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Cette bande, sans aucun doute organise d'avance, assiége l'édifice où l’assemblée législative était alors en séance. Ils lancent une grêle de pierres dans la salle, que les députés abandonnent en désordre. Puis ils entrent comme des furieux. brisent les pupitres et les fauteuils, et s’emparrent de la masse. Un de leurs chefs, assis sur le fauteuil du président, proclame, au nom du peuple, la dissolution du parlement. Un instant après, le cri au feu! retentit. Au milieu de ce désordre affreux, les membres réfugiés dans la bibliothèque, sortent alors de l'édifice deux par deux, ayant l’orateur à leur tête: quelques-uns sont sérieusement maltraités par la populace.
En un instant, ce bel édifice devint la proie des flammes, avec les archives de la province, les deux bibliothèques qui renfermaient vingt-deux mille volumes. Le Canada perdit, dans cette conflagration, des livres rares et précieux et la belle collection d'ouvrages sur l'Amérique (seize cents vols.) formée par M. Faribault après les plus pénibles efforts. Le: pertes furent estimées à plus de $%400,000.
Les émeutiers eurent plusieurs jours la ville de Montréal en leur pouvoir, et commirent les actes du plus odieux vandalisme. Ils brulèrent une partie des propriétés de M. LaFontaine, et saccagèrent le reste, ainsi que les demeures de MM. Hincks, Holmes, Nelson et Wilson. Ils furent encouragés par les organes des conservateurs outrés, La Gazelte de Montréal etle Morning Courier. Ces journaux publièrent des articles d’une violence extrême, conseillant d’exterminer tout ce qui portai: un nom français. C'était une guerre de races, disaient-ils ; il fallait qu’un des deux peuples vint à périr.
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Ces émeutiers et leurs chefs étaient les mêmes qui avaient fait un crime aux Canadiens-Franais de leur soulèvement de 1837-38, faute excusable sous plusieurs rapports ; c'était ceux qui avaient pris les armes contre des Canadiens egarés, où qui avait pillé, détruits leurs propriétés. Ces personnes qui se faisaient une eloire de leur loyauté, devinrent des rebelles, des incendiaires, parce que la majorité constitutionnelle n’obtempérait pas à leurs désirs. On comptait parmi eux des hommes qui avaient un nom, une position honorable, surtout des marchands ruinés par des spéculations hasardeuses, et par la dépression du commerce, depuis l’abolition des droits protecteurs par la métropole. Ces marchands voulaient un changement quelconque ; ils n’attendirent pas le résultat du nouveau système commercial, malgré les signes prochains d'une prospérité déjà renaissante. Ils inclinèrent surtout pour l'annexion de la province à la république voisine, et profitèrent de cette occasion pour parvenir à leur but.
On ne saurait trop blâmer les auteurs de ces actes ; mais combien étaient encore plus coupables les chefs conservateurs, Sir Allan MeNab, M. Moffat, et le colonel Prince, qui, par leurs discours et leur influence, encouragèrent la population anglaise de Montréal à commettre ces crimes, qui seront pour eux tous une tache incffaçcable. Ces chefs ne désiraient probablement pas aller aussi loin ; mais l'impulsion funeste qu'ils avaient donnée aux passions aveuoles de 12 multitude, leur laisse 1: resposabilité de tous les excès qu’on eut à déplorer.
Les actes des conservateurs de Montréal furent
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112 LORD ELGIN. [1849 l'objet de l'indignation universelle parmi les Canadiens. Ils ne trouvèrent de sympathies que de la part d’un petit nombre de fanatiques, qui auraient voulu l’anéantissement de la population française. Cette conduite dégouta le plus grand nombre de leurs alliés du Haut-Canada, qui, en véritables amis de la liberté constitutionnelle et de l’ordre social, approuvèrent la conduite de Lord Elgin.
Le gouvernement demanda plusieurs fois Je secours des troupes régulières. Il arma aussi plusieurs centaines de con:tables ; mais ces derniers furent renvoyés sur la demande du commandant des troupes, qui se chargea du muintien de l’ordre. Le gouvernement aurait pu agir avec plus de sévérité, et étoufler la révolte dans quelques heures. Les moyens d’anéantir les émeutiers ne Jui manquaient pas. . Mais il prit, autant que possible, des mesures pacifiques, et se borna à faire quelques arrestations (1). On le bläma d’abord d'avoir agi avec trop de ménagement ; cependant cette modération et cette prudence épargnèrent l’effusion du sang, et prévinrent peut-être une guerre civile. Sa conduite trouva l'approbation générale lorsque le calme fut rétabli.
Le lendemain de l'incendie, l'assemblée léoislative se réunit dans la Halle du marché Bonsecours, où elle siécea plusieurs jours, sous la protection des bayonnettes. Elle se rendit plus tard dans les bâtisses de M. Hayes. Le conseil législatif se réunit dans le Trinity Church.
(1) Parmi les prisonniers étaient M. Ferres, rédacteur du A/outreal
Gazette, M. Mack, secrétaire de la Zigue Britannique. Les prisonniers furent renvoyés ensuite sous caution,
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Un des premiers actes des députés fut de voter, sur une division de trente-six contre seize, une adresse au gouverneur, dans laquelle il lui exprimèrent leurs sentiments de chagrin et d’indignation pour les actes commis par les fureurs de la populace, approuvèrent la justice et l’impartialité de sa conduite pendant l’administration de ce temps, et terminèrent en l’assurant de leurs sentiments de loyauté et d’attachement envers la personne et le gouvernement de Sa Majesté, et en lui offrant leur appui pour le maintien de l'ordre. Le conseil législatif vota une adresse à peu près semblable. Les conservateurs étaient disposés à voter l'adresse, moins la partie qui approuvait l'administration de Lord Elgin.
Lors de la discussion de ses adresses et d’autres sujets, les membres firent connaître leurs opinions sur les événements du 18 avril. Plusieurs de ceux qui avaient voté contre l'indemnité, condamnèrent en termes énergiques les actes des conservateurs. MM. Wilson et Gralt furent de ce nombre, et approuvèrent la conduite de Lord Elgin. M. Sherwood se montra aussi plus modéré. Malheureusement, plusieurs autres essayèrent de justifier les ennemis de l’ordre, et le ton de leurs discours tendit plutôt à augmenter les troubles qu’à les apaiser. M. Caley surpassa tous les autres par la violence de son langage. * C'est une guerre de races, disait-il, et le gouvernement avait armé les Canadiens-Français contre les Anglo-Saxons ”’! De son côté, Sir Allan MeNab s’écriait : “ Le ministère a proclamé que la loyauté était une farce, que l'insurrection était permise ; il recueille maintenant le fruit de ses doctrines. ” Il informa ses collègues qu’il propo-
serait de payer les dommages causés par l'incendie avec les fonds votés pour l’indemmté. 1] demanda ensuite copie de la correspondance relative à la mesure de l'indemnité. La majorité de la chambre s’y opposa.
M. Boulton, de Norfolk, se prononça pour le rappel de l'Union. Suivant lui, les deux populations ne pouvait plus vivreensemble. Au conseil législatif, M. de Blaquière proposa des résolu: tions en ce sens ; Mails comme ses opinions ne prenaient pas, id retira ses résolutions. M. Panineau attribua les troubles et l'incendie qui venaient d’avoir lieu, à l’indécision et aux hésitations des ministres; ils avaient perdu toute présence d'esprit, et ne s’occupaient que de tirer partie des troubles, dans l'intérêt de leur popularité, sans songer à protéger la ville et la lécrislature. M. Papineau fut applaudi des conserveteurs; mais sa conduite, dans ces tristes circonstances, fut sévèrement blâmée par ses compatriotes.
M. Merritt était d'avis que la province entière approuvait la conduite du ministère, et que ve n'était pas à la populace de Montréal à dicter la loi à la province. Suivant M. Holmes, Montréal avait perdu, par les scènes de violence, le droit de posséder le siége du gouvernement. Il déclara que les hommes les plus influents parmi les conservateurs avalent encouragé les émeutiers;
‘qu’üne enquête révèlerait que tout a été conduit par ces chefs, et qu'ils n’ont reculé devant aucun excès ni aucun crime,
Lorsque Lord Elgin se rendit à l'hôtel du gouvernement pour recevoir l'adresse de l’assemblée législative, il fut encore assailli par une gréle de
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Dans ces circonstances si critiques pour le représentant de la couronne, tous les amis le l'ordre et de la constitution se réunirent autour de lui, et lui offrirent leur appui. Les libéraux du Haut-Canaa, dans une conduite digne de tout éloge, s'unirent étroitement à leurs alliés du Bas-Canada ; cette union prévint une guerre civile, et sauva la constitution. Il ne s'agissait plus d’une question de parti, savoir, si l'administration avait eu tort ou non de présenter à la législature le projet d’indemnité. C'était une question constitutionnelle, savoir si le gouverneur devait sanctionner toute mesure d'intérêt local qui avait été adoptée par les deux cham-
(1) Après la prorogation des chambres, les émeutiers renouvelérent à plusieurs reprises, leurs actes de vandalisme. Ils attaquèrent «le nouveau la maison de M. La Fontaine ; mais ils comptaient sans les amis du premier ministre, qui le défendirent et repousscrent les émeutiers après avoir tué un des leurs. Des misérables allérent jusqu’à insulter Lady Elgin, qui se promenait dans sa voiture pour rétablir sa santé chancelante. Ce fut dans le même temps que le magnifique Hôtel Dunegana fut incendié et que le feu prit à plusieurs autres bâtisses,
116 LORD ELIN. [1849
bres, et si, après avoir donné sa sanction, il serait exposé à être désavoué par le parlement impirial, parce que telle mesure aurait déplu à l: minorité. L'existence de la constitution dépendait de cette question.
Les réformistes ou libéraux des deux provinces, qui formaient les trois quarts de la population, furent unanimes à approuver la conduite de Lord Elgin et les actes de leurs représentants. On en voit une preuve éclatante dans les adresses signées par deux cent mille citoyens de toutes les classes et de toutes les origines, pour lui offrir et lui exprimer le désir de le voir encore continuer à présider aux destinées du pays. Ces adresses comprenaient même la majorité des citoyens de Toronte, de Kingston et d’autres grands centres du parti conservateur.
Dans le même temps, les ulträ-conservateurs de ces villes signaient une adresse à la reine pour demander le rappel du gouverneur, la dissolution du parlement et le désaveu de l'acte d'indemnité. Ils n’eurent aucune chance de ce côté. Le gouvernement impérial, par la voie de lord Grey, secrétaire des colonies, accepta la responsabilité des actes de Lord Elgin, alléguant que le gouverneur n'avait pas manqué aux règles de la justice en se conformant aux vues des trois quarts de la population. Il avait confiance dans sa capacité et son jugement, désirait ardemment le maintenir dans son poste, et lui promettait tout son appui. La presse anglaise, le Times de Londres et plusieurs journaux influents approuvèrent également les actes de Lord Elgin, et se montrèrent très-sévères à l'égard des conservateurs.
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La cause de ces derniers ne trouva pus plus de svinpathies au sein de Ja chambre des'tommunes. Une motion de M. Harries, par laquelle il priait Ja reine de refuser son assentiment royal à l'acte d'indemnité jusqu'à ce que l'on fut assuré qu'aucune des personnes qui avaient été impliquées dans la rébellion ne serait indemnisée, fut rejetée à une très-grande majoité. La motion fut soutenue par MM. Gladstone et D'israëli, et combattue par lord John Russell, Roebuck, Bruce et Nir Robert Peel, Lord John Russell paya aux talents de Lord Elgin et à l'esprit de son administration le tribut d'éloges qui leur était dû ; il déclara qu'il était du devoir du gouvernement er de laisser la loi d'indemunité en opération ; il avait confiance que ceux qui s'y opposaient et qu'il aimait à croire de loyaux sujets, feraient tout leur possible, quand l'excitation serait passée, pour prévenir les mauvaises conséquences que cette loi pourrait avoir.
La loi d’indemnité, malgré les horreurs dont elle fut l’occasion, fit plus de bien qu'aucun autre acte Ge la législature. Elle eut Peffet de rendre à la province le contrôle de ses propres allures, et de nullifier l'appel fait en Angleterre par l’opposition : la métropole ne voulait plus se mêler des affaires qui concernaient uniquement la colonie. C'était encore une preuve que le gonvernement responsable ne devait plus être une moquerie ; une mesure locale adoptée par les deux chambres, devait ètre sanctionnée par le vouverneur.
Grâce à la conduite honteuse d'une partie de sa population, Montréal perdit le siége du gou-
118 LORD ELGIN. [1849 vernement, qui lui convenait si bien par sa position*au centre de la province. Nur la proposition de M. Sherwood, l'assemblée législative pri, dans une adresse, Lord Elæin de convoquer alternativement la législature dans les villes de Toronto et de Québec, à des intervalles de quatre ans. Le ministère ne prit pas la responsabilité de cette adresse, qui fut adoptée sur une division de 38 contre 25. Dans la minorité, étaient Nir Allan McNabb, MM. LaFontaine, Papineau et Cartier. De son côté, le conseil législatif s’opposa à ce changement, qu'il trouva désavantageux.
La question du choix de la capitale appartenait de droit au gouverneur; mais afin de se conformer aux vœux de la majorité des représentants, Lord Elo'in choisit Toronto pour être le siége du gouvernement pendant le reste du parlement, c’est-à-dire deux années. Il fut convenu que Québec serait la capitale les quatre années suivantes. (Cette décision fut prise au mois d'octobre 1849. Le système alternatif, qui dura jusqu'en 1866, eut; il est vrai, l'avantage de faire mieux connaître les populations et de faire disparaître certains préjugés contre les Français du Canada. Mais il fut trop dispendieux à la province, et les frais qu’il occasionna auraient été plus que suffisants pour doter une capitale de splendides édifices publics. Voilà quel a été le résultat du défaut d'entente entre les législateurs sur le choix d’une capitale fixe. la session fut close le 30 mai, par le majorgénéral Rowan, nommé à cet. effet député-gouverneur. Lord Elgin ne voulut plus exposer la ville à de nouveaux troubles, et s’abstint de sortir jusqu’à son départ de Montréal.
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Après les émeutes du mois d'avril, le parti oppositionniste ne s’avoua pas vaincu. À Montréal et dans quelques villes du Haut-Canada, il forma une association connue sous le nom de Ligue Britannique de l'Amérique du Nord. Cette association se fit dans le but d'opérer des changements constitutionnels, et de prendre en considération la crise commerciale. Au nombre de ses membres marquants, étaient MM. Moffatt, Gowan, Sherwood et Duggan. Les partisans de la ligue tinrent plusieurs assemblées, dont l’une à Kingston, au mois de juillet, et une autre à Torc o, au mois de novembre. Ils adressèrent un manifeste politique aux Canadiens, dans lequel ils se prononcèrent pour l’union des provinces anglaises de l'Amérique du Nord, pour une plus sage distribution des deniers et pour la protection des produits indigènes. Dans leurs assemblées comme dans la presse, les conservateurs émirent des principes tout-à-fait contraires à leurs anciennes professions de foi politique, par exemple, Pélection des membres du conseil législatif. Mais bientôt la division se mit dans les rangs ; les uns voulaient rester attachés à l'empire, les autres désiraient la séparation de la métropole et même l'annexion à la République Américaine. Par ce manque d'union et d'entente, la Ligue s'éteignit d'elle-même, et fit place au mouvement annexjoniste.
Au mois d'octobre, les journaux de Montréal publièrent une adresse signée par quelques centaines d’ultra- conservateurs, d'Américains, de démocrates canadiens-français, et surtout d’un bon nombre de marchands ruinés par la crise commerciale ou par des spéculations hasardeuses.
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120 LORD FLGIN. [1849
Les signataires de l'adresse, après avoir fait un exposé de la situation du pays, déclaraient que le retour de la part de l'Angleterre à son ancien système protecteur, la protection des manufactures canadienties, l’union fédérale des provinces, leur indépendance, la réciprocité de commerce avec les Etats-Unis, ne sauraient nullement remtdier aux maux du pays; et que le seul remède à ces maux était une séparation amicale et paisible d'avec l'Angleterre, et une union à des termes équitables avec les Etats-Unis. Ils ajoutaient que, sans le consentement de la métropole, cette séparation n'était ni désirable ni praticable.
Parmi les signataires, on remarquait MM. John Molson, S. de Bleury, B. Holmes M. P., J. DeWitt M. P. À. A. Dorion, John Rose et L. H. Holton (!). MM. Papineau et Galt se prononcèrent aussi en faveur de ce mouvement. Les partisans de l’annexion convoquèrent une assemblée dans le mois suivant, et passèrent des résolutions par lesquelles ils adhéraient aux principes émis dans l'adresse. Ils avaient pour organes le Herald, le Courier, l'Avenir, le Moniteur Canadien, tous pu: bliés dans la ville de Montréal.
Cette alliance des démocrates et des conservateurs du Bas-Canada est tout à fait étrange.
lorsque l’on considère que ces derniers, 1l y avait à peine quelques mois, avaient juré l’anéantissement de la race française. S'ils se montrèrent disposés à oublier leurs haïnes, ce ne fut pas par amitié, car ils détestaient naturellement les dé-
(1) MM. John Torrance, Jos. Paquin, J.-B.-E. Dorion, F.-C} Johnson, John Redpath, D.-E. Papineau, L.-A.-G. Laflamme, Wm. Workman, R. Laflamme, P. Blanchet, C. Laberge, Labrèche- Viger, J.-R. Sincennes, A. Archambault, Joseph Doutre et Robeïl Jones, étaient au nombre des autres signatures.
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mocrates ; mais ils se servirent d'eux pour parvenir à leur but, et diviser le parti ministériel. Ce fut aussi par dépit qu'ils se dépouillèrent de leur manteau de loyauté, et qu'ils voulurent rompre avec l'Angleterre. À peu d'exception près, leurs idées annexlionnistes ne trouvèrent pas d'écho dans le Haut-Canada ; la population, sans distinction de partis, ainsi que toutes les feuilles périodiques, les répudièrent d’une commune voix.
Bien que les annexicunistes de Montréal se donnèrent beaucoup de troubles pour répandre leurs principes dans le Bas-Canada, ils n’eurent outres de succès. Ils réunirent un nombre restreint de partisans à Québec et dans les comtés de Huntington et de Sherbrooke (1). Ils gagnèrent à une majorité de trente voix une élection dans ce dernier comté, celle de M. Sanborn ; puis ils essayèrent leurs forces à Québec, espérant que s'ils pouvaient gagner ce centre commercial, ils auraient une grande-chance de bouleverser la province en leur faveur. M. Chabot venait d’accepter le portefeuille de ministre des travaux publics ; il se présenta devant ses électeurs pour se faire réélire. Les annezxionnistes choisirent M. Légaré pour leur candidat; malgré le trouble qu'il se donnèrent, ils ne réussirent pas. M Chabot eut huit cents voix de majorité sur son adversaire. Dans les autres élections qui se firent, il ne fut pas question d’annexion.
(1) Une assemblée des annexionnistes de Québec, se tint le 27 octobre, sous la présidence du Dr P.-M. Bardy. Au nombre de ceux qui se montrèrent favorables à l'annexion, étaient MM. T. Fournier, Jos. Légaré, A. Plamondon, J.-P. Rhéaume, P. Huot, L Dubord, [..B, Pruneau, C. Alleyn, À. Soulard, John Gordon, LC, Lee, etc.
Les Canadiens de 1849 étaient opposés à leur union avec le peuple américain. Ils n’y voyaient aucun intérêt; au contraire, ils pensaient v perdre beaucoup. La province venait de conquérir, non seulement le pouvoir de régler les affairés intérieures et municipales, mais méme celui d'étendre les relations de commerce et de navigation, d'administrer les douanes et les postes, d'en employer les revenus, ainsi que celui des terres publiques, comme bon lui semblerait.
Avec l'annexion, les Canadiens perdaient la direction de ces départements, qui auraient été transférée de leur législature au congrès américain, où leurs députés n'auraient eu presque aucune influence, car ils se seraient trouvés noyés parmi les nombreux députés de la République Américaine ; de plus, ils perdaiïent les revenus des douanes, des terres publiques, etc., qui seraient allé grossir le trésor fédéral. Leurs taxes indirectes, qui n'étaient encore que légères, auraient été doublées, même triplées ; ils auraient été en outre obligés de prélever un impôt direct pour le soutien de leur législature et le paiement des améliorations locales. |
Les Canadiens-Français n'avaient aucune sympathie pour les Américains, avec lesquels leurs ancêtres avaient été souvent aux prises sur les champs de bataille. Monarchistes et conservateurs par leurs institutions, leurs mœurs et leur éducation, ils détestaient les principes républicains. Ils savaient que, sous le drapeau britannique, ils trouveraient une sécurité parfaite pour leurs institutions et leurs privilèges, tandis qu'avec l'annexion, leur existence nationale courraient de grands dangers.
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Le gonvernement impérial se montra trèssévère à l'égard des annexionistes ; par l’entremise de lord Grey, il pria lord Elgin de résister à toute tentative faite dans le but d'amener la séparation du Canada de la mère-patrie ; et dans l'évantualité d’une semblable tentative, il lui enjoignit d'en traduire les auteurs devant les tribunaux. Il était déterminé à exercer toute l'autorité qui lui appartenait, afin de maintenir l'union de la colonie avec l’Angleterre, persuadé que le maintien de cette union était avantageuse aux deux parties. Il approuva Lord Elgin d’avoir destitué les magistrats et les officiers de milice, qui avaient signé l'adresse annexioniste, et sanctionna aussi le changement de la capitale. Dans je parisment anglais, lord John Russell se prononça également avec la plus grande sévérité contre les’annexionnistes.
Les partisans de l’annexion prétendirent avoir le droit d’agiter la question. Ils nièrent à Lord (Grey le droit de donner, par anticipation, la décision du gouvernement anglais sur l'annexion, et regardèrent son intervention comme arbitraire et inconstitutionnelle.
C'était surtout la crise commerciale, l’acte de l'indemnité et les désordres qui en furent la suite qui avaient excité le mouvement annexionniste. Les marchands croyaient retrouver dans l’annexion la prospérité qu'ils avaient perdue. Bientôt la province sortit de ce malaise, le commerce devint plus florissant, la prospérité reparut avec les spéculations et la construction des chemins de fer; on oublia alors l'annexion. Les démocrates français y renoncèrent eux-mêmes, lorsqu'en 1854, après avoir élu plusieurs de leurs
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124 TORD EIGIN. [1849 |]
chefs, ils crurent apercevoir une chance de mon.
ter au pouvoir, sous le régime constitutionnel
qu'ils avaient méprisé.
Les libéraux-démocrates du Bas-Canada, pri-
. rent, dès l’origine, une position qui les rendit
impuissents et impossibles. Comme nous l'avons vu précedemment, ils s'étaient prononcés pour le rappel de l'Union et la réforme électorale d’après le chiffre de la population ; puis ils firent cause commune avec leurs plus mortels ennemis, en faveur de l'annexion aux Etats-Unis. lians l'Avenir, qui était leur organe, ils professèrent les principes les plus démocratiques, tel que le sul: frage universel, le vote au scrutin, l'éligibilité des magistrats et des employés publics, ete. Bien plus, ils se montrèrent hostiles à la relicion de leurs pères et au clergé canadien, attaquèrent les biens de l’églis:, et demandèrent l'abolition des dimes. Nous ne voulons pas dire que tous les libéraux-démocrates professèrent ces doctrines ; non, il y a de nombreuses exceptions, mais plusieurs de leurs chefs, ainsi que le principal organe du parti, les proclamèrent hautement. “ Le parti rouge, remarque la Minerve de cette époque, s’est formé à Montréal sous les auspices de M. Papineau, en haine des institutions anglaises, de notre constitution déclarée vicieuse, et surtout du gouvernement responsable regardé comme une duperie, avec des idées d'innovation en religion et en politique, accompagnées d'une haine profonde pour.le clergé, et avec l'intention bien fcrmelle et bien prononcée d’annexer le Canada aux Etats-Unis.”
Ces doctrinesnouvelles et condamnables furent répudiées avec raison par la masse des Cana
diens - E par les peuple « attaché :
trop Le < défenseu pour qu’ tes euLx-1 ne pourr qu après eramine dimes, le
le montionnel
la, prirendit l'avons és pour ectorale ls firent nhemis, . Jians rent les e le sulieibilté te. Bien ision de rent les tion des tous les etrines :
1, AIS rincipal tement.
de cette auspices anglaeuse, et regardé 10VatIon es d'une ntention exer Je
6 furent
bg ('ana-
1849] IORD ELGIN. 125
diens- Français, et énergiquement combattues par les journaux catholiques importants. Ce peuple est trop sincèrement catholique, trop attaché à ses coutumes religieuses, et respecte trop le clergé, qui s'était jusqu'alors montré le défenseur le plus intrépide de sa nationalité, pour qu'il en füt autrement. Les chefs démocrates eux-mêmes, comme nous le verrons plus tard, ne pourront conquérir les suffrages du peuple qu'après avoir rayé une partie de leur programme primitif : l'annexion, l'abolition des dimes, le suffrage universel, etc.
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CHAPITERE III ADMINISTRATION DE LORD ELGIN (Suite).