‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 29 sur 122 · CLÉ · texte numérisé non relu

CLÉ

64 DÉVELOPPEMENTS DE LA COLONIE glais, ils n'étaient pas à l'abri des armes françaises, La guerre contre les Iroquois ne fut que le prélude de la guerre avec l'Angleterre; obligés par la volonté de Jacques IT de rester en paix avec la France, les colons anglais soulevaient les Indiens contre nous, en attendant le moment où ils pourraient nous attaquer directement.

Guerre de la ligue d'Augshourg. — M. de Frontenac; le chevalier d'Iberville.

Nous sommes arrivés à l'année 1688, époque de la révolution qui renversa les Sluarts et fit monter Guillaume III sur le trône. L'alliance entre la France et l'Angleterre, qui remontait à Henri IV et à Élisabeth, et que Louis XIV avait si habilement exploitée au profit de la France, fut brisée, et dès lors commença entre les deux pays une lutte implacable, qui ne se termina qu'après que les Anglais eurent détruit la puissance maritime et coloniale fondée par Colbert.

L'avènement de Guillaume III permit e aux colons anglais d'attaquer le Canada

Au moment où la guerre ‘Anglete e va commencer, il est utile de faire connaitre quel était le chiffre de la population des colouies françaises et anglaises. En 1690, la Nouvelle-France ne comptait que 15,000 habitants, tandis que la Nouvelle-Angleterre était peuplée de 200,000 colons, condensés sur un territoire plus restreint. Cette infériorité de population subsistera jusqu'à la fin de la lutte, et sera une

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1689, Pendant que les deux colonies se préparaient à prendre part à la guerre que soutenaient en Europe leurs métropoles, les hostilités entre les Français et les Iroquois continuaient, Les Iroquois, toujours excités par les Anglais, prirent l'offensive et ravagèrent cruellement le Canada occidental, Jusqu'en 1700, que l'on fit la paix avec les Cinq-Nations, l'histoire de ces luttes ne présente qu'une suite de massacres, de brisandages, et si j'osais employer ce mot, de r'azcias ‘. Parmi les nombreux épisodes de cette cruelle guerre, le plus épouvantable est le massacre de la Chine. La Chine est un bourg situé dans l'ile de Montréal, à 35 lieues au-dessus de cette ville. Le 25 août 1689, les Iroquois envahirent à l'improviste le quartier de la Chine pendant la nuit. « Ils y trouvèrent tout le monde endormi, et ils commencèrent par massacrer tous les hommes, ensuite ils mirent le feu aux maisons. Par là tous ceux qui y étoient restés tombèrent entre les mains de ces sauvages et essuyèrent tout ce que la fureur peut inspirer à des barbares. Ils la poussèrent même à des excès dont on ne les avoit pas encore crus capables. Ils ouvrirent le sein des femmes enceintes, pour en arracher le fruit qu’elles portoient, et mirent

! Ce qui rendait la guerre avec les Iroquois surtout dangereuse pour la colonie, c'était l'éparpillement des habitants. Au lieu de se grouper autour d’un centre de population assez fort pour résister, les colons ne songeaient qu’à s’écarter le plus possible les uns des autres; ainsi dispersée sur un pays immense, cette population était à la merci des sauvages. L'expérience ne corrigeait personne ; on réparait ses pertes, on oubliait les désastres de ses voisins, et on ne changeait pas de système, parce qu'il y avait un petit intérêt commercial à vivre ainsi isolés. + Le présent aveugloit tout le monde sur l'avenir; c'est là le vrai génie des sauvages, dit le P. Charlevoix ; et il semble qu'on le respire avec l'air de leur pays. »

des enfants tout vivants à la broche et contraignirent les mères de les tourner pour les faire rôtir. Ils inventèrent quantité d’autres supplices inouïs, et deux cents personnes de tout âge et de tout sexe périrent ainsi en moins d’une heure dans les plus affreux tourments. Cela fait, l'ennemi s’approcha jusqu’à une lieue de la ville, faisant partout les mêmes ravages et exerçant les mêmes cruautés, et, quand ils furent las de ces horreurs, ils firent Ceux cents prisonniers qu'ils emmenèrent dans leurs villages t, »

On contraignit enfin les Iroquois, par la terreur de nos armes, à respecter notre territoire ; mais ce résultat ne fut atteint qu’en 1696; jusque-là, ce ne fut que tucries, incendies, surprises, pillages. Partout nos villages furent fortifiés, et l'on vit dans plus d’une occasion les femmes se défendre derrière les retranchements avec une énergie qu'explique facilement le massacre de la Chine.

Pendant que les Iroquois ravageaient le Canada, les Abénaquis dévastaient la Nouvelle-Angleterre. Le 8 février 1690, nos sauvages surprirent la ville de Schenectady, la brülèrent et massacrèrent la population tout entière. Ce fut une cruelle représaille de l'affaire de la Chine.

En 1689, Louis XIV remplaca M. de Dénonville par le comte de Frontenac, qui avait déjà été gouverneur du Canada de 1672 à 1682. M. de Frontenac était un habile administrateur, avait de grandes vues politiques et fort justes, savait la guerre, et connaissait parfaitement le Canada et ce qu’il y avait à faire en ce pays pour sa défense et son administration ; il gouverna la colonie jusqu’en 1698, époque de sa mort,

1 Le P. Charlevoix.

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1690. Pendant ce temps, les Anglais se préparaient à la conquête du Canada. Une flotte de 30 vaisseaux, aux ordres de l’amiral Phibs, avec 2000 hommes de débarquement, partit de Boston, chemin faisant, elle s'empara de Port-Royal et de l'Acadie, qui étaient mal gardés. Une autre escadre alla piller Plaisance, à Terre- Neuve ; nos établissements de la baie d'Hudson étaient envahis en même temps, et une armée d'Iroquois et d'Anglais se rassemblait sur le lac Saint-Sacrement, pour de là marcher sur Montréal et Québec, pendant que l’amiral Phibs viendrait attaquer Québec en remontant le Saint-Laurent.

En présence de ce danger, M. de Frontenac développa les grandes qualités de son caractère. Il rassembla à Québec toutes les forces dont il pouvait disposer, Indiens, milices et soldats ; il laissa à Montréal quelques compagnies nécessaires à la défense de ce point important; il fit travailler aux fortifications de Québec‘ et mit la ville et ses approches à l'abri d'un coup de main. Des colonnes mobiles de Hurons et d’Abénaquis suivaient les rives du Saint-Laurent pour observer la marche de la flotte anglaise, qui ne pouvait envoyer une chaloupe à terre sans qu'elle füt repoussée aussitôt à coups de fusil. Le 16 octobre, Phibs était devant Québec, où tout était préparé pour le recevair. Il envoya un trompette sommer M. de Frontenac de se rendre. Après avoir lu sa sommation, le trompette, tirant de sa poche une montre, dit au gouverneur qu'il était dix heures, et qu'il ne pouvait attendre sa réponse que jusqu'à onze; il lui demanda de l'écrire. M. de Frontenac lui dit qu'il allait répondre à son maître

! C'est sur les plans de Vauban que l’on construisit alors les fortifications de Québec.

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« par la bouche de son canon », et fit aussitôt ouvrir le feu contre la flotte anglaise. L'amiral Phibs ne savait pas tout ce que M. de Frontenac avait fait à Québec, etil se croyait certain de prendre la ville sans coup féris. Il se décida cependant à combattre, débarqua ses troupes à Beauport et y établit un camp où il se retrancha, puis marcha sur Québec. Pendant trois jours de furieux combats, les troupes anglaises furent repoussées avec perte ; le canon de la place faisait éprouver de grandes avaries aux vaisseaux ennemis. Phibs, battu et n'entendant point parler de l’armée angloindienne du lac Saint-Sacrement, se rembarqua dans la nuit du 21 au 22, abandonnant son artillerie et ses munitions, descendit le Saint-Laurent sur sa flotte et revint à Boston. Louis XIV fit frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de la brillante défense de Québec, ne voulant pas laisser passer sans récompense une aussi belle action,

Pendant que ceci se passait sur le Saint-Laurent, une épidémie de petite vérole détruisait l’armée ennemie qui devaitattaquer Montréal. Les troupes anglaises furent décimées pendant leur marche, et, lorsqu'elles arrivèrent sur le lac Saint-Sacrement, où les Iroquois étaient déjà rassemblés, la maladie gagna les Indiens qui, accusant les Anglais de vouloir les faire périr, se retirèrent aussitôt. « Pour moi, dit le P. Charlevoix, je suis persuadé que, dans les motifs de la retraite de ces sauvages, il y entra beaucoup de cette politique qui consiste en ce qu’ils ne veulent pas qu'aucune des deux nations européennes, entre lesquelles leur pays est situé, prenne une trop grande supériorité sur

! La victoire de Québec fit sensation à la cour de Versailles ; Dangeau en parle dans son Journal, à la date du 24 janvier 1691,

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l'autre, persuadés qu'ils en seroient bientôt les victimes. » Le calcul des Iroquois était juste ; leur départ empêcha les Anglais d'agir sur Montréal, et amena la

retraite de Phibs et le salut du Canada.

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1691. La victoire de Bévéziers, remportée par Tourville dans la Manche, en 1690, obligea l'Angleterre à concentrer toutes ses forces navales en Europe. Aussi, cette année, les Anglais ne purent attaquer le Canada que du côté de Montréal, sans pouvoir envoyer une flotte contre Québec. Les Anglais et les Indiens furent battus au combat de Ja prairie de la Magdeleine, près de Montréal.

Délivré de toute attaque, le Canada prit l'offensive, et l'homme qui Joue le principal rôle dans cette dernière partie de la guerre est le chevalier d'Iberville, capitaine de vaisseau. Pierre le Moyne, seigneur d'Iberville, était né à Montréal en 1661 ; sur ses dix frères,

‘huit furent militaires et au service du roi; deux furent

tués, un autre mourut des suites de ses blessures. Les Anglais avaient élevé le fort Pemaquid sur le territoire des Abénaquis, nos alliés. On ne pouvait pas laisser les Anglais s'établir chez eux, sans courir le risque de voir les Abénaquis écrasés tôt au tard, ou

renoncer à notre alliance si on les abandonnait; de

plus, ce fort était une menace contre l’Acadie. Il importait, pour toutes ces causes, de détruire cet établissement. Le chevalier d’Iberville fut chargé de prendre

! Ces détails, un peu différents de ceux qui sont contenus dans le

Ainoire succinct de La naissance et des services de défunt Pierre le

Joyne, écuyer, seigneur d'Iberville, Ardilliers et autres lieux, chetour de l'ordre de Saint-Louis, capitaine des vaisseaux du Roy

linprimé en 1716), sont extraits des registres publics de Montréal, et

… mout été envoyés, avec bien d’autres renseignements, par un

» Bavaut religieux de Montréal, qui voudra bien me permettre de lui » eïprimer ici toute ma reconnaissance.

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