DÉVELOPPEMENTS DES MISSIONS
» l'ouest, au Sault-Sainte-Marie, à Chagouamigon, à la « baie des Puants. De nouvelles et immenses régions s'ouvraient à la foi chrétienne et à l'activité française.
On pénétrait ainsi dans les Pays-d'en-haut, comme l'on disait alors, dans le Zar-West, comme le disent les pionniers américains aujourd'hui. La géographie, le commerce et la politique française faisaient d'immenses progrès à la suite des missionnaires.
En 4650, on avait rassemblé aux environs de Québec une partie de la nation des Hurons; cette mission fut établie en plusieurs endroits avant d'être définitivement fixée à la Jeune-Lorette. Quoique peu nombreuse, la mission de Lorette fut une des plus florissantes et l’un des plus beaux succès obtenus dans l'entreprise, si absolument belle au double point de vue religieux et philosophique, de la transformation des tribus sauvages en peuplades policées.
Mais la grande affaire était toujours la conversion des Iroquois, «celle de toutes les nations du Canada qu'il
} importoit le plus de gagner à Jésus-Christ et d'affec- : tionner à la nation françoise, tant à cause de la répu-
tation qu'elle s’étoit acquise par les armes, qu’à raison de la situation de son pays, qui séparoit de ce côté-là les colonies angloises de la Nouvelle-France, » La religion et la politique étaient intéressées aux succès des missionnaires ; aussi les Jésuites firent les plus grands
: efforts pour faire connaitre l'Évangile à ces redoutables
tribus. « N’eût-on réussi qu’à les apprivoiser, à les accoutumer à vivre avec lés François et à leur inspirer de l'estime pour la religion chrétienne, c'étoit beaucoup. » On parvint à faire quelques prosélytes, dont le nombre s'augmenta un peu; mais ce fut tout. Le grand obstacle
* Il existe encore au Canada quelques descendants de ces Iro-
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que l'on trouva chez les Iroquois fut leur contact avec les Hollandais et les Anglais. « Se croyant assurés d’être secourus de leurs voisins et d'en tirer tout ce qui leur étoit nécessaire toutes les fois que nous les attaquerions ou qu’il leur prendroit fantaisie de rompre la paix, ils ne se sont jamais mis en peine de conserver notre alliance; d'où il est arrivé que, nous craignant fort peu, on ne les a jamais trouvés fort dociles sur le fait de la religion!. » Il faut ajouter que la fierté naturelle des Iroquois se trouva surexcitée par les efforts que faisaient les Français et les Anglais pour rechercher leur amitié et leur alliance. Ces peuples, extrêmement fins et intelligents, comprirent leur importance, et jugèrent bien qu'ils donneraient l'empire de l'Amérique à ceux avec lesquels ils s’allieraient.
Les Anglais et les Hollandais réussirent à se rendre les Iroquois favorables ; mais ce fut en leur vendant de l'eau-de-vie. Double moyen de réussir : s'attacher les sauvages et les tuer. Beaucoup pensèrent, Colbert lui-même un instant, qu’il fallait autoriser la vente de l'eau-de-vie aux Indiens, pour obtenir leur alliance; on prétendait que les funestes résultats de la traite de l'eau-de-vie étaient exagérés par ie clergé canadien. La vérité et la justice l'emportèrent cependant, et, le 18 mai 1678, Louis XIV rendit, après müre délibération du conseil, une ordonnance par laquelle la traite de l’eau-de-vie fut défendue «sous les peines les plus grièves ». Notre sévérité sur ce point a peut-être été la cause principale de la chute de notre domination en
roquois catholiques ; presque tout le reste de la nation a été anéanti par la guerre, la petite vérole, l'ivresse et la chasse à outrance que lui ont faite les colons anglais.
Le P. Charlevoix.
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