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fauteuil, ls gouverneur ne voulut point approuver ce choix, et le soir même le parlement fut dissout.
L’agitation ne fit que s’accroître; des assemblées publiques se tinrent dans les villes et les campagnes, les discours se ressentirent du trouble où étaient plongés les esprits ; on alla même jusqu’à sévir contre la presse, et pour la seconde fois fut arrêté M. Walker, l'éditeur du Spectateur, de Montréal. Des adresses, couvertes de plus de 80,000 signatures, furent envoyées en Angleterre et portées par MM. Neilson, Cuvillier et D. B. Viger: M. Gale porta celles du parti oligarchique.
La cause canadienne rencontra des sympathies au sin du parlement anglais, plusieurs membres influens appronvèrent la conduite de la chambre d’assemblée coloniale, et un comité ayant été nommé fit un rapport qui laissa voir beaucoup plus de concessions qu’il n’en acvorda réellement. Cependant ce rapport ne fut ni adopté, ni rejeté, et le nouveau ministre des colonies, Sir georges Murray, ne fit que promettre de suivre les tecommendations qu’il suggérait.
Lord Dalhousie, devenu entièrement impopulaire en
Canada, ne tarda pas à être remplacé par le lieutenant-
ouverneur de la Nouvelle-Ecosse, Sir James Kempt,
me plus réservé qui, dès le début, ne voulut faire alliance avec aucun parti, et une ère d’espérance s’ouvrit avec la nouveïle administration.
Les 92 Résolutions.
Le langage de la presse, de violent qu’il était, devint plus modéré au commencement de l’administration du nouveau gouverneur, et des deux côtés on attendit avec hâte l’ouverture du parlement qui eut lieu à la fin de l’année 1828. Le gouverneur, par un message, fit connaître ce qu’en Angleterre l’on avait adopté pour le réglement de la question des finances. Le revenu approprié par le gouvernement impérial devait rester à la disposition de la couronne; ce qui, avec les appropriations provinciales et les £3 ou 4,000 du revenu casuel, formait un total de £38,000. Après le paiement du salaire du gouverneur et des juges, le reste devait être laissé à la disposition de l’assemblée, pour qu’elle Pappliquâät sans blesser les intérêts du gouvernement. C'était une appropriation perma.:ente sous une autre forme, ce que l’assemblée comprit, et sur rap-
ort d’un comité spécial, les mesures que voulait faire introduire le Bureau Colonial furent rejetées et l’on persista à demander le contrôle sur le total de la dépense.
Ces résolutions, sous forme d’adresse, furent expédiées à Londres par le gouverneur.
La chambre s’occupa ensuite de la représentation nationale et le nombre des membres fut fixé à 84. Des sommes furent appropriées pour l’ouverture de nouvelles routes et autres améliorations utiles.
À la session suivante, la chambre n’ayant point encore reçu de réponse du Bureau Colonial à ses adresses, continua à s'occuper du développement et des progrès du pays et prouva que si elle voulait avoir le contrôle sur
es finances, ce n’était que dans un but louable, propre à augmenter les ressources de la province et le bien-être des citoyens en général.
Le conseil législatif se composait alors de vingt-trois membres dont douze fonctionnaires du gouvernement,
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seize protestants et sept catholiques, et le conseil exécutif de neuf membres, dont un seul catholique. Malgré cet exclusivisme de race, source de tous les troubles en Canada, parcequ’on voulait gouverner la majorité par la minorité, le gouverneur, en réponse au ministre des colonies, dit qu’il n’était pas prèt à proposer de changements notables. Dès que la dépèche de Sir J. Kempt fut connue des Canadiens, elle y causa la plus profonde agitation; une grande assemblée des habitans des comtés de Verchères, Chambly, Rouville et St. Hyacinthe se tint à St. Charles, où l’on protesta énergiquement contre l’ordre de chose existant, et on alla jusqu’à dire que l’on devait s’attendre aux conséquences déplorables qui pourraient résulter d’une violation aussi manifeste des droits les plus sacrés du peuple Canadien.
Néanmoins une opposition aussi constante aux principes de la justice ne devait guère surprendre de la part d’un pays qui Jusque à avait tenu lIrlande dans une oppression de fer et avait refusé, depuis de longues années, l’émancipation des catholiques à cette terre privilégiée du malheur qui semble destinée par la Providence à lui faire payer ses crimes.
Sir James Kempt voyant lagitation des esprits et sentant sa popularité disparaître, s’'empressa de demander son rappel et {ut remplacé par Lord Ayhner.
La chambre s’assembla en 1831, et le gouverneur, dans le cours de la session, lui transmit la réponse de l’Angleterre relativement à la question des subsides. Le gouvernement impérial abandonnait aux députés le contrôle sur le revenu, à l'exception du revenu casueletterriorial,consistant dans les biens des Jésuites, les postes du Roi, les droits du quint, les lods et ventes, les terres et bois, etc., pour une liste civile de £19,000 votée pour la vie du Roi.
C’était un pas immense fait par l’Angleterre dans le chemin de. la réconciliation, si l’on considère la résistance antérieure, en même temps une concession raisonnable, et cette somme devait annuellement diminuer d’importance, vü les progrès toujours croissants du pays. Cependant comme cette concession ne répondait point complètement aux prétentions de la chambre qui voulait avoir le contrôle sans aucune réserve, on la refusa.
Plusieurs ont reproché avec assez de raison aux députés d’alors d’avoir refusé cette mesure conciliatrice, car quelqu’incompléte, qu’elle fût, on pouvait encore lutter avec avantage, par une conduite ferme et habile,
contre les préjugés métropolitains: de plus une sage prudence exigeait de ne point compromettre la cause
opulaire et de savoir profiter des circonstances propres
la favoriser. Mais lhistorien qui a par devers lui les faits et leurs conséquences, et dont lesprit contemple froidement et impartialement les événemens déjà passés, voit les choses d’un tout autre œil que l’homme politique, qui, plein de l’ivresse de la lutte, et confiant dans la sainteté de sa cause, défend les libertés de son pays longtemps méconnues. Depuis quarante ans, le parti canadien était aux prises avec le parti oligarchique; tous deux se disputaient avec acharnement, l’un sa part des droits, l’autre l’anéantissement du premier. Notre patrie s’était à peine réjouie de la libéralité de Pitt, que déjà on voulait lui ravir sa langue, et depuis lors ce n’avait été qu’une lutte perpétuelle, un instant étouffée il est vrai pour jeter dans les fastes de notre histoire une gloire de plus, et inscrire en lettres ineffaçables les noms immortels de Salaberry et de Chateauguay ; mais pour se ranimer davantage, lorsqu’on voulut consommer un plan depuis longtemps projeté, Union des Canadas, et employer les deniers de la province comme bon il semblerait au Bureau Colonial. Ilest permis à un citoyen de vouloir les libertés de son pays aussi grandes, aussi belles que le sont les vertus, leslumières,lestraditions nationales, etecomme le disait un jour le grand orateur Montalembert, il y a quelque chose de plus beau que de posséder la liberté, c’est de la conquérir. Il n’est donc pas étonnant si la luagueur des luties, les injustices vivement senties et le manque de confiance dans l’autorité firent rejeter la proposition de l’Angleterre.
Pendant la session, l’on discuta longuement les besoins de la Province. On avait à se plaindre de l’administration des Terres de la Couronne, les biens des Jésuites étaient réclamés, lon ne voulait point «le l’intervention du gouvernement impérial dans nos affaires, le choix des conseillers était mauvais et partial, et la présence des juges en chambre regardée comme incompatible avec leurs fonctions. Une pétition renfermant ses griefs fut envoyée au roi et Lord Aylmer exprima aux chambres le plaisir qu’il avait de voir ses plaintes formulées d’une manière distincte; que si les Canadiens avaient encore i,1elaues demandes à faire, il les priait de lui ouvrir leur cœur, de ne rien cacher et de reposer leur confiance en sa personne.
Dans la session suivante, la chambre persista encore à ne point accéder à la demande de l’Angleterre, faute grave, car, comme observe l’historien Garneau, une partie de sa force consistant dans son influence morale, elle devait accomplir au-delà de la lettre les engagemens qu’elle avait pris,ou qu’elle paraissait avoir voulu prendre.
Dans ce temps là étaient apparus au sein de i’assemblée législative un certain nombre de jeunes gens aux inteations pures et Justes ilest vrai, mais qui, n'ayant point l'expérience entière des choses, entrainèrent la chambre dans une voie périlleuse, en voulant trop avoir dans un court espace de temps. C’étaient MM. Lafontaine, Morin, Rodier, le dernier avocat renommé à Montréal, les deux autres occupant encore aujourd’hui les plus hautes charges judiciaires du pays, après avoir illustré leur nom comme hommes politiques.
Au milieu des querelles des divers partis politiques eut lieu à Montréal la lutte électorale entre le Dr. Cressé, Rédacteur du Vindicator et M. Stanley Bagg. Des troubles s'étant élevés, les troupes furent appelées le 21 mai, tirérent sur le peupl?, tuèrent trois hommes et en blessèrent deux. L’excitation fut à son comble, et l’on s’écriait de tout côté : ‘ Jamais les gens du parti “ oligarchique x’attrappent de mal, on sait si bien distin- ‘“ guer les victimes.” Le choléra qui sévit dans le pays et enleva 3,300 personnes dans la seule ville de Québec n’empêcha point l’excitation populaire de se propager.
A louverture de la session les luttes recommencèrent. On agita la question de rendre électif le conseil législatif, ce qui excita au plus haut dégré les membres de ce corps, et dans une adresse à lAngleterre ils dépassèrent tellement les bornes de la convenance que le ministre des colonies ne pût s'empêcher de dire que Sa Majesté ‘ regrettait l’introduction d’aucune expres- “ sion qui avait l'apparence d’atiribuer à une classe de ‘“ ses sujets d’une origine des vues qui pouvaient être contraires à la fidélité qu’ils lui devaient.”
C’est dans ces circonstances de troubles, d’agitations et de luttes passionnées que lon vit quelques Canadiens influens et distingués se séparer de M. Papineau, entres autres MM. Neilson, Cuvillier, Quesnel et Duval, non pas que ces membres ne reconnussent point la justesse des prétentions du chef des Canadiens, mais ils eraignaient de compromettre la cause de leur pays, en refu-
sant tout arrangement et en ne voulant pointtenir compte des concessions faites et des réformes opérées par le ministre des colonies.
M. Papineau en se séparant de ceux qui avaient toujours si bien servi la cause Canadienne, assuma une responsabilité très grande et les événemens ne tardèrent point à le prouver. Les principaux griefs compilés par M. Papineau furent mis sous forme de résolutions par M. A. N. Morin, et devinrent célebres dans la suite sous le nom des “ 92 résolutions.” Elles furent présentér à la chambre par M. Bédaru et opposées par uelques Canadiens, comme devant conduire le pay: dans une voie dangereuse.
Je crainds, disait l’un des opposans, M. Quesnel, ‘qu’en nous adressant à l’Angleterre pour demander “un changement dans notre constitution, nous ne l’ob- ‘ tenions point et que notre démarche entraine avec elle “ des suites désastreuses pour le pays. En Angleterre ‘ l’on n’a jamais voulu convenir des vices de la consti- ‘“titution et pense-t-on qu'aujourd'hui on y sera plus & facile sur ce sujet? Je ne le crois pas. J’ignore où “ ces résolations peuvent nous conduire. Si elles n’ex- “ citent point de trop grands troubles, il en résultera du “ moins une grande réaction. Je souhaite sincèrement “que mes prévisions ne s’accomplissent point ; Je “ souhaite me tromper. Quoique je diffère d’opinion ‘avec la majorité de cette chambre, si elle réussit à & procurer l'avantage réel et permanent du pays par “ les moyens qu’elle emploie aujourd’hui, je me réjouirai de ses succès avec les hommes éclairés qui auront “formé la majorité. Je regretterai alors de n’avoir ‘ pas eu comme eux assez d'énergie pour braver le “ péril et entreprendre une chose que je regardais “ comme dangereuse, ou du moins très incertaine quant “a ses résultats. Si au contraire mes craintes se réalisent, si la chambre succombe dans son entreprise, “ je partagerai avec les autres les maux qui pourront ‘ peser sur ma patrie, je dirai, ce sont sans doutes les “ meilleures intentions qui ont guidé la majorité de la chambre, et on ne me verra point m’unir avec ses ennemis pour lui reprocher d’avoir eu des vues prer- “ verses: voilà ce qui fera ma consolation.”
M. Morin fut chargé d’aller porter les 92 résolutions à M. Viger qui était toujours à Londres.
Les Troubles.
Les 92 résolutions soulevèrent des débats dans le parlement anglais, et les griefs des Canadiens furent pris en considération. Pendant ce temps des comités de district siégeaient en Canada, correspondant avec les agens envoyés en Angleterre, et M. Papineau parcourait les townships qui s’étaient déclarés pour le parti national. Une commission fut envoyée d’Angleterre en Canada ayant à sa tête Lord Gosford, pour examiner Pétat du pays et faire rapport au gouvernement métropolitain sur les suggestions nécessaires; mais les partisans de la réforme n’en continuèrent pas moins leur résistance. Le rapport des Commissaires fut loin de correspondre aux demandes des Canadiens. On y justifiait la conduite et l’opposition systématique du conseil législatif envers l’assemblée ; entre autres suggestions, on y faisait celle de changer la loi d’élection et de donner l’avantage à l’électeur anglais sur l’électeur français. Dans la chambre des communes d'Angleterre il y fut déclaré impossible de rendre le conseil législatif électif dans la colonie, et d’accorder un gouvernement responsable, ligne de conduite qui devait, quelques années plus tard, recevoir un démenti formel.
Les Canadiens ne furent point surpris de la décision impériale, car on était depuis longtemps habitué aux refus. 11 fut donc décidé de résister à l’Angleterre et de faire face aux événemens qui se préparaient depuis longtemps ; les chefs, se tenant responsables des conséquences qui pourraient en résulier, entreprirent la lutte, lutte inégale qui pouvait exiger le sang de plusieurs enfans du pays. Le Canadien, tout en reconnaissant la justesse des prétentions du parti Papineau, s’écriait : Qu’allons-nous faire ? Allons-nous, avec les débris du
“ naufrage, essayer de nous remettre en mer et pour-
ff suivre notre route; ou bien allons-nous renoncer à
“ notre destination en appelant la Providence à notre ‘“ aide, allons-nous rassembler un reste de vigueur pour “tenter les hasards d’une nouvelle destinée ?,,,,,. ‘“ Nous ne conseillons pas de prendre ce dernier parti. ‘ [| sera encore temps d’en venir aux extrêmes, lorsque ‘“ nous aurons épuisé tous nos moyens de salut, Un “ peuple faible peut se résigner à un sort malheureux “ sans déshonneur ; il y a une soumission honorable “ comme il y a une domination déshonorante.”?
La proximité du Canada de la République Américaine qui, à différentes reprises, avait tenté de le conquérir, fit croire que nos voisins viendraient à notre secours, et les discours devinrent si véhéments, l’agitation si grande, que le gouverneur crut de son devoir d’émaner une proclamation pour metire le peuple en garde contre les paroles séditieuses des agitateurs. M. Papineau descendit jusqu’à Kamouraska, accompagné de MM. Lafontaine, Morin, Girouard, et fut reçu avec enthousiasme. Lord Gcsiord fut brûlé en efligie dans le district de Montréal, et des Landes armées parcoururent le comté des Deux-Montagnes,
Cependant il répugnait au gouverneur d’employer des mesures extrêmes; il avait confiance dans la loyauté du peuple Canadien, et croyait que si des changements étaient opérés dans les deux Conseils ils auraient l'effet de concilier davantage les partis.
€ Melire les troubles qui arrivèrent, cette apprécia- “ tion était parfaitement Juste, coinme observe M. Gar- “ neau; le premier vœu des Canadiens était de conser- ‘“ ver leurs usages et leur nationalité ; ils ne pouvaient “ désirer l'annexion aux Etats-Unis, parce que ç’aurait ‘€ été sacrifier ces deux choses qui lui sont si chères, et ‘“ c’est la conviction que l’Angleterre travaillait à les ‘ leur faire perdre qui entraina la plupart de ceux qui ‘ prirent part ensuite à l’insurrection.”?
A l’ouverture de la session de 1837, la chambre s’empressa de protester contre le rapport des Commissaires en Angletere, ce qui amena la prorogation du parlement. Cetie mesure augmenta le mécontentement du peuple, mécontentement qui fut encore aggravé par la destitution d’un grand nombre d’ofliciers de milice. Les discours devinrent plus violents, les assemblées se multiplièrent, et une association de jeunes gens, à Mon-
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tréal, connue sous le nom de Fils de la Liberté, publiait un manifeste menaçant, pendant que l’association constitutionneile anglaise en publiait un autre en sens contraire,
Une grande assemblée des représentants des comtés de St, Hyacinthe, Richelieu, Rouville, Chambly, Verchères et Acadie se tint à St. Charles le 23 octobre, sous la présidence du Dr. Nelson. MM. Nelson, L.M. Viger, Papineau, Ls. Lacoste, Girouard, Girod, Brown et Rodier prirent la parole, et des résolutions servant de base à un appel au peuple furent passées. C’était un fait gros de conséquences, et la tempète ne pouvait tarder à éclater.
L’Evêque de Montré:l, Mgr. Lartigue, alarmé de l'attitude hostile des chefs du parti national, publia un mandement dans lequel il disait: “ Encore une fois, “ nous ne vous donnerons pas notre sentiment comme ‘“ citoyen sur cette question purement politique qui a ‘“ droit ou tort entre les diverses branches du pouvoir “ souverain; (ce sont ces choses que Dieu a laissées ‘aux disputes des hommes); mais la question morale, “ savoir quels sont les devoirs d’un catholique à l’égard “ de la puissance civile établie et constituée, dans cha- “ que état, cette question religieuse, dis je, est de notre ‘6 ressort et de notre compétence, ,.,,,, sosie ose
‘6 Ne vous laissez donc pas séduire, si queiqu’un vou- “Jait vous engager à Ja rébellion contre le gouverne- “ ment établi, sous prétexte que vous faites partie du ‘“ peuple sonverain: la trop fameuse convention natio- ‘“ nale de France, quoique forcée d’admettre la souve- # raineté du peuple, puisqu'elle lui devait son existence, “eut bien soin de condamner elle-même les insurrec- “tions populaires, en insérant dans la déclaration des ‘ droits en tête de la constitution de 1795, que la sou- “& veraineté réside, non dans une partie, ni méme dans “la majorité du peuple, mais dans l’universalité des “citoyens........ Or qui oserait dire que, dans ce “ pays, la totalité des citoyens veut la destruction de ‘ «kon gouvernement... ses?
Le gouvernement voyant l'agitation s’accroitre, se prépara à résister au danger qui menaçait son existence, des corps de cavalerie, d’artillerie et d’infanterie furent organisés, et des troupes du Nouveau-Brunswick
envoyées en Canada. Des troubles sérieux éclatérent à Montréal, le 7 novembre, entre les Fils de la Liberté et les membres du Doric Club ; la maison de M. Papineau et celle du Dr, Robertson, entre autres, furent attaquées et les presses du Vindicator saccagées.
Des mandats d’arrestations furent lancés contre les principaux Canadiens, dont 26 pour crime de haute trahison, et plusieurs furent arrêtés. Dans le district de Montréal on résolut d’opposer la résistance aux autorités, car l’excitation était à son comble, et la haine la plus vive était portée au gouvernement, Aussi les hostilités ne tardèrent-elles pas à commencer.
Entre Chambly et Longueuil, un détachement de cavalerie, se dirigeant vers Montréal avec quelques prisonniers, fut mis en déroute par le: rebelles et les prisonniers furent élargis.
Le colonel Gore qui était parti de Sorel pour St. Charles avec cinq compagnies d’infanterie, une pièce d’artillerie et un détachement de cavalerie fut arrété dans sa marche, le 24 nov., à St. Denis par le brave Dr. Nelson. A l’appel de ce dernier, 800 Canadiens se trouvèrent réunis, la plupart sans armes, quelques-uns armés de lances, de fourches et de batons. Une partie se dispersa au moment du combat, et le vaillant commandant ne put compter pour se défendre que sur à-peu-près 120 fusils. M. Papineau qui était à St. Denis se retira à St. Hyacinthe sur les instances de ses amis, et bientôt la bataille s’engagea, quoiqu'il y eut peu d’espoir du côté des Canadiens devant des troupes disciplinées et supérieures en nombre. Le Dr. Nelson retranché dans une maison en pierre, opposa une résistance opiniâtre, et les patriotes se firent remarquer par la précision de leur tir. Une distillerie défendue par 15 Canadiens qui incommodaient beaucoup les troupes, fut vigoureusemcut attaquée par un détachement, mais sans succès, et le capitaine Markham qui le commandait fut blessé dangereusement. Vers 2 heures de l’après-midi, les Canadiens reçurent du secours, et le nombre des fusils fut porté à plus de deux cents, ce qui leur permit de prendre l’oflensive. Enfin après six heures de lutte, les troupes anglaises furent forcées de se retirer et abandonnèrent leur canon. Ce fut une journée glorieuse pour les armes canadie: nes et qui encouragea les patriotes dans leur résistance
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Au gouvernement. Mais ce succès devait bientôt être suivi d’une défaite. Un corps de troupes de trois cents trente hommes avec deux canons et quelques cavaliers, sous le colonel Wetherall, se dirigea sur St. Charles, où il arriva le 25 novembre pour attaquer les retranchemens des Canadiens. Son intention était d'opérer une réunion avec le colonel Gore, réunion qui fut empéchée par la défaite de ce dernier à St. Denis.
A St, Charles, les patriotes avaient fait des abattis d'arbres, couverts en terre et une grande maison appartenant à M. Debertzch avait été percée de meurtrières. Mais la plupart étaient mal armés et nullement disci. plinés.
Whetherall fit placer avantageusement son artillerie et enveloppa le camp des insurgés, de manière à ne leur laisser d’issue que la rivière. M. Brown commandait les Canadiens, L'action s’engagea, et au bout d’une heure l'artillerie ennernie ayant défait les retranchemens, on donna la charge à la bavonnette et le succès ne fut plus douteux. A-peu-pres 100 Canadiens furent tués, et l’on fit une trentaine de prisonniers. L'on ne connait point exactement la perte des Anglais.
Tout fut brûlé dans le camp, et Wetherall retourna à Montréal par la Pointe Olivier, où il dispersa un rassemblement d’insurgés, et par Chambly et St, Jean.
Le district de Montréal fut mis sous la loi martiale.
Un dernier parti venant des Etats-Unis, ayant été défait à Four Corners, l'insurrection se trouva étouffée sur la rive sud du St. Laurent.
Restait encore, sur la rive gauche, le village de St. Eustache. Le Dr. Chenier, ainsi qu'Armury Girod, avaient excité les gens à la révolte, s'étaient emparés du couvent pour s’y retrancher, malgré les sollicitations du curé Paquin, et pendant plusieurs jours il y eut de 14 à 1500 hommes dans le village, la plupart sans armes. Les nouvelles de la rébellion dans le sud, quoique déplorables, ne déconcertérent point l’âme énergique de Chenier qui cacha les choses a ses partisans, les assurant que tout allait bien. Le Revd. M. Paquin ne pouvant rien sur la détermination de ce chef canadien se retira et abandonna l’église et le presbytère aux insurgés.
Sir John Colborne arriva bientôt avec 2000 hommes et Séanons, En voyant ces forces considérables, beau-
coup de canadiens se retirèrent, laissant Chenier :.vec 200 à 250 hommes. Girod lui-même s’était enfui.
Comme on lui disait qu’il n’y avait pas assez d’armes pour le nombre, il répondit : “ Soyez tranquilles ; “ily en aura de tuéset vous prendrez leurs fusils,” parole digne ‘l’une grande âme et qui fait voir le: thousiasme de cet homme pour la cause nationale.
La canonnade se continuait depuis plus de deux heures, lorsqu'on voulut donner lassaut; Chenier et ses hommes enfermés dans l’Eglise se défendaient en héros, mais bientôt l’incendie se déclara; ce patriote, forcé
‘par les flammes de sortir de l'Eglise, sauta par la fenétre, et à peine eut-il fait quelques pas qu’il tomba mort. Les troupes anglaises ne firent quartier à personne, et tuèrent irnpitoyablement nos braves et malheureux compatriotes.
De St. Eustache on se dirigea vers St. Benoit qui ne fit aucune résistance. Malgré iout, le village fut brûlé, vengeance indigne des auteurs de cet acte.
L’insurrection était maintenant abattue.
Lord Gosford, qui avait demandé son rappel, fut remplacé par Sir John Colborne, et partit à la fin de février 1838 pour l’Europe.
La révolte qui venait d’avoir lieu, devait avoir pour résultat l’Union des Provinces ; c’est ce à quoi tendait la politique gouvernementale ; aussi on ne tarda guere à agiter la question. Lans le Haut-Canada, la chambre ne voulait accepter cette Union, qu’à la condition d’assumer la prépondérance, d’abolir la langue française et de donner les rênes du pouvoir au parti anglais, pers-
ective peu riante pour les droits et les libertés des su jets français dont tout le tort était de proclamer les doctrines qui forment la base même du gouvernement constitutionnel.
La révolte produisit une certaine sensation à l’ét:anger; on en parla même en France, et aux Etats-Unis on avait peine à retenir les citoyens qui se rangeaient sous les drapeaux de Mackenzie. Quoique le mécontentemert fut partout, néanmoins le soulèvement ne fut que partiel, et ce n’était point l’intention des Canadiens de rompre avec l’Angleterre ; une preuve c’est qu’on ne fit même pas de préparatifs, et avec de si faibles moyens
tl eut été insensé de vouloir se mesurer avec la Métro-
pole. Le peuple demandait que justice lui fut rendue re le Bureau Colonial, que l’impôt fut voté par la cham-
re, que la nomination des officiers publics ne dépendit pose du gouvernement seul ; il voulait un conseil légisatif ami des intérêts du pays et non le vil serviteur du
arti oligarchique; que l’on respectàt les traités, les ois et la langue de la nation ; en un mot il désirait la réforme des abus, l’égalité dans la distribution des charges lucratives et un gouvernement ami de sa foi et de sa nationalité.
En Angleterre, au commencement de la révolte, des mesures avaient été prises pour l’apaiser, et Lord Russell proposa un bill pour suspendre la constitution. Dans la chambre haute, Lord Durham, le futur gouverneur, fit un discours, où en annonçant qu’il ferait respecter la suprématie de l'Angleterre, dit qu’il ne favoriserait en Canada aucun parti, mais qu’il serait l’ami de tous.
Cependant, dans tout le cours des débats, le ministère anglais eut bien le soin de ne parler en quoique ce soit de l’Union des provinces, afin de ne point augmenter les animosités du peuple Canadien que l’on savait opposé à cette inique mesure. Lord Ellenborough, en
arlant de la suspension de la constitutition dans la cofie. avait bien accusé le ministère de vouloir unir les deux Canadas, mais Lord Glenelg avait désavoué cette intention, en disant qu’il ne voulait faire que quelques modifications à la constitution existante.
Lord Durham ne tarda pas à s’embarquer pour se rendre en Amérique.
Sir John Colborne, aussitôt après la suspension de la constitution, le 10 février 1838 nomma un conseil spécial, pour expédier les affaires, composé de 22 membres, dont 11 Canadiens.*
A sen arrivée en Canada, Durham montra un faste inoui jusque-là dans la colonie, et sembla vouloir en imposer au peuple. Il renvoya les membres du conseil
ot
e L'hon. C. de Léry, John Neilson, W. Walker, A. Dionne, Chs. Casgrain, les Hons. DeSales La Terrière, T. Pothier, P. McGill. P. de Rocheblave, Samuel Gerrard, Jules Quesnel, Wm. P. Christie, Turton Penn, John Molson, l'hon. J. Cuthbert, ‘Hon. B. Joliette, J. E. Faribault, P. H. Knowlton, J. Smith, Jos. Dionne, Et. Mayrand.
spécial nommé par Colborne, en nomma un sutre formd, composé de son secrétaire Buller, de l’amirat Paget, du général Clitherow, de cinq juges, de Routh, commandant-général, de Daly, secrétaire provincial, et de quelques autres. La seigneurie de Montréal, les bureaux d’hypothèc :es et l’éducation occupèrent son attention, et afin de se gagner l’inflnence du clergé, il confirma Jes titres des Sulpiciens comme propriétaires de la seigneurie de Montréal que le parti anglais cherchait depuis longtemps à confisquer au profit de la cou ronne,
Mais restait à faire le procès de ceux qui se trouvaient impliqués dans les troubles. Lord Durham se trouva dans une situation embarassante, car il est toujours difficiie pour un gouvernement de faire des procès politiques; souvent il y perd sa force et sa popularité, Pour obvier aux difficultés du moment, le gouverneur résolut d’adopter une grande mesure. Le jour du couronnement de la Reine Victoria il proclama une amnistie générale, et accorda le pardon aux caaadiens, à l'exception de vingtquatre des plus dévouésdupartirévolutionnaire.*
Ceux sur les vingt-quatre qui étaient dans le moment: en prison devaient être exilés aux Bermudes. Ce sont les suivants ; Wolfred Nelson, R. S. M. Bouchette, B. Viger, Siméon Marchessault, H. A. Gauvin, Tous. H, Goddu, Rodolphe DesRivières et Luc H. Masson.
Aussitôt que l’ordonnance du Conseil spécial exilant les accusés politiques fut connue en Angleterre, on ne put faire autrement que de blâmer la conduite du gouverneur comme entièrement contraire aux principes constitutionnels, et comme une violation directe des lois Quelques-uns regardèrent la mesure comme tyrannique, et les ministres se trouvèrent dans un grand embarras relativement à Lord Durham.
Aussitot que ce dernier apprit le blâme que le parlement impérial avait jeté sur sa conduite, il se sentit
* Wolfred Nelson, R.S. M. Bouchette, Bonaventure Viger, Siméon Marchessault, H. À Gauvin, T. H, Goddu, Rod. DesRivières, L. H. Magson, Louis J. Papineuu, C. H. Côâté, Julien Gagnon, Robert Nelson, E. K. O'Callaghan, Ed. Et. Rodier, T. S. Brown, Ludg'er Duvernay, Et, Chartier, Ptre., G, Et Cartier, J. Ryan, ls, Ls. Perrault, P. L. Demaray, J. F. Davignon et Ls. Gauthier.
blessé au cœur, humilié, et résolut de donner aussitôt sa démission. Dans une longue proclamation au peuple il annonça sa retraite, dont le motif était non, comme À! le disait, le traitement personnel qu’il avait éprouvé dans la chambre des Lords, mais parceque les procédés de cette dernière avait privé le gouvernement de la province de toute considératioi: et de toute force morale. Il annonça aussi qu’il cherchait à donner au Bas-Canada un gouvernement responsable et libre et que son opinion était d’anglifier le pays et de noyer les animosités d’origine dans les sentimens d’une nationalité plus noble. Le premier novembre, Lord Durham s’embarqua pour PEurope, laissant les rênes du gouvernement à Sir John Colborne. Comme on devait s’y aitendre, la population Canadienne-Française comprit toute la pensée de ce gouverneur, et ses alarmes furent grandes, car elle y entrevoyait l’union des provinces considérée juequ'à ce jour comme l’acte qui pouvait porter le coup e plus violent à ses institutions et à sa liberté politique. Ce profond mécontentement se fit sentir au-delà des frontières. Les réfugiés s’organisèrent de nouveau sous la conduite cette fois du frère du héros de St. Denis, lé Dr. Robert Nelson qui vint occuper Napierville. Dans les comtés de Richelieu, Rouville, Chateauguay et Béauharnois, il y eut des soulèvemens. L’administrateur Sir J. Colborne qui était prêt à tout événement, assembla le conseil spécial, proclama la loi martiale et fit arrêter les personnes suspectes. Avec 7 à 8,000 hommes, il se dirigea du côté où la révolte était plus
menagçänte. Mais lersqu’il arriva sur les lieux, Nelson
s'était retiré vers les Etats Unis, et tout était rentré dans l’ordre. Cependant, devons-nous le dire à la honte des troupes anglaises, l’on promena partout la torche de l'incendie, la demeure de l’innocent ne fut pas plus épargnée que celle du coupable, et l’on eut le triste et désolant spectacle de voir nos belles campagnes ravagées par le feu de nos ennemis alors même que tout était calme et que rien ne pouvait susciter une telle vengeance, Mais ce n’est pas tout : il va nous falloir écrire une page de notre histoire plus triste encore que toutes celles qui l’ont précédée.
Le parti oligarchique, celui qui de tout temps avait voulu nous anéantir comme peuple, v’était pas satisfait
du ravage et de l'incendie des propriétés: il lui fallait du sang, et du sang fut répandu.
Le Hérald, l’un de ses organes, disait : Pour avoir # Ja paix il faut que nous fassions une solitude, il faut “ balayer les Canadiens de la face de la terre........ Dimanche au soir tout le pays en arrière de Laprairie “ présentait l’affreux spectacle d’une vaste nappe de “ flammes livides, et l’on rapporte que pas une seule “ maison rebelle n’a été laissée débout. Dieu sait ce ‘ que vont devenir les Canadiens qui n’ont pas péri, leurs ‘ femmes et leurs familles pendant l’hiver qui approche, “ puisqu'ils n’ont devant les yeux que les horreurs de la “ faimet du froid. Il esttriste de réfléchir sur les terri- “ bles conséquences de la rébellion, de la ruine irrépara- “ ble d’un si grand nombre d’êtres humains qu’ils sojent ‘“ innocens ou coupables. Néanmoins il faut que la su- “ prématie des lois soit maintenue et inviolable, que ‘“ l’intégrité de l’empire soit respectée et que la paix et “la prospérité soient assurées aux Anglais, même aux ‘“ dépens de ia nation Canadienne entière.”
Jamais Marat, observe Garneau, ne s’est servi d’un langage plus atroce.
Sir John Colborne, de retour de son expéditien, qui lui valut de la part des Canadiens le titre de Vieux Brulôt s’empressa d’organiser des conseils de guerre
ur juger les prisonniers qui encombraient les prisons.
an grand nombre de Canadiens, même paisibles avaient été emprisonnés, et les arrestations furent nombreuses. Quatre-vingt neuf furent condamnés à mort, quarante sept à la déportation; douze périrent sur l’échafaud.
Un des procès politiques qui émurent le plus l’opinion publique fut celui de Cardinal et Duquette et de leurs dix compagnons. Messieurs P. Moreau et L. T. Drumrond étaient assis au banc de la défense, chargés de défendre dans la personne des accusés la cause même de leur pays. Les prisonniers, et c'était leur devoir, protestèrent solemnellement contre l’incompétence du tribunal chargé de les juger, donnant pour raison principale qu'ayant été arrêtés avant la proclamation de la loi marliale et étant sous la garde des autorités civiles à l’époque où elle fut proclamée, ils ne pouvait être jugés que par un jury de leur pays, en autant qu'aucune loi eu proclamation ne peut avoir, ni produire d'effet rétro=
actif. Cependant le conseil de guerre rejeta cette pro: testation, comme insultante dans ses termes, (insulting in is lerms); ce qui faisait dire à l’un des généreux défenseurs des accusés, monsieur Drummond, alors jeune avocat: “ Nous étions loin, messieurs, de penser “ à vous insulter. Des hommes, dans ia situation ter- “ rible où nous suimmes mainienant, ne sont guère en- “ clins à insulter méme le plus petit d’entre leurs égaux; “ à plus forte raison devaient-ils trembler de proférer “ l’outrage contre un tribunal redoutable, alors assem- “ blé pour les juger, et déjà prêt à prononcer sur leur “sort. Non, messieurs, si nous avons à protester con- “tre nne semblable sommatiun, ce n’est pas sur vous “ qu’en doit rejaillir le blâme. Nous savons que vous “ n’avez pas brigué le pouvoir dont vous êtes aujour- “ d’hui revêtus ; nous savons que vous ne vous êtes pas “ arrogé le droit de nous juger: nous savons tout cela ; ‘ mais nous osions réclamer les priviléges auxquels, “ comme sujets de la Couronne d’Angleterre, nous avions des titres incontestables ; nous osions mainte- “ nir que l'autorité de qui vous tenez votre mandat, avait “ outrepassé les bornes qui lui ont été prescrites par un “ pouvoir supérieur : pouvoir qui surveillant avec vigi- 4 Jance aux libertés et aux droits de ceux qui lui sont “ soumis avait défendu la moindre altération dans les # formes de procès criminels Jusqu’alors en usage dans “Je pays......?
Nonobstant l’incompétence évidente du tribunal, et la défense éloquente et raisonnée des accusés, dix d’entre ces derniers furent condamnés à mort ; le parti oligarchique était radieux. Le Herald, le 19 novembre suivant, s’exprimait dans ces termes : Nous avons vu la “ nouvelle potence faite par monsieur Bronsdon, et ous “ croyons qu’elle va être élevée aujourd’hui au-devant “ de la nouvelle prison, de sorte que les rebelles pour- “ ront jonir d’une perspective qui ne manquera pas sans & doute d’avoir l'effet de produire un sommeil profond “et des songes agréables. Six ou sept pourront s’y trouver à l’aise ; mais on peut y en mettre davantage “ dans un cas pressé.”
Le veille de l'exécution de Cardinal et Duquette, les conseillers en loi des condamnés présentèrent un long mémoire au gouverneur, répétant leurs objections contre
LE
l'incompétence du tribunal. Mais Sir John Colboray resta inflexible ; et n’écoutant que les intérêts de son parti, il ferma les yeux à la justice ; le Herald l'avait di, il fallait que la paix ct la prospérité fussent assurées aux anglais, méme aux uépens de la nation Canadienne entière.
Le 23 décembre 1538, le crime fut consommé ; Cardinal et Duquette montèrent les dégrés de l’échafaud et ces victimes de la haine expirèrent pour une noble cauçe.
Le 18 janvier 1839, Decoigne, Robert, les frères Sanguinet, Hamelin, et le 15 février enivant, de Lorimier, Hindenlang, Narbonne, Nicholas et Daunais subirent le même sort et moururent pour leur patrie. Honneur à leur mémoire !
Je me fais un devoir de donner publicité à quelquesuns des nobles et patriotiques sentiments d’un de nos martyrs politiques, le chevalier de Lorimier, sentiments qui ont été comme l'écho des cœurs généreux de ses compagnons d’infortune. La veille de sa mort, ce citoyen dévoué fit une déclaration publique à ses com-
atriotes, de peur que des ennemis insultant à son mak Re ne lui attribuassent des opinions qu’il ne partageait point. Ce tes'ament politique, plein de grandeur et d’élévation dans les idées se termine par ces paroles : ‘6 Quant à vous, mes compatriotes, puisse mon exécu- ‘“ tion et celle de mes compagnons d’infortune vous être “utile. Je n'ai plus que quelques heures à vivre, mais “ j’ai voulu partager mon temps entre mes devoirs rèli- ‘“ gieux et mes devoirs envers mes compatriote. Pour ‘eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meur- “trier: Pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, ‘“ de mon épouse chérie : et pour eux je meurs en ræé- “ criant : vive la liberté ! vive l’indépendance !”
Il est resté de lui des lettres écrites au dernier moment de sa vie, lettres qui, selon une expression contemporaine, sont touchantes et tristes comme le murmure qu’arrache le vent d’automne à la feuille qui tombe, comme les bruits du soir dans les mausolés, comme la dernière plante de la vague se brisant au rivage.
A son frère il écrit: ‘ Il m’est douloureux de laisser
‘ ma patrie encore dans les chaînes et ma famille dans sé ‘ Pinfortune ; ; quoiqu'il en soit, il faut que je meurs;
‘ mais Je meurs courageux, ferme et calme.”
LA
avant l’Union des Provinces par Lord Sydenham.
Aunamiildit. ‘Je ne regretterais pas la vie si je “ n'avais ni femme, ni enfants, ni amis, ni patrie.”
Les derniers adieux de M. de Lorimier à la compagne dévouée de sa vie sont déchirants : Des assassins
avides de sang viennent de m’arracher de tes bras ; il “ne pourront jamais cffacer ma mémoire de ton cœur ‘“ j'en ai ia conviction. Ils viennent l’arracher ton sou: “tien etton protecteur ainsi que celui de mes chers ‘Cenfants. La providence et les amis de la patrie y “ pourvoiront. Ils ne m'ont seulement pas donné le “temps de voir mes deux chères petites filles pour les ‘serrer contre mon cœur paternel et leur donner un ‘ dernier adieu. Ils n’ont privé de voir mon bon vieux ‘ père, mes freres et sœurs pour leur faire mes adieux ! ‘ Ah cruelle pensée! cependant je leur pardonne de ‘tout mon cœur .....tu as reçu hier au soir mes der- ‘€ niers embrassements et mes derniers adieux : cepen- “ dant du fonds de mon froid, humide et solitaire cachot, ‘ entouré de tous les appareils de la mort je te fais mon “ dernier adieu. ‘lon époux tendre et chéri enchaîné “ comme un meurtrier, ses bras à la veille d’être liés, ‘te souhaite, ma chère Henriette, le bonheur, si jamais “ ton cœur abimé de douleur peut le gouter. Sois heu- “ reuse ma chère et malheureuse épouse, ainsi que mes “ chers petits enfants: c’est le vœu le plus ardent de ‘“ mon âme.”
Assez! Jetons un voile sur cette époque sombre et ensanglantée de notre histoire, et admirons en silence le dévouement sincère et sublime de ces homimes pour Jeur patrie.
Dans le même temps à peu près, trois juges furent suspendus de leurs fonctions, messieurs Panet, Bédard et Vallieres de St. Réal, par Parbitraire Colborne, car ils avaient prétendu, sur le banc, que la loi de l’habeas corpus était encore en force dans la province, et admis quelques personnes à caution.
Le juge Bédard partit, immédiatement après sa suspension, pour l'Angleterre, afin d'exposer sa cause au ministère britannique. Il y eut une correspondance très étendue entre le ministre des colonies et monsieur Bédard, mais elle n’a jamais été publiée. Cestrois ju-
es furent réinstallés dans leurs fonctions peu de temps
Lorsque les esprits se furent calinés en Canada, que la révolte fut étouflée au prix mème d’un sang généreux et noble, naturellement les regards se tournèrent vers l'Angleterre, et l’on attendait avec impatience ce que l’on dirait du rapport de Lord Durham. A la vérité on était à peu-près certain de ce qu’il renfermait, mais même dans le malheur, les peuples comme les individus aiment à se nourrir d'espérance, et quelques uns entretenaient encore quelque doute sur le résultat définitif de la révolution, c’est-à- ‘re l’1" on des provinces,
Le rapport de l’#:-". 7erneur était un plaidoyer diamétralement oppose 1 :atérêts de notre nationalité, où tout en approuvan. a corn'nite de la chambre d’Assemblée vis-à-vis le pouvoir, il donnait les moyens d’étouffer sa noble opposition, s’appuyan: sur cette même conduite pour proposer l’union des provinces destinée, dans les vues du peuple anglais, à produire l’extinction de notre race.
[l aurait bien aimé une confédération des provinces de l’Amérique du Nord, si cette union n’eut point nécessité une centralisation qui répugne en Amérique. Il proposa pour le moment l’union des Canadas, avec un égal nombre de représentans, des juges indépendans du pouvoir, des ministres responsables aux Chambres, un conseil législatif mieux composé, et abandon à la législature de tous les revenus de la couronne, moins celui des terres pour une liste civile.
Les suggestions de Lord Durham furent écoutées par le ministère britannique, en dépit de certaines gens qui, aveuglées par un esprit honteux d’exclusivisme,voulaient priver même les Canadiens du droit de vote et les reléguer au dernier rang de la société.
Lord Melbourne, le 4 mai 1839, présenta au parlement anglais un message de la Reine recommandant l'union du Haut et du Bas-Canada. Dans le mois de juin Lord John Russell introduisit le bill, mais des diffcultés étant survenues, après sa seconde lecture, il fut remis à la session suivante.
Dans le Bas-Canada, l’existence du conseil spécial fat prolongée, et Sir Poulet Thompson qui arriva en octobre à Québec, comme gouverneur, eut pour mission de faire adopter les bÂses du rapport de Lord Durham par la législature du Haut-Canada, car dans
la province supérieure on voulait à tout prix l’abolition de la langue française, que les représentants du Bas- Canada fussent moins nombreux que ceux du Haut, en un mot, alors comme aujourd’hui, on voulait anéantir influence de notre race.
Après des débats, la mesure fut adoptée à-peu-près comme le voulait la Métropole, et de son côté, le conseil spécial ici lapprouva, à l’exception de trois membres, MM. Neilson, Cuthbert et Quesnel. A cette nouvelle, des protestations éncrgiques s’élevèrent de tous côtés, le pays réclama rontre cette inique mesure ; 40,000 signatures, défavorables à union, furent envoyées en Angleterre, mais le gouverneur ayant écrit au gouvernemient impérial que telle n’était joint l’e -ression de la majorité,on passa outre, et la mesure fut #:nj: rtée. Le grand O‘Connell vota en faveur de la :atit: lité Canadienne, lui qui sentait si bien ce qu’é'" it ?’oppression d’une race.
Dans la chambre des Lords lPoppositior fut sérieuse. Le Duc de Wellington se plaignit de la : iière dont on avait obtenu le consentement du Haut-Canada, et qu’il fallait attendre que le calme se rétablit. Lord Melbourne parla dans le même sens et fit observer qu’à de semblables mécontentemens était due lindépendance des Etats-Unis.
Lord Gosford dont les paroles avaient d'autant plus d'autorité qu’il avait été lui-même gouverneur du pays se leva et dit: “Je regarde l’union comme une expé- “ rience très dangereuse et comme une mesure injuste ‘et arbitraire en elle-même. Si, comme je le crois, ‘“ ceux qui l’appuyent le font parcequ’ils sont convaincus ‘“ que la population française est en état de résistance ‘ organisée au régime britannique, jamais ils ne furent “ dans une plus grande erreur. Pour ma part Je ne “ crois pas que dans aucune de nos colonies Sa Majesté ‘€ ait un peuple qui, par inclination autant que par inté- ‘ rêt, ait plus de désir de rester sur un pied d’amitié et d’alliance avec l’Angleterre.”
Plus loin : ‘ Vous donnez à 3 ou 400,000 habitans la ‘ même représentation qu’au Bas-Canada qui à une “ population d’au moins 700,000, et ensuite vous imposez la dette de la province supérieure qui est dit-on d’un milion, à une province qui n’a presqu’aucune
LS