‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 [microforme] (volume 3)Chapitre 22 sur 24 · IE · texte numérisé non relu

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de médecine de Québec et de Montréal furent aussi incorporés en 1845.

Le goût littéraire commença vers cette époque à se réveiller un peu parmi la jeunesse &’origine française. À Québec furent fondées, en 1843, la Société de Discussion et la Société Canadienne et Scientifique ; l'année suivante, la jeunesse de Montréal jetait les bases de l’Institut Canadien. Ges institutions portaient les jeunes gens à s’instruire et à développer leur intelligence par la discussion et par le travail. Des lectures publiques furent dans le même temps données par MM. Morin, Chauveau, Berthelot, Pain. chaud, Bardy, etc.

Quelques bons ouvrages avaient été livrés au public pendant les dernières années : «Les Notions élémentaires de physique,» par M. Cauchon, «Les lois criminelles anglaises,» par M. Jacques Crémazie, « L'histoire du Canada sous la domination anglaise,» par M. M. Bibaud, et le premier volume de «L'histoire du Canada, » par M. Garneau. M. Chauveau avait commencé en 1842, dans le Courrier des Etats-Unis, une série de belles correspondances sur la politique du Canada. L'ouvrage de M. Garneau fait surtout époque : c’est un monument national qui a fait de cet écrivain une des gloires du Canada. Ecrite avec talent, avec des vues larges, avec patriotisme, l’histoire de M. Garneau a été reconnue supérieure à tous les ouvrages du même genre qui ant été écrits jusqu’à ce jour en Canada.

Lord Metcalfe läisa subitement le Canada le 26 novembre 1845, Une déplorable maladie affaiblissait depuis longtemps sa santé, et le contraignit enfin à

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demander à la métropole son rappel. Un grand nombre de citoyens l'accompagnèrent à son départ, et donnèrent à l’illustre malade des marques de réspect et de sympathie. Les dernières paroles qu'il prononça en laissant le pays furent une supplique au ciel pour qu’il répandit ses bénédictions sur ceux qu'il avait gouvernés. Il avait l'espoir de rétablir sa santé en changeant de climat ; mais, en arrivant en Angleterre, son mal prit un caractère plus dangereux, et il expira au milieu des plus grandes soullrances, le septembre 1846.

Né en 1785, Sir Charles Metcalfe entra, à l’âge de quinze ans, au service de la compagnie des Indes Orientales. Il avait occupé, pendant les trente-sept années qu'il passa aux Indes, plusieurs situations élevées, entre autres celle de gouverneur d’Âgra et de gouverneur-général des Indes après Lord W. Bentinck. De 1839 à 1842, il avait rempli, dans un moment très-critique, la charge de gouverneur de la Jamaïque. Il avait eu là à envisager une guerre de race causée par la mauvaise administration des derniers gouverneurs. Il était parvenu à rétablir la paix et la confiance parmi la population. Ses biographes s'accordent à dire que sa carrière politique aux Indes et à la Jamaïque fut marquée de succès non interrompus.

Sir Metcalfe fut appelé à succéder à Sir Charles Bagot dans l2 gouvernement du Canada. Il prit les rènes de l'administration de cette province le 30 mars 1843, et les conserva jusqu’au 26 novembre 1845, Cette administration constitue, sans contredit une époque remarquable dans notre histoire par plusieurs mesures importantes qu’elle vit passer.

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C'est sous elle qu'eut lieu le changement du siége du gouvernement de Kingston à Montréal, que la législature demanda l’abrogation de la liste civile, que furent votées les lois ds judicature du Bas-Canada, de l'indépendance de l’assemblée législative et des juges et cellc des écoles du Haut-Canada. Ces questions furent résolues pendant que MM. La Fontaine et Baldwin étaient au pouvoir.

C'est encore pendant la :nême administration, sous le ministère Viger-Draper, que les lois des écoles et des municipalités du Bas-Canada et des cours de districts du Haut-Canada virent le jour, que le rétablissement de la langue française fut demandé à la métropole, et que les exilés politiques eurent le bonheur de fouler le sol de la patrie, faveur due principalement aux sollicitations de Lord Metcalfs : car toutes les démarches faites avant lui pour obtenir le retour des exilés étaient demeurées infructueuses. Tel est le résumé des actes qui forment je beau côté de cette administration.

A son arrivée, Lord Metcalfe avait trouvé la pro vince paisible, un ministère fort, populaire et jouissant de la confiance des deux sections du Canada. C'était l’heureux résultat de la conduite deSirCharles Bagot, qui s'était entièrement conformé aux principes du gouvernement constitutionnel. Lord Met: calfe avait été accoutumé ailleurs à pratiquer un plus grand pouvoir, et il s'occupa peu de consulter sur toutes les questions les ministres du Canada. De là sa détermination à vouloir nommer seul les employés publics : l'appui qu'il reçut de plusieurs membres ennemis du ministère le rassura dans sa prétention, Cette conduite amena naturellement la

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aveur due lui-mème chef politique, descendii dans l'arène Metcalfe: | pour défendre sa conduite et gagner des partisans. Il parvint à la fin à former un conseil de six ministres, dout plusieurs étaient des hommes nouveaux dans la politique et impopulaires, puis il se décida à dissoudre les chambres. Le résultat des élections générales donna cinq ou six voix de majo-

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. :. Æ rité au ministère, et ce faible résultat fut obtenu ue “es râce à l'intervention du gouverneur. En prenant Au is une part aussi active dans la lutte politique, Lord nee int Metcalfe déviait de la coutume constitutionnelle que

devait observer le représentant de la couronne. Ce n'est pas le fait d’un gouverneur de favoriser plus un parti qu'un autre ; il doit se tenir à l'écart de toutes les luttes et appeler au pouvoir les hommes qui possèdent la confiance de la majorité du peuple. Si Lord Metca!fe eût tenu cette conduite, on n'aurait | pas eu le triste spectacle d’une lutte de deux l: années entre des partis de forces à peu près égales ; on Î

Lord Metatiquer ull e consulier Canada. De eul les ent > plusieurs ura dans Si slement la

n'aurait pas vu le pays dans une agitation continuelle, et une section de la province gouverner l'autre par sa majorité, et se servir de cette majorité pour lui imposer une politique injuste. Aussi à son départ laissa-t-il le Canada, qu'il avait trouvé paisible et heureux à son arrivée, dans une triste posi tion ; il lui légua un ministère sans force, sans intluence, obligé de se maintenir par des changements continuels. Lord Metcalfe s'était donc trompé. Il ne comprit pas le gouvernement constitutionnel ou, s'il le comprit, il ne le mit pas en pratique. Aujourd'hui, un gouverneur qui essaicrait d’administrer le pays d’une semblable manière, ne réussirait certainement pas.

Malgré les erreurs que nous venons de signaler, Lord Metcalfe avait de belles qualités ; il montra surtout un excellent cœur ; il en fit preuve par sa conduite envers les exilés politiques et par une générosité digne de tout éloge qu’il exerça abondamment envers les catholiques comme envers les protestants. Contrairement à Lord Sydenham, il prit soin de ne blesser les sentiments d'aucune partie de la population : les Canadiens-Français eurent leur part dans la distribution du pouvoir. Seulement, ceux qu'il

choisit n'étaient pas les plus populaires ; il essaya |

plusieurs fois, cependant, de nommer pour ses conseillers ceux qui possédaient une certaine influence.

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D Après le départ de Lord Metcalfe, novembre 1845, l'administration de lait passée à Lord Gathcart, forces Militaires qu Canada, jusqu?

Seur fût nommé par la métropol des relations entre l'Angleterre

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de l'autorité civile et militaire dans sa personne n'était pas l'effet d'une combinaison due aux circonstances, mais d’une conviction mûre et mcditée de sa haute capacité pour l'administraiion de l’une et de l’autre. Lord Cathcart était un officier distingué et rempli de mérites : il était arrivé en Canada, au mois de juillet 1845, pour y prendre le commandement en chef des trouves britanniques à la place de Sir Richard Jackson. Son élévation au gouvernement civil lui donnait un surcroît de travail considérable, et lui imposait surtout une grande responsabilité.

L'Angleterre était à cette époque en difficulté avec la République Américaine, au sujet des limites et de la possession du grand territoire de l'Orégon. Ce territoire, situé entre les Montagnes Rocheuses et l'Océan Pacifique, est arrosé par la rivière Colombia. Il avait ét6 habité par des sujets anglais longtemps avant qu'un citoyen américain eû mis le pied sur son sol. La compagnie de la Baie d'Hudson avait établi et possédait sur la Colombia des comptoirs fortifiés, où près de mille employés faisaient, en 1845, le commerce des fourrures. Les Américains avaient aussi

une colonie assez considérable établie dans la vallée !

de la rivière Williamette, affluent de la Colombia. Le reste du territoire était peuplé de tribus indiennes au nombre d'environ &0,000 âmes.

Depuis nombre d'années l'Orégon avait été habité en commun par les deux colonies. En 1818, un traité avait été signé entre les deux parties pour r° :ler la

frontière septentrionale du territoire et déterminer|

pour 10 ans l'occupation conjointe, Le traité de

1827 confirmait celui que nous venons de citer, pour

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un temps indéfini, à la volonté des deux parties, sauf à régler la question plus tard. Un des premiers actes du président Polk fut de rouvrir le litige, en annoncant à son peuple qu’il était du devoir du gouvernement de maintenir sur tout le territoire son droit de propriété, qui était inconiestable selon lui, et qu'il fallait proiéger les citoyens qui iraient s’y établir. Il signifia quelque temps après à la Grande-Bretagne l'abrogation du traité de 1827, et la cessation de l’occupation commune du territoire à l'expiration d’une année. Comme dans toutes difficultés internationales, le gouvernement américain ne considéra pas si ces réclamations au sujet de ce territoire étaient justes et honnêtes ; mais il ne chercha qu'à contenter son ambition et son esprit d'agrandisserment. L'Angleterre, de son côté, n’était pas disposée à abandonner nn si vaste pays et ses sujets qui l’habitaient ; elle avait un droit clair et certain, et ses honimes d'état voulaient le maintenir à tout prix. Mais, avant d’en venir à des difficultés, elle proposa de diviser le territoire par la Colombia et de laisser la navigation de

à celte rivière libre aux deux peuples. Ces propositions,

pourtant si sages, furent d’abord refusées par le gouvernement américain. Les négociations furent reprises dans l'été de 1846, et couronnées de succès. Le krritoire fut partagé entre les deux puissances, et la libre navigation du Colombia fut concédée à la com: pagnie de la Baie d'Hudson et auxsujets britanniques. DL James Buchanan, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, lHon. M. Richard Pacha: membre du céniseil privé de la reine, furent nommés pourrégler le traité. : Lord Cathcart convoaua les chambres le 20 mars

1846 (1). Il ouvrit la deuxièmesession dusecond parlement par un discours dans lequel il recommanda de voter une liste civile pour remplacer celle qui avait été établie par l'acte d’union, de réorganiser immédiatement la milice canadienne par une loi efficace, d'émettre des débeñtures pour une certaine somme destinée aux incendiés de Québec, afin de les aider à reconstruire les propriétés détruites, etc. ILs’exprima ainsi sur le départ de Lord Metcalfe : « Tout en vaus annonçant que je suis devenu le successeur de Lord Metcalfe, vous vous joindrez à moi, J'en suis convaincu, pour exprimer de sincères regrets sur la cause pénible qui a forcé ce personnage distingué à abandonner un poste dont il a rempli les devoirs avec le même zèle et la même habileté qui lui ont valu, en toute occasion, la haute approbation de sa Souveraine, ainsi que le respect et la reconnaissance du peuple au gouvernement auquel il a présidé comme son représentant. »

L'adresse en réponse à ce discours contenait les mêmes sentiments au sujet de Lord Metcalie. Le colonel Prince, qui la proposa, se plut à louanger la conduite de l’ex-gouverneur, et à reconnaître en lui le meilleur administrateur que le Canada eût eu jusque-là. IL avait cependant approuvé la conduite des chefs libéraux, et voté avec eux à la dernière session.

Les membres du parti Ehetral étaient loin d’ap-

(') Les députés élus depuis la dernière session étaient : D.-B. Viger, Trois-Rivières, à la place de Ed. Greive ; J.-A. Taschereau, Dorchester, à la place de P.-2 Taschereau; Wim. Caley, Huron, à la place de Wm. Dunlop ;

George Munro, 3e division York, à la place ae J.-F, Sinail.

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CATYHCART. 199

prouver lä politique de Lord Metcalfe, et ne pouvalent voter la partie de l'adresse qui s’y rapportait. Ce parti, qui avait combattu son administration, existait encore ; il professait les mêmes principes et formait une opposition imposante. L’Hon. M. Baldwin proposa de retrancher cette partie et de la remplacer par une autre qui exprimerait cimplement le regret qu'avait la chambre de la cause pénible qui avait forcé Lord Metcalfe à abandonner un poste aussi éminent. M. Baldwin regrettait de proposer cet amendement, il respectait chaque gouverneur de la province ; mais ses amis et lui ne pouvaient pas accepter les résolutions de l'adresse telles qu’elles étaient proposées, et ils n'étaient pas plus capables d'approuver la conduite de Lord Metcalfe qu'ils ne Pavaient été l’année précédente. Il approuvait lui-même cependant le reste de l'adresse, désirant mettre la milice sur un pied <ffectif, et espérant que la liste civile serait facilement réglée.

Dans le cours des üébats sur l'adresse, M. Viger fut plusieurs fois l’objet d'attaques de la part des membres de l'opposition, surtout de M. Aylwin, qui lui demanda des explications sur sa persistance à garder si longtemps son siége dans le cabinet sans être élu par la peuple et sur la position qu’il occupait envers ses compatriotes.

M. Viger, au lieu de répondre directement, défendit dans un long discours la conduite de Lord Metcalfe et la sienne. «Il dit que le peuple devait l'octroi du gouveraement responsable en Canada à

| Lord Metcalfe que Pois n'avait cessé de alomnier,

et à lui, son ministre, bien qu’on les eût accusés tous

deux d’en être les eanemis, pendant qu'ils en avaient

été les plus fermes soutiens. Lord Metcalfe s'était mis dans l'impossibilité de pouvoir l’ébranler en prenant les résolutions de 1841 pour sa règle de conduite ; lui-même (M. Viger) avait discuté le gouvernement constitutionnel d’une manière plus claire et plus précise ; il en avait présenté l'étendue et les conséquences sous des points de vue plus favorables aux libertés publiques, que la majorité de l'assemblée ne l'avait fait dans son adresse aux ci-devant ministres. Pendant neuf mois le gouverneur avait suspendu la cassation du parlement pour offrir à la majorité de reconstituer le ministère avec les mêmes matériaux, et cependant on les avait denoncés tous deux comme ennemis du gouvernement responsable, Comment alors les honorables membres pourraient-ils croire le gouverneur et son ministre capables de pousser l’extravagance jusqu’à vouloir détruire un gouvernement qu'ils établissaient sur une base inébranlable. Les faits étaient accomplis, et l'histoire dira que, pour soutenir cette accusation d’avoir voulu renverser ce système de gouvernement, on avait jeté la province dans une grande effervescence, et qu'on l'avait tenue dans cet état depuis ‘plus de deux ans. On avait grossièrement calsmnié Lord Metcalfe, dit encore M. Viger ; on l'avait représenté comme le plus mauvais de nos gouverneurs. Il ne fallait pas oublier sa conduite envers les ex‘lés politiques et ses générosités en tous genres. Quant à lui-même, on lui avait reproché d’être l’objet de la haine de ses compatriotes; mais Cette haine avait été allumée par d'atroces calomnies. Ce n’était pas la première fois qu'il subis sait une pareille épreuve: en 1812, on avait porté contre lui de graves accusations au sujet d'un acte

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1846] CATHCART. 201 de milice ; on reconnut lus tard qu'il avait eu raison et on lui avait rendu justice. IL comptait trop sur l'équité de ses compatriotes pour désespérer de l'obtenir encore cette fois. »

Rien dans ce discours ne donnait les raisons qui avaient déterminé M. Viger à accepter le pouvoir et à demeurer deux années entières dans la position la plus anormale et la moins constitutionnelle. C’est ce que lui fit remarquer M. Cauchon dans un discours Où il prit à parti tous les ministres du Bas- Canada, démontra la position humiliante qu'ils occupaient dans le cabinet et les actes injustes envers leurs compatriotes qu'ils avaient sanctionnés de leurs votes. M. Chauveau s’appliqua à prouver que l'administration n'était pas numériquement aussi forte qu'elle le paraissait, que moralement et poli tiquement elle était faible, et que le pays ne devait aucune reconnaissance à Lord Metcalfe pour lui avoir légué un tel ministère. D’autres discours furent prononcés par MM. Drummond, Robinson, etc. ; et le vote fut pris sur amendement, qui fut perdu par une minorité de scize voix. Plusieurs membres qui étaient de l'opposition à la session précédente soutinrent le ministère, cutre autres M. Christie et le colonel Prince.

La chambre s'occupa, au commencement de la session, de la correspondance qui avait eu lieu entre M. Draper et M. Caron dans le but de reconstituer le ministère et dont nous avons déjà dit un mot. M. t Cameron proposa une adresse au gouverneur pour

le prier de produire cette correspondance. Le minis-

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