‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 110 sur 122 · Ë E FE Ë · texte numérisé non relu

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lieue au nord au-dessus de Québec. Un corps d'environ 4500 Anglois eut le temps de se former dans la plaine avant l'arrivée de notre petite armée campée sous Beauport, d'où on avoit détaché, dès que les ennemis ont fait passer plusieurs vaisseaux au-dessus de Québec, 5 compagnies de grenadiers, 5 piquets de troupes de terre de 50 hommes chacun, 100 soldats volontaires pris sur les 5 bataillons, 500 Canadiens choisis et environ 600 pris au hasard, pour être aux ordres de M. de Bougainville, qui devoit observer les mouvements des ennemis au-dessus de Québec, où ils avoient fait passer 22 bâtiments, dont un vaisseau de 00 canons et plusieurs frégates. Ce corps d'élite, dont la plus grande partie étoit au cap Rouge, à deux lieues et demie de l'endroit où les ennemis débarquèrent, fut averti trop tard et n’arriva sur le chemin de Sainte-Foix, en présence des ennemis, que deux heures après la perte du combat, qui commença à dix heures. Si M. le marquis de Montcalm avoit tardé d’un instant à marcher aux ennemis, ils eussent été inattaquables par la position favorable dont ils alloient s'emparer, ayant même commencé des retranchements sur leurs derrières. Le détachement de M. de Bougainville auroit eu plus que le temps de venir à notre secours s’il avoit été averti de bonne heure, comme on devoit l'espérer, par la disposition de ses postes depuis Québec jusqu'au cap Rouge, où il étoit pour lors de sa personne. M. le marquis de Montcalm, ne le voyant point arriver, ne put que penser qu'il n'avoit point été averti du tout; il se détermina à attaquer, voyant sa perte certaine, s’il attendoit plus longtemps, ct l'impossibilité de déposter les ennemis, s'ils s'éloient rendus maîtres une fois de la hauteur nommée la côte d'Abraham, à une demi-portée de canon de Québec. On ne manquera pas de vous rendre compte, verbalement ou par écrit, de même qu’au ministre de la marine, qu’il s’est trop précipité pour attaquer ; qu'il devoit attendre le secours de M. de Bougainville et disputer le terrain par des fusillades. Tous ces moyens n’auroient pas empêché l'ennemi de s'élablir aur la côte d'Abraham dès qu'on lui douuoit du temps.

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Quoique je regardois M. le marquis de Montcalm trop lumineux pour oser lui donner aucun conseil, je pris cependant la liberté de lui dire, avant qu'il eùt donné l'ordre du combat, qu'il n'étoit pas en état d'attaquer les ennemis, vu le petit nombre de son armée; qu'indépendamment des 2000 hommes détachés avec M. de Bougainville, on en avoit envoyé 800 dans les Pays-d’en-haut, dont 100 soldats choisis sur les5 bataillons présents à l'affaire du 13 de ce mois. Permettez-moi, s’il vous plaît, Monseigneur, de vous exprimer la vive douleur que je ressents de cet événement fâcheux et de la perte de M. le marquis de Montcalm; je servirai avec le même zèle et la même application sous les ordres de M. le chevalier de Lévis; je me flatte retrouver en lui les mêmes bontés que le premier avoit pour moi, et j'ose faire serment devant vous que, quelques jours avant sa mort, il me fit l'honneur de me dire qu’il vous supplieroit de vouloir bien m'honorer du grade de brigadier, de préférence à tout autre de cette armée. Vous m'avez fait espérer, Monseigneur, par la lettre que vous avez écrite à M. Ie marquis de Montcalm à mon sujet, l'année dernière, que j'aurois le bonheur d'être décoré de ce grade dans peu; honorez-moi, je vous supplie, de votre protection. Je suis, etc,

Dépôt de la guerre, vol. 3540, pièce 98. — Original.

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