‹ Le Canada sous l'union, 1841-1867. --Chapitre 2 sur 23 · DOMINATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DOMINATION FRANÇAISE

En 1G08, quelques Français, sous la conduite de Samuel de Champlain, fondaient à Québec une colonie au soin du Canada ou plutôt de la Nouvelle-France, que Tillustre Jacques-Cartier avait découverte trois-quarts de siècle auparavant (1531-5). Cet humble établissement, bien C[u'il ne progressât pas avec rapidité, avait été, grâce à la sollicitude de son énergique fondateur et de ses dignes successeurs, assis sur des bases solides. Tous les soins avaient été pris pour que son origine fût noble et pure. En effet, cette population primitive se composait d'honnêtes artisans et de bourgeois, mêlés à un petit nombre de nobles, choisis aViK* précaution au milieu des fiers et robustes enfants de la Normandie, du Poitou, du Perche et de la Bretagne.

Dans les premières années de la colonie, le gouverneur avait seul la haute juridiction civile et militaire. De 1G48 à 1003, un conseil de cinq membres, sous la présidence du gouverneur, posséda les pouvoirs législatifs, exécutifs et judi-

claires. En 1663, le (iiuada. qui iif comptait eiK'ore que 2500 âmes environ, sortit des lang-es do l'enfance, et subit des changements importants. Depuis 1G27, il avait été sous le contrôle des cent -associés, compaiL!;nie qui, se voyant incapal)le de remplir ses devoirs, remit ses privilèges au roi de France. Un conseil souverain, (;om])osé du g'ouverneur, d(» révé(|ue. tle Tintendant, etc., fat créé, et eut juridiction dans les causes civiles et criminelles pour les juger en dernière instance, d'après la C'outume de Paris et les édits ot ordonn;inces du roj^aume ; il posséda 1(^ pouvoir de régler l'emploi des deniers juihlics, de décider le;; aiiaires de polii^e. les atiair.\s publiques et pav; iculières, etc. Ce conseil fat, surtout dans le.- premières annèi'S, le théâtre de divisions intesl iies ; cependant sa création fut un grand bienfait pour les Caniadiens : sous .son existence, qui dura jusqu'à la conquête (en lYGO), le ]iavs prospéra considérablement, et vit s'accomplir les événements historiques les plus remarquables.

Dès le début, une ambition sublime anima les zélés fondateurs de la colonie : celle de répandre le christi tui.sme et la civilisation parmi les peuplades indigènes Aussitôt de dévoués religieux, les liécpllets d'abord (10 lô), suivis peu après par les Jésuites (lG2ô), quittent la France, et pénètrent jusqu'aux contrées les plus éloignées. Ils y répandent l'Evangile au prix même de leur sang, dont ils fécondent le sol avec amour et générosité, pendant qu'ils rendi.'nt. service â la patrie en découvrant de nouveaux pays et en donnant de nouveaux alliés à la France. A la même époque, des hommes zélés

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et de saintes fr'mine.s dotent la colonie d'institutions dignes des pays populeux et avancés en civilisation, et tondent (de 1035 à 1077) le»ollég-e des Jésuites, le Séminaire de Québec, le >éniinaire de Saint-Sulpice, les Ursuiines et la C'ongrégativin de Montréal. Ci's institutions, qui vont à l'avenir procurer aux Canadiens une éducation solide, et presque gratuite, subsistent et se maintiennent grA(M( à des dons particuliers, grâce au travail et au dévouement de li'urs membres, et ne doivent que peu de faveurs au gouvernement, si ce n'est la dotation de quelques concessions de terres alors incultes et de peu de valeur.

A part les privations qui accompagnent tout établissement à sa naissance, les Canadiens eurent à soutenir une lutte formidable et presque continuelle contre les féroces Iroquois, qu'encouragèrent les colons anglais et hollandais de l'Américiae. Ces eîinemis avaient juré la perte des Hurons et des Algonquins, allié.^ naturels des Français. Champlain, de concert avec ces derniers, porta ses armes dans le j)avs iroquois avec assez davantage. Plus tard, après avoir détruit presque complètement la nation liuronne (164S-9). ces barbares tournèrent leur fureur contre les Français, qu'ils avaient généralement respectés jusqu'alors ; leurs bandes meurtrières portèrent partout le carnage et la dévastation. Le massacre de Lachine (1089) fut un de leurs plus cruels exploits. Mais ils furent beau-ioup affaiblis et humiliés par les expéditions heureu-ses du marquis de Traey et civiles de MM. de Penonville et de Frontenac.

Les Canadiens mirent encore a subir les invasions réitérées d'une puissance jalou-jc de leur

bonheur. Dès 1G28, une flotte anglaise, sons le commandement des frères Kertk, venait sommer la faible colonie do scj rendre. La noble attitude de M. de Champlain sembla d'abord la sauver. Malheureusement, l'année suivante, elle fut contrainte de se rendre à Tennemi, lorsque les Kertk se furent empares de l'escadre française commandée par de Roquemont et chargée de colons et de provisions pour les Canadiens. Trois ans après, le Canada était rendu à ses premiers possesseurs. Plus tard, en 1G90, l'amiral Phipps se présentait devant Québec aA'ec une Hotte nombreuse, et commençait le siège de cette ville. M. de Frontenac sut si bien prendre ses précautions, qu'il lui fit essuyer une défaite signalée. L'amiral repartit subitement, laissant aux Canadiens son pavillon comme trophée de leur victoire.

La lutte se continua entre les deux nations rivales. Les Canadiens, bien que juni nombreux et laissés presque à leurs propres forces, ne se contentèrent pas de se défendre dans leur pays ; leurs ])andes commandées par d'Ailleboust, LeMoine, Hertel, de Portneuf, se portèrent (1G90) sur le sol des colonies voisines, semant partout l'etfroi et l'épouvante. Peu après, le célè]>re d'Iberville se signalait à l'entrée du Saint-Laurent et à la baie d'Hudson (1G04-7), dotait son pays de nouvelles conquêtes, et assurait à la France la possession de la Louisiane (1G97 à ITOG.)

Une dernière mais terrible lutte s'engagea do 1754 à 17GÔ entre les deux peuples, et décida entre eux de la victoire. Ce fut un duel à mort, pendant lequel les milices canadiennes, aidées seulement de quelques bataillons français, combattirent avec un couraîie inoui contre les nom-

brenses phalaiio-es anolaise.s. A la rivière Mouougahéla, sous lo commandement de M. de Beaujeu, à William-Henry, à Oswego, à Carillon, sou.s celui du A'aleureux Montealm, elles remportèrent les victoires les j^lus éclatantes contre des forces de beaucoup plus considérables. Chaque victoire, malheureusement, épuisait les forces de la colonie ; car, malgré leurs rev<M-s successifs, les armées anglaises reparaissaient de plus en plus nombreuses.

Epuisés à la suite de plusieurs combtas, délaissés de leur mère-patrie, qui ne semblait plus digne de commander à des cœurs si généreux, les Canadiens succombent enfin sur les Plaines d'Abraham, après un combat acharné dans lequel les deux généraux AVolfe et Montealm payent de leur vie leur égale bravoure. Avant de se soumettre à leur vainqueur, ils se rassemblent sous le commandement de Lévis, et prennent une éclatante revanche, sur le même théâtre de leur défaite de l'année précédente, et remportent une dernière victoire, comme pour montrer à leurs maîtres qu'ils étaient dignes de vivre avec eux sur un pied d'égalité parfaite.

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