‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 13 sur 76 · AS USE FT · texte numérisé non relu

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Lord Elgin poussa la générosité et la courtoisie jusqu’à prononcer lui-même le discours du trône dans la langue française. C'était une chose inouïe dans les faste: parlementaires : car autrefois, les gouverneurs du Bas- Canada lisaient leurs discours en anglais, et le président du conseil législatif en répétait la lecture dans la langue française. Cette bienveillance de }: part du gouverneur causa une profonde sensation. Les Canadiens-français étaient heureux de voir la réhabilitation de leur langue proscrite par les haines anglaises; c'est à cette occasion que le vénéiable M. Viger, laissa échapper ee ci d'une âme émue: ‘* Que je me sens soulagé d'entendre dans ma langue les paroles du disecurs du trône !”

Le gouverneur attira lattention des chambres sur plusieurs mesures, entre autres, sur l'ausmentation de la représentation, sur la modifiation des lois des écoles, de judicature et des municipalités, et sur la continuation des canaux du Saint-Laurent. Il annonça encore que le parlement impérial avait accueilli favorablement ses représentations au sujet du rappel des lois de Ja navigation.

L'adresse proposée par M. Dumas, fut discutée longuement. Les conservateurs ne présentèrent pas d’amendement, mais M. Papineau en présenta un au paragraphe suivant: ‘“ La chambre a l'assurance que les preuves qu'a données le peuple du Canada, pendant cette periode d’excita: tion et de malaise général, de son amour de l’ordre et de son attachement à ses institutions. tendront à asseoir le crédit de la province sur une base plus solide, et à lavancement de prospérité.”

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L'amendement de M. Papineau portait le cachet des idées démocratiques, et tendait à dire que le peuple canadien méritait, par son amour de l’ordre, une constitution meilleure que celle qu'il avait. Voici en quels termes était conçu cet étrange amendement :

“ Que cette tranquillité que le peuple des (anadas a conservée au milieu de l'agitation profonde et générale, qui a poussé les nations les plus éclairées de l'Europe aux plus nobles efforts, souvent suivis d’heureux succès, pour réformer leur vicieux gouvernements, follement attachés à des usurpations surprises par la fraude, ou conquises par la violence durant la barbarie du moyen âge, mais devenus intolérables et bientot impossibles en présence de la libre discussion de Ja raison et les Jlumières du dix-neuvième siecle, prouve que les Canadiens de toutes les «lases et de toutes les origines sont amis de l’ordre, à ve degré qu'ils ont bien droit d'être dotés d'une constitution politique beaucoup plus libre et libérale, que ne l’est la loi constitutive et défectueuse qui leur a été imposée,contrairement à leurs désirs connus et exprimés par leurs remontrances et leurs pétitions réitérées, contre la réunion desdeux Canadas, sagement séparés, et pour leur mutuel avantage, en 1791; Que jusqu'à ce que le vœu philanthropique et judicieux de ee grand et prévoyant homme d'état, Charles James Fox, soit accompli; c'est-à-dire, jusqu'à ce que nos instituons aient été réformées par l'extension du principe électif à beaucoup d'autres endroits et départements que ceux où il prévaut, au point, disaitil. que les Canadiens ne devraient avoir rien à envier à leurs voisins, nous n'avons pas plus de

chance dans l'avenir que nous en avons eu durant un long et pénible passé, d'obtenir le bon cou: vernement de la province, et par son bon gouvernement, la prospérité gé nér: ale et le contentement œénéral de ses habitants. ?

Au paragraphe de l'adresse concernant |:

réforme électorale, M. Papineau proposa que là représentation fut répartie d’après le chiflre de la population. Il'fit trois longs discours dans lesquels il exprima sa satisf: action d’'avoirentendu le discours du gouverneur dans sa langue maternelle ; mais il déclara ne voir rien de louable dans ce discours, qui n'était fait que pour tronper la chambre. Puis il dirigea ses att: AUTLL OS contre le ministère, contre l’union des province et contre la presse, Il reprocha aux ministres d'avoir accepté le pouvoir, et de s'être mis en contradiction avec eux-mêmes, et avec leurs protestations contre l'acte d'union, en 1841. * Loin de penser comme eux, dit-il, je trouve la constitution extrèmement fautive, tyrannique et démoralisatrice. Conçue par des hommes d'état au génie aussi étroit que malfaisant, aussi petit qu'était grand un de ceux qui, dans des circonstances plus he Ureuses, Av aient préparé l'act: de 1791, elle n’a eu jusqu'ici, et ne peut avoir dans la suite ne des effets dange: ‘eux, des résultats ruineux et destructifs. C’est du moment que le parti libéral est monté au pouvoir que jai vu qu'on voulait nous demander cette approbation avilisante et sans condition de l'acte d'union. e! c'est de ce moment que je résolus de ne plus donner ma confiance à des hommes sur de sim ples promesses, mais de toujours juger les hommes d'après leurs actes..…...Pour de véritables hht-

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M. l’apineau demanda quelle était la disposiion de l’acte d'union qui méritait d'être approuvée ? Le système de la représentation avait été hussé, sans l'ombre d'excuse, dans cet acte arbitaire : les bowrgs-pourris avaient été multipliés sans iéserve, Le ministére s’attachait à les conserver, et il offrait une mesure de représentation où rien n'était changé, approuvant ce qu'il avait condinné dans des temps passés. Son opinion etut que plus tôt viendrait la séparation des deux provin-es, mieux ce serait pour elles. Jusqu'à présent l'attention s'était portée surtout à la rlorme électorale, non pas parce que c'était la seule réforme désirable, mais parce qu'elle était un moyen de conduire au rappel de l’Union.

Tous les hommes de bons sens voyaient combien grande était la difficulté de législater pour deux pays si différents en tous points. “ Quant à moi, dit-il, je ne veux ni souflrir ni pratiquer une juste domination ; et si plus tard le Hanut- Canada avait une population plus considérable, et demandait, ce qu'il ne peut manquer de faire

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la majorité de la représentation, oui, je voterai pour l'application générale dece principe essentiel au gouvernement constitutionnel, la représenta. tion proportionnelle à la population. Il n'y a aucun risque à ce que la différence de deux cent mille âmes, qu’il y avait en 1843, entre le Haut et le Bas-Canada, s’efface rapidement, pour que le procureur-général et le représentant de Naint- Maurice soient de leur vivant mis à l'épreuve, sur la manière dont ils auront à voter, dans l'évantualité d'un surplus de population dans le Huut-Canada. Loin de se décourager à la vue d'un accroissement beaucoup plus rapide de population dans une section que dans l’autre, la seule conclusion raisonnable et patriotique qu'il en faut déduire, c’est qu'il n’y a pas un jour, une heure à perdre, mais qu'il faut au plus vite demander le rappel de l’acte d'union.”

Dans un autre endroit, M. Papineau dit que l'annexion est inévitable, que tout l'amène. Ce n'est pas la gœuerré qni y conduira, ce sont les négociations.. Elle n’est plus qu'une question de temps, nullement un sujet de doute et d'incertitude. Dans cette prévision, ceux-là seraient aveugles, qui imagineraient devoir ajourner jusque là la demande du rappel de l'Union. Il ne faut pas attendre que le fait soit a-compli pour commencer à préparer le peuple à pouvoir se gouverner sous l'action de ses nouvelles destinées,

M. Papineau se plaignit de ce que le quorum de la chambre, fixé à vingt membres, n’était pas assez élevé, et iltrouvait absurde la qualification des députés. Il n'y avait que le riche qui püt être envoyé au parlement; un homme sans pro-

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priété, eût-il les plus g ands talents, ne pouvait jouir du même droit. Aux Etats-Unis cette qualification n'existait pas. Il blâma l’administration d'avoir placé deux de ses membres sur le banc des juges, quoiqu'il reconnüt leur capacité. Les juges doivent être pris hors de la chambre. Suivant lui, les canaux ne valaient rien, et les vaisseaux d'outre-mer ne monteraient jamais jusqu'aux lacs. Enfin, il déclara que le ministère tory, dont il avait pensé tant de mal, et le ministère libéral, dont 1l avait espéré tant de bien, avaient également trompé ses espérances.

M. La Fontaine se leva pour. répondre à M.

Papineau, et dans un discours vraiement éloquent il déclara qu'il s'était cru obligé d'accepter le pouvoir après les vives sollicitations de ses amis politiques. S'il avait alors commis une faute, eux qui l'avaient supporté en étaient responsables autant que lui. “Toujours, dit-il, si cette haute a été heureuse pour quelqu'un, c’est pour le représentant du comté de Saint-Maurice (M. Papineau). Mais loin d'avoir commis une faute,

je crois avoir rempli un devoir. Tous auront la

conviction que les intérêts du Canada, loin d'avoir été foulés aux pieds, sont sortis vVainqueurs de la lutte. Un des heureux résultats qui en soient découlés, est le rétablissement de l'usage de la langue française en parlement.

Cest une preuve que pendant que nous étions en minorité, nous ne perdions pas de vue la pensée de l’Union.

“ Quelles auraient été les conséquences de l'adoption du combat à outrance qu’on nous proche de n'avoir pas adopté ? Ni alors les représentants du Bas-Canada s'étaient tenus

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isolés, au lieu d'accepter les offres que leur donnaient le moyen de faire disparaitre cette clause de proscription, les Canadiens n'auraient jamais pris part à l'administration; ils auraient été écrasés. Auriez-vous obtenu, avec ce système d'opposition à outrance, le rappel de cette claus: de l’acte d'union ?-Non, vous ne laariez jarnais obtenu, et mes compatriote: seraient aujourd'hui écrasés. .….;

“ Si, en 1842, nous avions adopté le systeme de l'honorable membre, aurions-nous été dans une position à solliciter, à presser, comme nons l'avons fait, le retour au pays de nos compatriotes exilés ? Ni nous n'avions pas accepté une place dans l'administration, en 1842, aurionsnous été dans une position à obtenir, pour l'honorable membre en particulier, 1& permission de rentrer dans sa patrie, permission, pour

l'obtention de laquelle je n'ai pas hésité,

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pour vaincre des refus réitérés de la part de Nir Charles Metcalfe, d'offrir ma démission à des emplois largement rénumérés, que je possédais alors. Voilà cependant l’homme qui, obéissant à son ancienne habitude de déverser linjure et l’outrage, ose en présence de ces faits, m'accuser, ainsi que mes collègues, de vénalité, d'amour sordide des emplois, de servilité devant le pouvoir.”

M. LaFontaine s'exprima aïnsi au sujet des remarques de M. Papineau sur la représentation : ‘* I1 (M. Papineau) trouve injuste la clause de l'acte d’union qui veut que l’une des provinces ne puisse pas avoir un plus grand nombre de députés que l’autre. Je dis moi que la seule clause dans l'acte d'union qui puisse nous sauver, es

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celle qui dit qu'il faudra les d:ux:tiers de la chambre à la deuxième et à la troisième lecture d'un bill tendant à changer la représentation, pour le faire passer. Je déclare iel, que jamais je ne consentirai, quelque soit la population respective des deux provinces, à ce que le Haut-Canada ait une représentation plus forte que la nôtre, de même que je n'en désirerai jamais une plus lorte pour le Bas-Canada. Je ne dirai pas moi, pour jeter de la poudre anx yeux du psys :

“ Périsse la patrie plutôt qu'un principe,” (paroles qu'il attribuait à M. Papineau) je dirai au controire : Que je périsse moi, s'il le faut, mais que ma patrie soit sauvée ! Voilà les convictions que le devoir m'inspire. ”

Le premier ministre soutint qu'il n'avait pas marché à la remorque du Haut-Canada ; preuve, c'est qu'il avait obtenu le changement du siége du gouvernement, et par ce déplacement, ses amis du Haut-Canada en avaient souffert ; il en avait fait une question ministérielle. La coutume de choisir les juges parmi les membres de la législature était suivie en Angleterre : là, l’administration de la justice était respectée plus qu'ailleurs ; presque tous les juges avaient été membres, et des solliciteurs et procureurs-généraux avaient été pris parmi les juges. Il fit voir que le système de représentation aux Etats-Unis n'était pas uniquement basée sur le nombre des habitants. Les plus grands états n'avaient pas le droit d'envoyer plus de deux membres au sénat, les plus petits états avaient les mêmes privilèges ; à, un blane avait une voix tandis que vingt noirs n'en avaient point. Il voyait que le but de M. Papineau était de faire passer la province

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