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PIÈCES JUSTIFICATiVES 321
son de Dumont et sur ies hauteurs en face de la Butte-à- Neveu; ces hauteurs s’abaissent un peu vers la droite et communiquent à des bois £'airs qui bordent le fleuve Saint- Laurent dans cette partie. Une redoute touchant au bois appuyoit notre droite et couvroit l’anse du Foulon, où nous devions faire venir les bâtiments chargés de vivres et d'artillerie, ainsi que les bagages des troupes.
Le chevalier de Lévis s'étoit déterminé à employer la journée du 28 au débarquement des vivres qui étoient dus, à celui de quelques pièces de campagne qui n'’avoient pu venir par terre, et au repos des troupes, résolu d'attaquer les hauteurs le lendemain matin et de pousser les ennemis Jusque dans Ja vilie; mais à huit heures du matin on les vit sortir de Québec; ils parurent dans le dessein de marcher à nous, et se formèrent en avant des hauteurs qu’ils occupoient, au nombre environ de 4000 hommes de troupes réglées,
Le chevalier de Lévis, qui étoit depuis le point du jour occupé avec le sieur de Bourlamaque à reconnoître leurs positions, donna aussitôt ordre au chevalier de Montreuil, aide-major général, de faire avancer toutes les troupes. L'avant-garde continua, en attendant, d'occuper la redoute et les hauteurs du centre, ainsi que la maison de Dumont, qui est sur ‘e penchant de la côte d'Abraham, et appuyoit la gauc’e c: la ligne que les troupes devoient former.
Les bois clairs qui étoient à notre droite se trouvoient derr: :4 le centre à peu de distance äe notre ligne, d'où ils se prolorxeoient en se retirant fort en écharpe jusqu'auprès de la raison de La Fontaine, par vu 1es troupes devoient déboucher; cette maison, située près de la côte d'Abraham, étoit séparée de celle de Dumont par une plaine de 250 toises de longueur.
Les brigades se meéttoiont cu ligne à mesure qu’elles arrivoient; et les trois de la äroite étoient déjà formées lorsque le chevalier de jévis, voyant que la droite des Anglois s'ébranloit et que ler: artillerie commencçoit à faire un grand feu, jugea qu'il n'avroit cas le temps de mettre sa gauche en état de la recevoir, Il vrit le parti de replier les troupes qui
étoient en ligne un peu en arrière, pour les mettre à couvert du bois, et de faire abandonner la maison de Dumont ; il comptoit mettre sa gauche à la maison de La Fontaine, et dans cette position laisser prendre haleine aux troupes et les disposer pour marcher ensuite aux ennemis.
Mais le courage des troupes ne lui en donna pas le temps. Il avoit laissé à la gauche le sieur de Bourlamaque avec crdre d'exécuter ce mouvement; cet officier, en faisant replier 5 compagnies de grenadiers qui occupoient la maison de Dumont, fut blessé et obligé de se retirer. Les brigades de la gauche, ayant été quelques instants sans recevoir d'ordres, prirent d’elles-mêmes le pari d'aller joindre ces grenadiers et de s'emparer de cette maison qu'ils avoient abandonnée. Elles s’ébranlèrent sous le feu de l'artillerie et de mousqueterie le plus meutrier, et sans être formées. Le chevalier de Lévis, qui, des hauteurs du centre, aperçut leur mouvement, jugea qu’il falloit profiter de cette ardeur, et courut donner ordre aux brigades de la droite de marcher aux ennemis baïonnette au bout du fusil ; il revint ensuite donner le même ordre à la gauche. La manœuvre de la droite fit plier la gauche des Anglois et seconda parfaitement l'effort de la nôtre, qui, malgré le feu de 20 pièces de canon et @e *: nhusiers presque entièrement dirisés sur cette partie, >; maintint d’abord à la maison de Dumont, et ensuite, à ia it v:rr des mouvements de la droite, poussa les ennemis de fruit avec elle. Ils furent chassés jusque dans les murs de Québec, perdire: le terrain qu'ils occupoient et toute leur artiïlerie.
La valeur des troupes et le mouvement de la droite que M. le chevalier de Lévis ordonna à propos ont réparé le désavantage prodigieux d'être arrivé trop tard et d’être obligé de se former sous un feu d'artillerie très supérieur.
Les sieurs d’Alquier, lieutenant-colonel commandant la brigade de la Sarre, “composée de ce bataillon ct d', celui de Béarn, et Poulhariès, lieutenant-colonel commandant celle de Royal-Roussillon, composée de ce bataiion et de celui de Guyenne, ont beaucoup coririhué à ce succès; le premier, en prenant la résolution de marcher à la maison de Dumont,
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PIÈCES JUSTIFICATIVES 323 quoique fort en désordre, et ayant été blessé dans ce mouvement, et le second, en chargeant la gauche des ennemis avec beaucoup de valeur et d'intelligence.
La brigade de Berry et celle des troupes de la colonie qui joignoient celle de la Sarre, ont secondé avec le plus grand courage le mouvement décisif de cette brigade. La première étoit aux ordres du sieur Trivio, lieutenant-colonel, qui y fut blessé légèrement, et la seconde aux ordres du sieur Dumas. Le sieur de Trécesson, lieutenant-colonnel commandant le second bataillon de Berry, y fut blessé à mort. Le chevalier de la Coine et le sieur de Vassan, commandant chacun un bataiilon des troupes de la colonie, s’y soni distingués et furent blessés l’un et l’autre légèrement,
Un ordre, mal rendu par un officier qui a été tué ensuite, fut cause que la brigade de la Reine, composée de ce bataillon et de celui de Languedoc, n'a pas eu autant de part à cet événement qu'elle auroit dù.
Le bataillon de la ville de Montréal, aux ordres du sieur de Répentigny, a servi avec le même courage que les troupes réglées. On doit le même éloge à la plupart des Canadiens, particulièrement à ceux attachés à la brigade de la Reine. Le sieur de Roquemaure avoit jeté le sieur de Laas, capitaine au régiment de la Reine, qui les commandoit, dans ia redoute et dans le bois de la droite; le feu supérieur des ennemis le déposta pendant quelques instants, mais il reprit bientôt son terrain et chargea ensuite avec succes le flanc gauche des ennemis, étant secondé dans celte manœuvre par le sieur de Saint-Luc, qui n’avoit pu se faire suivre que par un petit nombre de sauvages.
Les trois petites pièces de campagne qui avoient suivi l’armée, aux ordres des sieurs de Louvrecourt, capitaine, et Duverny, lieutenant du corps royal d'artillerie, n’ont cessé de faire feu sur les troupes augloises pendant la durée de l’action et ont été d’un grand secours.
Notre perle a été considérable, surtout en officiers; les bataillons de la Sarre et de Béarn, qui étoient à la gauche, ainsi que ceux de Berry et de la Marine, ont été fort mal-
traités ; les grenadiers ont été réduits à un très petit nombre, principalement les cinq compagnies de la gauche que commandoit le sieur d’Aiguebelle, capitaine de ceux de Langucdoc, étant exposées au plus grand feu en attendant l'arrivée des troupes.
Le chevalier de Lévis a été assez heureux pour n'être point blessé, quoiqu'il ait été pendant tout le temps de l'action à cheval. entre le feu des ennemis et celui de nos troupes; il a été très bien aidé dans les mouvements qu'il leur a fait faire par le chevalier de Montreuil, aide-major général, qui s’est extrêmement distingué. Le sieur de Lapause, aidemaréchal des logis de l’armée, y a servi aussi très utilement.
La perte des ennemis, malgré l'avantage de leur situation et celui de leur artillerie, a été plus considérable que la nôtre. Nous leur avons pris 20 pièces de canon, 2 obusiers et grand nombre d'outils.
Il paroît qu'en venant se former devant les hauteurs qu'ils occupoient, leur projet n’étoit que de travailler, à couvert de leur ligne et de leur canon, à se retrancher sur les hauteurs qui sont devant Québec, pour nous éloigner du corps de la place ; mais, lorsqu'ils virent les grenadiers et les premières brigades se replier de quelques pas, ils prirent pour jinvolontaire ce mouvement qui étoit ordonné, et crurent devoir s’ébranler pour profiter du désordre où ils nous supposoient.
Notre petite armée consistoit au moment de l’action en 3000 hommes de troupes réglées et 2000 Canadiens ou sauvages; on avoit été obligé de laisser plusieurs détachements à Jacques-Cartier, et poux la garde des bateaux, des bâtiments et de l'artillerie de siège ; nos bataillons d’ailleurs étoient fort diminués par les détachemens qu'ils avoient sur les autres frontières 1...
Le siège de Québec, qui paroissoit presque impossible avant le combat, vu notre situation et nos ressources, com-
1 La relation donne ici la liste des officiers tués et blessés ; le ré. sumé est 26 officiers tués et 77 blessés.
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mencoit à devenir vraisemblable, l'ennemi étant renfermé dans la place.
Québec forme une espèce de triangle qui occupe une pointe de terre fort élevée sur la rive gauche du fleuve Saint- Laurent. Le fleuve en défend un des côtés. Des deux qui sont vers la campagne, l’un, qui suit l’'escarpement de la côte d'Abraham, commande avec beaucoup de supériorité une plaine basse où serpente la rivière Saint-Charles. Cette côte d'Abraham règne presque parallèlement au fleuve et vient se réunir à l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge. Le côté de Québec qui est terminé par cette côte et par l'escarpement du fleuve est le seul accessible; il est défendu par une enceinte de six bastions revêtus et presque sur une ligne droite. Un fossé peu profond, dont l’excavation en quelques endroits n’est que de 5 ou 6 pieds, quelques terres rapportées sur la contrescarpe, el 6 à 7 redoutes de bois construites par les Anglois, couvroient cette enceinte, laquelle n'a d’étendue, depuis la côte d'Abraham jusqu’au fleuve, qu’environ 6 ou 700 toises. Le terrain est de roc vif, qui devient presque à nu en approchant de la place.
Des hauteurs que les Anglois avoient abandonnées, l’on découvre les remparts de Québec. Le chevalier de Lévis se hâta de les occuper, et le sieur de Pontleroy, ingénieur en chef de la Nouvelle-France, ayant reconnu la place avec le sieur de Montbeillard, capitaine au corps royal d'artillerie et commandant celle du Canada, il fut décidé que l'on couronneroit par une parallèle les hauteurs qui sont devant les bastions Saint-Louis, de la Glacière et du cap au Diamant, et que l’on y établiroit des batteries. On espéroit qu’elles pourroient faire brèche, quoique la distance fût de 250 toises, le revêtement élant mal construit dans cette partie.
Les jours et les nuits suivantes jusqu’au 11 mai furent employés à perfectionner la parallèle et à construire 3 batteries : l’une, de 6 pièces, battoit un peu en écharpe la face et le flanc droit du bastion de la Glacière; une autre, de 4 pièces, placée sur la gauche, battoit directement cette même partie el croisoit avec la première ; la troisième, de 3 pièces,
étoit dirigée sur le flanc du bastion Saint-Louis opposé au bastion de la Glacière ; on y joignit une batterie de 2 mortiers.
On construisit aussi une batterie de 4 pièces de canon sur la rive gauche de la petite rivière Saint-Charles, d'où l'on voyoit à revers les fronts attaqués ; on espéroit par là inquiéter les assiégés sur leur rempart, quoique l'éloignement fût très considérable.
La parallèle et les batteries ne purent s'achever qu'avec des difficultés incroyables ; on cheminoit sur le roc; il falloit porter la terre dans des sacs à une grande distance. L’ennemi eut bientôt démasqué 60 pièces de canon surles fronts attaqués ; cette artillerie, servie avec la plus grande vivacité, non seulement retardoit la construction des batteries, mais aussi empêchoit les travailleurs de faire les transports ; les boulets plongeant derrière les hauteurs, il n’y avoit aucun endroit qui en fût à couvert ; les troupes furent même obligées de décamper plusieurs fois.
Enfin, le 11 mai, les batteries commencèrent à tirer, ct malgré l'extrême supériorité de celles des Anglois, elles l’auroicnt fail avec succès, si notre pelite artillerie eût élé de meilleures pièces. Elle étoit composée de pièces de fer de 18 et de 12, une seule de 24, et quoique l’on eût choisi les meilleures de toutes celles qui restoient en Canada, la plupart, dès le second jour, furent hors de service, et les autres menacées d’y être bientôt.
Le chevalier de Lévis, dans cette circonstance et pour ne pas se trouver inutilement dépourvu de munitions, prit le parti de réduire le feu des batteries à 20 coups par pièce en 24 heures, et de rester dans cette situation jusqu'à l’arrivée des vaisseaux, espérant qu'avant peu de jours la Cour enverroit, par le fleuve, quelques secours en artillerie et en vivres, qui le mettroient à même de terminer le siège de Québec dans peu de jours; leur passage d’ailleurs devenant fort aisé par la position où il s’étoit mis devant cette place.
Une frégate angloise étoit arrivée le 9 devant Québec et avoit apporté au gouverneur quelques gazeltes de Londres
qu'il avoit eu occasion de faire passer au chevalier de Lévis, dans lesquelles il n'eut que des nouvelles vagues et peu intéressantes. De deux frégates qui avoient passé l'hiver à Québec, l’une avoit appareillé le 1° mai et avoit descendu le fleuve sans qu'on eût pu savoir sa destination ; on conjec-
‘turoit néanmoins qu'elle étoit partie pour l'Europe. La se- J P P
conde étoit en armement et parut bientôt prête à se joindre à celle qui venoit d’arriver.
Le 15, à dix heures du soir, le chevalier de Lévis apprit que deux vaisseaux de guerre venoient de mouiller dans la rade de Québec ; il eut lieu de juger qu'ils étoient anglois et ne balança pas à songer à la retraite, bien assuré que l’Aéalante et la Pomone, frégates mal armées, dépourvues d'’artillerie et d’équipages, n’étoient point en état de faire tête aux vaisseaux ennemis et de couvrir nos bâtiments de transport, sur lesquels étoit chargé le dépôt de vivres. Il envoya aussitôt ordre à ces bâtimens de remonter le fleuve, ayant été extraordinairement agité toute la nuit; il ordonna aussi de retirer toutes les pièces des batteries et de les transporter à la côte du Foulon, où elles arrivèrent à sept heures du matin.
Au point du jour, un vaisseau de ligne et deux frégates angloises apparcillèrent et se trouvèrent en un clin d'œil sur nos frégates, qui furent obligées de prendre chasse ; Z4 Pomone s'échoua malheureusement devant Sillery. Le sieur de Vauquelin, commandant /’A {alante, voyant que les bâtiments de transport allaient être joints, leur fit signal de s'échouer à l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge. 11 fut lui-même obligé d'en faire autant 4 lieues plus haut vis-à-vis la pointe-au-Tremble, où il essuya pendant deux heures le feu des deux frégates angloises ; et ayant consommé toutes ses munitions et fort endommagé les vaisseaux ennemis, fut fail prisonnier sans avoir amené le pavillon du Roi. Presque tous ses officiers furent tués ou blessés, ainsi qu’une grande partie de son équipage.
Le vaisseau qui étoit parti de Québec avec les deux frégates mouilla devant l’anse du Foulon et canonna si vivement
nos bateaux, qu'il fut impossible d'y faire embarquer nos pièces de siège; on ne put emmener que les munitions ; quelques officiers furent même obligés d'abandonner leurs équipages.
Les troupes restèrent dans la même position toute la journée du 16. A neuf heures du soir, le chevalier de Lévis fit évacuer la tranchée et se retira en bon ordre avec l'artillerie légère jusqu’à la rivière du Cap-Rouge, qu'il passa le 17 au matin ; il employa cette journée et la suivante à faire décharger les flûtes et bâtiments échoués, et à en retirer les vivres et munitions. La flûte Z4 Marie, commandée par le sicur Cornillaud, s'étant trouvée en état, remonta le fleuve, ayant passé de nuit sous les frégates angloises ; tous les autres batiments furent brûlés.
Le 19, il eut nouvelle de 8 ou 10 vaisseaux arrivés dans la rade de Québec, ce qui le détermina à mettre devant lui la rivière de Jacques-Cartier, que les troupes passèrent le 20 au matin, ayant laissé un corps de 400 hommes à la pointeau-Tremble.
Le vent du nord-est, qui a régné depuis le 10 mai, est devenu si violent pendant les quatre jours employés à reployer les vivres et les munitions, qu’un grand nombre de bateaux a péri. Plusieurs de ceux qui portoient le bagage des troupes ont eu le même sort. L'une des deux frégates qui combattoient /’Atalante, ayant chassé sur ses ancres le lendemain du combat, périt aussi dans un instant.
L'on n’avoit jamais espéré, en partant de Montréal, être en état de prendre Québec avec les seules ressources que le pays pouvoit fournir, cette ville étant pourvue d’une artillerie immense et gardée par une garnison nombreuse, composée de bonnes troupes, sous un chef actif et entendu ; le projet étoit de resserrer cette garnison dans les murs de la ville d'assez bonne heure pour qu'il lui fût impossible de construire des ouvrages extérieurs devant les fronts que l'on a attaqués, et d'attendre à couvert des premières approches, que les secours demandés en France fussent arrivés, pour être
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en état de continuer le siège. Un seul pavillon francois auroit suffi pour produire cet effet.
Le succès de l'affaire du 28 auroit pu faire espérer une réussite plus prompte, si l'artillerie eût été en état de faire l'effet qu'on en devoit attendre. La mauvaise qualité des pièces nous a empêchés de profiter de la bonne volonté des troupes, qui attendoient avec impatience que la brèche fût ouverte ; et le défaut de tout secours d'Europe a forcé enfin le chevalier de Lévis à se retirer, lui étant impossible, dans un pays où les «ransports ne peuvent se faire que par eau, de rester dans la position où il étoit sans le secours du fleuve, quand même l'ennemi n’auroit eu, par terre, aucune troupe à lui opposer!.
Dépôt de la guerre, vol. 3574, pièce 32.
LETTRE DE M. DE BOUGAINVILLE AU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE, MINISTRE DE LA GUERRE,
Sur la levée du siège de Québec el sur la disposition d'esprit du soldat.
A l’ile-aux-Noix, ce 16 juin 1760,
Monseigneur, j'ai eu l'honneur de vous rendre compte de la situation de cette colonie à la fin de 1758. Vous savez ce qu'elle est devenue par la mort de M. le marquis de Mont-
© La relation se termine par une liste des officiers tués ou blessés pendant le siège. Le nombre des morts est de 5 et celui des blessés de 6.
calm et la prise de Québec. Avant même que les glaces fussent entièrement rompues, nous avons tenté de le reprendre. C'étoit une entreprise décisive. L'arrivée d’une escadre angloise,le 11 mai, a empêché M. le chevalier de Lévis de profiter, pour la prise de cette ville, de la victoire remportée sous ses murs le 28 avril. Les ennemis maintenant nous menacent de toutes parts, et, quoique réduits par notre victoire même à une poignée de monde, nous défendrons cette colonie jusqu'à la dernière extrémité. Le sentiment d’une position aussi critique, les misères de toute espèce qui les enveloppent, la privation presque entière de toute viande, car on est réduit à un quarteron par jour, et bientôt même il le faudra supprimer, les maux passés, présents et ceux qu’on envisage pour l'avenir, n’ont rien diminué au courage, à l'ardeur, au zèle de ces troupes pour le service de Sa Majesté.
L'on m'a confié la frontière du lac Champlain. J’occupe avec 450 hommes le poste de l’ile-aux-Noix, et je tâche de suppléer au nombre par les travaux que j'y fais faire jour et nuit, et dans lesquels je suis merveilleusement secondé par la bonne volonté des officiers et soldats, que j'ose dire être sans exemple.
Je vous supplie, Monseigneur, de croire que je chercherai toujours à justifier par ma conduite les grâces dont le Roi m'a comblé et vos bontés pour moi. Je sais que c'est la seule facon de plaire à un ministre aussi grand ciloyen. Je suis, etc.
Dépôt de la guerre, vol. 3574, pièce 51. — Original.
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