‹ Le Canada sous l'Union, 1841-1867 [microforme]Chapitre 25 sur 76 · EE · texte numérisé non relu

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tion, et voulait par là assimiler les lois judiciaires du Haut-Canada à celles de l’autre province, qui n'avait pas de cours d'équité.

M. W. L. Mackenzie proposa la nomination d'un comité qui serait chargé de rédiger ui projet de loi destiné à la suppression de cette cour, et à la translation des pouvoirs d'équité, dans certains cas, aux cours de loi commune,

M. Baldwin s’opposa fortement à cette mction. Il allégua que la cour de chancellerie avait été remodélée en 1849, par le vote presque unanime des représentants ; que la nouvelle loi ne fo: tionnait que depuis quelques mois, et qu'il fallait lui donner un temps d’épreuve suffisant. line voulut pas même consentir à une enquête sur cette cour. Les autres ministres approuvèrent les opinions de M. Baldwin.

La chambre se prononça contre la motion de M. Mackenzie, sur une division de trente-quatre contre trente, donnant ainsi une majorité de quatre voix en faveur des idées de M. Baldwin. Mais cette majorité fut acquise par le vote des membres du Bas-Canada. La plupart de ceux du Haut-Canada se prononcèrent en faveur de la motion Mackenzie ; plusieurs agirent ainsi sans raison, dans le but d’embarrasser le ministère ; quelques autres désiraient seulement établir une enquête.

M. Baldwin considéra ce vote, comme un vote de non-confiance de la part de ses partisans. Îl en fut blessé vivement. Il déplora la division d’un parti qu'il avait formé avec tant de sacr!fices, et l’ingratitude de ceux qui le délaissaient. Il ne put supporter cette humiliation, et remit son portefeuille, affirmant par là et la tenacité

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Tous les Canadiens, sans distinction de partis, déplorèrent la retraite de ce grand homme d'état. Non plus redoutable adversaire, Sir Allan McNab, it même l'éloge de celui qui avait soutenu une oucrre continuelle contre le Family Compact, et regretta beaucoup la détermination qu'il venait de prendre. Le colonel Prince ne trouva pas la raison donnée par M. Baldwin suffisante pour justifier sa démission, et déclara que ses adversaires n'avaient pas été aussi scrupuleux.

M. Baldwin expliqua les motifs qui le décidaient à se retirer du cabinet ; puis il exprima sa reconnaissance pour la courtoisie et les bontés qu'on lui avait prodiguées, et conserva l'espoir que lirritation qui s'était manifestée dans les débats, se calmerait bientôt. L'orateur rendit à ses collègues le tribut d’hommages dû à leur patriotisme, leur offrit encore ses services, et ajouta qu'il n’oublierait jamais la manière dont il avait été traité par les Canadiens d’origine française. La chambre se montra un instant attendrie des adieux qu'il fit à la politique dans les termes les plus touchants.

La conduite de M. Baldwin fut admirable ; nous y applaudissons de tout cœur. Lorsqu'un chef politique diffère sur un point important de là majorité de la représentation, ou bien encore lorsqu'il ne peut imposer ses vues que par le ‘oncours des députés d'une autre section, il doit

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généralement céder ou se retirer. Les représentants d’une province ne doivent pas s'opposer aux demandes que réclame la majorité des représentants de l’autre. Sous l'administration Viger- Draper, nous avons vu les mauvais résultats du système opposé, lorsqu'une majorité prise dans le Haut-Canada régla la question des biens des Jésuites et plusieurs autres, au détriment du Bas-Canada. Dans la question de la cour de chancellerie, les députés du Bas-Canada auraient probablement mieux fait de ne pas voter, plutôt que s'opposer aux vues des membres du Haut- Canada, afin de ne pas s’exposer à ce que ces derniers imposassent à leur tour leurs volontés au Bas-Canada.

Le système de la double majorité, que M.

Baldwin venait de sanctionner par sa retraite, était le seul moyen de rendre tolérable l'union de deux provinces habitées par des populations différant entre elles par l’origine, la religion, les lois et les usages. La majorité simple suflisait à la législation générale; mais elle était injuste, lorsqu'il s'agissait d'une législation particulière à l’une des provinces. (Cette distinction anormale, il est vrai, résulte de la position que l’Union a faite aux deux populations.

M. Baldwin est sans contredit une de nos plus belles figures politiques. Comme homme d'état habile et prudent, comme avocat constitutionnel et parlementaire, il n'eut pas de supérieur. En toutes circonstances, il montra les vues d'un véritable chef politique, d’un homme consciencieux, honnête et libéral. S'il chercha à dominer, ce fut pour faire triompher une bonne cause, des principes honnêtes et admis de tous. Admirateur

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1851] LORD ELGIN. 171 passionné de la constitution anglaise, il a constamment travaillé à en introduire les principes dans son pays d'adoption. Le triomphe du gouvernement constitutionnel fut surtout son ambition ; et c'est pour cela que le titre de Père du gouvernement responsable Tai a été décerné. Ce patriote parvint à abattre l'influence des chefs conservateurs, et les contraignit à se soumettre aux exigences du gouvernement responsable, et à respecter les vœux du peuple. Ce fut là son crand triomphe.

Nous avons été heureux de constater que M.

Baldwin se montra l’ami du Bas-Canada, autant qu'il était possible de l’être à un Haut-Canadien ; en retour, il reçut de cette province des preuves de sa reconnaissance, pour les bienfaits qu'il contribua à lui accorder.

Comme il est arrivé à plusieurs hommes illustres, les immenses services rendus à son pays par M. Baldwin furent payés d'ingratitude. Ce grand patriote fut honteusement répudié par ses anciens électeurs du comté de York, qui lui préférèrent le cleargrit Hartman, homme obscur et étalant partout ses principes démocratiques. La population du Haut-Canada et la presse surent apprécier la perte irréparable qu'ils éprouvaient par la défaite de M. Baldwin; :!: rendirent hommage à sa conduite honorable et patriotique, et espérèrent jouir encore de ses précieux services. Mais il refusa plusieurs fois dans la suite, de se porter candidat, et de mouter sur le banc

Judiciaire ; il préféra passer le reste de ses jours

dans le repos et la solitude. Cet homme distingué conserva toujours, dans la retraite, l’affection de ses amis et le respect de ses adversaires.

Nous terminons ces quelques remarques faites I à la mémoire de ce grand citoyen, par fa citation hi suivante, empruntée à journal anglais impor- UE : tant :

:. {INR “Nul homme public, dit ce journal, n'a com- (l mandé au Canada, dans son temps, un respect l'E TIR l aussi général, que l'honorable M. Baldwin. Non M intégrité était tellement au-dessus du soupçon, |.) 1N que jamais la calomnie n’osa soufler sur cette | pure renommée. Il commandait au respect de tous les partis; son nom était une véritable puissance, il eut pu servir de ralliement aux débris dispersés du grand parti de la réforme.” M. Baldwin mourut au mois de décembre 1K58 au milieu de regrets universels.

| Lorsque M. Baldwin remit son portefeuille, | M. LaFontaine fit l'éloge de son collègue, et | annonça son intention de se retirer de la vie publique aussitôt la session finie. À peine âot LT de quarante-quatre ans, il était déjà dégouté de | la lutte et fatigué de la politique I avait été blessé dn mécontentement qu'avaient montré quelques libéraux, parce qu'il n'allait pas assez | vite dans la voie des réformes. M. LaFontaine £ | se retira au mois d'octobre, de son propre mouve- | |

ment, lorsqu'il était encore dans toute la vigueur

de son intelligence et dans la plénitude de sa

popularité. Après plus de vingt années de sa vie

consacrées au mærvice de ses concitoyens, il était

sorti victorieux des luttes qu'il avait embrassées

| pour la conquête des libertés et des réformes 4f populaires. Il était aussi respecté et aussi influent que jamais. $es électeurs de Montréal lui en

donnèrent un témoignage solennel : ils Iui offri-

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toute la reconnaissance que lui méritait sa conduite politique. M. Ampère, de l’Académie Française, qui visitait le Canada, était présent à cette démonstration.

La retraite de M. LaFontaine, comme celle de M. Baldwin, causa un regret universel. Jamais chef politique n'avait joui a un si haut degré de la confiance et de l'estime continuelles de ses concitoyens. Lorsqu'il s'agissait d’une réforme, d'une mesure importante, tous comptaient sur sa prudence, sa sagesse et sa fermeté.

Comme nous l’avons déjà dit, M. LaFontaine avait accepté l'Union, tout en protestant contre les injustices qu'elle renfermait. Il était convaincu qu'une plus longue résistance au pouvoir ne pouvait que renouveler les malheurs de 1837-88 ; que le gouvernement constitutionnel serait pour ses compairiotes un rampart contre les empiètements de la population anglaise. Il avait compris l’essence de la constitution anglaise, et grâce à l’union de toute la population française et à l’alliance bienfaisante de M. Baldwin, il put parvenir au pouvoir, et prendre effectivement en mains la cause de ses compatriotes. Le Bas-Canada sortit alors de l’état humiliant, où l'avaient placé l’acte d'union et l'administration des conservateurs ; il reprit, autant qu’il était possible dans ces circonstances, ce pied d'égalité auquel il avait droit, et conquit sa juste part d'influence.

M. LaFontaine occupe sans contredit le premier rang parmi nos gloires nationales. 11 posséda’: toutes les qualités requises à un homme d''at distingué : habileté, profonde érudition, Vaste intelligence, fermeté, vues larges, noble

désintéressement. Il aurait certainement brillé même sur un théâtre plus grand, si les circonstances l’eussent permis.

Cependant, cet homme, modèle de patriotisme sous tous les rapports, fut lâchement attaqué. La presse démocratique ne cessa de répéter qu'il avait sacrifié ses compatriotes, et vendu le Bas- Canada pour des titres, des honneurs; attaque la plus injuste, lorsque l’on considère tous ses actes, sa vie publique comme sa vie privée: on n’y voit, en eflet, qu'une vie pleine d’intégrité, d’abnégation et de générosité.

En laissant la haute position de chef du cabinet, M.LaFontaine reprit au barreau la seule place qui lui convint. En 1853, il fut nommé juge en chef de la cour d'appel, poste devenu vacant par la mort de Sir James Stuart. La reine lui conféra, l’année suivante, le titre de baronnet, en même temps qu'à M. Robinson, juge en chef du Haut- Canada. C’est le plus haut titre qui ait jamais été conféré à un Canadien, Autrefois l’Angleterre se plaisait à accorder des titres honorifiques aux ennemis des Canadiens ; mais cette fois-ci, elle récompensait, dans M. LaFontaine, le véritable bienfaiteur du Bas-Canada.

Les honneurs rendus à Nir Louis-H. LalFontaine rencontrèrent l'approbation générale ; 1} étaient une juste récompense des services signalés qu'il avait rendus à sa patrie. Comme juge. Sir Louis acquit la réputation de jurisconsulte éclairé, d'administrateur impartial de la justice. Il présida la cour seigneuriale, et en dirigea act: vement et savamment les travaux. Ses observations sur la tenure seigneuriale resteront comme un monument de sa science profonde du droit.

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