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La compagnie du Grand Tronc n'avait pas été satisfaite des avantages que lui accordait l'acte de 1856, carelle n'avait pu prélever que £750,000 sur les £2,000,000. L'Hon. procureur-général présenta des résolutions, et ensuite une mesure pour venir en aide, à la condition de terminer les travaux depuis la Rivière-du-Loup jusqu’à Narnia, y compris le pont Victoria, dont la construction était déjà avancée. Cette aide consistait à l'abandon de toute réclamation aux intérêts sur les £3,500,000 que la province avait fournis, jusqu’à ce que la compagnie füt en état de payer ses dépenses et un dividende de six par cent sur le capital des actionnaires. Cet abandon permettait à la compagnie de prélever facilement les fonds nécessaires à l'achèvement de la ligne. La mesure rencontra une vive opposition de la part des libéraux et de plusieurs partisans du ministère. Avant de la voter, M. Brown proposa de soumettre les affaires de la compagnie à une investigation sévère ; quarante-huit députés approuvèrent sa motion. Quelques membres demandèrent un appel au peuple. Ceux du district de Québec se plaignirent de ce qu’on exemptait la compagnie de construire la partie du chemin entre la Rivière-du-Loup et les Trois- Pistoles, comme le portaient les premières conventions. Ils réclamèrent en même temps une aide en faveur du chemin de la Rive Nord.
Les membres favorables à la mesure firent valoir les immenses avantages qui devaient revenir au pays, par la facilité des communications, par l'accroissement rapide du commerce, par le redoublement de la valeur de la propriété foncière ; ces avantages étaient plus que suffi
sants pour dédommager la province de l'argent qu'elle avait fourni. La mesure du Grand-Tronc faisait encore cesser les relations entre le gouvernement et la compagnie, en rendant les ministres inhabiles à être directeurs. Elle subit sa troisième lecture sur une division de soixante contre quarante-huit. MM. Cauchon, Evanturel et Thibaudeau votèrent contre, tandis que MM. Galt, Holton, Merritt, Young et Rolph l’approuvèrent sans restriction. M. Dorion, approuva aussi l’aide accordée, parce qu'il considérait le Grand Tronc comme une entreprise nationale.
L'examen des affaires de la compagnie l'avait convaincu de la nécessité de la secourir. L'argent de la province eût pu être mieux appliqué ; mais il n’y avait plus à revenir sur le passé, il s'agissait de retirer le meilleur parti d’une mauvaise affaire. M. Cartier félicita M. Dorion ; sa conduite, dit-il, était celle d’un homme d'état qui considérait avant tout les intérêts du pays. L'acte du Grand Tronc fut également passé dans le conseil législatif à une forte majorité.
Il n’y a pas de doute qu’une mauvaise administration avait présidé aux affaires du Grand Tronc : sans les salaires trop élevés des employés, et sans les spéculations sur l’achat des terrains et les autres gaspillages, on serait arrivé à un résultat différent. Les actionnaires furent réellement exploités. Mais la province était intéressée au succès définitif de cette grande entreprise. Elle allait retirer indirectement d'immenses avantages, par le surcroît de facilité donné au commerce, et par la diminution des frais de transport. Aussi tous ceux qui étaient grandement intéressés à la prospérité générale, donnèrent
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leur concours au gouvernement. MM. Young, Holton, Doxrion, MceNab et Drummond le firent avec les vues larges d'hommes d'état.
N1 quelques partisans du ministère votèrent contre l’acte du Grand Tronc, ce fut parce que le cabinet hésitait à accorder une aide en faveur du chemin de la Rive Nord. M. Cauchon, pressé par les amis de ce chemin, laissa le cabinet à cette occasion. Il voulait qu'une aide füt accordée à cette route avant de voter la mesure relative au Grand Tronc; il était de plus mécontent des. délais que ses collègues apportaient dans leur décision.
M. Cauchon fut félicité, par ses collèories et par la presse, de l'énergie et de la fermeté qu'il avait déployées pour amener des réformes dans ie département des terres de la couronne. Ces réformes avaient mis un terme aux fraudes et au pillage commis par les agents, et avaient produit une expédition plus prompte des affaires. Son intéressant rapport de 1857 est là pour prouver sa haute capacité administrative. M. Taché remplaça M. Cauchon comme ministre des terres de la couronne.
Après la retraite de M. Cauchon, le gouvernement accorda une aide indirecte au chemin de la Rive Nord. Il donna à la compagnie du chemin de fer et de la navigation du Saint-Maurice un octroi de 1,500,000 acres de terres incultes. Cette compagnie, qui venait d’être incorporée, s’engaveait à ouvrir des communications entre les Trois-Rivières et La Tuque, au moyen d'une voie ferrée et de bateaux à vapeur; on lui permit d'opérer sa fusion avec le compagnie de la Rive Nord. Les deux compagnies s'unirent en
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effet sous le nom de Compagnie de chemin de fer de la Rive Nord et de la Navigation et des Terres du Saint- Maurice. L'octroi territorial du million et demi d’acres devait être la propriété de la compagnie de la Rive Nord à la condition expresse qu'elle établirait des communications entre Trois-Rivières et La Tuque.
La compagnie tenta alors de mener cette belle entreprise à bonne fin. À sa demande la corporation de Québec lui vint en aide, et avança une somme de cinquante mille piastres ; l'exploration fut alors entreprise et les travaux même commencés. Malheureusement, MM. Langevin et Casault, envoyés en Angleterre pour s'entendre avec les capitalistes, ne purent réussir dans leur mission ; ces derniers demandèrent des conditions trop onéreuses. L'entreprise fut alors abandonnée pour plusieurs années. En 1871. M.
Cauchon la prit sous sa protection ; il réveilla l'opinion publique dans la presse, dans des assemblées publiques ; grâce à son énergie, à l'octroi généreux de la corporation de Québec et au concours des véritables amis du progrès, la construction du chemin de la Rive Nord a été décidée. Les travaux ont été inaugurés solennellement au mois de juillet 1872. On peut dire que ce chemin, qui sera si utile à la ville de Québec, est maintenant résolu.
On se rappelle qu’à la session de 1856, une majorité de l'assemblée législative avait décidé que Québec serait la capitale permanente, et avait voté une somme de #200,000 pour l'érection des édifices parlementaires ; mais le conseil législatif avait refusé son concours dans le vote des subsides. Beaucoup de députés considérèrent
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alors la question non réglée; et à l'ouverture de la session de 1857, elle commençait déjà à préoccuper fortement les esprits. Sans nullement s'occuper de la décision déjà prise en faveur de Québec, le ministère proposa de soumettre à la reine la solution de cette importante question, et de la prier de choisir un lieu convenable pour être le siége du gouvernement ; il suggéra aussi de voter une sommie de &900, 000 pour l'érection d'édifices publics.
M. Cartier considérait que le vote en faveur de Québec n'avait pas été sérieux pour plusieurs députés, puisqu'ils avaient voté ensuite contre les $200,000 ; ce vote n’était donc pas l’expression de l'opinion de l'assemblée législative. De plus, le conseil législatif avait refusé les subsides, et le gouvernement ne pourrait agir que lorsque les deux branches de la législature seraient d'accord ; il était suivant lui, impossible d’avoir le concours du conseil législatif. Le meilleur moyen de régler les difficultés existantes était de laisser au gouvernement impérial le choix de la capitale.
Beaucoup de députés du Bas-Canada s'opposèrent à la démarche prise par le ministère. M. J-E. Thibaudeau proposa un amendement pour déclarer, qu’il n’était pas expédient de prendre en considération la question du siége du gouvernement, parce qu'elle avait été décidée à la session précédente. Il soutint qu’il fallait maintenir la décision prise à la session de 1856, laquelle assurait à Québec un droit acquis. “ Pourquoi ajouta-t-il, l'administration veut-elle lui enlever ce droit, surtout après la déclaration qu'elle a faite, que dans cette grave question, elle se sou-
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