‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 56 sur 122 · VICTOIRE DE WILLIAM-HENRY · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE WILLIAM-HENRY

grenadiers furent blessés. Les Anglais délivrés se reformèrent, et, sous la protection de notre escorte, rejoignirent les avant-postes du généra! Webb, qui commandait l’armée anglaise sur cette frontière. Deux cents autres prisonniers, que les sauvages avaient conduits à Montréal, furent rachetés plus tard, à grands frais, par M. de Vaudreuil et ces 600 prisonniers délivrés furent reconduits également aux avant-postes du général Webb t.

! On voit combien Fenimore Cooper, dans le Dernier des Mohicans, a exagéré ce qu’il appelle « le massacre de William-Henry, » regrettable affaire dans laquelle les Anglais furent « houspillés » et non pas massacrés. Il y eut une vingtaine d'hommes tués, et non pas 1500. Quant à l'inaction des troupes de Montcalm qui restèrent sous les armes, ainsi que leur général, spectatrices de ce massacre, on a vu ce qu’il en était. Voici encore ce qu'écrit à ce sujet, dans son journal, M. de Malartic, un des officiers d'étatmajor de l’armée.

«‘ Le 10, M. le chevalier de Lévis a fait partir les Anglois à six heures du matin, escortés par un détachement des troupes réglées, les officiers attachés aux sauvages et tous les interprètes ; ils n’ont pas eu fait une demi-lieue que les sauvages ont couru après eux, en ont tué quelques-uns, pris beaucoup, presque tous dépouillés, ont tué un soldat et blessé trois qui vouloient s'opposer à leur cruauté. M. le marquis de Montcalm y a accouru avec presque tous les officiers, leur a arraché tous les Anglois qu'il leur a vus, a fait rentrer dans le fort tous ceux qui avoient échappé à leur fureur et revenir tous ceux qui ne pouvoient pas gagner le fort Edouard sans danger. Après ce bel exploit, beaucoup de sauvages se sont embarqués avec leurs prisonniers pour Montréal. » (Dépôt de la guerre, Canada, année 1757, pièce 117.)

Trop souvent, dans ces guerres où les sauvages servaient d’auxiliaires aux Français, aux Anglais et plus tard aux Américains, de pareils massacres ont eu lieu : on peut citer le massacre de la rivière Raisin, ou de Frenchtown, en 1813. Le général américain Winchester et ses 750 soldats faits prisonniers à Frenchtown furent livrés aux sauvages par le général angleis Proctor. Tous furent massacrés, torturés, brûlés, et le gouvernement anglais n’en récompensa pas moins le général Proctor et ses officiers. Toute la population française du Canada protesta contre ces odieuses récompenses. (Voyage aux États-Unis d'Amérique, par Miss WiGur, traduit par PARISOT, Paris, 1822, 2 vol. in-8°, t. I, p. 318.)

Malgré notre bonne foi évidente et l'honorable conduite que le marquis de Montcalm avait tenue dans cette affaire, le roi d'Angleterre déclara nulle la capitulation du fort Wiiliam-Henry et refusa de l’exécuter !.

M. de Montcalm eût bien voulu profiter de sa victoire pour aller prendre le fort Édouard, ce qui nous aurait rendus les maîtres sur cette frontière; mais la petite vérole s'était déclarée chez nos sauvages ?, et il était indispensable de renvoyer chez eux les miliciens, pour faire la moisson et sauver ce qui restait de la récolte, que des pluies continuelles avaient en grande partie détruite.

La famine.

1758. L'hiver de 4757 à 1758 fut extrêmement long et rude, et détruisit encore la récolte de 1758; la disette se changea en famine. On lit dans une lettre de M. Doreil, du 26 février : « Le peuple périt de misère. Les Acadiens réfugiés ne mangent depuis quatre mois que du cheval ou de la merluche # sans pain. Il en est déjà mort plus de trois cents... Le peuple canadien a

* Lettre du marquis de Montcalm au marquis de Vaudreuil, du 9 juillet 1758. — La prise de William-Henry fut annoncée au roi par M. de Moras, le 11 octobre. Voyez Mémoires du duc de Luynes.

* Les sauvages avaient gagné cette maladie en pillant, à William-Henry, les Anglais et leurs bagages. La petite vérole fit chez

eux de nombreuses victimes, (Lettre du marquis de Montcalm, du 20 avril 1758.)

5 Morue sèche.

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