DESCRIPTION DE LA NOUVELLE=-FRANCE A
mins de fer, de télégraphes et de bateaux à vapeur, on voit que ce n'était alors qu'une immense forêt remplie de bêtes fauves; de grands lacs; beaucoup de rivières et de marécages ; ça et là, des prairies où «se cabanaient » les sauvages. Puis, au milieu de ces solitudes, sur les bords du lac Érié, sur les rives de l'Ohio, du Mississipi et du Missouri, les restes de monuments considérables : des fortifications gigantesques formées d'ouvrages en terre, des tumuli avec leurs momies, des villes, des inscriptions hiéroglyphiques, des idoles, de bizarres sculptures; ouvrages d'un peuple inconnu, restes d’une civilisation autrefois maitresse de ce pays, et dès lors détruite et depuis longtemps. Enfin, dans un coin de ce monde, sur les rives du Saint-Laurent, deux ou trois « habitations » autour desquelles les colons français commençaient à défricher et à cultiver quelques quartiers de terre. Plus loin, au sud-est, sur le rivage de l'Atlantique, des colonies anglaises et hollandaises, mieux situées que la Nouvelle-France, déjà plus prospères et beaucoup plus peuplées qu'elle,
Ur aussi vaste pays présente les différences de climat, de topographie et de productions les plus considérables ; aussi se partageait-il naturellement en trois zones très distinctes : une zone glacée, au nord, comprenant tous les pays de la baie d'Hudson et le Labrador; une zone tempérée, au centre, renfermant la Nouvelle-France, c'est-à-dire les Pays-d'en-haut, le Canada, l’Acadie et Terre-Neuve ; enfin une zone chaude, au midi, formée par la Louisiane.
La zone du nord est inclinée vers les mers glaciales. C'est une immense plaine, impropre à la culture, offrant de grandes ressemblances avec la Sibérie, toute de terrains primitifs et granitiques, généralement boisée, entrecoupée de savanes, c'est-à-dire de plaines
basses, marécageuses et couvertes de bois rabougris ; partout de grandes rivières et de grands lacs. La température moyenne de l’année est de 8 degrés au-dessous de zéro ; l'hiver dure neuf mois, et le thermomètre descend souvent à 30 degrés; mers, lacs et rivières, tout est encore gelé en juin. La partie méridionale est moine âpre et ressemble déjà au Canada. Le Labrador ne diffère du reste de la région que par ses montagnes et ses brouillards perpétuels.
La végétation forestière se compose de pins, de mélèzes, de sapins, de peupliers, saules, bouleaux, aulnes ; là où elle cesse, vers le nord, quelques arbustes, puis les mousses la remplacent. Les animaux sont nombreux dans ces solitudes ; on y trouve l'ours blanc et l'ours noir, le loup, le lynx, le renne, l'élan, le bison, le bœuf musqué, le castor, la loutre et divers animaux aux fourrures précieuses, le chien, si utile à l’Esquimau, misérable habitant de ces steppes glacées.
Les Français avaient au fond de la baie d'Hudson, qu'on appelait alors la baie Bourbon, plusieurs forts et comptoirs fortifiés, dans lesquels ils faisaient la «traite » des pelleteries ; mais, dès 1713, on céda toute cette zone à l'Angleterre, par la paix d'Utrecht.
La zone tempérée, la Nouvelle-France, est sous les mêmes parallèles que l'Angleterre, la Belgique, la France, l'Espagne et l'Italie septentrionale, mais avec un climat plus froid. L'hiver est rude en Canada ; et à la latitude de la Provence et du Linguedoc, la neige couvre la terre pendant six mois de l’année; depuis la fin de novembre jusqu'au commencement de mai, le Saint-Laurent reste glacé‘. Le P. Charlevoix dit qu'il
! Pendant six mois, la colonie était régulièrement sans commu nications avec la France. En temps de guerre, comme on le verra
ugris ; a temessous re dess, tout moins lor ne nes et
le méulnes ; , puis nomanc et bison, maux lV'Es- 1dson, pris et ‘aite »
cette
DESCRIPTION DE LA NOUVELLIE-FRANCE 1.5 n'a jamais passé d'hiver au Canada sans qu'il ait appris qu'on eût apporté à l'hôpital quelqu'un à qui il avait fallu couper une jambe ou un bras gelés. Le printemps commence en mai; « alors, dit Champlain, les cerisiers commencent à espanouir leurs boutons pour pousser leurs feuilles dehors... les framboises commencent à boutonner et toutes les herbes à pousser hors de la terre. les arbres jettent leurs feuilles. » Un été très chaud succède bientôt à ce court printemps.
Malgré la rigueur du climat, le sol est fertile, surtout en remontant le Saint-Laurent et sur les bords des grands lacs; déjà, avant notre venue, les cinq nations iroquoises cultivaient leurs terres et récoltaient le maïs. Des prairies et des forêts couvraient partout le sol de la Nouvelle-France. « Nous sommes au milieu des plus grandes forêts du monde, écrivait le P. Charlevoix ; seon toutes les apparences, elles sont aussi anciennes que le monde même... à la vue, rien n'est plus magnifique ; les arbres se perdent dans les nues. » Les principales essences des forêts canadiennes sont le pin blanc, le pin rouge, le sapin, le cèdre, l’épinette blanche, dont on fait les plus grands mâts, l'épinette rouge ou tamarak, dont le bois est incorruptible, le merisier, le chêne, l'érable, qui fournit une liqueur excellente, de laquelle on extrait du sucre’, le noyer, le charme,
de 1755 à 1760, cette interruption des relations entre la Trance et lo Canada avait les plus grands inconvénients.
1 L'érable à sucre est l'arbre favori des Canadiens; il figure avec le castor dans les armes nationales. Au printemps, quand est venu le moment de récolter le sucre, on pratique un trou à un demimètre du sol, et on place un vase au pied de l'arbre pour recueillir la sève qui s'écoule en abondance ; on la fait bouillir ensuite dans une chaudière, et, dès qu'elle est devenue épaisse, on la jette dons les formes. Le sucre d'érable est très bon. En 1851, le Bas-Canada en a produit 10 millions de livres.
le frêne, le hètre, dont la faine nourrit les bêtes fauves, l'orme, dont l'écorce sert aux sauvages à faire leurs canots, le peuplier, le tremble, le bouleau, etc. !
L'ours et le loup peuplent les profondeurs de ces bois : le cerf, l'élan, le daim et le chevreuil y vivent en troupes nombreuses. Les prairies à l’ouest des grands lacs sont le domaine des bisons ; le castor et la loutre se trouvent sur les bords des rivières, des lacs et des marais. Le gibier abonde, ainsi que les oiseaux de proie et les meilleures espèces de poissons; on trouvait des truites de 200 livres dans le lac Huron.
Sauf Terre-Neuve et l'Acadie, dont le sol est granitique, toute la région tempérée est formée par le terrain intermédiaire et houiller. C’est en général un pays de plaines ; cependant la partie septentrionale du Canada est sillonnée par une chaine de hautes collines qui, pendant plus de 600 lieues, séparent les versants de la mer Glaciale et de l'océan Atlantique. Au sud du Saint- Laurent et vers son embouchure, plusieurs contre-
! Les 30,000 lieues carrées de forêts que possède le Canada sont actuellement un des plus grands centres de production de bois do construction. On le tire principalement des forêts situées sur les rives de l'Ottawa, grande rivière qui se jette dans le Saint-Laurent au-— dessus de Montréal. 25,000 hommes sont employés à couper les arbres et à en former les trains que l'on amène à Québec, principal centre de ce commerce, qui expédie annuellement en Europe pour une valeur de plus de 50 millions de francs en bois de toutes sortes. Chicago, au fond du lac Michigan, dans les anciens Pays-d’en-haut, où il y a encore de grandes masses forestières, est le principal sntrepôt des bois de l’Ovest, que l’on expédie à Québec par les lacs. On construit à Québec une assez grande quantité de navires pour l’Angleterre et les Etats-Unis. En 1853, la valeur des bâtiments que l’on y a construits s’est élevée à 12 millions de francs. Saint-John, dans le Nouveau-Brunsw ick, fait actuellement une sérieuse concurrence aux chantiers de Québec. Dès le règne de Louis XV, les navires construits à Québec étaient renommés. (Voy. Mémoires du duc de Luynes, 1756, 24 décembre.)
> fauves,
aire leurs
‘s de ces vivent en *s grands la loutre *s et des de proie vait des
t granie terrain pays de Canada 16S qui, ts de la u Saintcontre-
ada sont bois da les rives ent au— uper les principal DpE pour S Sortes, en-haut, al #ntreacs. On ur l’Anque l’on n, dans urrence navires duc de
DESCRIPTION DE LA NOUVELLE-FRANCE 15 forts des monts Alléghanis accidentent fortement le pays.
Le Saint-Laurent arrose tout le Canada; depuis Québee jusqu'à la mer, il a plusieurs lieues de large, sur une grande profondeur ; aussi, le port de Québec peutil recevoir quelque vaisseau que ce soit. On jugera du volume des eaux et de la rapidité du Saint-Laurent quand on saura qu'il jette à l'Océan une masse d'eau de cinquante-sept millions et demi de mètres cubes par heure. Un grand nombre de rivières, larges et profondes, affluent dans le Saint-Laurent ou dans les cinq lacs dont il sort. À l'époque qui nous occupe, ces rivitres étaient les seules voies de communication. On ne voyageait alors qu'en canot: et, lorsque la navigation est interrompue, ce qui arrive souvent, par un sault ou rapide, ou bien lorsqu'on arrivait à un portage, c'està-dire à un faite entre une rivière et une autre, on portait ses canots sur l'épaule, ainsi que le dit Champlain dans la phrase que nous citons, et qui donne si naïvement l’'étymologie du mot portage : « Il nous fallut porter nos canots, hardes, vivres et armes sur nos espaules, qui n’est pas petite peine à ceux qui n’y sont pas accoutumés. »
Parmi ces communications établies au travers des plus épaisses forêts, par les lacs, les rivières et les portages, il en est une qui mérite d’être signalée à cause de son im ortance militaire, Elle se compose de la rivière Richelieu, affluent du Saint-Laurent, et des lacs Saint-Sacrement et Champlain, puis, après un portage, du fleuve Hudson, qui se jette dans l'Atlantique, à New-York, Cette route naturelle traversait des bois épais et le pays des Iroquois; à ses extrémités se trouvaient les capitales de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre. Aussi, les rives de ces lacs et de ces
16 ORIGINES DE LA COLONIE cours d'eau élaient-elles couvertes de forts destinés à commander le pays; entre tous, nous nommerons ceux de Carillon et de William-Henry, dont les noms rappellent les plus belles victoires du marquis de Montcalm.
Pendant la durée de sa domination, la France avait fondé en Canada et dans les Pays-d'en-haut un grand nombre de villes et de forts, dans les plus excellentes positions militaires et commerciales; presque tous sont devenus de grands centres de population, d'industrie et de commerce, mais ont changé de nom en changeant de maitres; si bien, qu'en entendant parler aujourd'hui des populeuses cités d'Ogdenbourg, de Kingston, de Ticondéroga et de Pittsbourg, notre légèreté française ne sait plus que c'est nous qui avons fondé le fort de la Présentation, le fort Frontenac, le fort Carillon et le fort Duquesne.
Sur le Saint-Laurent, on trouvait alors : Gaspé, à l'embouchure du fleuve, position importante par son mouillage, le plus sûr de tous ceux qui sont à l'entrée du golfe; et, en remontant, Tadoussac, Québec, Troiskivières, Montréal!, le fort de la Présentation et le fort Lévis. Sur le lac Ontario, le fort Frontenac, le fort Toronto et le fort Niagara. Entre les lacs Érié et Huron, l'importante ville de Détroit. Entre les lacs Huron et Michigan, Michilimakinac, centre de commerce assez important. Au fond du lac Michigan, Chicago. Sur le lac Supérieur, Michipicoton, Chagouamigon, Camanestigouia, postes militaires, missions religieuses, centres de commerce. En allant toujours à l’ouest, dans les pays découverts par La Vérendrye, le fort Saint-
Montréal, autrefois peuplé de 3 à 4000 habitants, compte aujourd'hui plus de 150,000 âmes.
stinés à merons s noms çuis de
e avait | grand lentes us sont dustrie ngeant ird'hui on, de inçaise fort de netle
spé, à ar son entrée Troisle fort rt Touron, on et assez Sur le anesntres s les aint-
e au-
DESCRIPTION DK LA NOUVELLE-FRANCE à Pierre, sur le lac des bois; le fort Maurepas, sur ie lac Bourbon (aujourd'hui lac Winnipeg). Tous ces postes assuraient à la France la domination du pays et la liberté des communications, et donnaient à nos missionnaires comme à nos traitants la sécurité nécessaire au milieu de peuplades farouches et souvent hostiles.
La Nouvelle-France et la Louisiane semblent liées par la nature. Des cinq lacs, il est facile, en effet, de cagner, au travers des bois et par quelques portages, les affluents du Mississippi, l'Ohio, la rivière des Illinois, le Ouisconsin. Pour assurer ces communications, on construisit, sur l'Ohio, le fort Duquesne, le fort Crèvecœur sur la rivière des Illinois, et sur le Mississipi, le fort de Chartres, premier poste de la Louisiane.
En sortant des Pays-d'en-haut et du Canada, on arrive, par le Saint-Laurent, à l'Acadie, à Terre-Neuve et aux îles du golfe du Saint-Laurent, qui complètent la Nouvelle-France. Toutes ces terres sont granitiques.
L'Acadie a un climat rude; d'hiver y est froid et l'été fort chaud, sans transition de l’un à l’autre, L'air y est souvent chargé d'épais brouillards. Le pays est fertile, quoique ça et là montagneux ou marécageux. Les forêts de chênes, de pins et de sapins couvrent une grande partie du sol et donnent aux marines européennes d'excellents bois de construction. La tribu des Souriquois, appelés plus tard les Micmacs, et celle des Abénaquis étaient chrétiennes et entièrement dévouces aux intérêts de la France; elles sont à pen près détruites aujourd'hui. Après nous avoir enlevé l'Acadie à la paix d'Utrecht, l'Angleterre la partagea en deux provinces, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Prunswick:; Port- Royal s'appela Annapolis; Chibouctou prit le nom d'Ialifax, et est devenu le principal arsenal maritime de l'Angleterre dans l'Amérique du Nord.
Les îles situées dans le golfe du Saint-Laurent sont : Anticosti, toute boisée, l'ile Saint-Jean, aujourd'hui île du Prince-Édouard, très fertile, et l'ile Royale ou du Cap-Breton. Cette dernière, la plus importante par sa position, est à l'entrée du golfe, entre l'Acadie et Terre-Neuve; nous y avions fondé Louisbourg, un des plus beaux ports de l'Amérique, et nous en avions fait une place forte qui était la clef du Canada.
Terre-Neuve, grande ile de 9400 lieues carrées, est couverte de brouillards éternels, de forêts de chênes ou de rochers stériles, revêtus de mousses et de lichens. La houille s’y rencontre par masses puissantes; mais la principaie richesse de l'ile est dans la pêche de la morue, qui se fait sur le banc de Terre-Neuve et produit annuellement une valeur de 35 à 40 millions de francs. Mentionnons, au sud de Terre-Neuve, les deux îlots de Saint-Pierre et de Miquelon, que nous avons conservés depuis le traité de 1763, ainsi que le droit de pêcher sur le banc; c’est tout ce qui nous reste de notre ancienne puissance en Amérique.
Au sud du Saint-Laurent, entre le Canada, la Nouvelle-Angleterre et la Louisiane, on rencontre le bassin de l'Ohio, que les Français appelaient la Belle-Rivière. Les forêts et les prairies couvraient alors toute cette fertile vallée, dont le climat est très doux et dont l’aspect est à la fois pittoresque et grandiose; « partout, dit Chateaubriand, le paysage déploie une pompe extraordinaire. » Le platane, le tulipier, le magnolia, le hêtre, l’acacia, l’érable et le frêne sont les principales essences des forêts ; le charbon de terre s’y rencontre en gisements inépuisables.
La vallée de l'Ohio, possédée par la France, liait le Canada à la Louisiane, mais resserrait la Nouvelle- Angleterre et empêchait ses habitants de s'étendre à
ent sont :
jourd'hui Royale ou tanie par Acadie et >, un des vions fait
‘rées, est hênes ou lichens.
es; mais he de la e et pro- Ilions de les deux 1S avons droit de reste de
la Nou-
bassin Rivière, te cette nt l’aspartout, pompe olia, le cipales ncontre
liait le vellendre à
FRS Ad 23