‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 6 sur 122 · LES CANADIENS · texte numérisé non relu

LES CANADIENS

l'ouest des Alléghanis ; aussi cherchèrent-ils, dès 1727, à s'y établir.

La Louisiane, qui a une histoire distincte de celle du Canada et dont nous ne devons pas nous occuper ici, était alors couverte de forêts et de prairies, comme la Nouvelle-France. Le cotonnier y croissait naturellement, mais n'était pas encore cultivé en grand comme il l'est actuellement. Le climat de cette vaste région est doux et salubre, excepté aux bouches de la rivière Saint-Louis, le Mississipi d'aujourd'hui, où le climat est chaud, humide et malsain, et où nous avions fondé la Nouvelle-Orléans, énergique foyer de résistance à l'esprit des États-Unis du Nord, et qui a été un moment la capitale de la confédération du Sud.

Les Canadiens,

« On ne compte guère à Québec, écrivait le P. Charlevoix, en 1720, que sept mille âmes; mais on y trouve un, petit monde choisi, où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable. Un gouverneur général avec un état-major, de la noblesse, des officiers et des troupes; un intendant avec un conseil supérieur et les juridictions subalternes ; un commissaire de marine, un grand prévôt, un grand voyer et un grand maitre des eaux et forêts, dont la juridiction est assurément la plus étendue de l'univers; des marchands aisés où qui vivent comme s'ils l’étoient ; un évêque et un séminaire nombreux; des Récollets et des Jésuites; trois communautés de filles, bien composées; des cer-

cles aussi brillants qu'il y en ait ailleurs chez la gou = vernante et chez l'intendante : voilà, ce me semble, pour toutes sortes de personnes, de quoi passer le temps fort agréablement.

» Aussi fait-on, et chacun y contribue de son mieux. On joue, on fait des parties de promenades; l'été en calèche ou en canot; l'hiver en traine sur la neige, ou en patins sur la glace. On chasse beaucoup; quantité de gentilshommes n'ont guère que cette ressource pour vivre à leur aise. Les nouvelles courantes se réduisent à bien peu de choses, parce que le pays n’en fournit presque point, et que celles de l’Europe arrivent tout à la fois, mais elles occupent une bonne partie de l'année ; on politique sur le passé, on conjecture sur l'avenir; les sciences et les beaux-arts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les Canadiens, c'est-à-dire les créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque même ici aucun accent.

» On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c’est bien dommage, car on y aime à se faire honneur de son bien, et presque personne ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère, si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre; sinon, on se retranche sur la table, pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustements font bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille, et le plus beau sang du monde dans les deux sexes ; l'esprit enjoué, les manières douces et polies sont communs à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les facons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus écartées.

» Il n’en est pas de même, dit-on, des Anglois nos

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