RELATION DE LA SECONDE BATAILLE DE QUÉBEC ET DU SIÈGE DE CETTE VILLE
Le défaut de vivres avoit empêché à la fin de la campagne dernière de cantonner les troupes aux environs de Québec,
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ee pour bloquer la garnison angloise pendant l'hiver et la
Had mettre hors d'état de tirer des paroisses voisines les bois
is, vu de chautage et rafraichissements nécessaires, On avoit été
Hd obligé de mettre les troupes en quartiers à la fin de no-
on en vembre pour trouver le moyen de les faire subsister ; et le
soda te chevalier de Lévis, en quittant la frontière du gouvernement fl PAS Ce de Québec, s'étoit borné à établir un corps d'environ ee | 400 hommes dans la paroisse de la pointe-au-Tremble, | front à 1 lieues de Québec, aux ordres du sieur de Répentigny, ! Im ; je capitaine des tonyes as la colonie. Cet officier tenoit des les postes avancés jusqu'à Saint-Augustin, une lieue plus | trouver haut que la rivière du Cap-Rouge, sur laquelle il faisoit ; no et raie de fréquentes découvertes, Gette rivière, distante de | avant Québec de 3 lieues, a été, pendant l'hiver, notre limite avec M À iepoit la garnison angloise. Le grand chemin de la pointe-au- h préfé- Tremble à Québec la traverse à son embouchure ; une lieue
spérer, pus Baut, elle a des ponts où aboutit un autre chemin
te 16 éloigné du fleuve.
A 9 Un fort construit à la fin de la campagne, à l'embouchure
bi RS de la rivière de Jacques-Cartier, à 10 lieues de Québec,
PR servoit de retraite et de point d'appui aux troupes de
la pointe-au-Tremble et couvroit la colonie contre les entreprises que la garnison angloise auroit pu former. Le al. ë marquis de Vaudreuil donna au sieur Dumas, major général et inspecteur des troupes du pays, le commande- s ment de ce fort et celui de toute la frontière pendant l'hiver. Le brigadier général Murray, gouverneur de Québec, détacha de son côté 150 hommes dans l'église de Sainte- Foy, à une lieue et demie de Québec, sur le grand chemin À qui mène à la pointe-au-Tremble; il établit pareil détache- | ment à l’église de Vieille-Lorette, qui est à une lieue de la première en s'éloignant du fleuve et sur le chemin qui passe aux ponts du haut de la rivière du Cap-Rouge. Ces deux églises furent retranchées et palissadées.
Du côté du lac Charaiplain, l’armée angloise que com- {! mandoit le major général Amherst s'étant repliée le 20 no- ñ vembre, avoit laissé une garnison considérable à Saint-Fré- CANADA e 18
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déric où elle avoit bâti depuis le mois d'août une forteresse bien plus grande que celle que nous y avions précédemment; elle avoit aussi laissé des garnisons à Carillon, au forl George, au fort Lydius, et dans ceux de la rivière d'Orange.
De notre côté, le sicur de Bourlamaque, brigadier, en repliant les troupes de cette frontière, le 28 novembre, eut ordre de laisser 300 hommes de garnison commandés par le sieur de Lusignan, capitaine des troupes de la marine, dans un fort de pieux, construit à la fin de la campagne, au milieu des retranchements de l'ile aux Noix. Le fort Saint- Jean, 5 lieues en arrière, fut gardé par 200 hommes aux ordres du sieur de Valette, capitaine de Royÿal-Roussillon. Le sieur de Roquemaure, lieutenant-colonel commandant le bataillon de la Reine, dont le quartier étoit au fort Chambly, eut le commandement supérieur de cette frontière pendant l'hiver.
Vers le lac Ontario, le sieur Desandrouins fut laissé avec 200 hommes dans le fort que le chevalier de Lévis avoit fait construire au mois de septembre sur une des îles des Rapides, et auquel il avoit donné son nom.
L'armée angloise que commandoit le brigadier Gages, depuis la prise de Niagara, avoit quitté le camp de Chouegen ‘de très bonne heure, et avoit laissé une garnison dans un fort qu’elle venoit d'y construire, et une dans celui de Niagara.
Telle étoit la situation de la colonie au 1°" décembre. Toutes les subsistances, épuisées par une campagne très longue, laissoient à peine le moyen de fournir journellement des vivres aux garnisons médiocres qui couvroient le pays ; il falloit attendre, pour faire de nouveaux approvisionnements, que les habitants eussent battu les grains de la récolte derniere,
Le marquis de Vaudreuil, de concert avec M. de Lévis, prit la résolution de faire le siège de Québec au printemps ; il crut, dans cette vue, devoir fatiguer la garnison angloise pendant l'hiver par de fausses alarmes, et à cet ellet fit tous
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les préparatifs d’une expédition d'hiver; on fabriqua des échelles à Jacques-Cartier; on donna ordre aux troupes d'être prêtes à marcher. Les sieurs de Bougainville, colonel, et de Bourlamaque, brigadier, furent envoyés successivement sur la frontière pour donner de l'inquiétude au gouverneur anglois, lequel en effet fit faire à ses troupes le service le plus rigoureux et les tint successivement alertes,
Vers la fin de janvier, le marquis de Vaudreuil, sachant que les paroisses qui sont sur la rive méridionale du fleuve Saint-Laurent, au-dessous de Québec, depuis la pointe de Lévis jusqu'au cap Moraïca, n’éloient pas entièrement dépourvues de grains et de bestiaux, résolut d'en tirer des subsistances ; il détacha le sieur de Saint-Martin, capitaine des troupes de la colonie, avec 200 hommes, pour aller prendre poste à la pointe de Lévis, vis-à-vis Québec, et assurer le passage des convois qui devoient suivre la côte du fleuve par terre jusque vis-à-vis la pointe-au-Tremble ; mais le fleuve s'étant glacé au moment de son arrivée, forma entre la ville et la pointe Lévis un pont très solide, sur lequel le gouverneur anglois fit passer un détachement très supérieur, qui obligea le sieur de Saint-Martin de se retirer. Les Anglois envoyèrent aussitôt dans les paroisses enlever les vivres qui nous étoient destinés, et prirent poste à l'église de la pointe de Lévis.
Le détachement du sieur Saint-Martin ayant été augmenté jusqu’au nombre de 700 hommes, cet officier eut ordre d'aller se rétablir à la pointe de Lévis; mais 3000 Anglois ayant passé le fleuve avec du canon, il fut encore obligé de se replier avec perle de 30 hommes. Le sieur de Bourlamaque, arrivé à la pointe-au-Tremble, le lendemain de cet événement, jugea que le projet de faire passer ces vivres étoit impossible à exécuter, et se borna à envoyer dans les paroisses, que les Anglois n'avoient pas épuisées, 150 hommes aux ordres du sieur Kertel, officier des troupes de la colonie, pour empêcher les Anglois de pousser leurs levées plus loin et conserver les vivres jusqu'au temps où les troupes seroient devant Québec.
Le reste de l'hiver s’est passé en différentes alertes que le bruit d’une expédition sur les glaces a données à la garnison angloise, et en quelques sorties qu'elle a faites sur nos postes avancés, dans l'une desquelles nous perdimes 80 hommes. Les autres frontières furent tranquilles.
Ce ne fut qu'avec des difficultés incroyables que l'on put réussir à mettre les troupes en élat de faire la campagne. La colonie entièrement épuisée manquoit non seulement de vivres, mais aussi de tout ce qui étoit nécessaire pour équiper et faire camper les troupes. Il ne fallut pas moins que l’activité et les ressources de M. Bigot, intendant de la Nouvelle-France, pour trouver le moyen de fournir à des besoins si essentiels. On travailla dans les premiers jours de mars à faire, à la pointe-au-Tremble et dans les paroisses voisines, les gabions, fascines et madriers nécessaires pour le siège.
Au commencement d'avril, le marquis de Vaudreuil détacha le sieur de Bougainville pour aller à l'ile-aux-Noix prendre le commandement de cette frontière, sur laquelle on craignoit que l'ennemi ne fit des mouvements s'il étoil instruit de celui que nous projetions. Cet officier réunit la garnison de Saint-Jean à celle de l’ile-aux-Noix, et l'on donna les ordres nécessaires pour qu'il recût un secours considérable de milice dès qu'il aurait nouvelle de l'approche des ennemis. Le sieur Desandrouins, ingénieur, fut rappelé du fort Lévis et remplacé, avec quelque renfort, par le sieur Pouchot, capitaine au régiment de Béarn.
Le chevalier de Lévis cut le commandement des troupes destinées au siège de Québec ; le marquis de Vaudreuil lui confia cette expédition, obligé de rester lui-même à Montréal, où sa présence étoit nécessaire pour faire passer sur les différentes frontières les secours dont elles pouvoient avoir besoin. Le 20 avril, ces troupes partirent de leurs quartiers ; elles consistoient en 8 bataillons des troupes de terre et 2 bataillons des troupes de la colonie, formant en tout 5 brigades, et environ 3000 Canadiens, tant de la ville de Montréal que des campagnes. Les premiers formoient un bataillon
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séparé, destiné à être de réserve, et les autres furent attachés aux brigades des troupes réglées, L'Atalante el la Pomone, frégates du Roi, commandées par les sieurs de Vauquelin et Sauvage, eurent ordre de descendre le fleuve à hauteur de l'armée; elles avoient sous leur escorte deux flûtes et plusieurs goëlettes chargées d'artillerie, de vivres et de fascines,.
La plupart des rivières étant encore glacées, les troupes ne purent arriver que le 24 à la pointe-au-Tremble, où étoit le rendez-vous de la petite armée ; elle furent même obligées d'y débarquer sur les glaces, qui n'avoient encore laissé de libre que le milieu du fleuve.
M. le chevalier de Lévis y apprit que les Anglois rontinuoient d'occuper les églises de la ville de Lorette et de Sainte-Foix ; qu'ils se retranchoient sur la rivière du Cap- Rouge, dont les bords, fort escarpés du côté de l'ennemi, lui donnoient le moyen de défendre avec avantage le grand chemin de la pointe-au-Tremble à Québec, qui traverse cette rivière à son embouchure, Il apprit aussi que les habitants de Québec en avoient été chassés depuis deux jours ; que ceux de la partie de Sainte-Foix qui avoisine le Cap- Rouge avoient aussi été mis hors de chez eux; que les Anglois créneloient leurs maisons et y faisaient conduire quelque artillerie.
Ces nouvelles lui firent connoître que les Anglois avoient été instruits du départ des troupes, et lui firent abandonner le projet qu'il avoit eu jusqu'alors de débarquer de nuit à Sillery, qui n’est qu'à une lieue et demie de Québec. Cette manœuvre lui auroit donné moyen de couper les postes de Lorette et de Sainte-Foix; mais elle devenoit impraticable, dès que l'ennemi avoit connoissance de notre mouvement. Il étoit aussi impossible de débarquer dans la rivière du Cap- Rouge, puisque les Anglois occupoient les hauteurs qui commandent son embouchure; il se détermina donc à faire débarquer toutes les troupes à Saint-Augustin, une lieue plus haut que le Cap-Rouge, et tourner les ennemis en suivant le chemin qui passe à l'église de la Vieille-Lorette et de là
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mène à celle de Sainte-Foix en traversant des bois et des marais presque impraticables.
Le 25 fut“employé à rassembler les troupes et à mettre en ordre les Canadiens. Le 26, 10 compagnies äde grenadiers, quelques volontaires et 300 sauvages, que commandait le sieur de Saint-Luc, capitaine des troupes de la colonie, furent détachés pour faire l'avant-garde aux ordres du sieur de Bourlamaque. Cet officier eut ordre de reconnoître les ponts de la rivière du Cap-Rouge. Les ennemis avoient détruit les deux principaux ; il en fit accommoder deux autres plus haut et passa la rivière avec l'avant-garde.
Le chevalier de Lévis arriva aussitôt avec la tête de l’armée, et eut connoissance que les ennemis avoient abandonné l'église de Lorette et négligé de rompre une chaussée de bois qui sert à traverser la partie d'un marais très profond, qui est entre cette église et celle de Sainte-Foix, et que cette opération étoit remise à la nuit prochaine; il fit partir aussitôt les sauvages por aller occuper la tête de cette chaussée ; et ayant donné ordre à l'avant-garde de les soutenir, il commenca à faire passer l’armée sur les deux ponts. Le sieur de Bourlamaque arriva au commencement de la nuit à l’entrée du marais que les sauvages avoient déjà passé ; et l'ayant traversé de suite, malgré un orage affreux, il rassembla toute l'avant-garde dans quelques maisons qui sont au delà, n'étant plus séparé de l'ennemi que par un bois d'environ une demi-licue de profondeur. Le chevalier de Lévis ayant, à point du jour, poussé l'avant-garde jusque sur le borä äu bois, à la vue des ennemis, s'occupa avec le sieur de Bourlamaque à reconnoître leurs positions. Il avoit donné ordre en même temps au reste des troupes qui avoient marché toute la nuit, de traverser le marais et de se former derrière le bois. À environ 200 toises de la lisière de ce bois, règne presque parallèlement une colline bordée d'habitations, laquelle, d’un côté, a se terminer à la hauteur qui domine l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge, et de l’autre se prolonge jusqu’à Québec, où elle prend le nom de côte d'Abraham.
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PIÈCES JUSTIFICATIVES 319 des A six heures du matin, les Anglois parurent en bataille, au nombre d'environ 3000 hommes, sur le haut de cette colline, e en en face du chemin sur lequel nous marchions, la droite à iers, l'église de Sainte-Foix, plusieurs maisons sur leur gauche, ct t le quelques-unes en avant de leur ligne; ils avoient mis des mie, troupes dans les unes et dans les autres, et quelques pièces ieur de canon devant eux. Les bois qui nous couvroient étant ma- » les récageux et impraticables, nous ne pouvions déboucher que dé- par le grand chemin; et n'ayant pas assez d'espace entre le itres . bois et les Anglois pour nous former, il n'étoit pas possible de marcher à eux de front, sans s'exposer à un combat déle de L savantageux.
ban- | Le chevalier de Lévis prit donc la résolution d'attendre la 18860 nuit pour déboucher, et de se porter sur le flanc gauche de pro— | l'ennemi, en marchant par sa droite et suivant la lisière du x, et : bois jusqu'à ce qu'il eût dépassé son front. Cette manœuvre il fit l le mettoit en état d'attaquer les ennemis au point du jour cette avec avantage et de couper les troupes légères qu'il avoit oute- jetéces dans les habitations vers le Cap-Rouge ; il comptoit onts. 1 mencr avec lui 3 pièces de campagne qui avoient suivi les de la troupes avec des difficultés incroyables. ssé ; La matinée se passa en fusillades et quelques volées de ras- canon que les ennemis tirèrent sur les troupes de l'avantsont ; garde.
bois É A une heure après midi, les Anglois, ayant rassemblé r de dans l’église de Sainte-Foix tous les outils, vivres et muniisque É tions qu'ils avoient apportés pour la défense de cette partie, rec le : mirent le feu à l'église et firent leur retraite sur Québec, | avoit ; ayant toujours laissé un corps en bataille sur la hauteur pour | oient 4 masquer leur mouvement; ils abandonnèrent quelques pièces rmer | de canon qu'ils ne purent emmener. L'orage qui avoil duré bois, toute la nuit précédente avoit retardé de quelques heures ions, 4 la marche des troupes, et fut cause qu’il fut impossible au mine à chevalier de Lévis de déboucher sur l’église de Sainte-Foix re se : comme il se l’étoit proposé. Ce contre-temps donna aux Ancôte À glois le temps de venir en force masquer le grand chemin,
et sauva les détachements qu'ils avoient vers le Cap-Rouge
Un autre incident leur avoit donné connoissance parfaite de notre mouvement. Quelques-unes des glaces qui bordoient le fleuve s'étant détachées, le 26 au matin, entrainerent des bateaux chargés d'artillerie; il y en eut de submergés; quelques canonniers y périrent ; un d'eux fut porté sur un glacon jusqu’à Québec, et le gouverneur anglois, ayant appris de lui le mouvement que nous faisions par les marais, fit ses dispositions pour n'être pas surpris, Aussitôt que l’on eut connoissance de la retraite des Anglois, les troupes se mirent en mouvement ; l'avant-garde les suivit de très près. Le sieur de la Roche-Beaucourt, ayant atteint les dernières troupes à la tête de 100 volontaires à cheval, escarmoucha avec elles jusqu'à la nuit, et il eut un officier et plusieurs volontaires blessés.
Les ennemis firent ferme à la maison de Dumont et sur les hauteurs qui l’avoisinent, à environ une demi-lieue de Québec; ils y laissèrent un gros détachement; le reste de la garnison rentra dans la ville. Notre avant-garde occupa les maisons en deça, et les brigades se placèrent dans les maisons suivantes jusqu’à l’église de Sainte-Foix, le chevalier de Lévis ayant jugé indispensable de donner quelque repos aux troupes après deux jours d’une marche très pénible, la terre étant d’ailleurs encore couverte de neige ou inondée.
En Canada, les habitations de la plupart des paroisses de la campagne ne sont point réunies comme en Europe; elles sont bâties le long des rivières ou des grands chemins, à la distance l’une de l’autre de 100, jusqu’à 300 toises ; nul enclos, ni haie, ni bosquet ne les accompagne ; chaque maison est isolée, n'ayant près d'elle que la grange, isolée pareillement. Ainsi, depuis l’église de Sainte-Foix jusqu'aux maisons où étoit l'avant-garde, la petite armée occupoit un espace de cinq quarts de lieues.
Le détachement anglois abandonna pendant la nuit la maison de Dumont et les hauteurs où il s'étoit arrêté la veille, et se replia sur la Butte-à-Neveu, à environ 250 toises des murs de Québec, que celie butte couvre entièrement. Ils travaillèrent à s’y retrancher, L'avant-garde fut portée à la mai-
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