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veiller à ce que la chambre d’assemblée ne disposa des deniers publics sans le consentement du conseil législatif, Siolnnt ainsi sans scrupule essence même de la constitution,dans un but évident de fanatisme national.
Les accusations contre le juge Foucher ayant été renvoyées au conseil législatif, cette décision équivalait à un rejet puret simple, et la chambre en fut profondtment mortifiée.
Peu de temps après la session, Sir John C. Sherbrooke, pour cause de santé, laissa le pays, dégoûté, dit-on, du triste rôle que lui avait fait jouer le Bureau Colonial, car ce gouverneur avait des idées saines et larges, et ne purtageait point, il s’en faut, les opinions de Lord Bathurst sur la politique canadienne. C’est un des hommes les plus capables que l'Angleterre nous ait donnés pour la représenter ici, et sa perspicacité lui fit voir que le mécontentement ne ferait que s’augmenter en présence d'idées aussi étroites que celles qui présidaient dans le Bureau du Ministre des Colonies.
Sherbrooke fut remplacé par un des grands person. nages de la Grande-Bretagne, le due de Richmond, ancien gouverneur de lIrlande, qui arriva en Canada en 1818, accompagné par Sir Peregrine Muitland, nommé lieutenant-gouverneur du Haut-Canada.
En janvier 1819 s’ouvrirent les chambres et Ja première question qui souleva des débats tres vifs fut encore celle des finances. La discussion s’éleva pour savoir si la chambre basse qui avait déjà obtenu le vote annuel des subsides pouvait de plus obtenir une liste civile en détail et voter séparément chaque objet. La majorité le voulait, afin de s'assurer de Pintégrité des officiers publics, et tenir en échec les membres du Conseil Exécutif sur lesquels elle n'avait aucun contrôle. D’autres s’y opposèrent avec force comme étant un principe nouveau et violant les droits de la Couronne.
Un comité nommé à cet eflet fit rapport de réduire les dépenses bien trop considérabies pour le revenu, et demanda la suppression des pensions comme étant sujette à beaucoup d’abus. Prenant un milieu entre les deux extrêmes, quelques-uns voulurent voter les subsides par chapitres, où en sommes rondes pour chaque département. Mais les partisans du vote en détail Pemporterent, le bill fut passé, envoye au conseil qui,
comme on s’y attendait, le rejeta,et motivä Le rejet dans les termes suivants : ‘ Que le mode adopté pour l'octroi ‘“ de la liste civile était inconstitutionnel, sans exemple ‘“ et comportait une violation directe des droits et des ‘ prérogatives de la couronne; que si le bill devenait ‘ loi, il donnerait aux communes non seulement le pri- ‘€ vilége de voter les subsides, mais aussi de prescrire à “ la couronne le nombre et la qualité de ses serviteurs ‘en réglant et en récompensant leurs services comme ‘elle le jugerait convenable, ce qui les mettrait “ dans l’indépendance des électeurs et pourrait leur ‘{ faire rejeter l’autorité de la couronne que leur serment “ de fidélité les obligeait de soutenir.”
Le duc de Richmond, imitant la conduite bautaine de Pun de ses prédécesseurs, Craig, prit sur lui, irrité qu’il était de l’attitude ferme de la Chambre devant son conseil, de louanger une chambre et blâmer l’autre. Cette conduite qui faisait présager de nouveaux orages, ne fit qu’aggraver la situation. Il y a des gens qui pour assurer le triomplie d’une idée ou d’un parti n’hésitént point à compromettre même le sort d’un pays ; peu leur importe l’intérêt et le bien de la majorité, tant la passion politique domine leur raison ; chez eux les aspifations généreuses du cœur sont étouffées par la main glacée de Pégoïsme, et l’avenir sera ce qu’il voudra, pourvu qu’ils parviennent à leur but. De tels hommes he peuvent être placés à la tête de leurs semblables, car; pour gouverner, il faut connaître les instincts généreux du sacrifice et comprendre le respect que l’on doit aux institutions et aux libertés politiques d’un peuple.
En 1819, un des coryphés du parti anti-populaire, M. Ogden, membre de la ville des Trois-Rivières, porta contre une desanciennes illustrations de notre parlement, le juge Bédard, de graves accusations. Le comité chargé de cette affaire rendit justice au noble patriote et repoussa les accusations dirigées contre sa personne. __ La prorogation du parlement arriva avant que la Chambre ne se fut prononcée sur le rapport du comité. Sur demande de M. Bédard, un nouveau comité fut tostitué en 1821, mais l’accusateur ne comparut pas. A Pinstance de ses amis, M. Bédard se décida à ne point poursuivre davantage cette affaire, et sa réputation n'en souffrit nullement. On a souvent reproché aux
tiations leur ingratitude envers leurs grands homnmies, mais le peuple Canadien n’aurait jamais voulu croire aa mauvais caractère d’un homme qui fut un des plus ardens défenseurs de ses libertés politiques et religieuses.
Cette haine des hommes publics entre eux, cet acharnement à ternir la mémoire de citoyens vertueux, ces méfiances, ces jalousies prouvent à cette époque un malaise réel chez la nation, résultat inévitable de tant de luttes et d’injustices. Un peuple qui aime sa natiopalité, est fier de son origine, ne voit jamais sans se sentir ému les attaques dirigées contre elles; il s’agite, ses passions sont en mouvement, et la société entière en est affectée. De là le malaise et l’agitation da peuple Canadien.
Projet d'Union des Canadas, (1823-1827.)
C’est à cette époque de trouble, d’agitation et de riva” lité entre les chambres que se trama en Angleterre un complot pour anéantir d’un seul eoup la nationalité canadienne-française. L’ambition, le désir de dominer et une profonde antipathie de race avaient été de tout temps les motifs évidents de la conduite du parti oligarchique en Canada, et il avait, pour le supporter dans ses prétentions exagérées, les gouverneurs qui sans cesse ge tournaient vers lui et semblaient n’agir que d’après ses inspirations et sa volonté. Voyant que tout était tranquille à l’extérieur, ce violent parti crut que le moment était arrivé d’assumer la prépondérance sur les affaires du pays, et le Bureau Colonial, comme d’habitude, fut prét à seconder ses vues. Les guerres avaient fait ajourner le projet de l’Union des provinces, car on avait eu besoin du secours du peuple Canadien. La paix étant rétablie, on résolut de faire passer la mesure, et un bill à cet eflet fut présenté dans le parlement anglais à l’insue de ceux dont on décidait le sort, sans les consulter, car on les savait opposés à cet acte op-
ressif.
Les querelles des chambres à propos du vote des subsides, en 1822, et des droits de douane avec le Hawt- Canada parurent un motif plausible au ministère anglais
our accomplir son dessein, car il a toujours été dans fa politique de l’Angleterre de subordonner les principes de la justice aux intérêts de son gouvernement danse ses relations avec les peuples plus faibles qu’elle-même.
M. Ellice fut un de ceux qui contribua le plus à déterminer le ministère anglais à précipiter la passation de cette mesure, afin de prendre les Canadiens par surpurs et ne point leur laisser le temps de protester. Par
asard, M. Parker en avant eu connaissance alla trouver Sir J. Melntosh, Sir Francis Burdett et quelques
autres membres et réussit à former une opposition qui arrêta le bill à sa seconde lecture. Nous citerons les paroles suivantes d’un des organes du cabinet et qui font voir combien les partisans eux-mêmes de l’Union appréciaient leur conduite :
‘Je vous supplie de passer ce bill immédiatement, ‘disait M. Wilmott ; si vous attendez à l’an prochain, ‘€ vous recevrez tant de pétitions pour protester contre ‘la mesure qu’il sera fort diflicile de ladopter, quel- ‘“qu’utile qu’elle puisse être à ceux qui s'y opposent ‘“ par ignorance ou par préjugé. D'ailleurs elle est “ indispensable pour faire disparaître les difficultés qui “existent entre l'exécutif et l'assemblée,”
Le bill qui fut renvoyé à l’année suivante donnait au Haut-Canada une représentation plus considérable qu’au Bas, quoique ce dernier eût une population supérieure, abolissait usage de la langur française, et allait jusqu’à affecter la liberté religieuse.
Lorsque la nouvelle de ces tentatives injnstes, mais heureusement vaines, parvint en Canada, elle y causa la plus vive agitation ct le peuple Canadien tout entier fut indigné d’une conduite semblable. Des assemblées nombreuses se tinrent à Montréal et à Québec dans le but de protester contre le bill, des pétitions au gouvernement anglais se couvrirent de 60,000 signatures, et, chose singulière, le peuple du Haut-Canada lui-même se montra généralement opposé à son Union avec la province inférieure,
Ainsi avait été formé dans les ténèbres du silence ce projet inique, destiné à dépouiller un peuple de tout ce qui peut l’attacher à son pays et à son gouvernement ; il ne s'agissait rien moins que de notre existence, et un demi-million d'hommes se seraient trouvés sans patrie sur le sol même qui les a vü naître. Et quels étaient donc les motifs de cette conduite. Pouvait-on reprocher aux Canadiens leur manque de loyauté ? et leur attitude vis-ä-vis la métropole inspirait-elle des craintes sérieuges? Les étrangers qui, après la! conquête, arrivèrent dans le pays auraient pu être excusables de soupçonner 1: fidélité d’un peuple encore sous l'excitation d’une guvrre acharnée, mais, le parti anglais était-il alors Justifable de vouloir faire disparaitre ceux-là même qui avaient, à plusieurs reprises, conservé le Canada à
l'Angleterre, et comme le disait à cet époque un des valeureux champions de nos droits, M. D. B. Viger:
“ Est après plus de soixante ans de paix et de bon- ‘“Cheur, quand la génération qui vit la conquête est “ dans le tombeau, quand il reste à peine des témoins “ de cet événement, au milieu de la génération actu. “elle, quand le souvenir comme le sentiment en est ‘“ éteint dans le cœur des Canadiens, quand enfin il n’y ‘ a plus dans cette province que des hommes nés sujets “ britanniques et jouissant de leurs droits à ce titre, ‘ qu’on a pù former le projet de nous traiter, je ne dirai “ pas comme un peuple conquis à qui le droit public “ des nations civilisées ae permet plus d’arracher ses ‘“ établissements et ses lois plus que £es propriétés, mais bien comme ces peuples sauvages à qui les lu- “ mières et les arts ainsi que les principes et les devoirs “ de la vie civile sont inconnus.”
Bien dangereuses étaient les doctrines émises par nos adversaires, bien injustes les principes servant de base au bill d'Union, et bien ingrats les sentimens de la métropule à notre égard. L’égoisme dominait la raison et l’on nc s’apercevait point que cette mesure aurait été contraire à la politique anglaise, en lui faisant perdre l’ascendant qu’elle devait exercer, pour la faire passer à un peuple qui pouvait se révolter; bien loin d’unir les Canadiens à l’Empire par des motifs d’un même intérêt, elle n’aurait servi qu’à affaiblir ces liens en détruisant en même temps le sentiment d’intérêt personnel qui renforce dans les citoyens celui du devoir, qui attache les hommes au gouvernement dont lautorité assure la puissance de leurs droits. Si, pendant la guerre des Etats-Unis en 1812, quelqu'un eut osé dire que la trahison devait être la récompense des services rendus par le peuple Canadien, et la perte de leurs institutions, le prix de leur bravoure, on l’aurait méprisé, repoussé avec dédain, et cependant quelques années plus tard le nom immortel de Chateaugnay n'était pas assez puissant pour arrêter l’Angleterre dans ses mesures d’oppression à notre égard, en nous privant même du droit de nous défendre.
Nonobstant les efforts inouis de l’oligarchie, l’œuvre de Pitt devait continuer à subsister. MM. Papineau et Neïlson furent envoyés par leurs compatriotes en An-
gleterre pour défendre les intérêts canadiens, et ces illustres personnages présentèrent au gouvernement anglais un mémoire rédigé par eux-mêmes et qui,d’après Garneau, ‘est l’un de nos papiers d’état les plus noble- ‘ ment, savamment et philosophiquement pensés que “ l’on trouve dans notre histoire.
Après quelque discussion avec le sous-secrétaire des colonies, M. Wilmot. ce dernier leur donna l’assurance que la question de l’Union ne serait pas agitée pendant la session. Cependant M Papineau attendit la prorogation du parlement, et fut reçu à Londres, ainsi que son collègue, avec des marques de distinction et de bienveillance.
A Pouverture de la session, on s’attendait à la répétition des débats sur les finances, mais le gouverneur ayant séparé dans les estimations la liste civile des autres dépenses, les subsides furent votés.
Pendant l’agitation produite en Canada par le bill d'Union, arriva la défalcation du receveur-gtnéral Caldwell, et en 1822 il avait été obligé de déclarer qu’il n’avait plus d’argent pour subvenir aux dépenses du reste de l’année, Plus tard il fut constaté qu’il y avait un déficit de £96,000. Ce fut un nouvel argument contre le système inconstitutionnel du Bureau Colonial. Dans le même temps, M. Perceval, percepteur des douanes à Québec, fut accusé d’exaction par le commerce : la chambre demanda sa démission, mais on lui fit la réponse que c’était un employé honnête, intelligent, alors que, dans le même temps, il était condamné par les tribunaux à faire des restitutions.
Après la session, Lord Dalhousie étant passé en Angleterre pour rendre compte de la situation des affaires, Sir Francis Burton prit les rênes du gouvernement.
On avait crû pendant un temps que la question des finances était complètement réglée, mais au retour de Dalhousie, elle fut soulevée de nouveau plus menaçante que jamais et les subsides furent refusés (1827). Le gouverneur, dès le lendemain, prorogea les chambres, en insultant à la dignité des communes et en félicitant ie conseil législatif. C’est ainsi que les agens envoyés par l’Angleterre pour nous dominer plutôt que pour nous gouverner, entendaient les intérêts du pays, et méconnaissaient les dispositions favorables aux privilé-
ges du peuple, soutenus par ses représentans, quoiqu'il y eût un peuple sur ce sol, et un peuple, qui, comme disait un jour M. Papineau, voit beaucoup moins de distance réelle et fondée en raison entre ses administrateurs et lui, qu’il n’en existe en Angleterre
La position des partis annonçait une crise violente, l'horizon politique se couvrait de jour en jour de nuages sombres et menaçans, une tempête était imminente ; de part et d’autre on «y prépara. Plusieurs officiers de milice, ayant refusé de se rendre aux revues, furent destitués, et les journaux, de leur côté, ne contribuèrent pas peu à enflammer les esprits L’un d’eux disait : ‘ Canadiens, on travaille à vous forger des chaînes ; il “ semble que l’on veuille vous anéantir on vous gouver- “ ner avec un sceptre de fer. Vos libertés sont enva- “ hies, vos droits violés, vos priviléges abolis, vos retia- “ mations méprisées, votre existence politique menacée “ d’une ruine totale.....,.... Voici que le temps est “ arrivé de déployer vos ressources, de montrer votre “ énergie et de convaincre la mère-patrie et la horde “ qui depuis un demi-siècle vous tyrannise dans vos ‘“ propres foyers que si vous êtes sujets, vous n’êtes pag “esclaves.”
Les écrits des journaux de cette époque étaient sans doute quelquefois empreints de violence ; mais lorsqu'un peuple se voit en proie aux calomnies les plus noires,
vil sent qu’on en veut à son existence même, et que, Didhaut de ne point entendre ses plaintes, l’on pousse l’ingratitude jusqu’à oublier ce qu’il a fait pour la dé, fense de la colonie, il est naturel que l’émotion le surmonte, fière de sa brillante origine, qu’il relève sa tête et s’oppose aux coups de gens désireux de l’ané. antir.
Les élections furent favorables au parti populaire, A la réunion du parlement, M. F pineau fut choisi comme orateur, mais le gouverneu: refusa de sanction ner ce choix et dit a la chambre d’assemblée d’en élire un autre. Sur proposition de M. Cuvillier il fut résolu que le choix du président devait être fait librement et indépendamment du gouverneur; que M. Papineau avait été choisi, que la loi n’exigeait pas d'approbation et qu’elle était comme la présentation, une simple formalité d'usage. M. Papineau ayant été reconduit au
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