‹ Le Canada sous l'Union 1841-1867 [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 24 · RD EE PENCERE RIS · texte numérisé non relu

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convenante ; il se considérait en droit de consulter confidentiellement des amis, quoique membres de l'opposition, au sujet de quelques actes ministériels. Sans vouloir admettre ni nier l'existence de la correspondance, il crut qu’il était de son devoir de respecter linviolabilité du secret. Les membres de l’op. position étaient d'avis qu'il n’était ni constitutionnel ni parlementaire de la part d’une administration de faire à des membres de l'opposition des ouvertures en apparence sincères,et cela dans le but de connaître les plans et les idées de ce parti. Ils citèrent des précédents en Angleterre qui autorisaient le parlement à s'enquérir même des bruits politiques. S'il existait réellement une correspondance semblable, elle ne pouvait être d’une nature privée et l’on devait la mettre au jour. La proposition de M. Cameron fut perdue par une minorité de six voix.

Les amis de M. Draper s'assemblèrent alors pour discuter cette question. On reconnut qu'ils représentèrent la conduite des chefs libéraux sous un faux jour. Les libéraux se réunirent de leur côté, prièrent M. La Fontaine de leur faire part de la correspondance qu'il avait entre les mains et résolurent de la livrer à la publicité. Quelques jours après, M. La Fontaine, afin de se justifier etde défendre sa position, lisait en chambre une partie des lettres qui avaient fait le sujet de cette correspondance devenue célèbre. Voici le résumé fidèle des principales lettres qui avaient été échangées sur ce sujet.

Aux mois de juillet et d'août 1845, M. Draper avait eu avec M. Caron des entrevues dans le but de faciliter un arrangement au moyen duquel, en adjoi-

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gnant au ministère quelques Ganadiens-Français, la majorité du Bas-Canada serait représentée comme celle du Haut-Canada. M. Caron, dans une lettre en date du 7 septembre, communiquait à M. La Fontaine la substance de ces entretiens. M. Draper lui avait déclaré qu'il serait très-flatté de voir quelques Canadiens-Français, autres que ceux qui y étaient déjà, faire partie de ladministration. Il insistait fortement sur les avantages que le public et surtout la population française retirerait de compter dans le cabinet des personnes connaissant les besoins de tous et en état d’y pourvoir. Il se présentait de graves difficultés pour opérer ce changement, mais il fallait s'assurer s’il n’y avait p:s moyen de les surmonter. Il-espérait pouvoir décider M. Viger à se rerer ; quant à M. Papineau, il ne demandait pas mieux que de remettre son portefeuille. Ces deux situations de”cient être remplies par des Canadiens- Français. Une autre difficulté que M. Draper lui avait signalée concernait M. La Fontaine lui-même, parce que le gouverneur ne pouvait pas se rencontrer avec lui tant que Lord Metcalfe serait au pouvoir. Mais il était injuste de sacrifier un homme de son importance et de son mérite, et M. Draper était prèt à faire disparaître cette difficulté en le placant de manière à le satisfaire. Il priait M. Caron de communiquer ces détails à ses amis et de faire tout en son pouvoir pour effectuer un rapprochement, et engager les Canadiens-Français à prendre dans le conseil les siéges qui pouvaient devenir vacants pour le moment. M. Caron terminait cette lettre en disant à M. La Fontaine que, d’après son opinion, cette ouverture valait la peine qu'on y réfléchit et il l’engageait

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à communiquer la chose à ses amis ; enfin, que l’état dans lequel était le Bas-Canada ne pouvait durer longtemps.

M. La Fontaine répondit à celte lettre le 8 du même mois. Il déclarait que la voie qu'avait prise M. Draper pour obtenir le résultat qu'il désirait, lui paraissait inconstitutionnelle ; car personne n'était responsable de la démarche qui avait donné lieu à la correspondance, personne n'était chargé de réorganiser le ministère. Gette circonstance le fai sait hésiter à donner son entière opinion. M. Draper admettait que la section bas-canadienne du ministère ne représentait pas le Bas Canada. Pour: quoi alors la maintenir ? Pourquoi ne pas former, quant à cette section de la province, une nouvelle administration à l’aide de quelqu'un qu’on chargerait constitutionnellement de le faire ? une administration ainsi formée serait forte de l'influence que lui donnerait l’appvi de la majorité des représentants, et ferait prévaloir cette influence légitime dans le conseil. En introduisant dans le ministère deux nouveaux ministres canadiens-français à la place de MM. Viger et Papineau, ainsi que le voulait M. Draper, on cherchait à diviser et à affaiblir le parti libéral un peu plus que ne l'avaient fait ces deux hommes politiques. Puisque l’on voulait retirer ces derniers, pourquoi ne pas congédier en même temps MM. Daly et Smitu, qui ne représentaient pas plus qu’eux le Bas-Canada. On cherchait évidenrment à jeter nos compatriotes dans une division ct dans une faiblesse mortelle. M. La Fontaine rés: mait ainsi ses remarques à M. Garon : «J'en viens donc à une conclusion sur laquelle vous ne pouvez

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pas vous méprendre : c’est qu'en fait d'adminisiration, le Bas-Canada doit avoir ce qui est accordé au Haut-Canada; rien de plus, mais aussi rien de moins. Voilà l'expression sincère de mes vues. Si je me trompe, l'erreur est mienne. Je le regretterai saus doute ; mais advienne que pourra; je désire avant tout rester en paix avec mes convictions qui sont ma conscience.

«Je ne puis terminer sans vous dire un mot sur ma position à l'égard de mes amis politiques. Je l'ai souvent dit et je le répèterai encore, c’est qu'aucune considération qui me soit personnelle, ne doit les empêcher de former partie d'une administration qui, pour le Bas-Canada, serait organisée d’après les principes constitutionnels qui doivent diriger notre conduite.

«Je ne servirai pas d'instrument pour diviser mes compatriotes. Si l’on forme une administration qui mérite ma confiance, je la soutienurai de bon cœur. Si cette administration n’a pas ma confiance, mais qu'elle possède celle de la majorité de mes compatriotes, ne pouvant la soutenir, je me retirerai volontiers de la représentation, plutôt que de jeter Ja division dans nos rangs. Si, sous le système d’accepter des places à tous prix, il est des personnes qui, pour un avantage personnel et momentané, ne craignent pas de détruire le seul bien qui fait notre force, l'union entre nous, je ne veux pas être et ne serai jamais de ce nombre. »

M. Caron, après avoir eu l'opinion de M. Là Fon. taine, de M. Morin et de quelques autres membres libéraux, rendit compte de ses démarches à M. Draper, dans une lettre en date du 17 septembre. I] lui

dit que tous ses amis étaient d'accord sur la nécessité d'un changement, et que ce changement, pour être durable et satisfaisant, ne pouvait s’opérer qu’au moyen de l’union des deux partis les plus nombreux et les plus influents dans chaque section de la province. La direction des affaires devait être entre les mainsdesdeux partis dominants dans chaque section : et l'administration ne devait pas plus conduire le Bas-Canada au moyen d'une majorité prise dans le Haut, qu'elle ne devait imposer la loi à la majorité du Haut-Canada par suite de laide que lui donncrait le Bas, et qu’une administration quelconque ne devait durer que tant qu’elle serait soutenue par une majorité respective dans chacune des sections de la province. Ils n'avaient aucune objection quant à la manière dont l'administration était composée dans le Haut-Canada, parce qu'elle était soutenue par la majorité ; mais il n’en était pas de même dans l: Bas-Canada, où une faible minorité soutenait 1° ministère. Les ministres de cette dernière section de la province ne devaient pas être un obstacle à l’arrangement projeté, puisque, d’après le système du gouvernement responsable, en acceptant des portefeuilles, ils avaient dû s'attendre à les céder du mo: ment que d’autres seraient en état de conduire les affaires du pays d'une manière plus avantageuse. Il était nécessaire d'effectuer un plus grand nombre de vacances que celles dont il avait déjà été question. et de les remplir par ceux qui jouissaient de Ja confiance de la majorité. On devait charger quelqu'un d'élaborer et de proposer les bases dn nouvel arrangement, et de soumettre les noms dc ceux que l'on voudrait faire entrer dans le ministère,

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Quant à M. La Fontaine, il avait déclaré qu'il supporterait une administration composée d'hommes possédant la confiance du pays, et dont il approuverait les principes. M. Caron terminait cette lettre en disant qu’il ne fallait pas songer à ne faire entrer dans le cabinet qu’un ou dux membres, ce simple changement n'aurait aucun résultat effectif : il fallait que l'administration du Bas Canada fût entièrement reconstruite : C'était là l'opinion de tous ceux qu'il avait consultés. La réalisation de cet objet n'était pas sans difficulté, mais elle était possible ; et, si c'était le seul moyen d'établir la paix et la satisfaction dans le pays, il fallait l'obtenir à tout prix.

M. Draper répondit à cette lettre le 19 novembre. Il déclara à M. Caron qu'il arait beaucoup réfléchi sur le sujet en question avec un vif désir d'effectuer un rapprochement avec le parti libéral. La maladie de Lord Metcalfe l'avait empêché de lui soumettre la question. Il allait cependant donner sans réserve le résultat de ses propres vues. Quant à lui, il était prèt à céder sa place s’il était nécessaire ; il n’appréciait pas assez la vie publique pour se cramponner au pouvoir, et il considérait que M. Viger devait faire un abandon de la sienne : MM. Daly et Papineau ne tenaient pas non plus à garder leurs places pour embarrasser le gouverneur dans la formation de son conseil. Il était d'opinion que les charges d’arateur du conseil législatif et de président du conseil exécutif pouvaient être réunies comme moyen d’économie publique. Maintenant que M. Draper, possédait l'exposé franc et intéressant des vues de M. Caron et de ses amis, il pouvait aller de l'avant et soumettre la question au gouverneur et à ses collègues.

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