‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 16 sur 76 · PRE ESS · texte numérisé non relu

PRE ESS

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94 TORD ELGIN. [18 9 qui conseillât de payer les pertes réclamées par ces résolutions. “ Le dernier ministère, dit-il. n'a pas voulu slder les pertes dans le Haut-Canada à même les fonds consolidés duta province. C'est pourquoi il à aflecté le revenu des licences à payer ces pertes dans le Haut-Canada, pendant que dans le Bas-Canada, le même revenu fut appliqué à des fins locales, c’est-à-dire pour la construction de chemins et de ponts. Maintenant, je dis: prenez le même revenu, et aussi celui des licences de mariage, et appliquez-les aux mêmes fins, et je voterai de tout cœur pour la proposition actuelle. Et je dirai même que je suis prêt à voter pour l'indemnité, si les messieurs qui occupent les siéges ministériels promettent qu'on ne l’appliquera qu'à payer les réclamations des loyaux. Mais je ne connais rien dans l’histoire d'aussi abominable que de s'adresser à ceux qui ont pris les armes pour la défense de leur pays, et parmi lesquels un grar.d nombre ont perdu leurs proches comme leurs plus chers parents et amis, pour récompenser ceux qui ont été la cause de pertes et de l’effusion du sang par tout le pays ! Je défie qui que ce soit de trouver quelque chose de semblable dans l’histoire... Admettre le principe qu’il faille payer ceux qui ont pris les armes ou qui se sont engagés dans une rébellion, ce serait de fait inviter ouverte- “is un second discours M. Sherwood déclari qu'il s'opposerait à la mesure chaque fois qu'elle Bal devant la chambre, sous quelque forme - que ce fût; qu'il s’opposerait à son exécution. par tous les moyens imaginables; et qu'il agiterait même le pays à ce sujet, parce que, selon lui, cette dette était évidemment injuste.

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M. Hincks répondit à M. Sherwood, et justifia pleinement la position prise par le ministère. La dernière administration avait adopté le même mode proposé par le gouvernement, lorsqu'elle avait donné instruction aux commissaires de l’enquête de ne se guider que sur les décisions des tribunaux. Les pertes subies dans le Haut-Canada avaient été payées par une taxe directe sur les habitants, mais en réalité elles furent payées à même le fonds consolidé. Le dernier ministère avait choisi une certaine partie de ce fonds, dont le revenu était plus grand dans le Haut que dans Bas-Canada, et l'avaient appropriée aux difiérents districts. ‘“ L'honorable membre, continua-t-il, s'est laissé emporter par son indignation contre les individus qui ont pris les armes en 1857-38 ; mais je démendonsi qui sont ceux qui sont responsables de ces troubles, si ce ne sont les membres qui sont vis-à-vis de moi, et le parti qu'ils appuyaient alors ? Oui, et de l’aveu de deux lords d'Angleterre, dont l’un a déclaré que la manière inconstitutionnelle dont le gouvernement se conduisait alors, justifiait pleinement la prise d'armes contre ce gouvernement. Ces messieurs ont vraiment bonne grâce de s’indiener, quand il est notoire que les événements de ces Jours malheureux doivent leur être attri- 9?

Nir Allan MceNab parla avec une chaleur et une haine extrêmes, taxant les Canadiens-Francals de rebelles et d'étrangers. C'est le même homme qui avait dit un jour, en 1843 : “ Je regarde les Canadiens-Français qui se sont révoltés comme innocents comparés aux insurgés du Hant-Canada, parce que les premiers avaient à

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défendre leur nationalité ; si j'étais né dans le Bas-Canada et de parents français, je ne crois pas que mon père m'eût enseigné à être autre chose qu'un Français.” Sir Allan déclara que le Haut. Canada était fortement opposé à la mesure. “ Ju puis assurer que jamais le peuple du Hant-

anada ne consentira à payer les pertes des rebelles Bas-Canadiens. Je ne donne pas des affirmations irréfléchies ; je connais le peuple de cette province et ses opinions aussi bien que qui que ce soit ; et je vous dirai de plus, qu'il ya une idée qui fait de rapides progrès dans le Haut- Canada, c’est que les Hauts-Canadiens, par la politique de concession mutuelle de leurs repré. sentants, sont placés sous la domination de maîtres français. [ls sont maintenant convaineus de ce fait, que les réformistes Hauts-Canadiens paraissent subir quelqu'influence française, quand cette influence est opposée aux intérêts de leurs constituants. S'il en est ainsi, l’Union à complètement manqué son but. Ille a été faite dans le seul motif de réduire les Canadiens Français sous une domination anglaise. Et l'on obtiendrait l'effet contraire ! Ceux qu’on voulait écraser dominent ; ceux en faveur de qui l'Union a été faite sont les serfs des autres ! Telle est la conséquence de ce fameux acte d'union ament par Lord Sydenham, qui, avec son conseil spécial d'un côté, et ses places et ses pensions de l’autre. a réussi, en dépit de tous les obstacles, à nous placer dans cette position.

“Mais revenant à la question, je demande encore sur quoi, sur quelle autorité on peut se fonder pour forcer les loyaux habitants de la province à indemniser les rebelles ? J’avertis le

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ministère du danger ; ce ministère qui m'a traité de rebelle, lorsque tous les actes de ma vie montrent que je me suis toujours efforcé d’être loyal, je l'avertis que la marche qu'il suit est propre à jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir, et de Jui faire sentir qne s'il est pour être couverné par des étrangers, il Jui sera bien plus avantageux d'être gouverné par un peuple voisin et de même race, que par ceux avec qui il n’a rien de commun ni par le sang:, ni par la langue, ni par les intérêts.”

M. Price, commissaire des terres de la couronne, défila l’histoire du Family Compact. Comme M. Hincks, ii prouva que quelque fût le blâme que l'on püt jeter sur ceux qui avaient participé à la rébellion, les plus forts reproches devaient retomber sur les hommes qui l'avaient provoquée. Ce parti avait fait du gouvernement une oligarchie qui n'avait jamais eu la confiance du peuple, et qui avait violé tous les principes du souvernement constitutionnel. Il dissolvait les chambres du Haut-Canada toutes les fois que les libéraux étaient en majorité, et qu'ils voulaient lire passer quelque mesure en opposition au parti conservateur. Ce parti assiégeait chaque gouverneur qui arrivait dans le pays, lui mculquait ses principes, et le dirigeait comme ill'entendait. Il allait même jusqu’à formuler les dépêches qui étaient envoyées en Angleterre, pour revenir ensuite dans la colonie. Il avait aussi réservé, contre la volonté du peuple, un septième des terres de la couronne pour le souüen de l’église protestante, lorsque le désir de la populace était de consacrer ces terres à l’éducaton. M. Price parla longuement de l’adminis- J

tration de Sir Francis-B. Head, qui agita la province pour obtenir une majorité, et qui fit tout en son pouvoir, par une administration malhabile, pour exciter le peuple à se révolter. Il réfuta Sir Allan qui avait dit que le procureur. général du HoutCanada n'avait pas d'influence dans le Haut-Canada. Les rapports électoraux démontraient cependant que les réformistes représentaient 1,202,000 habitants, tandis que les conservateurs n'étaient les mandataires que de 289,000 âmes.

Un discours très éloquent, mais en même temps des plus violents, fut prononcé par le solliciteur-général Blake. Jamais discours ne fit dans la “hambre une impression aussi forte. Il déroula avec habileté les iniquités et les crimes politiques du Family Compact, et n'épargna guères Sir Francis-B. Head. Dans une dépêche, ce gouverneur avait dit que le peuple du Canada ne méritait aucune confiance, et cette déclaration avait été approuvée par les membres de l’opposition, qui étaient alors au pouvoir. Ces derniers s'étaient conduits contre l’avis du gouvernement impérial après les troubles: par cette conduite. ils avaient forcé le peuple à prendre les armes pour le plaisir de pouvoir étoutier les principes des libéraux. ‘ Si au lieu de vendre les droits du peuple, dit-il, Sir Francis-B. Head les avait protégés, son souvenir aurait été rappelé avec plarsir, et le peuple aurait prononcé son nom avec louange. S'il avait épargné le sang, il aurait acquis un grard nom, qui aurait été révéré par la postérité ; mais non, il se vendit, et avilit son caractère.…......Depuis la première intervention britannique dans les affaires du Bas-Canaua,

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jusqu'au temps de Lord Durham, toutes les espèces d'oppression furent librement exercées. L'administration de la justice, les droits les plus chers à l’homme étaient violés avec impunité ; ks personnes n'étaient pas même protégées ; et pis que cela encore, mille fois pis; une petite, une pitoyable mais loyale minorité accamrait toutes les situutions qui dépendaient de ln couronne, et méprisait journellement des hommes supérieurs à eux dans toute la brce du terme. Et quel fut le remède proposé par lord Russell dans ses huit résolutions, qui furent dénoncés par lord Brougham, dans un langage qui, je le souhaiterais, aurait dû avoir son eflet sur les membres de l'opposition ? Que disaient ces huit résolutions ? De prendre au Bas- Canada, par la force du sabre, les argents que la législature refusait de donner, pour les appliquer aux besoins d’une autre province, et cela dans un temps où le ciel écrasait le Haut-Canada de ses malédictions.

“Je dirai à ces honorables et loyaux gentilshommes, qui se sont si fortement offensés l’autre Jour, quand on les appela “ rebelles,” que je les appelle rebelles moi aussi, et qu'ils ne doivent pas s'attendre à avoir d’apologie de ma part.” Sir Allan se leva furieux et dit alors: “ Ki l'honorable membre a l'intention de m’appliquer k mot “rebelle,” je dois lui dire que ce n’est en moins qu'un mensonge.” Sur la demande du président, M. Blake refusa de se rétracter. M. Robinson, d'ordinaire si paisible, prononça des paroles de vengeance. Dans le même temps, des applaudissements frénétiques éclatèrent dans les galeries, et se mélèrent aux sifllets du parti

opposé. I s'en su'vit une scène affreuse ot une rixe violente, et ce ne fut qu'avec peine ( je l’orateur parvint à faire vider les galeries, L'e Sol tation des membres était extrû me ; Ditsionr: échangèrent entre ‘eux des cartels, qui n'eurent pas de suites, parce que le président conlia ces membres à la garde du sergent-d’armes.

Les chefs conservateurs convoquèrent une assemblée le soir même. L'Honorable M. Moi y parut tenant un pavillon dans chacune de ses mains ; il fut élu président, et se montra des plus fanatiques. Des discours plus ou moins violent: furent prononcés, en différents endroits, par Kir Allan MeNab, le Col. Prince, MM. Gugy, Mc:

nald (John- À), Molson, Rose, ete. Sir Allan conseilla à la foule de persister dans l'agitation ct d'aller chez le gouverneur pour mentrer leur force menaçante. Il leur dit de ne pas craindre, qu'il serait prêt, au signal donné, à descendre en tête de vingt mille miliciens pour aider et protéger les loyaux de Montréal. Le Col. Prince

prononça également des paroles mena (es. Enfin, dans cette mémorable assemblt \ brula

l'effigie de M. LaKontaine. Cela n’empecha pas le premier ministre de paraitre le lendemain à sa place, aussi g'ai qu’à l'ordinaire.

Les organes du parti {ory ne furent pas moins violents. ‘ Le défi est jeté, disaient-ils, et 1] faut que l’une des deux races, la saxonne ou la francaise, disparaisse du Canada. Nous sommes provoqués par la perfidie de LaFontaine, qui a enfin

jeté le masque, et qui ne vaut pas mieux au

fond que Papineau. Eh bien ! nous allons nous mettre sur la défensive, jusqu’à ce qu'une occasion favorable se présente de prendre l'offensive.

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[ls répétèrent que la province serait inondée de «ng plutôt que de permettre aux Canadiens- Français de jouir du pouvoir. La presse du Haut- Canada fit circuler les bruits que le projet ministériel demandait £180,000, tandis que le montant réclamé n'était que de moitié, et cle ajoutait que vette somme serait prélevée par une taxe directe sur le Haut-Canada.

L'excitation fut à son comble dans les princimales villes de cette province. À Belleville, les deux partis en vinrent aux mains, et le sang coula.

Les conservateurs du Haut-Canada et Montréal adressèrent des pétitions au gouverneur, pour le prier de dissoudre le parlement, ou de réserver le projet d’indemnité à la sanction de hreine, Leur but était d’effrayer les députés réformistes ou libéraux, et de les contraindre à voter contre l'indemnité, afin de renverser le ministère et de prendre sa place. Mais tous les libéraux du Haut-Canada, à l’exceptin de deux ou de trois, restèrent fidèles à leurs alliés du Bas-Canada, bien qu'ils s'exposèrent par là à perdre la confiance de leurs électeurs ; ils étaient disposés à ne plus subir le joug du Family Compact, et à l’anéantir s’il était possible.

À la séance suivante, M. Blake continua son discours, défendit Lord Durham, qui avait soustrait le Haut-Canada à la domination des fories, et fit voir le contraste de la conduite de ces derniers, qui avaient institué la commission chargée de s’enquérir des pertes subies en 1837, et qui avaient pressé les commissaires à faire leur rapport, avec leur opposition à la mesure ministérielle, qui était semblable à celle que les

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lories avait passée pour le Haut-Canada, Au lieu de se dévouer à la prospérité du pays, à entre. tenir la bonne intelligence entre deux colonies sœurs, ils voulaient faire revivre la discorde vi les mauvaises passions. [1 les exhorta vivement. au nom de la civilisation et de l'humanité à renoncer à ces haines pour travailler de concert au progrès commun du pays.

M. Papineau parla ensuite. I dit que le Haut: Canada avait été traité avec bienveillance par le bureau colonial et par le parti qui avait le pouvoir en mains. La lutte s'était faite pour la possession du pouvoir entre les familles influentes. Le Haut-Canada avait obtenu justice de presque tous ses gouverneurs. Il n'admit pas les louanges données par quelques membres à Lord Durham, qui avait fait alliance avec les libéraux du Haut-Canadu et les lories Au Bas- Canada. Ces deux partis s’étaisnt montrés égale. ment injustes et tyranniques dans l’odieuse détermination de regarder les Canadiens-Français comme des étrange: rs dans leur pays natal.

Puis parlant des tempêtes que soulevait le projet d'indemnité, il ajouta: ‘“ Kien peut-il prouver plus évidemment les mauvais ellets de l'acte d'union que toute cette haine que nous voyons s’exaler de l1 bouche des deux partis qui ont fait les frais de cette discussion ? Il sen suit bien clairement que chaque fois qu'il y auri pour nous une mesure de justice, un commence ment de restitution de tout ce qui nous à été enlevé, il y aura les même appels aux passions mauvaises, aux préjugés nationaux les plus funestes, pour que le Bas-Canada n'ait pas Jus tice: on regardera toujours le sacrifice de quel-

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Papineau uit que les conservateurs s'étaient montrés dans cette discussion indignes de jamais occuper le pouvoir par leur manque de générosité et par leurs idées étroites. Il s'étendit longuement sur les injustices dont l'Angleterre avait récompensé la fidélité des Canadiens, eux qui avaient défendu la colonie, pendant que les Anglais passaient à l'ennemi, ou se tenaient prudemment à l'écart. La récompense de leurs services fut une longue suite d'abus et de tyrannie. Il raconta ensuite Ja cruauté des volontaires et des magistrats loyaux. ‘ Nul autre pays constitutionnel, dans des circonstances semblables à celles où nous avons souffert, n’a été traité avec plus de barbarie. C’est le seul pays au monde ou le droit criminel anglais étant en force, et ses cours de justice accessibles à tous, de nombreux citoyens, sans procès, sans le verdict d’un seul corps de jurés, ont perdu la vie, ont péri sur l’échafaud. Compatriotes infortunés, ils sont tombés victimes innocentes de la haine et des plus mauvaises passions ! Ont-ils cessé pour cela d’être chers à ceux qu'ils ont laissés derrière eux sur le sol de la patrie ? Leur mémoire est chère su peuple canadien et le sera toujours. Ils sont morts en braves comme ils avaient vécu, répétant à l’envie les mots Dieu, mon pays et sa liberté. Il faudrait bien peu de courage moral ou civil, pour ne pas applaudir au patriotisme constant dont ils ont donné la preuve éclatante... ?”

M. LaFontaine fit ur discours remarquable par sa logique, par des vues profondes et par sa modération. Il mit la question sur son véritable

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