‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 59 sur 122 · Æ: EAST · texte numérisé non relu

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de la mer, joint aux pluies et aux neiges, détruit toute maçonnerie si elle n’est pas revêtue de madriers ! ».

Le 8 juin, un premier débarquement fut tenté par les Anglais; on les repoussa; mais quelques jours après ils réussirent sur un autre point mieux choisi, et le siège commença. Il dura deux mois. M. de Drucour y déploya la plus grande bravoure. Madame de Drucour montra beaucoup de courage pendant le siège; chaque jour elle allait aux batteries les plus exposées et mettait le feu à trois pièces de canon. Les troupes se battirent vigoureusement ; mais, le 26 juillet, les remparts étaient démolis, et l'artillerie hors de service ; des 54 pièces opposées à l'ennemi, 42 étaient démontées et brisées ; 800 soldats étaient tués ou blessés; 1200 soldats ou matelots étaient malades. Amherst se préparait à donner l'assaut, et Boscawen, pour appuyer l'attaque faite par terre, devait forcer l'entrée du port, défendue jusqu'alors avec nos vaisseaux que les Anglais venaient d'incendier. M. de Drucour, voulant sauver les habitants et la ville, offrit de capituler; on lui répondit qu'il n'avait qu'à se rendre à discrétion; il refusa, et se résolut à tout ce qui pouvait lui arriver plutôt que de se soumettre à d'aussi humiliantes conditions. Cependant, les habitants le suppliant de capituler et d'éviter ainsi la ruine complète de la ville et le sacrifice inutile des soldats qui lui restaient, il se soumit ?. M. de Drucour et la

* Rapport de M. La Houlière, — « Il y avoit autant à craindre, dit M. La Houlière, du détonnement de notre canon que de celui de l'ennemi, et cette raison a souvent empêché d’en tirer ».

* On se montra fort sévère en France sur la capitulation de Louisbourg, que l’on qualifia de honteuse, M. de Drucour, attaqué,

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La prise de Louisbourg laissa le Canada sans défense du côté de la mer et ouvrit le Saint-Laurent, c'est-à-dire le chemin de Québec, aux Anglais. Ils prirent et détruisirent Gaspé à l'entrée du fleuve, et remirent à l’année suivante l'attaque sur Québec ; toutefois ils restaient maitres des entrées du Canada et interceptaient toutes communications avec la France.

Pendant que le général Amherst assiégeait Louisbourg, Abercromby commençait ses opérations. Partant du fort Édouard avec 20,000 hommes de troupes anglaises et de milices américaines, il s’avança contre Carillon, pour, de là, se porter sur Montréal.

Le fort Carillon, aujourd'hui l’importante ville de Ticondéroga, était situé sur un plateau élevé et accidenté, qui est au confluent des deux rivières de la Chute et de Saint-Frédéric. En avant du fort, on avait

se justifia et écrivit à un de ses amis une longue lettre dans laquelle on lit ce qui suit :

« Voilà, monsieur, comme bien des personnes parlent, raisonnent, affirment et ensuite disent : « Maïs je ne savois pas cela ; » et, comme dit Voltaire, dans son épiître à la Calomrie, l’on est tout de feu pour appuyer un mensonge et tout de glace pour éclaircir une vérité. Je l'ai bien éprouvé dans cette triste catastrophe de Louisbourg; mais enfin, tant de témoins de tous les états, de tous les grades, ont parlé, qu’il a fallu convenir qu’on ne pouvoir le sauver que par des forces de mer, et l’année qui a précédé la prise en fait foi. Nous avions 20 vaisseaux; l'ennemi paroît et reconnoit la position; l'ennemi s’en va. Il en eût été de même l’année dernière si le même secours eût subsisté. » (Lettre de M. de Drucour à N..., ÿ août 1759, Dépôt de la guerre.) — Voyez, sur la capitulation, la pièce 17, à la fin du volume.

1 On savait à Paris, dès le 22 août, la prise de Louisbourg ; on l'avait apprise par la voie d'Angleterre. M. de Massiac, ministre de la marine, n’avait pas encore reçu de nouvelles à cette date. {A6 moires du duc de Luynes, 24 août 1758.)

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élevé, sur une longueur de 800 toises, des retranchements très solides, faits avec des troncs d'arbres couchés les uns sur les autres ; en avant encore, on avait placé des arbres renversés, dont les branches « appointées » faisaient l'effet de chevaux de frise. De tous les autres côtés, la position était défendue par les rivières et dominée par le fort Carillon : il fallait donc que l'ennemi abordûât l'abatis d’arbres et enlevât d'assaut ce rempart.

MM. de Montcalm, de Lévis et de Bourlamaque étaient à Carillon avec 3058 hommes, dont 450 Cana- AUX diens!.

NE E k Le 8 juillet, sur le midi, Abercromby marcha contre

Fur nos retranchements « avec une vivacité digne des meilleures troupes; » son armée était divisée en quatre grosses colonnes; dans les intervalles étaient des troupes légères, « fusillant dans l’entre-deux des co-

lonnes ». On laissa l'ennemi s'approcher jusqu'à qua- se rante-cinq pas des retranchements, puis on l’arrêta Rue TO tout court par un feu aussi juste que bien nourri. | n’a Pendant sept heures les colonnes anglaises s'acharnè- | fat rent à enlever le retranchement et firent six attaques D tra consécutives ; leur opiniâtreté se brisa contre la ] nôtre *. Enthousiasmée par le courage héroïque de dar Montcalm, sa petite armée se battait avec joie et avec L s'e un entrain merveilleux *, aux cris de : « Vivent le Roi mm

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! La lettre écrite par Abercromby à Pitt, et dont l'analyse est dans la Gazette de France (1758, p. 423), dit que 15,000 Anglais attaquèrent les 6000 hommes de Montcalm. nr 7

* Le régiment Royal-Écossais perdit tous ses officiers et 950 sol- les dats sur 1400. Beaucoup d'Anglais furent tués à dix ou douze pas du retranchement (Poucuor, I, 152.) est

3 « MM. les officiers, dit le marquis de Montcalm, y ont fait des Va choses surprenantes, des prodiges de valeur, et leur exemple a fait div

faire des choses incroyables au moindre soldat. * (Letire au mar- piè

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et notre général ! » Notre feu dirigé sur des masses profondes, leur faisait éprouver de cruelles pertes. Une attaque sur leur flanc gauche fut vigoureusement exécutée par M. de Lévis; à leur droite, la tlottille anglaise de la rivière de la Chute fut repoussée par le canon de Carillon. Enfin, Abercromby battit en retraite, après le combat le plus vif et le plus opiniâtre; il avait perdu 5000 hommes; quelques relations disent 6000; presque tous les officiers anglais avaient été tués ou blessés. De notre côté, nous avions à regretter 377 hommes tués ou blessés, dont 37 officiers. M. de Lévis, qui commandait notre droite, avait eu ses habits criblés de balles, mais sans 1ne seule blessure ; M.de Bougainville, moins heureux, reçut un coup de feu à la tête,

Abercromby profita de l'obscurité de la nuit pour effectuer sa retraite, « qui fut plus que précipitée ». Il se rembarqua sur le lac Saint-Sacrement et revint au fort Édouard sans être poursuivi; M. de Montcalm n'avait pas assez de monde, et ses troupes étaient trop fatiguées pour pouvoir inquiéter l'ennemi dans sa retraite .

M. de Montcalm avait arrêté l'invasion par sa brillante victoire de Carillon ; certes, il y avait de quoi s'enorgueillir. [l demeura cependant toujours aussi modeste. « Je n'ai eu, écrivait-il à M. de Vaudreuil, que la gloire de me trouver le général de troupes aussi va-

quis de Vaudreuil, du 9 juillet 1758. Dépôt de la guerre.) — Toutes les relations parlent de la gaieté de nos soldats.

! Tous ces détails sont tirés du rapport de M. de Montcalm, qui est accompagné d'observations aigres, sottes et injustes de M. de Vaudreuil; des pièces 138, 176 et 182 (Dépôt de la guerre) et de diverses lettres de M. Doreil. — Voyez, à la fin du volume, les pièces 18 et 19.

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