, Foley, Mowat, Holton et Laberge, jeunes encore dans la politique, brillaient par leurs talents, et quelquesuns par leur éloquence. On reconnaissait surtout en M. Dorion un homme intègre et indépendant Malheureusement il fit la faute de s'allier, ainsi que ses collègues, à l'homme le plus impopulaire dans le Bas-Canada, à celui qui voulait l'abaissement national des 850,000 Canadiens-Français.

En effet, M. Browii, homme doué de talents brillants et d'une grande énergie, n'avait épargné au(?un moyen pour arriver au pouvoir. Il avait voulu dominer par l'intolérance, exciter une guerre de race et de religion entre les deux populations. Mais pendant cette lutte, le Bas-Canada s'était ligué contre lui, et l'avait rendu impossible comme chef d'un cabinet ; aussi allait-il lui donner un vote presque unanime de non-confiance.

M. Patrick fut chargé d'annoncer dans l'assemblée législative le nom des nouveaux ministres ; il ne donna aucune explication sur leur politique, et déclara que les ministres le feraient euxmêmes, lorsqu'ils seraient à leurs sièges. M. Bureau prox^osa ensuite d'émettre un bref d'élection pour la cité de Montréal, en conséquence de l'élévation de M. Dorion au pouvoir. M. Langevin proposa d'ajouter l'amendement suivant : " Qvie tout en ordonnant l'émission du dit ivrit, cette chambre reconnaît qu'il est de son devoir de déclarer que l'administration, qui a été formée dans le cours de cette vacance, ne possède pas la confiance de cette chambre ni celle du pays."

Soixante et onze députés votèrent pour la déchéance immédiate du ministère, trente et un seulement lui accordèrent leur appui. Le ministère eut contre lui une majorité de deux voix dans le Haut-Canada, où il était assez populaire, et tous les députés du Bas-Canada, à l'exception de MM. Laframboisse, Jobin, Hébert et Papineau, votèrent pour sa chute. Le conseil législatif,contre l'usage ordinaire, imita l'exemple de l'assemblée législative, et donna au cabinet un vote de non-

1858] SIR EDMITND HEATD. 345

confiance, sur nne division de seize contre huit. Cet acte de condamner des ministres aA'ant leur réélection, et avant l'exposition de leur politique, n'avait pas de précédent. M. Cauchon refusa de se joindre à la majorité, parce qu'il trouvait injuste de repousser les ministres avant de les entendre ; il ne vota pas.

Après cette condamnation si forte et si précipitée, par les deux-tiers des membres des deux chambres, le ministère Brown-Dorion insista auprès du g'ouveruenr pour obtenir la dissolution du parlement. Sir Edmund Head, qui avait refusé cette demande lorsqu'il chargea M. Brown de former une administration, n'y consentit pas plus cette fois-ci. Il voulut épuiser tous les moyens avant de soumettre la province, une deuxième fois dans la même année, aux frais et à l'excitation d'une élection générale ; d'ailleurs, les travaux de la session n'étaient pas terminés. Il crut qu'il était possible de former une administration qui pVit commander une majorité parmi les membres nouvellement élus. Il était donc justifiable de refuser la dissolution que demandait M Brown, pour satisfaire ses ambitions, puisque le pays sortait des secousses d une élection générale. Les ministres et leurs partisans libéraux se soulevèrent contre la conduite du gouverneur, et demandèrent plus tard son rappel dans leurs assemblées.

Les membres du cabinet Brown-IJorion durent donc céder devant le verdict qu'ils venaient de recevoir, et remettre leurs portefeuilles, deux jours après les avoir obtenus, sans accomplir un seul acte administratif. Après avoir fait une guerre acharnée au ministère McDonald-Cartier,

346 SIE lîDMUND HEAD. [1858

et soulevé contre lui les passions les plus yiolentes, ils s'étaient trouvés tout à fait impuissants en face du pouvoir.

La principale faute qu'on leur reprocha, fut de n'avoir pas fait connaître leur progi-amme politique, en annonçant la formation du ministère. Il était difficile d'accorder sa confiance à un cabinet dont les doctrines n'étaient pas connues. Une autre faute fut de ne pas s'être entendus sur les détails importants de leur politique. Nous allons résumer ce que les ministres en ont fait connaître eux-mêmes, dans leurs adresses électorales et dans leurs discours prononcés en chambre dans des occasions diftérentes.

A la session de 1859, M. Brown déclara qu'il s'était uni à M. Dorion dans le but d'en finir avec les grandes questions qui divisaient la province. Us avaient tous deux résolu de régler la question du siège du gouvernement simultanément avec celle de la représentation repartie d'après le chiffre de la population. A l'égard de la tenure seigneuriale, ils avaient été d'avis qu'il était nécessaire de faire une loi à ce sujet, et d'approprier certains fonds locaux, pour assurer la solution de cette affaire. Us avaient aussi projeté d'aplanir les difficultés que présentait la question des écoles, et de mettre les finances sur un meilleur pied.

Dans son adresse électorale, en 1858, M. Dorion fit l'aveu suivant : " Je puis déclarer de suite qu'en consentant à faire partie d'une administration, dont M. Brown devait être le chef, je n'ai eu à renoncer à aucun de mes principes politiques, ni à exiger le sacrifice d'aucun des siens. Ayant, depuis que j'ai l'honneur d'occuper

un siège en parlement, constamment agi avec ie parti libéral du Haut-Canada, dont M. Brown était un des chefs les plus distingués, notre politique était parfaitement définie La discussion suggéra bientôt qu'au moyen de changements constitutionnels, accompagnés de restrictions et de garanties suffisantes pour la protection des intérêts et des institutions de chaque section de la province, ou par l'application du principe fédéral à notre système de gouvernement, il était possible de préparer une mesure qui rencontrât l'approbation de la majorité du Haut et du Bas-Canada, tout en adoptant la population comme base de la représentation. ., ."

Dans un discours prononcé en 1859, M. Dorion s'exprimait ainsi sur la question des écoles : " Mes collègues et moi étions convenus de nous saisir de cette question (des écoles), et de faire sans retard une enquête sur les systèmes dominants en Belgicpre, en Irlande et en Prusse, où les mêmes difficultés (entre les sectes) se sont élevées, et où elles ont été réglées d'une manière plus ou moins satisfaisante, afin cjue la loi des écoles communes pût être amendée de façon à la faire fonctionner plus harmonieusement, avec les sentiments de la population protestante et catholicpie des deux sections de la province. "

Enfin, dans son discours sur la confédération, M. Dorion disait encore , " Lorsque le gouvernement Brown-Dorion fut formé, il fut convenu entre ses membres, que la question contitutionnelle devait être abordée et réglée soit au moyen d'une confédération des deux Canadas, soit par la représentation basée sur la population, avec des contrepoids et des garanties qui assureraient

la foi religieuse, les lois, la langue et les institutions particulières de chaque section du pays contre tout empiétement de la part de l'autre. . . . Il était entendu que je ne m'engageais pas à faire passer une pareille mesure dans la chambre, sans être sûr que je serais supporté par une majorité du Bas-Canada. "

M. Drummond, en expliquant un jour ce qu'il entendait par les garanties qui devaient préserver le Bas-Canada de la représentation repartie d'après le nombre, dit qu'on aurait divisé le Canada en trois provinces, en faisant de Montréal la capitale de la province centrale. M. John-S. McDonald avoua qu'il existait un programme écrit de la politique du cabinet Brown-Dorion ; mais on refusa de le publier.

On voit que le ministère s'était chargé de régler le rachat des droits seigneuriaux ; mais on ne put savoir avec quels fonds, et on verra plus loin c[ue les ministres ne s'étaient pas compris sur cette question. M. Dorion refusa toujours de donner des explications pour éclairer ce sujet. Rien n'avait été défini sur les questions de la représentation, des écoles et du siège du gouvernement. On voit cependant, que M. Dorion concéda à M. Brown les écoles communes et la représentation réparti d'après la population, moyennant certaines garanties en faveur des institutions du Bas-Canada. Ces garanties sont toujours restées un mystère.

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