DOMINATION FRANÇAISE
En 1608, quelques Français, sous la conduite de Samuel de Champlain, fondaient à Québec une colonie au sein du Canada ou plutôt de la Nouvelle-France, que l’illustre Jacques-Cartier avait découverte trois-quarts de siècle auparavant (1534-5). Cet humble établissement, bien qu’il ne progressât pas avec rapidité, avait été, grâce à la sollicitude de son énergique fondateur et de ses dignes successeurs, assis sur des bases solides. Tous les soins avaient été pris pour que son origine fût noble et pure. En effet, cette population primitive se composait d’honnêtes artisans et de bourgeois, mêlés à un petit nombre de nobles, choisis avec précaution au milieu des fiers et robustes enfants de la Normandie, du Poitou, du Perche et de la Bretagne.
Dans les premières années de la colenie, le gouverneur avait seul la haute juridiction civile et militaire. De 1648 à 1663, un conseil de cinq membres, sous la présidence du gouverneur, posséda les pouvoirs législatifs, exécutifs et judi-
claires, En 1663, le Canada, qui ne comptait encore que 2500 âmes environ, sortit des langes de l'enfance, et subit des changements importants. Depuis 1627, il avait été sous le contrôle des cent-associés, compagnie qui, Se voyant incapable de remplir ses devoirs, remit ses priviléges au roi de France, Un conseil souverain, composé du gouverneur, de l'évêque, de V intendant, etc. fut créé, et eut juridiction dans les causes civiles et criminelles pour les juger en dernière instance, d’après la Coutume de Paris et les édits et ordonnance es du royaume ; il posséda le pouvoir de régler l'emploi dos deniers publics, de décider les affaires de polive, les affaires publiques et pa:'iculières, ete, Ce conseil fut, .urtout dans le: premières années, le théâtre de divisions intesi nes ; cependant sa création fut un grand bienfait pour les Camadiens : sous son existence, qui dura jusqu'à la conquête (en 1760), le pays prospéra considérablement, et vit s'accomplir les événements historiques les plus remarquables.
Dès le début, une ambition sublime anima le:
zélés fondateurs de la colonie : celle de répandre le christiinisme et Ja civilisation parmi les peuplades indigènes. Aussitôt de dévoués relicieux, les Récollets d'abord (1615), suivis peu après par les Jésuites (1625), quittent la France,
et pénètrent jusqu'aux contrées les plus éloignées. [ls v répandent l'Evangile au prix même de leur sang, dont ils fécondent le sol avec amour et oénérosité, pendant qu'ils rendent service à la patrie en découvrant de nouveaux pays et en donnant de nouveaux alliés à la France. A la même époque, des hommes zélés
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et de saintes femmes dotent la colonie d’institutions dignes des pays populeux et avancés en civilisation, et fondent (de 1635 à 1677) le collége des Jésuites, le Séminaire de Québec, le Séminaire de Saint-Sulpice, les Ursulines et la Congrégation de Montréal. Ces institutions, qui vont à l'avenir procurer aux Canadiens une éducation solice et pr esque œratuite, subsistent et se maintiennent grâce à des dons particuliers, grâce au travail et au dévouement de leurs membres, et ne doivent que peu de faveurs au gouvernement, sice n’est la Gotation de quelques concessions de terres alors incultes et de peu de valeur.
À part les privations qui accompagnent tout établissement à sa naissance, les Canadiens eurent à sontenir une lutte formidable et presque continuelle contre les féroces Iroquois, qu’encouragèrent les colons anglais et hollandais de l À mériq: ae. Ces ennemis avaient juré la perte des Hurons et des Aleonquins, alliés naturels des Français. Champlain, de concert avec ces derniers, porta ses armes dans le pavs iroqnois avec assez davantage, Plus tard, après avoir détruit presque complètement la nation huronne (1643-9), ces barbares tournèrent leur fureur contre les Français, qu'ils avaient généralement respectés jusqu'alors ; leurs bandes meurtrières portèrent partout le carnage et la dévastation. Le massarre de Lachine (1689) fut un de leurs plus cruels exploits. Mais ils furent beaucoup affaiblis et humiliés par les expéditions heureuses du marquis de Tracy et celles de MM. de l'enonville et de Frontenac.
Les Canadiens eurent encore à subir les inva-
sions réitérées d’une puissance jalouse de leur
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bonheur. Dès 1628, une flotte anglaise, sous le commandement des frères Kertk, venait sommer la faible colonie de se rendre. La noble attitude de M. de Champlain sembla d’abord la sauver.
Malheureusement, l’année suivante, elle fut contrainte de se rendre à l’ennemi, lorsque les Kertk se furent emparés de l’escadre française commandée par de Roquemont et chargée de colons et de provisions pour les Canadiens. Trois ans après, le Canada était rendu à ses premiers possesseurs. Plus tard, en 1690, l'amiral Phipps se présentait devant Québec avec une flotte nombreuse, et commençait le siége de cette ville, M. de Frontenac sut si bien prendre ses précautions. qu'il lui fit essuyer une défaite signalée. L'amiral repartii subitement, laissant aux Canadiens son pavillon comme trophée de leur victoire.
La lutte se continua entre :es deux nations rivales. Les Canadiens, bien que peu nombreux et laissés presque à leurs propres forces, ne se contentèrent pas de se défendre dans leur Pays ; leurs bandes commandées par d’Ailleboust, LeMoine, Hertel, de Portneuf, se portèrent (1690) sur le sol des colonies voisines, semant partout l’effroi et l’épouvante. Peu après, le célèbre d'Iberville se sionalait à l'entrée du Saint-Laurent et à la baie d'Hudson (1694-7), dotait son pays de nouvelles conquêtes, et assurait à la France la possession de la Louisiane (1697 à 1706.)
Une dernière mais terrible lutte s'engagen de 1754 à 1760 entre les deux peuples, et décida entre eux de la victoire. Ce fut un duel à mort, pendant lequel les milices canadiennes, aidées seulement de quelques bataillons français, combattirent avec un courage inouï contre les nom-
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LINTRODUCTION. 15
breuses phalanges anglaises. À la rivière Monongahéla, sous le commandement de M. de Beaujeu, à William-Henry, à Oswego, à Carillon, sous celui du valeureux Montcalm, elles remportèrent les victoires les plus éclatantes contre des forces de beaucoup plus considérables. Chaque victoire, malheureusement, épuisait les forces de la colonie ; car, maloré leurs revers successifs, les armées anglaises reparaissaient de plus en plus nombreuses.
Epuisés à la suite de plusieurs combtas, délaissés de leur mère-patrie, qui ne semblait plus digne de commander à des cœurs si généreux, les Canadiens succombent enfin sur les Plaines d'Abraham, après un comhat acharné dans lequel les deux généraux Wolfe et Montcalm payent de leur vie leur égale bravoure. Avant de se soumettre à leur vainqueur, ils se rassemblent sous le commandement de Lévis, et prennent une éclatante revanche, sur le même théâtre de leur défaite de Pannée précédente, et remportent une dernière victoire, comme pour montrer à leurs maitres qu'ils étaient dignes de vivre avec eux sur un pied d'égalité parfaite,