‹ Le Canada sous la domination française [microforme]Chapitre 61 sur 122 · DRE EME PRE · texte numérisé non relu

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pelle M. Doreil, cette misérable bicoque !, était l'arsenal de la marine française sur le lac Ontario, et cette marine nous assurait la supériorité sur le lac; tout mauvais qu'il était, il servait d’entrepôt aux vivres et aux munitions destinés aux postes des Pays-d’en-haut, ainsi qu'aux marchandises pour les sauvages. M. de Vaudreuil n’avait pas garni ce point important comme il eût fallu le faire; 70 hommes seulement, aux ordres de M. de Noyan, officier des troupes de la colonie, y tenaient garnison ; et cependant il y avait 80 pièces de canon! Notre flottille n'était pas armée et ne servit à rien. Le colonel Bradsteet, partant du fort Édouard, descendit la rivière Oswego et arriva par le lac Ontario à Frontenac, le 25 août. Le 27, M. de Noyan capitula ; les Anglais détruisirent Frontenac, brûülèrent notre marine et emmenèrent notre artillerie, puis de là se retirèrent au fort de Bull, position bien choisie, sur la haute rivière Oswego, entre le lac Ontario et le fort Édouard. Après la retraite des Anglais, M. de Vaudreuil ordonna de relever les fortifications de Frontenac.

Pendant que la droite de l’armée anglaise prenait Louisbourg, et que son centre était vaincu à Carillon et vainqueur à Frontenac, la gauche des Anglais était victorieuse sur l'Ohio.

De ce côté, le général Forbes et 6000 hommes, sol-

* La plupart des forts du Canada étaient mal construits et mal situés; ils étaient dominés par les hauteurs voisines ; les murs n'avaient que deux pieds d'épaisseur, sans terre-plein, ni fossés, ni chemin couvert. « Voilà ce qu’on appelle un fort dans ce pays-ci, suffisant, à la vérité, lorsqu'on ne faisoit la guerre que contre des sauvages ou des partis sans artillerie; mais aujourd’hui les nombreuses forces des Anglois et leur artillerie doivent bien changer le système de la guerre et par conséquent la défense des frontières. » (Lettre de M. de Pontleroy au rainistre de la guerre, du 98 octobre 1758.)

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dats et miliciens de la Virginie, ces derniers aux ordres de Washington, alors colonel, partirent de la Pensylvanie et s’avancèrent contre le fort Duquesne. Forbes envoya une avant-garde de 1000 hommes pour reconnaître la place. Le commandant du fort, M. de Lignery, officier des troupes de la colonie, fit attaquer les Anglais, qui furent repoussés avec une perte de 150 hommes (23 octobre); mais M. de Lignery, manquant de vivres, fut obligé après sa victoire de renvoyer une grande partie de son monde et ne garda que 200 hommes et 100 sauvages ‘. Forbes, pendant ce temps, s’avançait avec le gros de ses forces, et le 23 novembre il était à trois lieues du fort Duquesne. M. de Lignery, hors d'état de résister, évacua le fort, le brûla, envoya son artillerie par la Belle-Rivière au fort des lilinois, et se retira avec sa garnison au fort Machault?. Le général Forbes donna le nom de Pittsbourg aux ruines qu'il occupa après notre départ. M. de Vaudreuil* paraît être responsable de cet échec; dès le commencement de la campagne, il n’avait rien fait pour mettre Fort-Duquesne en état de défense; il avait même donné l'ordre de l'évacuer : « Cet ordre a été public, si public, que les Anglois l'ont su. »

En somme, l'avantage de la campagne de 1758 demeurait aux Anglais. Ils avaient pris Louisbourg, détruit le fort Frontenac et occupaient la vallée de l'Ohio; la victoire de Carillon avait seulement arrêté le mouvement offensif de leur centre et retardé encore

! Dépôt de la guerre, Canada, 1758, pièces 197 et 213.

? Lettre de M. de Malartic au ministre (Dépôt de la guerre, Canada, 1758, pièce 39) et lettre du marquis de Montcaim. (Même Dépôt, Canada, 1758, pièce 40.)

? Lettre du marquis de Montcalm, du 12 avril 1759. (Dépôt de la guerre.)

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d'un an la grande attaque qu'ils préparaient contre je Canada.

Les sauvages voyaient notre domination chanceler ; une partie quitait déjà notre alliance et passait aux Anglais. La prise de Frontenac fut le signal de la défection. M. Doreil, en rendant compte au ministre de la destruction de ce fort, lui disait : « Les sauvages où! frappé sur nous ; ils se sont emparés sur le lac Ontario de trois canots qui descendoient chargés de pelleteries, et en ont égorgé les équipages, triste avant-coureur de ce que nous avons à craindre de leur part. La paix, la paix, Monseigneur; pardonnez-moi, je ne puis trop me répéter à cet égard, »

Abandon du Canada par le gouvernement français,

Le gouvernement français, après la victoire de Carillon, donna de grandes récompenses à son armée du Canada. M. de Montcalm, qui avait été fait commandeur de Saint-Louis en 1757, fut nommé lieutenant général; M. de Lévis devint maréchal de camp M. Bougainville, colonel et chevalier de Sai is; M. de Bourlamaque, brigadier ; M. de Va ail eut la g and’eroix de Saint-Louis. Beaucoup de cruix et de grades furent donnés aux officiers qui s'étaient le plus distingués, parmi lesquels nous citerons M. de Senezergues, lieutenant-colonel commandant l’un des bataillons venus de France, officier du plus grand mérite, qui fut nommé brigadier. On chanta à Paris un 7e Deume l'honneur « de la victoire de M. de Montcalm en

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Amérique », et on inséra le rapport de M. de Vaudreuil sur la glorieuse affaire de Carillon dans la Gazelle de France. Nous croyons utile de rappeler ces faits, malgré leur peu d'importance apparente, parce que les journaux de ce temps, la Gazette et le Mercure, si remplis des nouveiles relatives aux armées d'Allemagne, et même à celle de l'Inde, ne parlent presque pas des affaires d'Amérique. Cette guerre, à son temps, ne fut pas connue du public, qui n’en sut jamais les admirables détails.

Avant de commencer l’histoire de l’année 1759, il faut encore parler de la famine. Les colons étant sans cesse sous les armes dans les rangs de la milice, une partie des terres demeurait sans culture, et le reste était mal cultivé; dès la fin de 1758, le prix des denrées devint excessif, On trouve dans une pièce du Dépôt de la guerre‘, datée du 4°" novembre, que la barrique de vin vaut 700 livres; le pain 8 sols la livre, la livre de bœuf 20 sols, la livre de veau 25 sols, la livre de mouton 25 sols, la livre de lard 40 sols. Les légumes sont arrivés à un prix incroyable; un chou vaut 20 sols, le cent d'oignons, 10 et 42 livres, la douzaine d'œufs coûte 50 sols, le pot de lait 30 sols, la livre de beurre 40 sols. Cette même pièce donne le prix d’une paire de souliers; c'était 20 livres; le cuir était aussi rare que le bétail. « On mange les bœufs de labour, écrivait-on en 1759, avec quoi labourera-t-on en 1760? »

MM. de Vaudreuil et de Montcalm écrivirent aux ministres pour leur demander des secours et leur faire connaître la situation de la colonie, qui allait périr par la faim et la guerre, si on ne lui envoyait des vivres et des soldats. En même temps, MM. de Bougainville et

! Dépôt de la guerre, Canada, année 1758, pièce 189 bis.

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