‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 20 sur 76 · L. Papi · texte numérisé non relu

L. Papi

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1850] LORD ELGIN. 131 déclara que la conduite violente de ses amis conservateurs l’avait contraint de rompre avec eux. De plus, il voyait qu’ils ne pouvaient former un ministère. Il ajouta que les espérances des conservateurs avaient été détruites dans les flammes de l'incendie des bâtisses d' arlement, et que ce parti ne retournerait plus :; pouvoir.

MM. Baldwin, Hincks, Cauchon, Nelson, Merritt et plusieurs autres membres répondirent d'une manière habile aux attaques des adversaires du gouvernement.

L'adresse fut finalement adoptée sur une division de quarante-quatre contre quatorze. Au conseil législatif, elle fut votée presque sans discussion, un seul membre M. M: Kay, se prononça contre son adoption.

Les partis eurent le temps de se dessiner pendant les longs débats de l'adresse, à l'assemblée législative ; le gouvernement put connaître ses partisans véritables et ses adversaires. Ces derniers n'étaient pas plus nombreux qu’à la session précédente. S'il y avait eu quelques défections, d'autres s'étaient ralliés à la politique ministérielle. L’annexion et l'indépendance, sorties des émeutes de Montréal, et défendues par quelques journaux, n'avaient réussi qu'à réunir six véritables adhérents (1). Le peuple montra, par la voix de ses représentants, qu’il était attaché à la métropole et qu’il voulait vivre sous sa tutelle bienfaisante.

Parmi les autres adversaires du gouvernement, se trouvait le parti conservateur, qui comptait

(1) MM. Papineau, Holmes, DeWitt, Prince, Sanborn, Mc-

Connell.

quinze membres, et dont MM. MeNab, John A.

MacDonald, Sherwood et Caley étaient les plus marquants. Enfin, venait le nouveau parti cleargrit, composé de cinq libéraux avancés, qui faisaient surtout profession d’être économes (1). Il avait pour chef en chambre M. Malcolm (4meron, qui venait de laisser le cabinet, parce qu'on n'avait pas voulu l’approuver dans ses ambitions, et en dehors du parlement, le: Dr. Rolph, homme d’un grand talent, qui abandonna le parti ministériel pour se venger de la déinission de M. Park, son beau-frère. La destitution de ce dernier fut une des causes de la formation du parti cleargrit. Un autre sujet de griefs fut le refus, par l'administration, de faire une question ministérielle des réserves du clergé. La désertion des cleargrits ne fit, pour le moment, que purifier le parti réformiste ou libéral de quelques hommes ambitieux et mécontents. Mais nous le verrons bientôt exercer une grande influence, surtout lorsqu'il aura pour chef le trop célèbre (George Brown.

Comme on le voit, les membres de l'opposition formaient trois partis qui n'avaient n1 les mêmes vues ni les mêmes principes; les uns voulaient l’annexion aux Etats-Unis ou l'indépendance, les autres désiraient l’oligarchie et le pouvoir pour eux, tout en continuant à vivre à l’ombre du drapeau britannique. Ils n'avaient réuni leurs forces que pour renverser le ministère ou lui mettre des entraves. Ils avouaient enx-mêmes que nuls autres que les ministres libéraux ne pouvaient tenir les rênes du pouvoir.

(1) MM. Malcolm Cameron, J.-H. Boulton, Hopkins, Perry el W.-H. Boulton.

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Plusieurs autres tentatives furent faites par l'opposition, mais sans succès, pour changer la constitution. M. J.-H. Boulton, de Norfolk, essaya une deuxième fois de rendre le conseil législatif électif; il voulut fixer, par un projet de loi, le lieu et le temps de la réunion du parlement ; enfin, il proposa une autre mesure pour prohiber toute dépense qui ne serait pas autorisée par une loi. Vingt députés votèrent en faveur de cette dernière, et trente-six contre. M. Boulton était un jurisconsulte, qui avait été procureurgénéral dans le Haut-Canada, et juge en chef à Terre-Neuve ; il avait la manie de s’ingérer dans tout, de parler sur tous les sujets, et de professer des doctrines plus ou moins absurdes.

Non neveu, M. W.-H. Boulton, proposa de chanser entièrement la constitution, et de lui en substituer une autre aussi ridicule qu'impossible.

Il voulait nommer le gouverneur à vie ou le fre élire par le peuple, mp 6 les deux

chambres ou seulement le conseil législatif, donner au Haut-Canada une représentation plus forte, ete. Les annexionnistes seuls votèrent en hveur de cette constitution informe ; et la chambre, au lieu de l’adopter, vota une adresse à la reine pour la remercier des bienfaits qu'elle avait accordés au Canada, en donnant la constitution de 1840.

M. de Blaquière entreprit de réformer le consell législatif. Il voulut faire déclarer que le conseil tel qu’il était alors constitué, ne possèderat pas la confiance publique tant qu'il serait sous le contrôle de l'exécutif; il demanda en même temps de prier la reine de limiter le nombre des conseillers, et de statuer que le prési-

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dent ne fit plus à l’avenir partie du cabinet. Trois membres seulement, MM. Ferrier, de Boucherville et Gordon adoptèrent les vues de M. Blaquière.

Les conservateurs tentèrent de raviver la question si orageuse de l'indemnité, et d’exciter de nouveau les passions populaires. Sir Allan Mc- Nab présenta un projet de loi tendant à exclure de toute indemnité les Canadiens qui avaient trempé dans l'insurrection. Les députés ne daignèrent pas discuter son projet, qu'on trouva ridicule ; il réunit cependant dix-neuf voix au nombre desquelles était celle de M. Papineau, Une majorité des députés Haut-CanaGiens ratifia de nouveau l’acte d’indemnité de 1849. Peu après, M. Robinson revint à la charge avec une proposition à peu près semblable; il n’eût pas plus de succès. Sir Allan McNab et les autres chefs conservateurs se montrèrent dans ja suit: beaucoup plus modérés. Ils s’aperçurent que le système de violence employé en 1849 et en 1850 ne pouvait que leur être nuisible.

Conformément au discours: du trône, M. Ia Fontaine introduisit son projet de loi de la session précédente, par lequel il voulait élever le chiffre de la représentation à cent cinquante députés, et la répartir d’une manière plus équitable. Il ne réussit pas encore à réunir les deux tiers des membres (56); cinquante et un seulement votèrent en faveur du projet. M. Papineau s’y opposa encore ; il voulait comme la plupart des adversaires de la mesure, que la représentation fût conforme au chiffre de la population Le projet aurait été adopté sans l'absence de plusieurs députés, qui donnèrent pour excuse la maladie ou les affaires privées.

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La législature fit pendant cette session les démarches préliminaires qui devaient assurer la sécularisation des réserves au clergé.

Par l'acte constitutionnel de 1791, l’Angleterre avait mis de côté ou réservé le septième des terres de la couronne alors incultes et non concédées dans les deux provinces, pour le soutien d'un clergé protestant ; elle avait en même teiups donné aux législatures le droit de changer les dispositions de l’acte qui constituait cette dotation. Le même acte accordait aux gouverneurs le droit d'établir des cures ou rectories dans les paroisses et cantons, et de les doter au moyen des terres réservées. Ce dernier pouvoir ne fut exercé qu'en 1836, par Sir John Colborne, de triste mémoire, qui établit cinquante-sept cures en faveur de l’église anglicane.

La métropole avait eu en cela l'intention de favoriser spécialement l’église d'Angleterre. C'était une grande faute que d’accorder à une secte privilégiée une aide pécuniaire au détriment des autres, dans un pays peuplé d’habitants professant une religion différente.

Le clergé anglican avait d’abord joui seul du revenu des terres réservées. De honne heure, l'évêque Mountain s'était occupé de ces terres, qui fureñt d’abord considérées comme presque sans valeur. Dans l'hiver de 1818-19, il avait réussi à les placer sous la direction de son clergé. L'église d’Ecosse fut la première à réclamer sa part dans les revenus des réserves, et l’Angleterre reconnut la justice de ses réclamations. Les autres sectes, devenues plus nombreuses par l'immigration voulurent aussi puiser à cette source de richesses; elles prétendirent, avec

raison, que les églises d'Angleterre et d’Ecosse ne devaient pas profiter exclusivement des fonds qui leur appartenaient également. En eflet, les juges de la métropole déclarèrent, en 1840, que les mots clergé protestant, désignés dans l'acte de 1791, comprenaient les sectes protestantes de : toutes les nuances.

La question des réserves ne fut pas directe.

ment un sujet de griefs dans le Bas-Canada. Les catholiques ne désiraient pas participer aux revenus des terres réservées: ils avaient par eux-mêmes le moyen de soutenir leur clerof, “On a dit avec raison, remarque M. Chauveau en 1852, que le Bas-Canada était demeuré parfaitement étranger à tout esprit de querelles religieuses. Pendant nos luttes politiques, déjà compliquées par l'élément national, nous avons toujours écarté avec soin l'élément religieux, qui aurait rendu désespérée une situation déjà bien difficile. Je ne veux pas de meilleure preuve de la tolérance religieuse, qui a toujours régné dans le Bas-Canada, que le silence que les catholiques y ont toujours gardé sur cette question des réserves, qui a si longtemps et si violemment agité le Haut-Canada. Tandis que chaque petite secte dans le Haut-Canada a réclamé, avec beaucoup de bruit. ces droits aux réserves, l’église catholique du Bas-Canada, qui aurait eu d'après une distribution semblable à celle qui se fait dans le Haut-Canada les quatre cinquièmes de ces terres, a laissé tranquillement un clergé protestant jouir d'une si large part de notre patrimoine. ”

Au contraire, dans le Haut-Canada, cetle grande question créa des discordes et des

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jalousies entre les diverses sectes religieuses. Les réformistes ou libéraux, qui étaient pour la plupart méthodistes,baptistes,presbytériens, etc. demandaient la sécularisation des réserves et l'abolition des rectories, et proposèrent d’en appliquer les revenus aux progrès de l'éducation et au profit des municipalités. L'assemblée législative adopta à plusieurs reprises une mesure dans ce sens ; mails la chambre haute, composée en partie d'anglic®hs, la repoussa toujours. Ce ne fut qu'en 1839 que fut passé, à une faible majorité des deux chambres, un projet de loi qui décidait la question d’une manière satisfaisante ; mais il ne reçut pas la sanction royale. Au contraire, le parlement impérial se chargea de passer un acte qui disposait du revenu des réserves d’une mamère tout à fait contraire aux vœux si souvent exprimés par la majorité des Hauts-Canadiens ; cette mesure ne fit qu'augmenter le mécontentement public. En effet, les églises d'Angleterre et d'Écosse se trouvaient à avoir la plus grande partie des revenus, bien que le nombre de leurs adeptes fût de beaucoup inférieur à celui des autres.

Depuis l’Union, la question des réserves occupa encore constamment l'opinion vublique, et devint, à plusieurs reprises, le sujet de discussions animées dans les chambres. Les uns considéraient les réserves comme une dotation, .un octroi irrévocable, une propriété inviolable ; les autres n’y voyaient qu’une cession de fonds par l’état, et révocable à volonté par le gouvernement. Vouloir maintenir les réserves et les dotations faites d’une manière si inégale, c'était conserver au sein de la société un brandon de discorde civile et reli-

gieuse. Les hommes politiques voulurent enfin remédier d’une manière efficace à cet état de choses, qui maintenait l'esprit d'exclusion d’une part, et de domination de l’autre ; maisle cabinet refusa d’en faire une question ministérielle, parce que M. LaFontaine différait de ses collègues sur l'emploi à faire des revenus.

M. Price, commissaires des terres de la couronne, entreprit de régler cette question si épineuse ; et dans ce but, il proposa une série de résolutions qui furent ensuite rédigées sous forme d'adresse à la reine. Par ces résolutions, qui contenaient l'historique des réserves du

- clergé, les membres demandaient au parlement impérial d'autoriser la législature canadienne à disposer des revenus des terres réservées au clergé suivant qu'elle le jugerait convenable ; aucune secte ne devait être considérée comme ayant des droits acquis à ces biens, mais les émoluments assignés jusqu'alors aux titulaires devraient être conservés durant leur vie.

Dans un discours remarquable, M. Price fit l'historique de cette grave question Nous donnons le passage suivant, qui complète ce que nous avons à dire sur ce sujet. L'acte constitutionel met en réserve pour le clergé, un septième des terres du Canada Je vais maintenant établir l'énorme étendue de cette réserve. Le nomb':

d’acres ainsi réservés est de 2,395,687, dont il a été vendu en vertu ues actes 7 et 8 Geo. d.

508,918 acres, et en vertu du statut 8 et 4 Vic. 568,540 acres, faisant en tout, 1,072,453 acres vendus. Il reste à disposer 1,323,284 acres. Le produit de la vente s’est monté à £720,756, dont £3713,899.4.4. ont été payés, laissant à payer une

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1850] LORD ELGIN. 139 balance de £346,856.-15.-8. Avec l'intérêt sur la somme payée, on aurait déjà un million de louis provenant des terres vendues, et lorsqu'on aurait disposé de toutes ces terres, le produit en excédera deux millions de louis.

“ Ni l'on considère la population du Canada partagée en sectes, on verra qu'un bien petit nombre a profité de ces réserves. Sur une population de 723,000 âmes, l’église d'Angleterre, compte pour 171,000, celle d'Écosse, pour 68,060, faisant un total de 240,000, gt ces deux églises se sont fait la part du lion, en ne laissant comparativement rien au reste de la population formant 483,000 âmes.

“Dans ce dernier chiffre, se trouve l’église catholique romaine comptant 123,707 âmes, et recevant pour sa part £700 par année ; l’église Wesleyenne, de 90,363 âmes, recevant une misérable pitance. Il reste encore 269,000 âmes, qui ne retirent rien de ces réserves dont elles sont entièrement exclues.

“ On a prétendu que le Bas-Canada n'était pas mtéressé dans cette question ; mais on se trompe. Le nombre d’acres réservés pour le clergé dans le Bas-Canada, s'élève à 984,050 acres, dont 862,- 699 ont été vendus et ont produit £74,226. 2. T1, dont £16,708. 18. 5, sont encore dus. Le Bas- Canada a donc intérêt à ce que cette question soit réglée d’une manière équitable.

“Lord Sydenham s’est prononcé contre les réserves qu'il a qualifiées de source de la rébellion, (1) ”

(1) Tiré du Canadien. 11 se trouve dans ces statistiques quelques erreurs typographiques qui sont peu importantes en elles-mêmes,

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